samedi 9 juin 2012

Nicolas Moulin, une donation Volume 1

130 cartes postales !
Voilà ce que je viens de recevoir d'Allemagne de la part de Nicolas Moulin.
C'est l'une des plus belles et fortes donations de ce blog à n'en point douter !
Vous connaissez sans aucun doute le travail de Nicolas Moulin car sur ce blog nous avons déjà évoqué notre jalousie à son égard. Il fait partie de ces artistes dont je suis avidement les productions en me réjouissant toujours d'y retrouver mes références, mes utopies, mes désirs et mes belles constructions. C'est Nicolas Moulin qui m'avait également invité au Maroc pour faire une conférence au mois de septembre dernier. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore son travail, je vous invite vivement à aller le voir  ici par exemple ou encore sur son site consacré à son Label Grautag. Nicolas Moulin est inscrit dans les 100 déclarations du Comité de Vigilance Brutaliste, cela va de soi.
Alors comment vous faire partager 130 cartes postales ? Comment le remercier ?
Nous allons faire comme d'habitude, par quelques volumes un peu brutaux puis, distillées dans des articles plus fouillés, nous trouverons alors certaines images. Il ne faudra pas oublier aussi que "cette collection dans ma collection" est aussi une forme de portrait de l'artiste dont ses exégètes pourront à loisir analyser les références et les appuis à son travail. Un classeur particulier sera dévolu à cette donation comme celui de Monsieur Persitz de Claude Lothier afin que soit préservée son unicité. Je ne sais rien de la provenance de cet ensemble de Nicolas. Certaines cartes postales sont marquées au dos par des traces de colle provenant sans doute d'un album de photo avec feuilles autocollantes, d'autres comportent des traces de Patafix et d'autres furent même expédiées à l'artiste à son adresse parisienne ! Peut-être ont-elles décoré les murs des appartements successifs de l'artiste, peut-être a-t-il trouvé un album complet, peut-être avait-il démarré à son tour une collection.
On commence ?
En France...



La Grande Motte, le quai d'Honneur par Combier. Puis...



Les Résidences fleuries par Yvon et...



La Ville de L'An 2000, la Motte Fleurie (sic !), rue du port par les éditions Mar. Encore...



Le Palais des Congrès inauguré en 1983 par Yvon éditeur. Enfin...



La Place des Cosmonautes ! Mais où sont-ils ?
Presque pareil...



Port-Camargue toujours de Jean Balladur par Combier éditeur, on retrouve bien là le registre formel de l'architecte.
De l'incroyable ? Allez en voilà !



Cette carte postales des Orgues de Flandres (1969-1975) à elle seule aurait pu faire un article. On retrouve de manière superbe le bel ensemble si spectaculaire de l'architecte Martin S. Van Treeck. Nous sommes bien à Paris dans le 19ème arrondissement. Mais depuis quel bâtiment cette vue fut-elle prise ?
Sans aucun doute depuis cette tour non ?
















Continuons dans Paris et retrouvons la gare Montparnasse vue il y a peu ici :



Cette fois il s'agit d'une édition Lyna dont la tenue de l'image provient de la couleur unifiée : bleu, gris.
Puis plusieurs cartes du Forum des Halles :



Cette carte postale est relativement récente mais déjà historique ! Il s'agit d'une édition Ovet par J.C. Pinheira, photographe.
Entrons dans le "trou" :



Magnifique carte postale aux éditions Chantal par D. Barbier, photographe. L'église St-Eustache est prise dans le réseau de la structure et dans ses reflets. La coloration est irréelle, étrange comme un soir finissant, une agonie programmée. Sans aucun doute l'une des plus belles cartes postales du Forum. En voici deux autres quasiment identiques que je vous montre d'un coup. Hop !





Vous voyez le petit décalage de point de vue ?
La première aux éditions Yvon va chercher elle aussi St-Eustache, la seconde aux éditions Chantal semble viser un peu plus le très beau et disparu mur peint de Fabio Rieti malheureusement un peu loin.
On remarquera que les deux images ne furent pas prises en même temps car des spots et des fils électriques affirment bien la différence. Poursuivons et finissons notre balade d'aujourd'hui avec le Palais des Congrès de Guillaume Gillet. On notera que l'éditeur La Cigogne nous donne aussi H. Guibout et S. Maloletenko comme architectes. Aujourd'hui ce Palais des Congrès est agrandi par une extension de Monsieur de Portzamparc.
A demain pour la suite !

vendredi 8 juin 2012

Cuisine brésilienne

Ils m'avaient demandé de venir rapidement. Ils avaient lu mon article sur la cuisine brésilienne dans la revue "Les arts de la table". Ils m'avaient envoyé tickets d'avion, voiture avec chauffeur et m'avaient promis une rémunération tout cela au téléphone vers les 2 heures du matin en s'excusant du décalage horaire.
J'arrivai un peu étourdi par la soudaineté de ce transport, encore sous la surprise de cette demande. L'hôtel Méridien de Bahia était là, blanc contre le bleu.



