samedi 10 décembre 2011

Aillaud color color

Aujourd'hui nous ne ferons pas de découverte mais nous tournerons encore un peu au pied des belles tours d'Emile Aillaud à Nanterre.
Il semble que la production de cartes postales concernant cette architecture soit bien fournie et que les photographes et éditeurs aient trouvé là un "spot" intéressant et certainement aussi un marché car cet ensemble de logements par le nombre de ses habitants suffit à lui seul à justifier l'édition de cartes postales.
Alors réjouissons-nous simplement une fois encore de la polychromie, de la forme, de la poésie de cette architecture qui tente de rivaliser, de s'arc-bouter au paysage et plus certainement même à l'inventer.
Voyons :

Dans un premier plan touffu, presque chargé, dont les verts se bouchent un peu d'ombres, on devine un jardin trop planté.
Surgissant d'un peu au loin mais tout de même avec vigueur, voici les tours de Monsieur Aillaud. Elles tentent dirait-on de faire le lien entre le ciel et la terre et on ne sait plus si les couleurs montent ou dégringolent.



La photographie est de J.-N Duchâteau, photographe chez Raymon et grand marcheur de banlieue parisienne. La carte postale est éditée en Raymoncolor.
A gauche on devine les constructions également polychromes de Monsieur Kalisz.



Voyons encore :


Plus serein, plus clair et aussi sans doute plus ennuyeux, le premier plan de cette carte postale Lyna en Lynacolor qui nomme l'architecte. Un petit parc au cercle fleuri, des constructions basses un peu ternes vues d'ici servent de promontoire, de socle à l'horizon hérissé des tours de Monsieur Aillaud. Pas de doute ici, c'est le bleu du ciel qui est visé, c'est l'ambition colorée des tours.



On admirera en effet, comment ici le blanc et le bleu se rassemblent pour tenter à la fois d'alléger les tours (désir de disparition ?) et les magnifier en faisant vibrer les tons. En fait, comme des nuages percés de fenêtres.
On reconnaîtra là le beau travail de Ralf Walter le photographe que nous commençons à bien suivre sur ce blog.
Il y a encore certainement d'autres très belles vues de ces tours, d'autres qui nous feront encore croire à la beauté de cette architecture.

jeudi 8 décembre 2011

Jean-Pierre Laporte designer par Karoll Audibert

Hier matin dans ma boîte aux lettres une grosse enveloppe mystérieuse et totalement inattendue.
A l'intérieur un livre, un bonnet de bain pour piscine Tournesol et une lettre d'un correspondant de moi inconnu.
Le correspondant :
Il s'appelle Karoll Audibert, vit à Montpellier, il est graphiste et trouve à juste raison que nous avons de nombreux points communs comme le goût de la photographie en relief (stéréoscopie et surtout pas "3D") les piscines Tournesol, le design et l'architecture. Même Antigone de Monsieur Bofill semble pouvoir nous rassembler, c'est dire !
Le livre :








Passionnant ! Il s'agit d'un très beau livre sur un designer pour ma part inconnu Jean-Pierre Laporte et sur sa production entre 1965 et 1975. Et on se régale ! Karoll Audibert son auteur, nous offre là une occasion unique je crois de reconsidérer ce travail avec un bel enthousiasme et une qualité éditoriale vraiment superbe qui va du travail de graphiste au choix des couleurs et aussi, et j'y suis sensible, des papiers. C'est l'exemple parfait qu'un travail acharné autour d'une œuvre peut produire un bel ouvrage. Les amoureux des années Pop et Seventies vont écarquiller les yeux d'envie ! (Suivez mon regard !)
J'ai évidemment cherché une correspondance avec des cartes postales mais je n'en ai pas encore trouvé. Cela viendra bien !
Le bonnet de bain :



Vous pouvez ainsi me voir, magnifiquement chapeauté, d'un bonnet pour la piscine orné d'une représentation d'une piscine Tournesol ! Mais où est mon maillot ?
Alors je remercie vivement Karoll Audibert pour cet envoi et je vous invite tous à vous procurer son bel ouvrage si vous vous intéressez au Design (et c'est le cas).
Pour ma part, il ne fait aucun doute qu'à ma future visite de Montpellier, j'irai rencontrer bonnet sur la tête Karoll Audibert !

