dimanche 12 février 2012

les matines


On savait peu de chose de Sœur Marie de la Présentation.
Elle avait toujours été d'une grande discrétion, faisant parfaitement le service, toujours souriante, toujours disponible. Mais quelque chose de grave avait pourtant marqué son visage, quelque chose de clos.



Certains croyaient que Sœur Marie venait de Toulon. Elle évoquait souvent cette ville avec un filet de voix tendu et des regrets. On disait même que là, sous les bombardements de la dernière guerre, elle aurait, cachée dans une cave, trouvé la vocation. Dans sa petite chambre, il y avait bien cette carte postale du Toulon reconstruit qu'elle avait reçue de Jean-Luc et qui lui était adressée sous son nom civil de Josette.



On disait qu'elle était la marraine de Jean-Luc car à Noël on voyait bien Sœur Marie retrouver un sourire en préparant un petit colis qu'elle ne manquait pas d'envoyer vers Toulon. Une tablette de chocolat, un paquet de madeleines faites de ses mains, une paire de gants en peau de mouton retournée et parfois une petite Norev.
Mais on ne vit qu'une seule fois Sœur Marie vraiment joyeuse et heureuse. Elle avait reçu du facteur une carte Postale du Couvent des Dominicains d'Eveux sur L'Abresle.



Signée de Pierre, cette carte annonçait simplement que ce dernier avait fait le choix à son tour d'offrir sa vie à la prière et avait rejoint les Dominicains. Sœur Marie était si heureuse ! Et toute la maison profitait de sa joie. Elle alla vite à l'église mettre un cierge, prépara le repas dans une allégresse communicative et on dit qu'on l'entendit fredonner une petite chanson.



En 1977, Sœur Marie fit pourtant un voyage à Paris pour retrouver Pierre et Thérèse sa cousine. Pierre était venu d'Eveux vers la Capitale pour rencontrer un architecte qui s'occupait alors de son couvent et Thérèse trouvait judicieux de les réunir ici. Elle avait marqué d'une croix son appartement pour que Sœur Marie s'y retrouve.



Ainsi bien protégée dans cet univers ultra-moderne de Paris, celle qui s'appelait Josette pouvait entendre son vrai prénom prononcé par ce petit frère qu'elle avait protégé des bombardements de Toulon. Sous le déluge des bombes, elle n'avait alors comme barrière à la peur et à l'impuissance que la prière et la promesse d'une vie tournée vers Dieu si elle et son petit frère échappaient à la mort. On les retrouva tous les deux serrés l'un contre l'autre, sous des gravats proches des corps des parents décédés.
Alors Sœur Marie tint sa promesse. Et curieusement, à sa grande joie, son petit frère la suivit dans cette voix faite de renoncement. Seule Thérèse aujourd'hui connaissait cette histoire pudique et forte. Elle la racontera un jour au petit Jean-Luc qui pour l'instant, insouciant, sautait sur les genoux de sa Marraine en riant des histoires de son Parrain Pierre.

samedi 11 février 2012

Maëlle l'africaine

Maëlle Simon est une jeune artiste qui porte dans son travail et dans son cœur l'Afrique qu'elle connait très bien.
Elle sait souvent nous dire les lieux, les espaces et les gens qu'elle y a rencontrés. Elle est africaine, cela ne fait aucun doute.
Alors quand glissées l'air de rien dans un catalogue de gravures de Dali rapporté d'Allemagne, elle me donne trois cartes postales de Yaoundé, je sais qu'elle me donne autre chose que simplement des images. Et même les plis des cartes postales en question me disent la valise trop pleine, la simplicité de sa présence là-bas car pour Maëlle l'Afrique n'est pas une collection de cartes postales.
J'ai aimé sa manière de nous dire pudiquement son attachement à ce continent et elle a toute la légitimité de nous le faire partager.
Alors regardons ensemble un peu de ce continent que je connais si mal, regardons cette architecture étrange et mélangée des aspirations d'une modernité occidentale et des traces d'une vie si différente.
Et vous risquez devant de telles images de jalouser l'expérience de Maëlle !
Nous serons au Cameroun à Yaoundé pour être plus précis.



Voici le Monument de la Réunification par Tifcartes éditeur. La vidéo ci-dessous vous donnera sans doute toutes les informations sur ce monument sauf son auteur qui serait Monsieur Gédéon MPando.



Voici le ministère des PTT.
Oui...



