jeudi 9 février 2012

pyramides répétées

Nous allons faire une promenade une fois de plus dans la cité de l'an 2000 : la Grande Motte.
Sans blabla, juste pour le plaisir des yeux.
Enfin, tout de même on aura bien des choses à vous raconter !
Et c'est parti !



Cette vue du ciel chez S.E.F nous permet de voir la ville en construction. Des terrains sont encore libres et des grues sont visibles sur le futur hôtel. Cela devait être bien étrange d'arpenter ainsi un paysage plat de sable et de voir surgir ces pyramides ! Mais on devine déjà un monde fou sur la plage !
Encore en chantier :



L'éditeur Combier de cette carte postale est un malin et il cache le chantier et les palissades derrière les inscriptions "La Grande Motte" et le dessin du soleil qui s'éblouit lui-même, rien que cela ! Nous sommes sur le boulevard de L'Europe.
Depuis la plage :



Les pieds dans l'eau, le photographe des éditions Yvon vise les immeubles. Le joyeux bordel de la plage rompt avec la géométrie construite des pyramides. La carte est datée de 1974.
Sur la terre :



Cette belle perspective du Point Zéro nous est offerte par les éditions de l'Œil et le cliché est signé Jean-Pierre. On s'attardera sur le beau traitement de l'espace vert et des cheminements. C'est maintenant en mauvais état tout cela, il faudrait redonner au Point Zéro toute sa plasticité.
Le casino :



Oui. Seventies !
Qui réalisa la belle fresque ondulante de sa façade ? l'Œuf le centre d'études ?



Mais je note le design particulier du mobilier urbain qui est à l'unisson de la ville :



Ce sont aussi ces détails qui font la cohérence de cette ville et qu'il faudra retrouver pour que la Grande Motte retrouve totalement ses particularités et son époque. Là aussi une carte postale par les éditions de l'Œil expédiée en 1975.
Maintenant un petit jeu des (sept ?) erreurs :





J'ai déjà publié la carte postale du haut. Et celle du bas pourrait bien vous sembler semblable mais regardez bien et vous trouverez des différences entre ces deux prises de vues de la Pyramide Babylone !


La nuit tombe :





La carte postale As nomme la Grande Motte : la nouvelle Floride !
Et celle des éditions Mar : la Ville de l'an 2000 !
On a donc la nouvelle Floride de l'an 2000 la nuit !

mercredi 8 février 2012

Je suis né là...

... enfin pour ce qui est de l'architecture !
Mes amis savent bien que je ne suis pas né à Rouen mais dans une ville toute proche. Mais on pourrait sans aucun doute affirmer que l'un de mes éveils à l'architecture fut cette église Sainte Jeanne-d'Arc de Rouen. Elle fit polémique à son époque mais aujourd'hui je crois qu'elle est bien acceptée car finalement sa modernité est bien tempérée par des matériaux reconnus et une forme symbolique (les flammes du bûcher de Jeanne) qui font toute sa gloire...
Je l'aime beaucoup cette église. Parce que, chaque fois que je passe sur son parvis, je retrouve le pas d'un jeune garçon suivant ceux de ses parents venus voir la modernité en marche au milieu des années 70.
Et puis tout de même, au-delà de ces souvenirs, elle a su faire une silhouette, entretenir dans cette ville de Rouen une forme de brisure qui a ramené la ville dans son siècle. Certes, ce n'est sans doute pas l'église la plus moderne et incroyable du monde, certes son symbolisme est sans doute un rien naïf, mais les architectes ont fait je crois un beau travail.
Il faut reconnaître que mes amis à qui je la fais découvrir sont souvent abasourdis en la découvrant car elle reste audacieuse contre les murs ripolinés de vif des colombages rouennais. Elle surgit avec les courbes de son toit dont on peut admirer la charpente ici ou ici. Alors regardons-la un peu au travers de ces quelques cartes postales et ça fait du bien aussi de vous montrer un lieu que je connais, que je fréquente et qui n'est pas un rêve ou un espoir mais un point central de ce qui me constitue, une sorte de caillou blanc sur mon chemin.
D'abord cette carte postale Iris familiale :