La chaleur m'était tombée dessus, ma chemise de lin était déjà trempée mais l'organisation sans faille répondait parfaitement par la fraîcheur de la climatisation de l'aéroport, de la limousine Ford, de l'accueil de l'hôtel.
J'étais enrhumé...
"Votre mission, si vous l'acceptez..." aurait pu être la première phrase que j'entendis dans le bureau du directeur de l'Hôtel Méridien dans un français impeccable au léger accent du Béarn puisque ce dernier venait de cette région.
Ma mission consistait, après une analyse fine des menus et des repas de l'hôtel, à fournir une étude nette et sérieuse sur la manière de concilier une cuisine typiquement brésilienne avec une cuisine sagement internationale et en même temps si je pouvais y ajouter un zest de chic et un parfum de cuisine française cela serait parfait et on saurait me remercier comme il faut...
Je devais commencer maintenant !
J'avais comme un imbécile oublié mon carnet fétiche à Paris et j'avais dû demander du papier et un crayon pour vite me mettre au travail. Le service du midi était en route, on m'installa et on m'apporta pour écrire deux crayons noirs défectueux et un paquet de cartes postales de l'hôtel...
Devant ma surprise, le jeune serveur me dit que je pourrais bien écrire sur le verso des cartes mes notations ! Ce que je fis. Je vous en montre deux.



Ces deux-là firent la route vers Paris, coincées comme marque-pages dans le roman de Thomas Pynchon et celui d'Edmund White. J'avais cru pouvoir m'éterniser aux frais de la princesse sur les bords de la piscine mais la rédaction de Paris m'appela pour une enquête sur les poulets de Bresse...
Je remis donc mon rapport rapidement à l'hôtel. Je conseillais... de ne rien changer...
Le cuisinier était en fait un ami d'enfance, un ami de Nevers, un ami de ce petit monde de la cuisine internationale et nous avons ri en cuisine de nous retrouver là. Pour faire bonne figure, j'organisai un peu mieux la carte des vins, dessinai l'ordre des plats, proposai l'audace de thématiques comme "Un jour en France", "Fleurs du matin", "Proust Oriental" et le fatal "Poudre aux yeux" que j'avais déjà fourgué au Club Med.
Je garde pourtant de l'hôtel Méridien de Bahia le souvenir imprenable d'une vue magnifique depuis son restaurant panoramique, des retrouvailles amicales et ces deux cartes postales identiques ornementées.


jeudi 7 juin 2012

de Mailly sous bois

Nous allons regarder deux cartes postales du même endroit, l'Hôtel de Ville de Rosny-sous-Bois par Jean de Mailly architecte et nous allons nous amuser (eh oui!) à comparer les choix de cadrages des deux photographes ou du même photographe d'ailleurs.
En effet, les deux cartes postales sont chez Combier éditions et ne donnent aucune information sur leur photographe. Elles sont toutes deux éditées en 1966, ce qui pourrait bien être le signe d'une même campagne photographique donc... d'un même photographe. Pourtant les deux images sont très différentes. Allez, regardons d'abord...



...L'hôtel de ville de Rosny-sous-Bois ici porte bien son nom puisque le photographe nous place l'architecture de Jean de Mailly sous une frondaison d'arbres centenaires et romantiques. Nous sommes bien "sous bois"!
Des vieux sont assis sur leur banc, les parterres sont à leur place, bref une vraie carte postale à la fois champêtre, pittoresque et bien construite car la tour de l'hôtel de ville réussit à surgir tout de même dans un trou des branchages. On aurait voulu dire la modernité et en même temps l'adoucir par la végétation qu'on ne s'y serait pas pris autrement !
Pour les puristes, la carte fut expédiée le 8 décembre 1966 et elle est une exclusivité de la Maison de la Presse dans la collection Merle (sic). L'architecte est également nommé.
Une autre ?



