mercredi 12 octobre 2011

Gropius Berlin train

Un peu pour affirmer qu'il existe des modèles qui s'opposent au dernier message vu sur ce blog, je vous propose un exemple de logements collectifs réalisés par l'une des icônes de l'architecture du XXème siècle : Gropius.
Nous sommes dans le quartier Hansaviertel que nous avons déjà un peu visité sur ce blog mais voici une nouvelle carte postale fort belle :


Cette carte postale est à l'origine une photographie de Carl Höfer et il s'agit d'une édition Bln.
Datée de 1957 avec un tampon du Interbau Berlin, elle nous montre la très belle barre réalisée par Gropius dans le cadre de ce concours de logements à Berlin.
Les architectes sont nommés : Gropius et Ebert mais ce qui est amusant c'est que Gropius l'est comme architecte... américain !
Bien au-delà du très beau bâtiment, même si mon préféré à Hansaviertel reste le très chic immeuble de Pierre Vago, c'est l'ambiance avec ce petit train qui promène dans le quartier les visiteurs venus admirer la fine fleur de l'architecture mondiale.




Lors de notre visite du quartier nous n'avons pas eu la chance d'être ainsi promenés mais nos pieds ont fait l'affaire !







mardi 11 octobre 2011

un modèle français : malheureusement ?

Voici trois cartes postales de "grands ensembles" :







On pourrait rapidement en regardant ces trois images se dire qu'il s'agit du même endroit, du même architecte, du même projet.
On n'aurait finalement pas tort sur le projet sans doute : du logement social, un quartier avec son centre commercial, sa galerie marchande, son parking.
Pour le reste...
La première :
Nous sommes à Lyon la Duchère (le plateau). La carte postale Trollet date de 1964 et ne nous indique pas le nom des architectes François Régis Cottin et Frank Grimal. On devine au fond assez majesteuse une barre franche et puissante à la grille très déterminée. Le cliché est absolument superbe, le document rare.
On perçoit en bas de l'image que le chantier se termine et le centre commercial prend la mesure de sa modestie face à la barre. Une sorte de fragilité l'oppose à la masse.
La seconde :
Nous sommes cette fois à Nancy dans le célèbre Haut-du-Lièvre grâce à une carte postale La Cigogne sans date.
Depuis une légère hauteur on vise là aussi la petite galerie commerciale qui s'aligne et se fait déborder par la barre qui n'en finit plus de toucher l'horizon. Certainement l'un des plus célèbres monstres de l'architecture française du logement social, une forme d'apothéose inouïe et aujourd'hui décriée. Aujourd'hui seulement ?
Bernard Zehrfuss qui en est l'architecte a fait ici une œuvre sévère, rigide, presque dédaigneuse. Difficile maintenant de soutenir une telle âpreté même en se réfugiant derrière un classicisme un ordre, une composition.
Pourtant... je sais que je cède facilement à la fascination d'une telle puissance. Ma fascination ne m'oblige pas à y vivre !
Je balancerai donc toujours entre une irrépressible admiration et une inquiétude face à une pensée qui forge une telle forme d'habitat.
Et son abstraction tombant comme un jugement de valeur sur l'habitant est une question difficile. C'est la limite atteinte par l'architecte qui "ordonne" plus qu'il ne construit. On pourrait aimer le Haut-du-Lièvre comme on aime Vauban. Sans défense, sans son programme, juste pour une géométrie paysagère qui n'oblige justement aucun corps à s'y immobiliser. Le plus beau mur du monde...
La troisième :
La cité de la Tour à la Courneuve, rue Renoir...
Je ris de Renoir venant peindre là, trop tendre sans doute, trop mou.
Il faudrait un peintre plus sec, cernant de noir, tirant à la ligne et apposant les aplats comme des coups de couteau.
Mais cette carte postale Yvon n'a pas besoin de peintre. Elle dit tout, d'un coup de noir et blanc colorisé. Elle dit l'architecture qui pousse sur des chemins de grue, qui suit à l'infini les parallèles, qui ne finit que par manque de crédits, d'habitants, d'ambition urbaine.
J'imagine encore et encore les traits au tubulaire sur les règles des apprentis architectes. J'imagine la rationalisation parfaite comme une forme d'hygiène de vie, une pensée toute tournée vers l'élimination des différences parce que le moule de béton ne supporte pas le débord. Alors la vie doit suivre.
Reste une image que j'ose trouver superbe encore, sans doute (et c'est aussi là mon incorrigible défaut) parce que vide... Je rêve de l'espace inscrit sur la dalle qui fait le toit du centre commercial, je rêve de cette géométrie une fois de plus dure et parfaite. Et je me pose la question de son inutilité urbaine, de ce désert construit sans objet, sans raison, sans promenade. Cet aplat d'architecture me fait jubiler, m'emmène dans un imaginaire de solitude, tranquille. C'est, je vous l'accorde, effrayant mais cela me rassure aussi.
Mais je visite plus facilement mes images ayant compris depuis peu que le réel a comme force la déception. Et c'est une force habile qui vous prend sur un refrain de nostalgie, de rêves oubliés, d'utopies encore adorées.
Que faut-il donc penser de ces lieux ?
Je veux m'autoriser à les trouver beaux, indéniablement monstrueux et inaccessibles.
Non pas que je ne puisse pas les voir, mais je ne les vis pas. Ils sont finalement pour moi bien plus comme des sculptures, des pleins, des vides. Et cette dimension sociale, cette exactitude de l'expérience doivent aussi admettre que nous sommes nombreux à les nier pour nous réjouir en toute innocence mais dans un luxe insultant des images bien plus que du réel.