Editée par la Cigogne pour Iris en Mexichrome, cette carte fut envoyée par ma mère à ma grand-mère avant 1986. Et je reconnais le moment temporel puisqu'il y est question des changements de vie de mes deux frères...
Mais regardons cette architecture. Vous voyez les flammes qui montent ? A gauche vous avez les halles du marché couvert qui se dirige vers la grande flamme de l'église. On commence à deviner le beau travail de circulation réalisé autour de cette église. Le jardinet serait le lieu exact du bûcher de Jeanne dont vous devinez sans doute une statue. Nous sommes depuis une fenêtre, on voit en bas à gauche le triangle d'un chien-assis !
Depuis le sol :



La carte Estel, production Leconte, nous permet d'admirer notre église et le beau travail des circulations tout autour. Le jardin n'est d'ailleurs pas terminé, on voit encore les barrières et rien n'est planté. Amusez-vous à tirer un trait entre la croix du premier plan, seul signal réel du lieu de culte, les pointes du triangle du toit et au fond, la flèche de la Cathédrale de Rouen, flèche de bronze moderne (première moitié du XIXème siècle) de l'architecte Alavoine.
Puis :



Cette belle carte Yvon sait être une vraie carte postale avec son premier plan fleuri que le photographe pique au marchand de fleurs !
Souvent devant l'audace de ce toit, je pense aux charpentiers et aux couvreurs... Comme ils doivent être fiers d'avoir participé à un tel chantier ! Regardez le beau dessin de ce toit, les lignes des ardoises qui donnent à cette solidité les aspects d'un voile tendu.
Je vous donne aussi pour une fois le dos de cette carte postale car c'est assez rare ce genre de correspondance, nous avons droit à un poème bien organisé sur un réseau de lignes !



Chère Sylvie, Mais non il pleut ! Il pleut, il pleut... Je descends vers Rouen et je la vois sinistre comme dans une sombre apocalypse. Mais debout, droite, avec toute ses flèches et toutes ses tours qui déchirent le noir destin !... Oh belle toujours belle ! Ville des brumes et des eaux, ville d'?? engloutie, ville de rêve... éternelle ville !

Je ne sais pas si ce poème est une création du correspondant ou une copie faite pour la jolie Sylvie, je ne sais pas si le correspondant a réussi à emballer Sylvie mais ce que je sais c'est que, vu le nombre de lignes, il avait espéré faire plus long ! L'écriture est empruntée encore un peu de l'enfance mais a des cursives un rien grandiloquentes. L'adolescence doit être quelque part entre ses lignes. On comprend sans doute que l'analogie entre la ville et Sylvie a pu faire peur à la jeune fille !
On remarquera que la poésie n'est pas signée mais est bien dédiée à Sylvie tout en bas de la carte postale !
J'oublie de vous donner le nom de l'architecte de cette église Saint-Jeanne-d'Arc : il s'agit de Louis Arretche et notre ami Dominique Amouroux dans son excellent ouvrage consacré à l'architecte nous dit également que Henri Gaudin fut bien l'un des plus importants inventeurs du projet qui fut ensuite par trop... adapté aux exigences d'intégrations rouennaises pour rester poli.
On notera que les trois cartes postales nomment bien Monsieur Arretche mais oublient Monsieur Gaudin !

Louis Arretche, Collection In Folio
Dominique Amouroux
Carnets d'architecture, éditions du Patrimoine
isbn : 978-2-88474-185-9
20 euros, faites-vous plaisir !

mardi 7 février 2012

Jean Marty dans le sable.

Il y a des architectes que l'on croise régulièrement.
Ils ne sont pas des stars internationales, juste des architectes qui ont fait un travail que, par le programme de leurs constructions, nous sommes nombreux à arpenter. Il en va ainsi des stations de ski, des immeubles de bord de mer et des centres de vacances qui produisirent une quantité incroyable de correspondance et donc de cartes postales.
C'est le cas avec le centre de vacances de Seignosse-Penon par Jean Marty architecte. Il n'a pas démérité Monsieur Marty et même il a bien travaillé. Nous avons déjà beaucoup aimé le V.V.F de St-Jean-de-Monts ici ou ici mais je vous le redonne à voir tant il me semble l'une des plus surprenantes architectures-sculptures de bord de mer :