Ça change non ?
Pourtant nous sommes bien chez le même éditeur, dans la même collection et à la même époque. Il devait y avoir une clientèle pour le pittoresque boisé et une pour la radicalité moderniste et frontale. Devinez à laquelle j'appartiens ? Oui ! Gagnez !
Quelle belle image ! Quelle belle architecture !
Regardez la quasi-symétrie rompue simplement par le drapeau national. Regardez le traitement du claustra du rez-de-chaussée de la salle des fêtes et comment l'ensemble gris bleu du métal fait son effet. La tour de l'Hôtel de Ville ne vous rappelle rien ? Arrondie au coin...
Il vous faudra retourner ici à la Défense où vous retrouverez la Tour Nobel du même Monsieur de Mailly en collaboration avec Jean Prouvé. Au fait, est-ce que ce dernier aurait aussi participé à la construction de l'Hôtel de Ville de Rosny-sous-Bois ?

mardi 5 juin 2012

Montparnasse trois horaires



Regardez-moi ça !
Une barre parfaite, tendue, dure, trouve son écho dans des wagons de trains alignés sur le même plan dont tout à la fois on se réjouit de la proximité en jubilant des contrastes : fixité-mobilité, lumière-ombre, étroitesse-ampleur, unicité-multiplicité.
Et, miracle du point de vue, le photographe des éditions Hachette, Phedon Salou trouve une ouverture à gauche pour caser la Tour Eiffel. Le Dix-neuvième siècle, celui du métal et de la vapeur fait un signe lointain à l'électrification des lignes et à l'architecture métallique contemporaine.
Cette image est sévère je vous l'accorde et je m'en réjouis.
J'aurais même pour ma part fermé mon cadre et conservé uniquement la grille contre les lignes...
Une frontalité...



...un peu comme ça !
Toujours la gare Montparnasse par, cette fois, Abeille-cartes éditions. Savoir l'heure du cliché est aisé : 13h14. Sur le parvis, les voyageurs font leur chemin sous un vent fort venant du Nord-Est qui plaque leurs vêtements.
J'avoue beaucoup moins aimer l'image que produit cette architecture depuis ce point de vue. Surtout le pied de la barre avec son bourrelet brun. Mais comme le dit parfaitement la phrase notée au verso de la carte postale expédiée en 1986 : "en parlant peu on entend davantage !"
Et ainsi les heures passent...



...il est maintenant 17h55. La nuit donne alors une grande beauté plastique à l'ensemble en effaçant le bâti au profit des percées lumineuses. La grille se révèle presque festive et aussi comme un carton perforé des vieux réseaux informatiques. Temps de pose long qui étire en néon les feux arrières des automobiles. La carte postale Yvon se veut pédagogique et son verso nous donne le plein d'informations : Façade principale vue de nuit. La Gare la plus moderne et la plus belle de France, par son étendue et ses installations (10 000 m2 de surface au sol). Construite par la S.I.G.M de juin 1966 au printemps 1969. Les études architecturales ont été réalisées par l'O.A.M. messieurs Beaudouin, Cassan, de Marien, Saubot, architectes.

lundi 4 juin 2012

prototype Claude Prouvé

Une exposition à ne pas manquer si vous êtes dans la région de Nancy, celle consacrée au prototype SIRH de Claude Prouvé. Le sauvetage de l'un des modules est en route.
L'exposition a lieu à la Maison de L'architecture du 7 au 13 juin 2012, Galerie 9 rue Gustave Simon.
exposition SIRH_7 au 13 juin 2012 Nancy.jpg

ici et maintenant : Fernand Pouillon

Et si nous donnions la parole à ceux qui écrivent les cartes postales ?
Si nous le faisons si peu c'est que, bien souvent, rien dans la correspondance ne fait signe positif ou négatif à l'architecture représentée. Le correspondant explique simplement sa localisation et ne juge que peu la construction, l'urbanisme et son espace.
Pour aujourd'hui je vous propose donc de voir que parfois en une ligne, une petite intonation on peut sentir un jugement, un avis. Je vous préviens : c'est court !
Profitons-en pour évoquer un architecte que nous aimons beaucoup ici : Fernand Pouillon.
Commençons :



Cette carte postale Abeille-Cartes en photo véritable nous montre Meudon-la-Forêt et la Résidence des Deux Bassins dans un noir et blanc bien senti. La perspective sur les blocs alignés, la rigueur du dessin, sa fermeté, la gestion des espaces font écho à un cadrage qui libère le premier plan avec un champ de graminées vibrant mettant la ville à la campagne. C'est, à n'en point douter, une belle image de cet ensemble. Et voici le verso :



"à Meudon la Forêt, il n'y a pas de petites villas mais des grands immeubles. Cette carte vous en donnera une idée. Il y en a déjà une assez grande quantité et on en construit toujours."
Il est aisé de s'amuser de l'aspect déceptif de l'absence de petites villas, il est aisé de saisir comme un regret soufflé dans le fait que l'auteur affirme en même temps qu'il y a beaucoup de constructions et qu'on en construit toujours...
L'image reprend alors bien cet avis en proposant à la fois la multitude répétée du construit et le vide du premier plan qui évoque les futures constructions...
Une autre :