lundi 10 octobre 2011

le Sillon de Bretagne

Ici on aime les paysages construits, les collines artificielles, les fractures habitées.
On aime la démesure (souvent très calculée), on aime les géants bâtards oscillant entre monstre sans tête et Sisyphe épuisé.
On aime mieux la désintégration que l'intégration.
Alors :


Le Sillon de Bretagne à Nantes fait parfaitement l'affaire.
Sa taille, son ambition au-delà sans doute d'une raison architecturale en fait une sorte d'objet dont on se dit qu'il fut incontrôlé, débordant, autonome.
Son isolement dans le paysage fait de lui LE paysage. Il fabrique ses pentes, son horizon, sans laisser d'autre choix que de lever la tête pour le contempler, obligeant à une forme de soumission du regard.
Il est fort.



Sur cette carte postale La Cigogne par Gallon photographe on perçoit l'escalier géant bouffant presque totalement le ciel. Sur une ouverture au 21ème étage un point au stylo-bille vient situer la vie d'un habitant. Et même si d'un point de vue topographique, il est difficile depuis un sillon de voir un horizon, il est certain que depuis cette hauteur brutale cet habitant profite d'un dégagement ouvert. Un peu, presque comme ce qui suit mais de moins haut :


Cette carte postale Artaud nous montre bien le Sillon de Bretagne qui tente de fuir, de s'étendre dans son paysage. On sent qu'il pourrait ainsi poursuivre sa progression, croître encore et encore comme un projet de Superstudio (Continuous Monument), une architecture sans fin laissant autour d'elle un paysage intact.



On le voudrait seul ce sillon, seul progressant à l'infini sans les accessoires du centre commercial, du parking et des pavillons.
Il serait alors un être vivant, une forme de grappe poussant sans cesse, un lierre géant à la fois parasite et circulation organique.
Sur cette carte postale on nous donne les architectes : messieurs Maeder, Parois, Boquien et Ganuchaud.

dimanche 9 octobre 2011

Berlin Nounours Rose

Voici deux cartes postales de Berlin offertes par Rose.
Merci Rose.
On y voit Berlin en multivues, Berlin de l'Est, Berlin moderne.
La première :



Au dos, cette carte postale Bild und Heimat nous donne les indications suivantes : Autotunnel am Alexanderplatz, Interhotel "Stadt Berlin" et Hans-Beimler Strasse.
Si on en croit ce site les architectes de l'hôtel seraient messieurs Roland Korn, Heinz Scharlipp et Hans-Erich Bogatzky. La carte postale est expédiée après la chute du mur en 1990 et le photographe qui a fait les images est Mohr de Berlin.
La seconde :



Toujours à l'est et du même éditeur et respirant encore la joie de vivre, cette carte postale nous indique : Leipziger Strasse, Spittelmarkt Blick über die Gertraudenbrücke zur Leipziger Strasse.
On est une nouvelle fois dans une typologie bien marquée de la carte postale est-allemande tant dans le choix des immeubles, leur architecture et le graphisme vert d'eau un rien... gai.
Mais ce qui rend ces deux cartes plus intéressantes et au moins plus particulières c'est leur verso à toutes deux !
Voyez !



