samedi 16 mai 2009

Piet Blom, vous vous rappelez ?



Cette carte postale est vraiment passionnante.
D'abord par ce qu'elle représente : Panorama van de boomwoningen aan de Blaak (hetBlaakse Bos).
Oui... je sais.
Donc elle représente le programme d'habitations si extraordinaires à Rotterdam le Kubuswoming. Il faut que vous retourniez à l'article du 24 janvier 2009. J'étais très étonné de retomber à nouveau sur ces bâtiments dans mes fouilles sur les foires à tout.
On perçoit bien sur l'image comment l'ensemble s'insère dans la ville de Rotterdam qui me paraît bien alléchante.
On remarque également les deux typologies de cubes avec simplement une taille différente. Piet Blom a bien travaillé.
Mais le photographe de cette carte postale édition panejersberg lui...
Pourquoi en effet, avoir laissé au premier plan la rambarde de ce balcon ? Pourquoi ne pas avoir légèrement penché le corps par dessus et nous avoir ainsi offert une belle vue plongeante à la perspective ouverte sur le pont ?
J'avoue ne pas comprendre.
Avec ce point de vue décalé cette carte postale pourrait bien rejoindre les cartes postales de Martin Parr. Mais elle est tout sauf boring. 
Bien au contraire, elle rejoindra le classeur des cartes postales d'architectes (Piet Blom) et sera même, vu l'originalité des constructions, une de mes cartes postales préférées.


Port, Port, Candilis



Le nom de Monsieur Candilis a déjà été prononcé ici.
Voici à nouveau quelques images de ses réalisations.
D'abord une vue partielle du port de Port Leucate aux éditions Dino. On voit très bien les petites constructions cubiques aux toits pyramidaux qui semblent fragiles.


 On les retrouve dans l'ouvrage que l'architecte publia chez Karl Krämer : Recherches sur l'architecture de loisir.
Cet ouvrage regroupe dans une mise en page étonnante les réalisations et théories de l'architecte.
Légèreté, modularité et géométrie simple qui en découle, sont les qualités de l'architecture ici abordée. On sait aussi que l'influence de l'architecture de l'Afrique du Nord fut grande pour cet architecte. Les grilles des plans et le jeu souvent magnifique des formes s'imbriquant les unes dans les autres sont aussi la signature de son travail. Patios, balcons se mélangent habilement dans des constructions aux systèmes économiques mais qui n'abandonnent rien à un fonctionnalisme et une rigueur certainement nécessaire à ce type de programme.
 

Une carte postale aux éditions Audumares nous montre plusieurs vues de Port Leucate. J'avoue beaucoup aimer la fontaine...


Sur cette carte de Port Barcarès, on trouve d'étranges constructions en dômes blancs "Bora-Bora", sont-elles également de Monsieur Candilis ? Elles semblent pourtant en parfaite rupture avec le reste des constructions et ne figurent pas dans l'ouvrage. Alors ?







Mais voici une petite digression.
Ce petit camion porte sur son plateau une petite maison en plastique bien dans le goût de cette époque. La petite construction ressemble étrangement à celle décrite par Monsieur Candilis. S'agit-il d'une inspiration ? D'une évocation ou bien à l'echelle de la reproduction exacte d'une de ces petites constructions ?
Ce camion Majorette au 100ème est un Saviem, une série spéciale Port Leucate, Port Barcarès ?

Nous finirons avec cette carte postale de Port-Leucate aux éditions de France. Pas de mention de l'architecte ni même de la fonction du bâtiment pourtant d'une grande élégance avec ses auvents légers et sa transparence. là aussi, cette construction échappe à l'ouvrage de l'architecte. La carte postale fut expédiée en 1974.

lundi 11 mai 2009

pour Silvia

Il semble que l'Art Sacré moderne et contemporain soit vraiment un sujet qui passionne mes lecteurs.
Silvia m'a laissé un message très sympathique, alors je lui réponds avec ça :


