dimanche 27 décembre 2009

Théâtre 71

D'un grand éditeur de cartes postales de la banlieue, Raymon, voici une carte de la place du 11 novembre à Malakoff :


Un peu mal imprimée, un peu mal photographiée, cette carte nous propose une ambiance bien marquée par les automobiles (toujours) et par sa fontaine.
Le bâtiment moderne avec sa visière relevée est le Théâtre 71 qui aurait été dessiné par Lana et Rozen architectes.
Je ne trouve rien d'autre que ces noms.
Les halles que l'on voit à droite n'existent plus, remplacées par des modernes et le théâtre est accolé à la mairie de Malakoff.
Une fois de plus le point de vue sur le jet d'eau semble vouloir apporter une touche de gaieté et de luxe à un coin de ville dont finalement on voit peu de chose.
Les voitures cernent et ferment l'image en son milieu.
Trois personnes discutent autour d'une 2cv et d'une Renault 8. Sont-ils des membres d'une troupe de marionnettes venant faire un spectacle ici ?
Je ne sais pas pourquoi mais j'ai une impression bizarre très post-68 sur cette image, quelque chose à la fois joyeux et pathétique, minable et superbe.
Et les images d'une troupe de théâtre dans un film avec Miou-Miou me reviennent.
Elle est, je crois dans ce film, une jeune commissaire désabusée rencontrant une troupe de théâtre d'avant-garde un peu dépassée dans une banlieue noire et sombre du nord de la France il me semble.
Quelque chose des illusions perdues et de la mise en avant de l'action avant le rêve : un peu ... déplaisant.
Alors au-delà de l'image il y a toujours cette capacité à construire soit du récit soit de la projection (toutes projections).
Une couleur, la dégradation d'une trame, un coin de bâtiment et un détail vestimentaire fabriquent des images, en retrouvent d'autres dans un jeu incroyable mêlant la mémoire et l'imagination pour former à nouveau récits et images.
Mais ce goût au fond de la gorge est d'une force surprenante et surtout incontrôlable. Ça vient un point c'est tout et il faut alors fil à fil retrouver la chaîne concaténée (je connais ce mot depuis 3 semaines) des événements et de l'imaginaire pour admettre qu'il est impossible de partir d'un blanc total et de croire en la virginité des images. Non seulement il ne faut pas lutter contre cette chute dans le chaos des sensations revenantes mais au contraire se jouer d'elles comme autant de preuves d'un éveil jouissif et inventif, d'une salle de cinéma aux projections permanentes logée dans le corps.



Alors je m'autorise à penser que oui, les trois hommes sont des comédiens, qu'ils discutent du décor qui n'est pas terminé et que de toute façon depuis que José a quitté la troupe il faut l'admettre tout semble s'effilocher.
L'un parle d'un retour sur Montpellier pour un poste d'enseignant-remplaçant, l'autre finalement de faire ce voyage vers la Pologne de ses aînés et le troisième évoque Marie, la jeune stagiaire du pôle culturel qu'il a rencontrée hier.
Demain soir après le spectacle, on abandonnera le décor pour le centre aéré. La troupe se diluera dans les transports en commun, les périphériques et les trains vers la province.
L'hiver suivant le jet d'eau se brisera sous le gel d'un hiver rigoureux et le maire décidera au conseil municipal de le supprimer.
Mais toujours et encore dans le théâtre 71 de Malakoff des espoirs et des réalités oniriques de marionnettes continueront à fendre les paupières d'enfants de la ville.


jeudi 24 décembre 2009

la nuit c'est positif

Les éditeurs de cartes postales ont vraiment tout essayé pour vendre des clichés.
Nous avons vu ici déjà l'inversion droite gauche d'une image, je vous en propose une bien plus insolite et surtout bien plus volontaire.
Quand un photographe doit partir à la nuit tombée pour faire des photographies d'une ville, il n'a sans doute pas toujours le courage de sortir la voiture, charger l'appareil d'une pellicule sensible et d'attendre devant son pied photo le temps de pose long de la prise de vue.
Et parfois dans la lumière rouge du laboratoire ce n'est même pas concluant. Alors...