65/75
Jean-Pierre Laporte
Dix ans de création
Karoll Audibert
éditions Edouard Edwards
isbn 978-2-7466-2357-6
octobre 2010

l'édition semble à petit tirage, dépêchez-vous ! Il n' y en aura peut-être pas pour tout le monde !
pour commander le livre :
pour découvrir le travail de Jean-Pierre Laporte :


mercredi 7 décembre 2011

les Tournesols dedans dehors

Il y avait bien longtemps que je ne vous avais montré des piscines Tournesol.
Voici trois nouveaux épisodes.
On fera vite car on commence à bien connaître cet étrange objet architectural que l'on doit à Monsieur Schoeller.
On s'amusera encore pourtant d'une sorte de séquence possible allant de la vision de loin vers l'intérieur puis vers le jardin avec pourtant trois piscines venant de trois lieux différents.



On commence d'un peu loin, perdu au milieu d'une végétation luxuriante laissant juste apparaître la piscine Tournesol de Raismes. On dirait que les extra-terrestres viennent de se poser et qu'on les surprend à l'atterrissage !
Les éditions Pierron ne nomment pas l'architecte et la carte postale n'est pas datée.
Depuis l'intérieur du vaisseau :



La carte postale Artaud nous montre bien la belle structure de la piscine de Chatelaillon et aussi les beaux ensembles des cabines et de l'accueil tout en plastique moulé.



N'oublions pas aussi cette qualité du traitement intérieur des piscines Tournesol. Ici l'image est pleine de vie. Une leçon de natation sans aucun doute sous l'œil avisé d'un public assis au bord du bassin. Le rai de lumière venant de la gauche nous indique que la piscine est en position entrouverte ce qui est confirmé par le petit croissant sur la structure en hauteur. Et ici Monsieur Schoeller est nommé comme architecte de Paris !
Prenons l'air :



Cette très belle carte postale, pleine de vie est une édition André. On regardera comment la pataugeoire reprend le cercle de la piscine dans ce très beau cadrage sur l'intérieur ouvert.


Le geste du garçon qui regarde le photographe et semble lui indiquer quelque chose (?) est aussi très rigolo. On remarque que la scène est bien animée également par le jeu des regards des adultes qui tantôt regardent l'enfant tantôt regardent le photographe. Tous savent que ce moment sera arrêté pour l'éternité photographique, dans un moment de conscience de l'image partagée.
On s'amusera aussi du joyeux bordel de serviettes et autres accessoires de bain éparpillés dans l'arrière plan !
Une très belle carte postale de la piscine Tournesol de Moirans expédiée en 1997.



lundi 5 décembre 2011

la fonction est oblique et le ciel est bleu.

On pourrait se contenter déjà d'une seule carte postale de l'église Sainte Bernadette du Banlay et s'étonner que, finalement, il puisse exister une telle carte postale de cette extraordinaire architecture.
Les fidèles de ce blog savent qu'ici on a déjà bien parlé de cette église à travers des cartes postales et autres documents et on connaît la passion (oui) qu'on porte à l'ouvrage.
Mais voilà qu'un détail, un rien, un geste atmosphérique, peut produire une nouvelle lecture d'une image.
Je viens de recevoir cette carte postale :



Et vous connaissiez déjà celle-ci :


Mais quoi me direz-vous ?
Eh bien le ciel.
Pourquoi l'éditeur de cette carte postale de l'une des églises les plus remarquables a-t-il jugé nécessaire de refaire le ciel ?


Pourquoi ainsi le nettoyer des nuages ? En quoi cet élément atmosphérique gêne-t-il la perfection de l'architecture ?
Pourtant le béton lui n'est pas retouché. La falsification du ciel, élément symbolique s'il en est pour Sainte Bernadette, ce bleu si Virginal, couleur de la Sainte Vierge se doit-il coûte que coûte d'être un aplat parfait pour découper le lieu de culte dans sa forme comme Matisse avec ses ciseaux découpait ses gouaches ?
Est-ce un signe du ciel ?
Le nuage serait l'image d'une faute à réparer, d'un péché à pardonner. Rien ne devrait entamer la montée au ciel de la parole prononcée ici.
Surtout, je crois pour l'éditeur qu'il faut qu'il fasse beau. Beau pour la visite, beau pour l'image. Il faut au moins qu'il fasse beau. Tout est dans ce au moins.
Pourtant Sainte Bernadette du Banlay est belle sous le bleu, sous le gris. Et lorsque l'eau de pluie dégouline sur ses flans c'est un peu comme des cascades grises qui ruissellent dans des grottes et dont malgré le voyage de l'eau dans la terre, on ne peut prendre en défaut la pureté.
Et voici que l'éditeur, dans les deux éditions successives n'a pas cru bon de corriger sa faute d'orthographe du nom de monsieur Virilio puisqu'il y ajoute un T final.
Une forme de Parent T.