On le retrouve aussi sur cette vue d'avion par Artaud ou encore sur cette carte postale éditée par les V.V.F et qui nomme l'architecte.






un détail :


Mais regardez maintenant ce centre commercial de Seignosse le Penon par les éditions Rex :



Je sais que votre œil glissera sur les automobiles rangées là... et le photographe de cartes postales pourrait bien un jour nous dire l'intérêt de composer son image avec un premier plan aussi trivial ! Mais finalement on aime revoir Dauphine, R8, Ami 6, 404 Break, 4L, R16 ou DS. Mon œil glissera surtout sur la belle R10 gris métal qui me rappelle celle avec laquelle je fus jeune et insouciant... à pleine vitesse dans les virages en côtes.



Mais revenons à l'architecture et observons les très beaux volumes de ce centre commercial qui semble vouloir donner des pics montagneux à ce paysage de sable !



Et...



Difficile de bien lire l'architecture tant le cadrage est serré !
Pourtant on devine un jeu de terrasses, des volumes francs. Mais est-ce bien encore Monsieur Marty l'architecte ?

lundi 6 février 2012

absolument en direct du Cratère !


En direct Live (comme on dit aujourd'hui) et envoyé à l'instant même d'Alès par un correspondant anonyme mais qui sait filmer et voir la ville voici le théâtre du Cratère.
Toutes ressemblances avec des cartes postales vues ici sont volontaires !

un cratère moderne

Finalement on pourrait se demander comment juger une architecture depuis des images.
Qu'est-ce qui fait que, depuis ces cartons imprimés en offset, je peux aimer ou non un objet construit ?
Si je m'en tiens à l'exemple ci-dessous, je pourrais faire une liste :
- équilibre de la volumétrie générale
- articulation des volumes, leur "circulation"
- cohérence plastique des matériaux (rapprochements et oppositions plastiques : matité, brillance, coloration, sens du toucher sous l'œil, illusionnisme ignoré)
- leur modernité sans fard
- décoration subtile constituée directement dans la masse
- ouvertures parfaitement en harmonie avec la volumétrie
- géométrie abstraite mais générée par le programme
- finitions impeccables (vu ? d'ici...)
- classicisme tempéré jouant avec une modernité discrète mais appuyée

C'est déjà bien non ?

Alors le théâtre d'Alès (1972) sur ces cartes postales "La Cigogne" nous donne tout cela à voir... Ne nous manque que le nom de l'architecte qui n'est même pas nommé dans le site du théâtre du Cratère !
Je ne trouve sa trace que sur l'excellent site Archiguide qui nous apprend que P. Roux en serait l'architecte et que Alberto Cattani y aurait fait des transformations.
Pourtant devant mes cartes postales, sans être allé voir, sans même avoir circulé dans ses espaces, je le trouve beau ce théâtre. Dois-je me priver de ce jugement esthétique pour la raison simple mais finalement futile de ne pas y être allé ?



Détails des bas-reliefs moulés dans le béton :



dimanche 5 février 2012

poésie de façade

Plein de vues de Chanteloup-les-Vignes et de son ensemble "Les Pierreuses" par l'architecte Emile Aillaud par l'intermédiaire de deux cartes postales "La Cigogne".
Les images multiples étant par définition plus petites sur les cartes postales, nous aurons sans doute du mal à lire l'architecture d'Emile Aillaud. Mais finalement nous retiendrons comme le destinataire rêvé de ces cartes postales les portraits géants des poètes français qui remplissent les murs aveugles de l'architecture.
On peut voir cela ainsi et se mortifier que, de ces noms célèbres, ne reste finalement qu'une image pour des murs vides... On peut aussi, sans doute, se rappeler qu'à une époque l'intégration par tous les moyens des expressions artistiques (Peinture, Sculpture, Littérature, espace de jeux) faisait partie des programmes architecturaux dans un désir sans doute généreux de partage de ces connaissances.
Difficile de mesurer si la visibilité de la tête de Baudelaire donna envie aux habitants de Chanteloup-les-Vignes de lire ses poésies. Souvent réduits à des localisations simplifiées et plus... humaines, les noms des poètes servent surtout à s'orienter et à se différencier :
"J'habite à Baudelaire."
"On se retrouve à Rimbaud, passe prendre les gamins chez ma tante à Valéry."
"J'ai garé la deuche à Nerval."
Mais je ne veux pas paraître cynique. J'aime ces grands portraits, j'aime l'attention portée à ces espaces publics libres des autos. Et ces visages sévères que l'on doit à Fabio Rieti ont le mérite de n'avoir rien à vendre. Ils regardent les enfants jouer sur les places. Et qui sait, sans doute, tout de même, le visage adolescent de Rimbaud aura éveillé la curiosité de quelques-uns. Un seul, je dis bien un seul enfant qui aurait rencontré la poésie grâce à ces images serait la justification à les peindre et, aujourd'hui à les préserver.