L'immeuble pourrait à la fois venir tout droit de la Grande Motte, de la Russie soviétique, du Front de Seine.
Les voiles de béton montent lyriquement le long d'un cône volcanique et leur découpes au sommet ajoutent à cette liberté formelle symbolique. On ne comprend pas depuis cette carte postale le traitement de la façade et ses ponctuations pourraient faire des gardes-corps ou des pare-soleil. La couleur ne ramène à une architecture de terre et de bois. La carte postale est une édition Pierre Roger Tiffa. Malheureusement je ne trouve pas l'architecte qui nous ravit avec cette construction.
Attention... là... c'est du lourd !



Toujours chez Tifcartes, voici l'immeuble CNPS.
Un énorme galet se pose (écrase ?) une construction administrative, il ne s'agit pas d'un trucage sous Photoshop !



Difficile de trouver des informations sur l'architecte et sur la construction elle-même. Sans doute pourrions-nous penser que ce galet superbe cache une forme d'auditorium mais je ne sais comment s'effectue la liaison entre les deux "morceaux " !
Il va de soi que ce genre de construction est assez emblématique d'une architecture africaine moderne qui semble pouvoir oser ainsi des formes inouïes. On pourra aussi se rappeler ce projet de théâtre pour Dakar d'André Bloc et Claude Parent ...(une architecture française en Afrique !)



Mais je me sens soudain d'une sécheresse épouvantable. Je me dois de reconnaître que je ne connais aucun architecte africain contemporain, aucun.
Et je ne sais quoi penser de cet état de fait sinon qu'il dit certainement quelque chose de notre construction culturelle...
Alors, par sa voix, ses œuvres et les discussions parfois âpres et passionnées, Maëlle me permet souvent de combler ce vide.
Je l'en remercie.
Et j'écoute aussi mi-amusé, mi-étonné les musiques qu'elle m'envoie :


jeudi 9 février 2012

pyramides répétées

Nous allons faire une promenade une fois de plus dans la cité de l'an 2000 : la Grande Motte.
Sans blabla, juste pour le plaisir des yeux.
Enfin, tout de même on aura bien des choses à vous raconter !
Et c'est parti !



Cette vue du ciel chez S.E.F nous permet de voir la ville en construction. Des terrains sont encore libres et des grues sont visibles sur le futur hôtel. Cela devait être bien étrange d'arpenter ainsi un paysage plat de sable et de voir surgir ces pyramides ! Mais on devine déjà un monde fou sur la plage !
Encore en chantier :



L'éditeur Combier de cette carte postale est un malin et il cache le chantier et les palissades derrière les inscriptions "La Grande Motte" et le dessin du soleil qui s'éblouit lui-même, rien que cela ! Nous sommes sur le boulevard de L'Europe.
Depuis la plage :



Les pieds dans l'eau, le photographe des éditions Yvon vise les immeubles. Le joyeux bordel de la plage rompt avec la géométrie construite des pyramides. La carte est datée de 1974.
Sur la terre :



Cette belle perspective du Point Zéro nous est offerte par les éditions de l'Œil et le cliché est signé Jean-Pierre. On s'attardera sur le beau traitement de l'espace vert et des cheminements. C'est maintenant en mauvais état tout cela, il faudrait redonner au Point Zéro toute sa plasticité.
Le casino :



Oui. Seventies !
Qui réalisa la belle fresque ondulante de sa façade ? l'Œuf le centre d'études ?



Mais je note le design particulier du mobilier urbain qui est à l'unisson de la ville :



Ce sont aussi ces détails qui font la cohérence de cette ville et qu'il faudra retrouver pour que la Grande Motte retrouve totalement ses particularités et son époque. Là aussi une carte postale par les éditions de l'Œil expédiée en 1975.
Maintenant un petit jeu des (sept ?) erreurs :





J'ai déjà publié la carte postale du haut. Et celle du bas pourrait bien vous sembler semblable mais regardez bien et vous trouverez des différences entre ces deux prises de vues de la Pyramide Babylone !


La nuit tombe :





La carte postale As nomme la Grande Motte : la nouvelle Floride !
Et celle des éditions Mar : la Ville de l'an 2000 !
On a donc la nouvelle Floride de l'an 2000 la nuit !

mercredi 8 février 2012

Je suis né là...

