dimanche 5 juillet 2009

pour Justin


Un de mes étudiants m'a confié récemment que suite à notre visite du quartier des étoiles à Ivry, il souhaiterait y vivre.
Je le comprends bien.
Alors un peu pour lui et beaucoup pour nous qui je le crois aimons tous le travail exemplaire de Monsieur Renaudie et de Madame Gailhoustet voici une carte postale des nouveaux quartiers.
Sur cette carte postale des éditions Raymon expédiée en 1986 pour un concours (mais comment diable ces cartes postales reviennent-elles sur nos foires ?) l'expéditrice a écrit :
arrêter de fumer oui mais que faire ?
C'est une question dont la réponse est simple : vivre.
 Et vivre à Ivry. A noter, cette expéditrice était une habitante d'Ivry. Mais si j'en crois Google map la carte postale nous montre l'avenue Daniel Casanova et non l'avenue Georges Gosnat lieu de villégiature de notre correspondante, ce n'est pas grave tout communique !
Justin, quand tu seras installé, j'irai boire un coup sur la terrasse que tu auras planté généreusement de fleurs et de légumes. Nous regarderons tes dessins.

Une ascension du Mont Analogue de Monsieur Szekely


Le 5 novembre 2008, ( http://archipostcard.blogspot.com/2008/11/le-mont-analogue-de-monsieur-szekely.html) je vous parlais du Mont Analogue de Monsieur Szekely.
Voici une autre carte postale très intéressante car cette fois nous faisons l'ascension.
On voit très bien sur celle-ci les grimpeurs à l'assaut du sommet du monument-sculpture. Une sculpture à proprement parler réalisée pour qu'on l'escalade. Mais c'est aussi une sculpture avec de beaux volumes bien dessinés qui ne sont pas sans évoquer certains morceaux de Ronchamp ou d'un brutalisme expressif.
Je vous rappelle que nous sommes à Courcouronnes (91) et que cet objet étrange se nomme "la Dame du Lac". Le nom de Monsieur Szekely nous est donné ainsi que la date : 1975.
Il semble qu'aujourd'hui la Dame soit un peu esseulée car l'escalade y est interdite. Mais il faudra reprendre le chemin de son sommet que je ne peux m'empêcher de voir comme le plus magnifique exemple de Mont Analogue. Monsieur Daumal aurait certainement avec le Père Sogol exercé son art ici.
La carte postale est une édition Image Chouette (sic!) et la photographie est de D. Planquette.

mercredi 1 juillet 2009

l'armoire normande





Depuis quelques jours, France 2 suit des habitants d'un quartier de Mâcon dont on va faire imploser les logements situés dans des tours.
On a droit, un peu comme d'habitude, à la nostalgie bon enfant des gens qui ont du mal à partir mais à qui on explique (par la même occasion à nous aussi) combien c'est mieux la vie en petits immeubles, combien ils vont être bien relogés, combien le quartier va gagner en beauté, (espace vert quand tu nous tiens) et commerces...
Mais voilà, rien n'y fait, on lit sur les visages le regret et l'attachement des habitants à leur appartement. Ce qui est touchant, finalement c'est le renoncement timide. A peine si les habitants osent dire qu'ils étaient bien là surtout quand une responsable de la mairie, présente au moment du tournage, reprend les mots en les tournant à l'avantage de l'événement :
"c'est calme notre quartier, vous savez"
"un peu trop calme non ?"
Et puis le déménagement se fait. Image des démolisseurs toujours présentés comme des techniciens sérieux, casques sur les têtes et viennent les architectes du renouveau, gros plan sur les mains survolant une maquette blanche immaculée et... verte d'arbustes en plastique.
Je sais.
Tout le monde croit bien faire, tout le monde le fait bien. Mais cette résignation obligatoire des souvenirs au nom d'une image politique de renouveau urbain c'est un peu triste et douloureux. Le ton du reportage mi-complice mi-compassionnel me dégoûte un peu. Rien sur la résistance possible, rien sur des actions mettant en cause ce type d'événement. Rien.
L'armoire normande familiale descend donc les étages mais il faudra renoncer à l'installer dans le nouvel appartement. C'est elle qui sera le signe du changement. Son absence sera comme en creux dans le nouvel appartement.
Alors pour les habitants de Mâcon je propose de regarder cela :





Une vue aérienne sur l'ensemble des Cités de Bioux à Mâcon. Une carte postale expédiée le 29 aôut 1959 !
Les immeubles ne sont pas achevés et je n'arrive pas à comprendre si ceux qui sont détruits sont sur cette carte postale Combier. Non, je ne crois pas. Au fond à gauche on reconnaît cet immeuble que j'ai déjà publié. Expédié en 1956, il s'agit d'une carte postale Combier éditeur à ... Mâcon !
Je souhaite aux habitants qui ont vu ou verront leur point de vue partir en poussière d'en trouver un autre qui lui aussi se chargera de remplir de nouveaux souvenirs si ce n'est une armoire normande un beau buffet Conforama.

mardi 30 juin 2009

elle est disponible !