Au dos nous pouvons voir de magnifiques photos de Nounours en peluche découpées dans un magazine et adressées à la rédaction du journal Bummi sans doute pour un concours ou un tirage au sort.
C'est trop mimi comme on dit aujourd'hui.
Alors je crois que ni Christin ni André n'ont gagné et je les imagine attendant le facteur en vain dans la jeune Allemagne réunifiée.
Vingt plus tard est-ce que André Zehrendt et Christin Rolse ont toujours dans le cœur cet espoir un peu fou de voir Bummi leur répondre ?


samedi 8 octobre 2011

votre blog au Maroc

Je suis de retour du Maroc, de Marrakech exactement, où j'étais invité par l'artiste Nicolas Moulin qui y est en résidence, pour faire une conférence sur l'architecture contemporaine et les cartes postales.
Je me suis donc essentiellement appuyé sur ce blog pour réaliser cette conférence qui dura... 2 heures !
Et encore, j'ai dû me retenir...
Il est temps maintenant de remercier Nicolas Moulin pour cette invitation exceptionnelle et de remercier également tout le personnel de la Résidence Dar al Ma' mûm pour son accueil, sa gentillesse. Je souhaite une pleine réussite à ce projet de résidences d'artistes au Maroc, projet ambitieux et humaniste.
Mais je sais que vous attendez de ce séjour des images. Je vais donc plus particulièrement vous parler de Casablanca que j'ai pu visiter un peu rapidement un après-midi.
On sait l'importance de cette ville pour l'architecture moderne, pour l'urbanisme et souvent on dit de cette ville qu'elle est un laboratoire. L'association Casamémoire fait d'ailleurs beaucoup pour la lisibilité et la défense de cette héritage superbe et c'est grâce à leur site que j'ai pu en partie découvrir et aimer la ville. Merci à eux.
Je dois dire d'emblée et sans recul que l'impression première de cette ville est pour moi un rien dure.
Je m'explique : La ville offre certes encore ces édifices dans leur globalité mais l'état des constructions est parfois vraiment difficile à concilier avec un rêve d'images qui est mon défaut et ma limite.
Et, même si je sais ma faiblesse à préférer le refuge des images à une réalité vivante et animée, il reste toujours cette incroyable force de sentir son corps mesurer les espaces, les parcourir, et les reconnaître. C'est encore une expérience palpitante et c'est ce qui compte au-delà de tout le reste.
Et le peuple marocain est souriant, accueillant et plein d'une énergie qui s'exprime notamment dans son art contemporain.
L'autre joie du Maroc c'est d'avoir retrouvé un ami : Olivier.
Un ami qui fut étudiant avec moi aux Beaux-Arts de Rouen et qui aujourd'hui vit au Maroc. Il m'a fait visiter en partie Rabat, Marrakech et Casablanca. Je fus très ému de le revoir et cette émotion passe au travers elle aussi des images, des sensations, des espaces car elle les charge d'un regard bien plus pointu et personnel.
J'ai donc levé la tête pour voir des architectures et baissé la tête pour trouver avec Olivier un tas de cartes postales anciennes vendues sur un tapis par un monsieur qui avait nommé son petit stand Casablanca Archives...
Je vous propose quelques-unes de ces cartes postales et quelques-unes de mes photographies.
Vous verrez que parfois ces cartes postales anciennes ont bien vécu et finalement dans leur état un rien passé elles évoquent bien l'état des constructions de Casablanca comme si dans le même temps les images s'étaient usées comme les façades. Figées dans un idéal de l'image mais vivantes et fragiles dans la réalité de la vie.


Casablanca, boulevard de Lorraine et place des Alliés, pas d'éditeur, pas de date.


Casablanca, avenue Jean-Courtin (Maarif) édition la Cigogne, pas de date.


Casablanca, vue vers les Bâtiments Municipaux et le Port, CAP éditeur
On remarque que le bâtiment au premier plan est en construction.


Casablanca, immeuble Liberté vu du Boulevard de Londres,
l'une des icônes de la Casablanca moderne par Morandi architecte.


Casablanca, le carrefour Mers-Sultan, photo Flandrin, pas de date.


Casablanca, entrée de l'avenue du Général Drude, photo Flandrin, pas de date.


Casablanca, rue Galliéni, Real-photo éditeur, pas de date.


Casablanca, cap 187, Place de France et boulevard du 4ème zouaves, Cap éditeur.


Maroc Infini-Casablanca, avenue de l'Armée Royal, Createc éditeur datée de... 1984 !
On voit sur ce détail l'immeuble et le bureau d'Olivier.


Et maintenant une vraie promenade dans le réel de la ville :



Au détour d'une construction en mauvais état, un chef-d'œuvre remarquable, le stade :




Une curiosité digne de Las Vegas !


Autre merveille, le puissant et sculptural tri postal :



Le dôme de Zevaco malheureusement bien triste aujourd'hui sans ses pans de couleur...



La cathédrale de Monsieur Tournon architecte, fermée au moment de ma visite :






Pourquoi se priver du plaisir d'une façade dorée ?






On retrouve presque le point de vue de ces cartes postales :