... enfin pour ce qui est de l'architecture !
Mes amis savent bien que je ne suis pas né à Rouen mais dans une ville toute proche. Mais on pourrait sans aucun doute affirmer que l'un de mes éveils à l'architecture fut cette église Sainte Jeanne-d'Arc de Rouen. Elle fit polémique à son époque mais aujourd'hui je crois qu'elle est bien acceptée car finalement sa modernité est bien tempérée par des matériaux reconnus et une forme symbolique (les flammes du bûcher de Jeanne) qui font toute sa gloire...
Je l'aime beaucoup cette église. Parce que, chaque fois que je passe sur son parvis, je retrouve le pas d'un jeune garçon suivant ceux de ses parents venus voir la modernité en marche au milieu des années 70.
Et puis tout de même, au-delà de ces souvenirs, elle a su faire une silhouette, entretenir dans cette ville de Rouen une forme de brisure qui a ramené la ville dans son siècle. Certes, ce n'est sans doute pas l'église la plus moderne et incroyable du monde, certes son symbolisme est sans doute un rien naïf, mais les architectes ont fait je crois un beau travail.
Il faut reconnaître que mes amis à qui je la fais découvrir sont souvent abasourdis en la découvrant car elle reste audacieuse contre les murs ripolinés de vif des colombages rouennais. Elle surgit avec les courbes de son toit dont on peut admirer la charpente ici ou ici. Alors regardons-la un peu au travers de ces quelques cartes postales et ça fait du bien aussi de vous montrer un lieu que je connais, que je fréquente et qui n'est pas un rêve ou un espoir mais un point central de ce qui me constitue, une sorte de caillou blanc sur mon chemin.
D'abord cette carte postale Iris familiale :



Editée par la Cigogne pour Iris en Mexichrome, cette carte fut envoyée par ma mère à ma grand-mère avant 1986. Et je reconnais le moment temporel puisqu'il y est question des changements de vie de mes deux frères...
Mais regardons cette architecture. Vous voyez les flammes qui montent ? A gauche vous avez les halles du marché couvert qui se dirige vers la grande flamme de l'église. On commence à deviner le beau travail de circulation réalisé autour de cette église. Le jardinet serait le lieu exact du bûcher de Jeanne dont vous devinez sans doute une statue. Nous sommes depuis une fenêtre, on voit en bas à gauche le triangle d'un chien-assis !
Depuis le sol :



La carte Estel, production Leconte, nous permet d'admirer notre église et le beau travail des circulations tout autour. Le jardin n'est d'ailleurs pas terminé, on voit encore les barrières et rien n'est planté. Amusez-vous à tirer un trait entre la croix du premier plan, seul signal réel du lieu de culte, les pointes du triangle du toit et au fond, la flèche de la Cathédrale de Rouen, flèche de bronze moderne (première moitié du XIXème siècle) de l'architecte Alavoine.
Puis :



Cette belle carte Yvon sait être une vraie carte postale avec son premier plan fleuri que le photographe pique au marchand de fleurs !
Souvent devant l'audace de ce toit, je pense aux charpentiers et aux couvreurs... Comme ils doivent être fiers d'avoir participé à un tel chantier ! Regardez le beau dessin de ce toit, les lignes des ardoises qui donnent à cette solidité les aspects d'un voile tendu.
Je vous donne aussi pour une fois le dos de cette carte postale car c'est assez rare ce genre de correspondance, nous avons droit à un poème bien organisé sur un réseau de lignes !



Chère Sylvie, Mais non il pleut ! Il pleut, il pleut... Je descends vers Rouen et je la vois sinistre comme dans une sombre apocalypse. Mais debout, droite, avec toute ses flèches et toutes ses tours qui déchirent le noir destin !... Oh belle toujours belle ! Ville des brumes et des eaux, ville d'?? engloutie, ville de rêve... éternelle ville !

Je ne sais pas si ce poème est une création du correspondant ou une copie faite pour la jolie Sylvie, je ne sais pas si le correspondant a réussi à emballer Sylvie mais ce que je sais c'est que, vu le nombre de lignes, il avait espéré faire plus long ! L'écriture est empruntée encore un peu de l'enfance mais a des cursives un rien grandiloquentes. L'adolescence doit être quelque part entre ses lignes. On comprend sans doute que l'analogie entre la ville et Sylvie a pu faire peur à la jeune fille !
On remarquera que la poésie n'est pas signée mais est bien dédiée à Sylvie tout en bas de la carte postale !
J'oublie de vous donner le nom de l'architecte de cette église Saint-Jeanne-d'Arc : il s'agit de Louis Arretche et notre ami Dominique Amouroux dans son excellent ouvrage consacré à l'architecte nous dit également que Henri Gaudin fut bien l'un des plus importants inventeurs du projet qui fut ensuite par trop... adapté aux exigences d'intégrations rouennaises pour rester poli.
On notera que les trois cartes postales nomment bien Monsieur Arretche mais oublient Monsieur Gaudin !