Oui vous avez bien vu.
Trois cartes postales de Royan chez Mery-Royan qui nous mentent en nous disant qu'il s'agit de vues de nuit de la plus belle ville du monde.
Mes amis photographes et cinéphiles auront compris le subterfuge d'une nuit américaine faite non pas de la fermeture de quelques "diaf" de l'objectif mais simplement de l'édition du négatif !
C'est malin !
Alors cela peut marcher pour les bâtiments même si la lumière est un peu dure mais pour les personnes cela devient très cosmique ! Ils irradient de lumière !
Comme un redresseur de tort, je m'autorise à remettre tout cela à l'endroit, c'est-à-dire de jour et hop !




Avec ce retour à l'ordre (ordre du jour !) on perçoit bien que les clichés furent durcis pour accentuer l'effet car les demi-teintes sont bien brûlées.
Comme pied de nez à ces filous, je vous propose cela :


Une "véritable" vue de jour de l'église de Royan, d'un beau béton bleu qui aurait certainement plu à Monsieur Gillet son architecte. C'est beau non ?
Mais je redresse immédiatement :


Nous sommes bien de nuit cette fois et le photographe Rick-Fot a su aller sur place pour ce beau cliché en Elcécolor (couleurs naturelles !)
Finalement j'aime bien la nuit négative et le jour négatif.

mercredi 23 décembre 2009

j'ai mis une croix



C'est bien calme et le pêcheur bien couvert tâte le goujon.
Le petit étang joue au grand espace, à la montagne, au monde sauvage.
Les pierres posées là par les pelleteuses parisiennes se sont recouvertes de mousse et de lichen comme partout ailleurs et laissent croire à leur pérennité.
Un club de pêcheurs aura jeté là quelques alevins frétillants.
Les gamins passent parfois là sur le chemin de bitume rose et mi-amusés mi-sérieux demandent si ça mord.
Oui ça mord.



Quand on se promène au bord de l'eau, comme tout est beau.
Les tours neuves des Ulis se prolongent à l'exact dans le reflet de ce que la carte postale ose nommer le lac.
A peine une onde soulevée par la bise du matin frais.
Pourtant une croix brutale et appuyée grave un mur des tours. C'est Marcelle qui souhaite à papa que sa diarrhée aille mieux...
Oui.



Pour en savoir un peu plus sur les Ulis, tout en ne sachant pas bien qui a dessiné les tours, allez ici.

hier, l'Espagne jour et nuit

Hier j'avais décidé de vous montrer ça :

édition RCJ

un détail

Nous sommes à la Playa de Aro sur la Costa Brava en 1973.
J'avais aimé tout de suite cette carte postale qui allie un bâtiment superbe au coin de la rue, une ambiance jour et nuit juxtaposée et un logo de bar le Aro's superbe.
Mais hier j'étais déçu.
Impossible de trouver quoi que ce soit sur cette construction qui pourtant est remarquable. La vue satellite nous laisse mieux comprendre la complexité du volume et sa richesse.
Mais pourquoi est-il si souvent difficile de trouver les noms des architectes espagnols ?
Je n'ai que rarement de difficultés à trouver des informations sur l'Allemagne ou l'Italie mais l'Espagne...
Pourtant, il y a là une particularité, une originalité qui ne peut être anonyme...
Alors de dépit, hier, je n'ai rien publié.
Aujourd'hui vous voyez. Et certainement qu'un ou une fidèle lectrice, lecteur espagnol viendra à mon secours.
Google Earth nous permet aussi de constater une transformation de la façade.
N'auriez-vous pas envie là, sous l'ombre des pins, à l'écoute d'une radio grésillante, de boire un verre en rêvant aux Torres Blancas de Madrid ?




tous les balcons

Voici longtemps que mon œil glisse sur cette carte postale de Strasbourg-Meinau :

Si toutes les cartes postales avaient cette qualité...
Nous sommes plus précisément à la Cité de la Canardière, dans l'allée Schach.
Les pieds sur la plate-bande pas encore plantée le photographe dessine une belle perspective laissant bien filer le bâtiment à sa gauche et installant à jamais les deux dames dans la limite du cadre. Un pied chaussé n'a pas eu de chance et seul dépasse.
Il vient juste de pleuvoir, les flaques nous le disent mais sans trop de gravité car déjà la petite fille accroupie joue avec la limite de l'ombre et du soleil. Elle est surveillée par les deux dames en blouse.