dimanche 4 décembre 2011

arlequin 11

Il avait quitté le foyer des pupilles de Lille depuis juin dernier.
Il l'avait quitté sans regret depuis que son copain Antoine avait disparu. On lui avait proposé un emploi pour la construction de cette ville en banlieue parisienne et rien que le mot Paris, lui faisait peur et aussi envie.
Dans une minuscule valise de carton bouilli que lui avait donné la cantinière du foyer, valise qui était revenue seule d'Indochine, il avait rangé ses quelques vêtements un peu usés et petits et son bleu de travail déjà bien marqué par son apprentissage.
Il avait rangé également son rasoir tout neuf dont il se servait depuis très peu de temps.
Ça faisait rire la cantinière.
Elle fut d'ailleurs la dernière personne qu'il vit au travers de la vitre du car qui l'emportait vers Paris et cette silhouette de femme forte et triste agitant son bras lourd pour lui dire au-revoir serait la dernière image qu'il emporterait de Lille.



Il avait trouvé au foyer des jeunes de Sarcelles-Lochères un nouvel abri à sa jeune vie. Il n'avait pas eu beaucoup le temps de se rendre compte de la tranquillité dans sa chambre car le travail était omniprésent. Il bossait dur, ne relevait que rarement la tête pour voir le monde et la seule chose qui semblait le réjouir était de sentir la ville pousser sous ses pieds grâce, en partie, à son travail.
C'est sur ce chantier et sous la direction d'un jeune ingénieur en béton armé qu'il poursuivit son apprentissage du coffrage. Il devint vite indispensable sur le chantier, comprenant rapidement les difficultés techniques et comment les contourner. Il avait cette intelligence spatiale qui fait les grands coffreurs. Il aimait dans sa tête faire tourner une forme, la saisir presque et cela simplement en regardant un peu les plans mais surtout en écoutant l'architecte ou l'ingénieur lui expliquer la construction à venir.
Un jour même, on le présenta à Labourdette l'architecte en chef de Sarcelles.
Ses compétences grandissant, on lui proposa vite un autre travail cette fois à Epinay-sur-Seine et, à nouveau il avait rejoint un foyer des jeunes.



Il regarda à son arrivée le bâtiment et s'aperçut que naturellement il l'analysait, l'étudiait d'un point de vue constructif. Il sentait sa tête décrypter la construction, chercher les appuis comme s'il pouvait faire l'histoire du chantier dans une forme de film mental accéléré. Il comprit alors devant cette façade que certainement il pourrait sans doute avec un peu d'aide et de la volonté acquérir des connaissances plus grandes et pourquoi pas devenir chef de chantier. Il pouvait compter sur son ami le jeune ingénieur et sur la cantinière de Lille qui dans des lettres, continuait de l'encourager et surtout de l'aimer.
Il décida de s'inscrire aux cours du soir et d'acheter avec ses premiers salaires cette revue qu'il avait vue sous le bras de l'ingénieur : Architecture d'Aujourd'hui.

Sarcelles-Lochères
Foyer des jeunes
éditions Guy

Epinay-sur-Seine
Nouvelle Cité d'Orgemont
Foyer des jeunes
éditions Yvon
expédiée en 1967.


samedi 3 décembre 2011

Bagneux, mystérieux, jeux,

Voici une carte postale d'une grande qualité photographique sachant dans une certaine forme de dureté révéler un espace urbain et architectural original et... effrayant aussi, j'en conviens.


Nous sommes à Bagneux devant le terrain de jeux et la Tour 4. Les éditions Leconte ne nous en disent pas plus et je ne trouve pas de réponse claire pour attribuer à des architectes ces constructions dont on pourra avec un peu de recul s'apercevoir qu'ils ont, sans aucun doute, tenté ici une réalisation bien marquée par les formes et les idées de leur époque.
Mais, c'est certain que cette image dans son vide, dans son noir et blanc, dans la fermeture de l'horizon, dans sa minéralité et sa géométrie, offre d'abord un aspect anxiogène assez terrible.
Je crois que c'est surtout ce vide de vie, cette désertion encore plus grande de ce qui devrait être un lieu convivial, l'aire de jeux qui produit sur nous un effet étrange.
Comment se sortir de cette sensation ?
Faut-il en sortir ?
Le silence de cette image est immense. Son abandon semble total.
J'ai beau scruter, le compte-fil sous l'œil, je ne vois rien qui donne à penser qu'ici on habite, joue, cuisine, se rencontre. Même les arbres maigrelets semblent rétifs à la pousse.
Pourtant cette architecture, celle de la barre à droite, celle de la barre du fond, si on y regarde bien sont intéressantes.
D'abord à droite :



