jeudi 13 août 2009

Group Ludic, architecture pour jeux d'enfants

Il y a quelque temps, en évoquant Monsieur Häusermann, je vous montrais un ensemble de jeux pour enfants particulièrement beau.


Nous sommes au Logis du Clapet. Les boules sont suspendues au-dessus du sol sur des pilotis un peu frêles et la couleur interne doit procurer de belles sensations comme être à l'intérieur d'un globe oculaire.
Je n'avais pas réussi à trouver d'informations sur cet ensemble de jeux pour enfants jusqu'à ce que je trouve cela en faisant des recherches pour la Grande Motte.



La carte postale Yvon nous donne : la Grande Motte (Hérault) Group Ludic, au fond le petit train.
Voilà. Le Group(e) Ludic.
On reconnaît bien les même boules sauf que dans ce cas elles sont en demi-coques plastiques associées et bien lisses. Celles du Clapet devaient être en résine, plus rugueuses.
L'ensemble reste très beau et bien marqué dans son époque. Des petites architectures, des micro-cabanes que les enfants parcourent, habitent.
Le registre formel est celui de la capsule Spoutnik, de l'œuf, du cocon.
Mais comment diable cet enfant est-il arrivé sur le sommet de l'une des boules ?
Internet ne me donne que peu d'informations sur ce Group Ludic. Il semble qu'un article leur fut consacré dans Architecture d'Aujourd'hui. Je trouve les noms suivants : Group Ludic (David Roditi, Xavier de la Salle, Simon Koszel)
Étrangement en cherchant Simon Koszel je trouve ça et là on retrouve bien l'esprit et même les formes du Group Ludic. Mais quel lien entre Simon Koszel et Jacques Simon ?
En tout cas, on est parfaitement dans l'esprit d'un Land Art ludique dont on perçoit pleinement une poésie de l'espace laissé à la disposition du jeu de l'enfant et aussi de l'adulte.
L'espace du jeu doit offrir à la fois la qualité d'un encadrement et la liberté de l'inventer. Aujourd'hui, il semble que les normes européennes ont largement occupé cet espace infra-mince. Je me souviens d'un reportage ou des fabricants de jouets extérieurs italiens, français et allemands n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur la hauteur d'un garde-fou pour toboggan...
Aujourd'hui les marelles sont normées et dessinées d'avance dans les cours d'écoles. La bêtise.
Parfois les enfants et parfois les artistes avec peu de choses forment des espaces. Marc Hamandjian, sculpteur me parla un jour de ses maisons sous les tables.
Je m'amuse parfois aussi à quelques rapprochements.
Par exemple :

l'orée du bois, caravaning

Soursac (Corrèze) le village vacances 1999 éditions Artaud

Tadashi Kawamata, People's garden, Photo : Dirk Bleicher, Kassel Série 201 Documenta de Kassel 1992

Structures à minimum, qui ne semblent être dessinées que par leurs contours, images de l'abri mais à la réalité fragile dont l'imaginaire poursuit et achève la forme.
L'enfance est là. Les photographes préfèrent ces espaces vides ou peu occupés. On pourrait dire abandonnés.
Mais les adultes s'amusent aussi dans des volumes incontrôlables, les pieds se dérobent et les rires fusent.
Bagatelle, parc d'attraction Monachrome

Tiffany's Auzouville-sur-Saâne, éditions Kettler

Difficile d'habiter une forme mouvante.
Sauf peut-être, l'automobile.
Il faudra être attentif à ce Group Ludic, voir comment il a travaillé avec les architectes et poursuivre ainsi un autre type d'exploration de l'espace, celui qui est vécu de rien à 1,20m de hauteur !


mardi 11 août 2009

Plonk et Replonk


Parfois c'est simple.
Une image et vous comprenez que vous partagez si ce n'est les mêmes références au moins les mêmes imaginaires.
Lorsque j'ai vu cette carte postale, j'ai compris que je voyais là une réponse possible à la quête du Mont Analogue.
Bien évidemment on est loin de ce qu'on pourrait appeler une leçon philosophique, un chemin de vie dont Monsieur Daumal nous parle à grands renforts symboliques dans son livre mais le resserrement possible et l'humour concentré sur deux de mes points d'intérêts (le Mont Analogue et l'architecture) de cette carte postale ne peuvent que me réjouir.
Il y a une légère moquerie sur la tour de Monsieur Cossuta qui se termine bien par un pyramidion un peu ridicule, oui. Les lyonnais l'appellent le crayon. On ne sait pas pourquoi d'ailleurs un si parfait dessin de tour, car ce dessin est magnifique et d'un dynamisme incroyable, on ne sait pas donc, pourquoi l'architecte l'a chapeauté aussi laidement. Mais, ma fois, maintenant je le sais.
Il s'agit d'une petite montagne aux seuls yeux initiés visible.
Il s'agit du Mont Analogue.
Ce qui est bien avec le Mont Analogue, c'est que, comme pour l'île de Lost, la série américaine (remarquable) on peut déplacer à son gré la montagne et la voir là où l'on veut.
La carte postale est une édition Plonk et Replonk dans une série "Lyon ou les mystères de la Raison" à la reproduction interdite.
On lit également de travers sur la carte : "Les belles cartes postales conçues à 1000 mètres d'altitude".
Tout cela donne bougrement envie d'aller là : www.plonkreplonk.ch