Toujours à Meudon-la-Forêt, Toujours les Deux Bassins, cette carte multivues par Yvon éditeur nous donne à voir d'autres aspects du bel ensemble. On retrouve sur la vue en haut à droite la perspective ici retournée de la carte postale précédente. Cette fois une croix agrémente la photographie et Denise se sert de la carte postale pour se donner à voir, se représenter dans la ville. Lisons-la :



Pour moi, tout tient dans la phrase d'introduction : "Je commence à m'habituer à ma nouvelle ville, heureusement que j'ai beaucoup à faire ces temps-ci..."
Pour que les occupations soient perçues comme une chance c'est bien que l'installation et l'acclimatation doivent être un rien difficiles ! Denise marque par deux fois sa carte postale, d'abord d'une flèche puis d'une croix. Cet "acharnement" à se situer pourrait bien aussi être une manière de s'assurer à elle-même que c'est bien là maintenant qu'elle vit. Au moment où elle a tracé ces signes, j'imagine son état de projection, j'imagine son attention à lire l'image de sa vie, de sa géographie. "ici et maintenant"




Nous, nous profiterons surtout une nouvelle fois de la grande qualité de l'ensemble architectural. Et pour finir, parce que justement nous aimons Fernand Pouillon, nous irons cette fois à Boulogne-Billancourt voir l'ensemble du Point du Jour par l'intermédiaire de cette carte postale Lyna :



On se demandera comment le photographe a fait le pari de viser le vide entre l'architecture, la rue et son ciel nuageux. Comment, de la sorte, il définit l'espace urbain, comment il fait glisser l'œil vers le reste de la ville, rejetant de gauche et de droite les belles constructions qui donnent à voir par leur larges ouvertures l'intimité des intérieurs :


Pas de texte au verso de cette carte, mais le silence du carton doit nous servir à nous raconter à nous-même notre plaisir de la ville et de son exploration par les images.
Et ne manquez pas la visite du très beau site sur Fernand Pouillon ici. Vous y trouverez des images contemporaines des lieux que vous venez de visiter par les cartes postales.

dimanche 3 juin 2012

Toutes les maisons sont dans la nature

N'écoutez pas Roland Castro.
(pour une fois)
N'écoutez pas Roland Castro et précipitez-vous chez votre libraire pour acheter le très beau livre de Didier Cornille Toutes les maisons sont dans la nature.
S'il s'agit d'un livre pour enfants qui permet de leur faire découvrir la grande diversité de l'architecture moderne et contemporaine, l'exercice du dessin de Didier Cornille permet de dépasser ce public et de nous régaler à notre tour de ce livre.
Dans cet ouvrage, vous ne trouverez pas, si vous êtes un aficionado de l'architecture, des constructions que vous ne connaissez pas car l'auteur s'est attaché à ce qu'il est aisé d'appeler les "icônes" de notre culture architecturale. Vous ne trouverez pas non plus de polémique ravageuse sur ces constructions car ce n'est pas l'objet d'un tel ouvrage dont la vocation première est bien, au coin de la table du salon, le gamin à vos côtés, de lui faire un peu (beaucoup) saisir la grande diversité de l'architecture, les choix et les particularités de ces bâtiments, la relation entre l'architecte et l'habitant.
Il faudrait être bien amer et désabusé sur ces choix pour se priver du très beau dessin fin, coloré et aiguisé de Didier Cornille, dessin qui permet même une analyse des plans, la compréhension du chantier et de contextualiser les constructions.
Il y a dans son trait parfois un peu de Sasek, parfois un peu de Sempé, parfois un peu, comme au public auquel il s'adresse quelque chose d'une belle naïveté sérieuse de l'enfance.
C'est un livre clair, ouvert.
Ce n'est pas une déclaration sociale et politique. C'est simplement une promenade que l'on aura plaisir à faire en compagnie du neveu, du filleul, de sa petite fille ou de sa petite sœur. Et dans le désert éditorial du livre pour enfants consacré à l'architecture, ce livre a le mérite de poser une belle pierre. Le livre commence par la maison Schröder et se termine par la maison écologique de Wigglesworth et Till.
Et puisque certains se permettent de mal citer Madame Arpel, sans doute pris dans leur droit de parole à la radio, je rétablirai en disant que dans le livre de Didier Cornille comme dans la maison Arpel : "C'est pratique, tout communique !"

Toutes les maisons sont dans la nature
dessins et textes de Didier Cornille
éditions Hélium
isbn 978-2-35851-095-0
14,90 euros
Achetez-le !