Une barre longue alimentée par des coursives épaisses et marquées d'un blanc fort strient et allongent le bâtiment. Le dernier étage offre une variante avec de grandes baies dont on a du mal à dire la fonction.
On sait que souvent la coursive, sorte de rue, fut promue comme un lieu de convivialité sociale, de rencontres par une distribution des habitants à la fois sur un extérieur ouvert et dans le même temps déjà partie intégrante de la construction. Aujourd'hui cette forme ouverte est décriée car... trop ouverte et donc, dans un contresens remarquable, ouverte à l'indésirable et fermée à son contrôle !
Dans une société où rien n'est apaisé, le privatif à double sas de portes blindées à codes, semble aujourd'hui la norme. Et on peut aussi le comprendre.



La barre ou Tour 4 au fond offre une façade à la grille alternant des ouvertures horizontales et verticales. Une fente verticale et vitrée doit protéger l'escalier ou l'ascenseur. On devine une façade lisse, sans aspérité. La rythmicité sans être exceptionnellement plastique ne manque pas de rigueur (trop ?)
Mais l'aire de jeux ainsi cernée distribue de petites formes frêles qui réalisent une sorte de partition faite de cercles, de carrés, de triangles dont les fonctions d'animations, de mouvement, ici sont totalement éteintes...





Et de ce contraste entre un lieu au grand nombre de logements et donc d'habitants et un espace de convivialité vide est le "ça" de cette image. Ce point focal fait de rien, de vide, d'attente est la beauté étrange de cette image : son objectivité photographique.
Un dimanche après-midi du mois d'août ?
Un matin morne de février ?
La guerre déclarée au loin et l'abandon des constructions ?
Une épidémie ravageuse ?
Une alerte au nuage radio-actif ?
Une bombe de la seconde guerre mondiale retrouvée dans un chantier proche ?
Un match de la coupe du monde de football à la télé ?
Le silence avant l'implosion des constructions ?
Une photographie nettoyée sous Photoshop par un artiste contemporain ?
Une misanthropie passagère du photographe des éditions Leconte ?
Vous choisirez votre option. Vous en inventerez une...

vendredi 2 décembre 2011

cité marine, coquillages et crustacés

Grâce à la vigilance sans faille de mon ami Dominique M. qui s'occupe bien plus de Guimard que de l'architecture contemporaine, j'ai pu faire l'acquisition de cette carte postale assez incroyable :


Regardons bien.
Dans une sorte de crique, d'anse méditerranéenne, viennent se croiser deux architectes absolument étonnants.
D'abord le photographe des éditions Mar (éditeur niçois) pose au premier plan, en contrebas ceci :






Oui !
Vous avez bien vu !
Il s'agit de la villa dessinée par Antti Lovag ! C'est vrai que de là on devine plus qu'on ne voit mais tout de même on se régale de voir sur une carte postale l'une des constructions les plus surprenantes de cette deuxième moitié du 20ème siècle.
Il y a même pour finir de nous réjouir une DS Citroën Break sur le parking, comme si Marc Hamandjian venait là en visite...
Mais continuons, sur le tapis de la suspension oléopneumatique, de faire la route et regardons au loin, en face, cette cité marine de Port la Galère :



Accrochée à la rocaille, la cité marine joue aux concrétions naturelles. On doit cette bizarrerie architecturale à un autre architecte curieux et étrange : Jacques Couelle !




Sur cette autre carte postale (édition Gilletta, 1974), je retrouve la Cité Marine de Port La Galère, seule cette fois. On devine un peu mieux les formes étranges et sculpturales. Dominique Amouroux dans son Guide d'architecture contemporaine en France sait ne pas être tendre... Pourtant pour une autre réalisation de Jacques Couelle à Castellaras-le-Neuf, il semble qu'il soit bien plus convaincu. Serait-ce qu'au delà des questions constructives, et pour cette réalisation, Jacques Couelle aurait été aidé par... Antti Lovag !




Je vous donne en prime une partie de l'article paru en 1978 dans Architecture d'Aujourd'hui, article écrit par Pierre Joly avec ses photographies et celles de Vera Cardot. Quand c'est beau, c'est beau !
Remercions donc encore Dominique M. du Cercle Guimard et pour ce faire, faites-vous plaisir et jetez un œil sur le site, vous allez aimer et puis finalement Guimard le végétal n'est pas si loin de Couelle et Lovag les grotesques (au sens rocailleux du terme !)