J'en viens, difficile d'en revenir. C'est hilarant et suisse. Oui c'est possible.


lundi 10 août 2009

un rocher, un pic que dis-je un Mont Analogue



Cette merveille d'imitation est à Paris. Le rocher du zoo de Vincennes.
J'aime beaucoup cet objet architectural, il me rappelle les peintures italiennes primitives. Cimabue, Giotto, Mantegna et Uccello.
On s'attend à son pied à voir St Georges et le dragon. Il est aussi comme un décor d'un vieux film de Tarzan ou de King Kong.
Quelque chose dont l'artificialité fait signe. Il est LE rocher.
Pour moi, il est un Mont Analogue à l'ascension aisée et au symbolisme bétonné de tous ces rêves d'enfants venus le mirer.
Plus vrai que nature.
L'architecte est Monsieur Charles Letrosne.
Cette première carte postale est une édition Combier expédiée en 1959. Elle nous montre la belle entrée et la masse qui dépasse offrant déjà aux visiteurs un peu de la jungle africaine.
Les deux cartes postales qui suivent sont de très belles héliogravures de Draeger imprimeurs. Les meilleurs certainement (après Philippe Martin cela va sans dire !)




Pas de date, mais les enfants aux bérets, chaussettes mi-longues et espadrilles à lacets me font croire à la fin des années trente. Canotiers de paille en vue.
Devant les singes, apprendre les choses de la vie.
Les deux éléphants accordent parfaitement leurs courbes au monument fabriqué dans la même matière : une peau solide et sculptée.

deux tours

Sans aucun point commun, sans raison évidente, deux tours.
La première reste mystérieuse.


Je ne trouve rien sur elle et j'ai même du mal à la situer. Est-elle détruite ? N'a-t-elle pas résisté à l'arrivée de la démocratie en Espagne ? Franco bien affranchi fait encore en son verso le fanfaron. Jouissif de lui coller le tampon en pleine figure.
Mais revenons à Laredo. La torre de Laredo aux éditions Garcia Garrabella. Elle est belle cette tour avec toutes ses facettes et ses fenêtres en bandeaux. Au choix comme un filtre à air géant ou une ruche.
Que voit-on de là-haut ? On voit fuir la belle DS Citroën qui poursuit une Fiat 500. Et les poteaux électriques barbouillés de rouge, de noir de blanc... Pour quoi faire ?
S'agissait-il d'un hôtel de luxe, d'une auberge de jeunesse ?
Plus au nord.
Encore un peu plus. Le ciel est du même bleu pour cette tour.


Nous sommes à Ludwigshafen devant la tour des bureaux de la BASF. En 1960, Bernard expédie cette carte postale Kruger à Marcel. La balade en Allemagne est belle.
Et la tour superbe. Regardons comment elle se termine. Petit décrochement et retrait sous une belle visière fine. Puis un beau volume presque aveugle, comme un collage audacieux, le poste de pilotage d'un paquebot reprend le dessus.
Ce type de montage rend la grille régulière et froide des étages de bureaux bien plus intéressante et dynamique. Que cache donc ce dernier étage ? La cantine avec vue imprenable sur la ville ? Les bureaux bien plus chics de la direction ? Un laboratoire ultra-secret pour expérimenter des nouvelles bandes magnétiques sur lesquelles on enregistrera la voix de David Archuleta.
Les architectes seraient messieurs Hentrich, Petschnigg et partenaires en 1957 tout de même !


dimanche 9 août 2009

une demande de Benoît

Les abonnés de ce site savent que Benoît est un des lecteurs les plus actifs, toujours à l'affût d'une information, d'un commentaire, d'une image.
J'ai décidé de lui faire plaisir ce soir.
Dans un commentaire justement posté il y a peu il évoquait la ville de Wuppertal.
Je cherche donc et je trouve ça :



Cette carte postale nous montre l'une des attractions principales de cette ville fondée en 1929 par la réunion de plusieurs communes, son monorail.
Comme il doit être incroyable de découvrir ainsi une ville, suspendu en l'air dans un wagon !
Tout cela nous emmène chez Little Nemo, Jules Verne et autres fantaisies métalliques et poétiques.
Un beau bloc beige clair fait le décor derrière. La ville donne l'impression d'une grande banalité de ce point de vue et on comprend que le monorail soit l'objet de la photographie. Il coupe littéralement l'image par le milieu. J'aime le premier plan fait de voitures, caravane et hommes en imperméables et chapeaux mous.
Cette autre vue :


Une carte postale des éditions Max Biegel.
On se rapproche de l'engin et la ville derrière prend enfin des formes un peu plus modernes. On regardera bien l'immeuble à gauche avec sa façade curieuse.
Existe-t-il, dans une ville aussi marquée par son moyen de transport, des cartes postales où celui-ci n'apparaît pas ?
Bon dimanche Benoît.