 
J'ai cette carte postale depuis un moment dans ma collection, classeur "Vatican 2" et j'attendais je ne sais quelle occasion pour la publier. Eh bien voilà !
Si on peut faire plaisir à l'Espagne ! 
Peut-être que Silvia connait bien cette église et nous apportera toutes les précisions possibles.
En attendant la carte postale ediciones FISA nous indique que nous sommes à Gandia (Valencia) devant le port et l'église de " San Nicolas".
J'ai du mal à lire la date imprimée sur la joue gauche d'un Franco tout orange mais je dirais 1978 ce qui me semble un peu tard par rapport au dit Franco... Mais là aussi Silvia nous aidera. Mais au fait, la révolution "Vatican 2" a-t-elle passé la frontière espagnole et offert ici aussi de stupéfiantes églises modernes ?
Wikipedia me donne Gonzalo Echegaray y Comba et Eduardo Torroja Miret comme architectes avec une date de construction de 1962. Pourquoi pas ?
Eduardo Torroja Miret m'a l'air d'être très intéressant comme utilisateur du béton.
 A suivre...

dimanche 10 mai 2009

Tatooine, Tataouine

Georges Lucas a offert aux gens de ma génération l'occasion d'avoir leur main dans la main de leur père pour aller au cinéma voir "La Guerre des étoiles".
Ce cinéma vous le connaissez c'est celui d'Elbeuf, belle boîte de verre et de fer de Marcel Lods.
Le génie de Lucas fut son équipe et son sens de l'économie.
Un exemple remarquable pour ce qui concerne ce blog c'est la manière dont il a su mêler les influences, faire de lieux étrangers des lieux étranges.
On dit qu'à la recherche de décors pour la planète désertique sur laquelle Luke Skywalker fut élevé par son oncle, il aurait beaucoup aimé Matmata (Matmatha). Cette ville enterrée, faite de trous troglodytes habités, devient la ferme ou Luke jeune homme rêve de rejoindre la Rébellion. Le soir, les deux soleils se couchent sur l'horizon lointain.
En Tunisie, un seul soleil, très chaud et donc des gens qui vivent pour s'en protéger dans des trous aménagés. C'est une idée remarquable d'économie. Lucas en acceptant de filmer ici retourne l'idée du décor, Il ne construit pas ou peu mais aménage des trous d'autochtones ! Summum de l'étrangeté, j'entends pour nous enfants occidentaux, il suffira de quelques bouts de cartons et l'affaire est jouée. Une tempête de sable emportera le tout.
D'ailleurs il faudrait aller voir ces lieux. Ils doivent être nombreux les fans qui se rendent là-bas. Mais j'aimerais en savoir plus sur la manière dont on vit dans ce genre de lieu. Le toit c'est la rue, la place, et là ça nous rappelle quelqu'un... Mais je ne vois pas de pentes ici pour descendre dans les maisons mais des escaliers. Les cours sont donc à la fois très intimes et totalement ouvertes. J'imagine qu'il doit y avoir dans les familles des histoires drôles et des commérages générés par cette situation. Cela forme une ville bien loin de nos habitudes. De notre point de vue, homme debout sur le sol cette ville n'existe pas ! C'est un peu comme dans le métro soudain vous prenez conscience que vous êtes dans un tube, qu'il y en a un au-dessus et un en dessous avec des gens comme vous qui attendent. Voir le très beau film" les Gaspards" de Pierre Tchernia dans lequel des parisiens pour échapper à la vie moderne et frénétique décident d'investir les métros, galeries de carrières abandonnées et catacombes. Il me faudra le revoir.
On dit aussi que Georges Lucas à la recherche d'un nom pour cette planète se rappela du nom de Tataouine à proximité. Avec la fatigue, la chaleur et l'accent américain cela devint Tatooine...
Je me souviens de mon effarement lorsque j'appris que ce lieu existait réellement. A la fois l'envie d'y aller et une forme de déception, le génie n'avait pas tout inventé. Mais on peut aussi dire que c'est là son vrai génie.
Quand Marcel Lods, Pierre Tchernia et Georges Lucas se rencontrent, je crois que c'est autour de cartes postales !
Voici donc deux cartes postales de Matmata orthographiée ainsi au verso, il s'agit d'éditions Chaman à Tunis. Pas de date, donc difficile de savoir si Georges Lucas a pu en expédier de telles à sa famille !