Puis le trottoir ensoleillé où se garent les autos. Beaucoup de 403 Peugeot, une 4Cv Renault et tutti quanti.
Les arbustes bien maigrelets doivent aujourd'hui donner beaucoup d'ombre et faire une belle allée ombragée.
En face une tour un peu courte et pataude offre une dégringolade de balcons sur lesquels les habitants font sécher leur linge, rangent les vélos, jardinent des barquettes de géranium.
Tous les balcons :






Aujourd'hui l'Allée Schach s'appelle Avenue de Normandie...
Et les balcons sont toujours pleins des indispensables encombrants. Et les platanes, oui, ont grandi et dans l'avenue vide les nouvelles autos s'accrochent toujours au trottoir. Des peintures pastel croient réjouir les volumes.
Qui a connu ce changement de nom de rue et a vu son adresse se transformer ainsi en continuant d'y habiter aujourd'hui encore ?
Il y a bien quarante ans maintenant...

La carte postale est une édition La Cigogne en photographie véritable, non datée et non expédiée.

lundi 21 décembre 2009

le marché de Royan colorisé

Il m'est heureux de vous présenter deux nouvelles arrivées dans ma collection.
Elle rejoindront le classeur Royan aux pages "Marché".

éditions artistiques-Marceau Carrière, sans date.

Commençons par un point de vue assez habituel, d'un peu haut et permettant de bien saisir la forme de ce chef-d'oeuvre.
C'est animé et les aplats de couleurs donnent à tout cela un air de fête. On remarque que les autos viennent encore se garer au pied du bâtiment, chose qui ne durera pas longtemps. Cela permet de dire qu'il s'agit d'une des toutes premières cartes postales du nouveau marché.
Là deux traction avant.
La blancheur est bien forte, presque dure et dessine à merveille les courbes du béton.
passons à un point de vue très rare :



D'un peu en retrait et au niveau du sol le photographe anime la vue avec les automobiles de l'époque. Mais diable, pourquoi au premier plan ce morceau de gazon inutile ?
pour le recul ?
Admirez comme d'ici le marché s'écrase littéralement et s'aplatit.
Aujourd'hui on se régale des autos mais à l'époque la vue du parking devait sembler bien inutile.
les couleurs...
les couleurs sont superbes non ?
Un pastel bien éteint par le noir et blanc dessous. J'aime être ainsi renvoyé en 1958. La superbe 203 (là j'en suis certain, Claude...) découvrable !
j'essaie un inventaire : Simca Chatelaine (?), Juvaquatre Renault, Simca et devant la 203. Au fond une Frégate et une 2cv. La voiture au toit blanc je ne sais pas...une Simca ?
Il s'agit d'une édition Berjaud, déjà connue, en véritable photographie au bromure.

samedi 19 décembre 2009

les arènes du Soleil d'or sont vivantes

Finalement ma collection me réserve des surprises...
En écrivant l'article précédent, il me semblait que je n'avais pas fait le tour des arènes ! Et pour cause :


Voici ce que je trouve, bien rangée dans le classeur M pour Jean Montier architecte : les arènes du Soleil d'Or. Une bien belle carte postale aux éditions Pyrénées Océan Labouche qui nous montre la maquette de F. Majorel en véritable photographie au bromure.
La carte fut expédiée en 1953.
D'un point de vue architectural, la photographie ne permet pas de dire si ces arènes étaient intéressantes. Là, vu comme ça... bon.
Mais l'espèce de totem à l'entrée m'intrigue beaucoup plus et m'évoque Nicolas Schöffer et ses sculptures cinétiques.



Finalement cela fut cassé pour y faire un collège ce qui explique la présence aujourd'hui de nombreux enfants sur les vues de Google Earth.