La place de l'Eté Vert, au centre de la place du Pas, le Pied par le sculpteur L. Rieti.

Sur la place de la Coquille, les portraits de Gérard de Nerval et de Stéphane Mallarmé. On remarque une erreur d'attribution des portraits par l'éditeur qui a confondu Mallarmé avec Hugo !

ici Paul Valéry et Arthur Rimbaud :

Puis Charles Baudelaire et... Victor Hugo ! (sans barbe oui !) Les portraits sont des céramiques par Fabio Rieti.

deuxième carte :

le groupe scolaire Roland Dorgelès :

la Place du Pas :

les immeubles :

et à nouveau le groupe scolaire :


samedi 4 février 2012

A1

Une belle série de cartes postales pour un programme architectural certes modeste mais qui avait su à l'époque faire tout de même architecture : un restaurant d'autoroute.
On pensera à bon droit ce que l'on veut de ce genre de construction mais on se doit aussi d'admettre que ce genre modeste, édité et populaire mérite bien finalement qu'on s'attarde un peu sur ses qualités.
Nous allons donc visiter le restaurant Jacques Borel sur l'autoroute A1 qui est situé à Assevillers entre Paris et Lille. On notera tout de suite le nom de D. Maurandy et R. Fatus pour l'architecture et la décoration car l'éditeur "la Cigogne" nous les inscrit au verso. Nous avons déjà rencontré Monsieur Fatus ici.
Pause pipi :


Le photographe se colle contre la glissière de sécurité (sans son gilet jaune !) et vise la passerelle et le restaurant de loin pour l'inscrire dans sa plénitude dans le paysage plat de l'autoroute. Déjà on est sensible à la simplicité relative de la construction : un losange plié en son milieu forme le toit qui couvre le restaurant, et la passerelle est un prisme triangulaire d'une belle légèreté. Le nom et le logo Jacques Borel sont du plus bel effet sur cette passerelle et sont chargés de diriger les automobilistes vers la bonne sortie. On s'amusera des triangles produits par la perspective implacable qui jouent avec ceux de la construction. Presque depuis le point de fuite principal un camion surgit. Seul le cercle d'un panneau vu de dos nous bouche finalement ce point de fuite. Quelle image !


Pause café :


Nous voici sous la passerelle de l'autre côté de la chaussée. Là également les triangles composent l'image. La rampe de lampes dit bien la nécessité d'une visibilité de nuit. On s'interroge sur le vide entre le toit en losange et le plafond du restaurant... Une terrasse ?
Pause cigarette :


Oui je sais... superbe...
Il y a là une légèreté certaine, un traitement que l'on devine économique, fait de matériaux simples mais ici bien utilisés : des tôles, un peu de béton, et même de la brique. J'aurais aimé avoir une vue intérieure de la passerelle. Amusons-nous aussi du dessin sur la passerelle !
Pause Mars :


Sur cette multi-vues on retrouve bien la vue extérieure mais on s'intéressera surtout aux vues du restaurant :




Mon œil glissera en particulier sur les barres chocolatées dont je suis malheureusement trop friand (il y a même, je les reconnais, des Treets !) mais aussi sur le tourniquet à cartes postales dont on devine qu'il devait contenir celles-là mêmes que vous avez sous les yeux...



Mais vite, il faut reprendre la route, la Renault 10 s'est bien reposée, son réservoir est plein et dans les dents un morceau de cacahouète restera coincé jusqu'à l'arrivée à Lille. Pourtant je m'étais promis de ne pas céder aux Treets cette fois-ci !