Et quelques images du tournage et du film. Admirons la plongée du micro du perchiste !

Regardez comment avec une sculpture étrange servant à la culture "hydroponique" (sic) on fait d'un lieu réel une entité imaginaire...

l'équipe de tournage en pique-nique.

Luke Skywalker essaie de convaincre son oncle qu'il doit partir pour rejoindre la Rébellion. Est-il encore possible de se procurer la merveilleuse vaisselle blanche ?




les petites choses




Si on devait mesurer la popularité d'une architecture ou d'une manifestation par le nombre de cartes postales que l'on déniche dans les boîtes à chaussures, cagettes et boîtes à galettes bretonnes on pourrait facilement décerner un prix d'honneur à l'Expo 58 à Bruxelles.
Voici un nouvel exemple, peut-être un peu moins courru car sortant de la série officielle de l'exposition. Il s'agit du beau petit pavillon, place de Brouckère, un pavillon d'information. On le doit aux architectes messieurs Baucher, Blondel et Filippone.
La carte postale est une Bromophoto expédiée en 1963.
J'aime, vous le savez, ces toits ainsi constitués, les paraboloïdes hyperboliques... C'est comme à Royan mais tendu dans l'autre sens.
Puisqu'on évoque Royan, nous sommes tout près de La Palmyre et des Mathes. Voyez cette Chapelle Notre-Dame des Pins.

Voyez sa simplicité de cabane de boys-scouts. Voyez l'énorme autel en pierre et la nature tout autour et les petits sièges au premier plan. C'est étrange mais cela me touche. Bien sûr c'est le ciel et l'air de Royan mais cet édicule est d'une candeur désarmante et d'une vérité œcuménique au fond très chrétienne.
Un signe, un lieu défini par lui, des matériaux pris sur place, un espace qui prend sa fonction et je crois que nous sommes là finalement devant quelque chose qui nous parle des premiers temps du Christianisme. Oui touché.
Je le suis aussi par la pause du curé et des enfants de chœur un peu au loin, un peu timides, regardant le photographe. Ils nous laissent l'espace, nous attendent et je ferais bien là une pause.
La carte postale est une édition Artaud en Mexichrome.
Je ne trouve rien sur cette construction. Si dans nos lecteurs spécialisés en Art Sacré du Vingtième siècle, quelqu'un se souvient de ce moment gracieux qu'il nous informe vite ! sait-on jamais, derrière cette pyramide de rondins se cache peut-être un architecte, un sculpteur ayant offert là aux fidèles une bien jolie chapelle. Comme cela contraste avec Monsieur Gillet à Royan et Notre-Dame.
Monsieur Gillet repose sous sa voûte de béton pré-contraint. Quel heureux homme ! Mais finalement si j'avais à choisir, j'opterais bien moi pour ce morceau de terre sous le ciel de la Charente Maritime, je vous rassure le plus tard possible ... Il me faudra alors me faire baptiser.
Je pourrais le faire là :

Sanctuaire de Notre Dame de Rocciamelone par Emanuele Godone en 1959. J'arriverais avec ma décapotable italienne et le gravier gris croustillerait sous les pneus. Le curé me mettrait un peu d'eau bénite et fraîche sur la tête et je repartirais dans l'air tiède, les cheveux mouillés séchant grâce au vent violent dû à ma vitesse...
Oui bon là il faut que je me calme.
La carte postale est une édition Sacat en Fotocolor et la Riproduzione vietata ! Et celle-ci est volée sur internet, désolé vraiment désolé je suis.

vendredi 8 mai 2009

Qui la trouvera ?



Voyons...le modulor...voyons voyons...