Louis Arretche, Collection In Folio
Dominique Amouroux
Carnets d'architecture, éditions du Patrimoine
isbn : 978-2-88474-185-9
20 euros, faites-vous plaisir !

mardi 7 février 2012

Jean Marty dans le sable.

Il y a des architectes que l'on croise régulièrement.
Ils ne sont pas des stars internationales, juste des architectes qui ont fait un travail que, par le programme de leurs constructions, nous sommes nombreux à arpenter. Il en va ainsi des stations de ski, des immeubles de bord de mer et des centres de vacances qui produisirent une quantité incroyable de correspondance et donc de cartes postales.
C'est le cas avec le centre de vacances de Seignosse-Penon par Jean Marty architecte. Il n'a pas démérité Monsieur Marty et même il a bien travaillé. Nous avons déjà beaucoup aimé le V.V.F de St-Jean-de-Monts ici ou ici mais je vous le redonne à voir tant il me semble l'une des plus surprenantes architectures-sculptures de bord de mer :



On le retrouve aussi sur cette vue d'avion par Artaud ou encore sur cette carte postale éditée par les V.V.F et qui nomme l'architecte.






un détail :


Mais regardez maintenant ce centre commercial de Seignosse le Penon par les éditions Rex :



Je sais que votre œil glissera sur les automobiles rangées là... et le photographe de cartes postales pourrait bien un jour nous dire l'intérêt de composer son image avec un premier plan aussi trivial ! Mais finalement on aime revoir Dauphine, R8, Ami 6, 404 Break, 4L, R16 ou DS. Mon œil glissera surtout sur la belle R10 gris métal qui me rappelle celle avec laquelle je fus jeune et insouciant... à pleine vitesse dans les virages en côtes.



Mais revenons à l'architecture et observons les très beaux volumes de ce centre commercial qui semble vouloir donner des pics montagneux à ce paysage de sable !



Et...



Difficile de bien lire l'architecture tant le cadrage est serré !
Pourtant on devine un jeu de terrasses, des volumes francs. Mais est-ce bien encore Monsieur Marty l'architecte ?

lundi 6 février 2012

absolument en direct du Cratère !


En direct Live (comme on dit aujourd'hui) et envoyé à l'instant même d'Alès par un correspondant anonyme mais qui sait filmer et voir la ville voici le théâtre du Cratère.
Toutes ressemblances avec des cartes postales vues ici sont volontaires !

un cratère moderne

Finalement on pourrait se demander comment juger une architecture depuis des images.
Qu'est-ce qui fait que, depuis ces cartons imprimés en offset, je peux aimer ou non un objet construit ?
Si je m'en tiens à l'exemple ci-dessous, je pourrais faire une liste :
- équilibre de la volumétrie générale
- articulation des volumes, leur "circulation"
- cohérence plastique des matériaux (rapprochements et oppositions plastiques : matité, brillance, coloration, sens du toucher sous l'œil, illusionnisme ignoré)
- leur modernité sans fard
- décoration subtile constituée directement dans la masse
- ouvertures parfaitement en harmonie avec la volumétrie
- géométrie abstraite mais générée par le programme
- finitions impeccables (vu ? d'ici...)
- classicisme tempéré jouant avec une modernité discrète mais appuyée

C'est déjà bien non ?

Alors le théâtre d'Alès (1972) sur ces cartes postales "La Cigogne" nous donne tout cela à voir... Ne nous manque que le nom de l'architecte qui n'est même pas nommé dans le site du théâtre du Cratère !
Je ne trouve sa trace que sur l'excellent site Archiguide qui nous apprend que P. Roux en serait l'architecte et que Alberto Cattani y aurait fait des transformations.
Pourtant devant mes cartes postales, sans être allé voir, sans même avoir circulé dans ses espaces, je le trouve beau ce théâtre. Dois-je me priver de ce jugement esthétique pour la raison simple mais finalement futile de ne pas y être allé ?



Détails des bas-reliefs moulés dans le béton :