Bruxelles magnifique

Cette fin de dimanche après-midi s'éternisait un peu sur une lecture un peu molle du pourtant magnifique catalogue de l'exposition consacrée à l'Atelier de Montrouge lorsque mon ordinateur m'informa de l'arrivée d'un nouveau message.
Ce message arrive de Belgique et me remercie pour mon blog.
Ça commence bien.
Puis m'indique en retour un site internet consacré à Bruxelles, celui des trente glorieuses.
Et là c'est un réveil forcé ! J'écarquille les yeux sur les constructions, les informations et la qualité graphique et photographique de l'ensemble.
C'est tout bonnement un beau voyage à Bruxelles !
Merci Pierre Bernard.
Alors je me suis plongé dans mes classeurs. Et il faut dire qu'à part l'exposition de 1958, je n'ai que peu de choses en comparaison avec la richesse du site.
Je vous propose cela :

Bruxelles, le centre international. Pas de nom d'éditeur ni d'architectes. Là c'est facile, grâce au site de notre ami belge on trouve non seulement le nom de l'architecte, Jacques Cuisinier mais aussi la même carte postale !
Je vous propose cette autre carte :



La place Rogier. On retrouve notre immeuble sur cette carte éditée par Thill.
Bruxelles se prend pour Manhattan. Finalement je trouve que l'architecture de la tour tient par l'enseigne Martini comme si elle était un immense socle brillant pour la publicité. Le volume a l'air plus complexe que ne le laisse croire le cliché.
Le paysage sur sa ligne d'horizon semble se couvrir de tels blocs de murs rideaux et on sent entre eux la ville plus basse.
Il me faudra être plus attentif maintenant à Bruxelles. Mais comment se fait-il, alors que la Belgique est si proche de ma Normandie, que je ne m'y rende pas plus souvent et que nos boîtes à chaussures ne contiennent pas plus de cartes postales de cette capitale ?
En attendant je rêve en me promenant par écran interposé à Bruxelles grâce à Pierre Bernard.

vendredi 7 août 2009

Jean de Mailly, trois constructions

Si les informations que j'ai glanées sont bonnes, deux, voire trois architectures de Monsieur Jean de Mailly.
Voici Sedan :


Les très jolies petites barres sont très bien dessinées. Regardez comme l'architecte a orienté les ouvertures en épi. Regardez la finesse des piliers et la belle facture de l'ensemble. Le grenier doit cacher derrière les fentes un séchoir pour le linge et les petites tourelles en béton lisse cachent soit une cage d'ascenseur (assez peu d'étages) soit une cheminée. La mono-pente du toit dynamise l'ensemble et les stores en bois produisent avec les alternances d'ouvertures et de fermetures un jeu de façade simple mais efficace.
C'est sobre mais très élégant, un rien austère mais bien moderne dans le goût de la reconstruction.
Cette carte postale Iris nous parle des blocs (sic) de l'Avenue du Général Leclerc.
Voici Puteaux :

C'est un peu plus compliqué. Des barres assez hautes sont accolées à des immeubles bas à deux étages dans des matériaux bien différents. Le raccord est étrange et on s'interroge sur ce que peuvent percevoir les personnes habitant au niveau de ce raccord. Le toit fait-il une terrasse ? Ou ont-il tout simplement leurs fenêtres qui s'ouvrent sur un toit plat ? Puis à nouveau au fond, de manière orthogonale un bâtiment aux balcons filants (coursives ?) vient se coller à l'ensemble... Et de trois!
On remarquera le bas de celui-ci décoré façon cinétique au pied du double escalier.
Quel drôle de plan tout de même... Y aurait-il quelque chose que le point de vue du photographe de ce quartier Bellini ne pouvait pas nous montrer ? Des cours intérieures, des terrasses paysagées ?
Imaginons que nous ouvrions la fenêtre ici, suivez mon doigt :


A notre gauche et sur plus de 11 étages une tour. Devant nous et sur toute notre droite une surface vide qui sert de toit à l'immeuble en dessous. Pas d'accès, sauf pour les pigeons et une vue (j'imagine) sur les conduites d'aération, ouvertures d'évacuation des fumées etc.
Certains habitants ont-ils enjambé la fenêtre pour profiter de manière un peu sauvage de cette terrasse ?
Suz qui est la correspondante et qui a coché d'une belle croix bleue au stylo bille le logement de son frère (17ème étage c'est précisé) ne nous dit rien de la vue de l'autre côté, ni de la belle verticalité du mur aveugle que souligne son signe. Par contre elle nous dit :
"... c'est affolant toutes ces constructions, aussi un jour je m'étais un peu égarée dans ce quartier à Bulding". C'est Suz qui fait la faute mais on ne lui en veut pas.
Elle date précisément son égarement le 18 juillet 1973 avec le même stylo bille bleu au verso de cette carte postale superbe Yvon imprimée par les Draeger (magnifiques imprimeurs).
La carte postale nous indique également que la tour derrière est la Tour Nobel. Cette tour est bien de Monsieur de Mailly. Mais ce quartier Bellini le doit-on également à cet architecte ?