Qui la trouvera la carte postale de la cantine de Marçon ?
Cette cantine dessinée par Wogenscky et le Corbusier.
Qui m'enverra cette merveille ?
Car j'ai visité les tourniquets du village pendant que les étudiants dessinaient la cantine. Et rien. Elle n'y est plus.
Pourtant elle est belle cette cantine, elle est classée, elle fonctionne.
Y aller un jour de classe à midi pétante pour voir les enfants courir sur la rampe et attendre à la porte que la cantinière leur ouvre.
Voir comment un petit bâtiment, presque discret est riche d'inventions et de qualités. Voir aussi le bonheur du maire de l'époque à nous raconter l'histoire avec passion. Voir cette petite ville nous recevoir gentiment.
85 000 repas, l'ancien maire nous a répété ce chiffre plusieurs fois, 85 000 repas sans incident.
Que des bons souvenirs.
Wogensky est venu, pas Le Corbusier. Wogenscky a quitté le Corbusier avec sous le bras la cantine à terminer.
C'est beau.
C'est un peu enfermé maintenant par des constructions récentes épouvantables et épouvantablement proches.
Mais elle est où cette carte postale ?

les pissotières ... dessinées par Le Corbusier !

le dessin du pilier de la rampe est une vraie réussite.
mobilier dessiné par Le Corbusier

les porte-manteaux dessiné par Le Corbusier

Ne pas oublier à Marçon, d'aller jeter un oeil au Club des jeunes du programme Mille Clubs. Je crois qu'il s'agit d'une édition " Ed-kit", voir l'article dans "les années ZUP" par Richard Monnier et Richard Klein aux éditions Picard.





la carte postale radieuse


Il y a des paysages que l'on aime parce qu'ils dévoilent dans leurs lignes des constructions qui les structurent.
Je viens de découvrir qu'il y a des paysages que j'aime parce que ces constructions y sont en creux, presque probables, à projeter.
Un de ces paysages est dans la Sarthe, entre Le Mans et Alençon. Des dizaines de fois je suis passé là sur la nationale qui coupe en deux le petit bourg, à peine un village. C'est le genre de lieu que l'on pense banal, multiplié et pour tout dire un peu ennuyeux surtout quand on l'emprunte pour se rendre au travail.
Il suffit de peu.
Et puis un jour, une plaquette de la région sur l'architecture vous indique que là le Corbusier, sous l'impulsion d'un drôle de zigue, Nobert Bézard a projeté une ferme radieuse dans les années trente. Oui.
Il est venu là, Le Corbusier, il a dessiné, parlé et rêvé que la campagne, elle aussi devait connaître la révolution moderne.
Il a dessiné des plans, fait des maquettes que Lucien Hervé a photographiées. Il a entretenu avec Nobert Bézard une correspondance et tous deux ont cru que oui la ferme radieuse un jour serait construite.
Finalement non. Rien, pas même un édicule que les plus furieux corbuséens viendraient honorer de leur visite et de leur admiration. Cela aurait pu s'éteindre, disparaître si un homme du village, de retour d'une vie parisienne ne décidait de s'installer là et de ranimer l'histoire, de la faire vivre.
Nicolas.
Et vivre de quelle manière !
Il écoute les gens du village, suit toutes les pistes et même les plus officielles celle de la Fondation et petit à petit donne la sensation étrange que cette ferme existe.
Il fait des maquettes, édite des cartes postales, crée une association nous invite avec nos étudiants à prendre la prairie et à y lancer des utopies, nous offre le café et le Jasnière.
Les fraises sont tièdes, les poules couvent et les étudiants dessinent.
On dirait le sud, le temps dure longtemps et la vie sûrement plus d'un million d'années et toujours en été.
Marie aide Nicolas et tous deux organisent "la quinzaine radieuse".


Voici le programme, (cliquez pour agrandir) voyez la belle ambition. Et allez-y. Rendez hommage à leur travail.
Pour plus d'informations sur l'Association Piacé le Radieux vous pouvez aussi cliquer là :
Parfois les cartes postales c'est radieux.


Cette autre  carte postale nous montre une céramique de Norbert Bézard qui aimait vraiment Le Corbusier. Voyez l'émail épais, le dessin brut et l'idée du motif.