Afin de poursuivre notre action de protection du centre commercial de Sens dessiné par monsieur Claude Parent j'ai fait éditer une carte postale de soutien qui doit agir comme une pétition amusante et décalée. (J'espère...)
La voici :


cliquez dessus pour agrandir.
J'ai volontairement choisi une vue du bâtiment dans son état actuel.
C'est un peu dur mais c'est surtout troublant et donc curieux.
Cette carte postale vous sera envoyée sur simple demande et à votre tour vous pourrez l'envoyer  à la D.R.A.C de la Bourgogne une fois celle-ci signée.
Je vous attends donc...



lundi 29 juin 2009

de retour de Venise, Bologne et Florence



L'absence.
Et finalement le retour.
Quelques jours en Italie avec les étudiants.
Biennale de Venise :
La France ridicule avec son Grand Soir de paillettes et de ventilateurs chinois brassant l'air autour de drapeaux de soie noire fixés de peur qu'ils ne s'envolent trop vite trop loin trop fort sans doute. Nous, dans une cage aux fauves fatigués du dompteur dont depuis longtemps onn' attend plus rien . Merci Claude Lévêque.
Mais ne perdons pas de temps. Jubilons.
Hans-Peter Feldman et ses ombres bricolées magnifiques. Je reparlerai de lui plus longuement.
Remercions Simon Starling pour son projecteur infernal d'une beauté remarquable projetant un court-métrage en boucle avec une régularité d'une machine célibataire.
Remercions le duo Betsué/Vives pour leurs facéties burlesques dans un appartement faisant de chacun de nos objets du quotidien un gag hilarant.
Mais une image persiste dans ma mémoire comme une émotion simple. Quelqu'un a vu chez moi ce que je n'ai pas vu. Quelqu'un a vu chez vous ce que vous n'aviez pas vu. Il a porté un regard étonné et poétique sur une présence permanente dans nos intérieurs riches. Cet artiste est chinois il s'appelle Chu Yun. Une féerie de points lumineux organisent une ville nocturne. Ça palpite de points lumineux délicats parfaitement rangés pour générer une échelle urbaine. On avance dans le noir et l'œil petit à petit perçoit les générateurs de ces points délicats : les ampoules de veille de nos appareils électroménagers.
J'aime quand la simplicité de mise en œuvre produit un écart foudroyant avec le résultat obtenu. Il y a là une sensibilité époustouflante mise au service d'un regard sur nos villes, nos vies. Une leçon.
ému.
L'autre rencontre tout à fait intéressante et surtout pour ce qui concerne ce blog est le travail d'Aleksandra Mir.
Signalés par des étudiants qui nous connaissent bien, nous arrivons devant des présentoirs bien remplis de cartes postales.

On croit d'abord à une série sur Venise car le nom de la ville est inscrit sur chacune des cartes postales puis petit à petit on perçoit le jeu. 
Il ne s'agit pas de vues de Venise mais de clichés pris partout dans le monde sur lesquels le nom de Venise est apposé.

Bien évidemment cela résonne pour nous ici. Voici Claude et David bien amusés.
Voir l'Opéra de Sydney situé à Venise dit beaucoup de la relation iconique que nous avons avec les architectures et leurs représentations. 
La série est composée de cent cartes postales différentes et le tout édité à 1 million d'exemplaires.


Et l'ensemble est mis à la disposition du public gratuitement. Il fallait nous voir remplir nos besaces d'images. Il fallait nous voir les ranger par ordre le soir venu pour savoir quel numéro manquait à la série !
C'est généreux, malin et un rien inutile. C'est délicieux.






mardi 16 juin 2009

paysage


Certains inventent le paysage, ne s'y intègrent pas, ne s'y perdent dans un mélange mélodramatique de respect pépère et d'écologie de bazar. Certains construisent avant tout pour la confrontation, seul rapport direct possible du corps avec ce qu'il construit. Tout contre.
Certains fabriquent les horizons comme des aztèques. Certains mettent du poids sur la terre pour que l'œil voie les formes justes sous la lumière.
En même temps l'hommage aux forces tellurique est rendu. En même temps comment mieux dire la falaise que par une autre falaise ? Comment mieux signifier le lieu ?
Regardez au fond comme la ville est brouillard, nuée, invisible. Regardez le ridicule des toits aux tuiles romanes d'avant-hier ? Regardez comme c'est vieux avant d'être ?
Regardez.
Je préfère le rocher abrupt, je préfère que ça coupe l'œil. Que ça surgisse indiscutablement construit. La revendication de notre présence, sans égard, certes mais avec la jouissance de notre puissance. Oui.
Notre puissance qui rend un hommage misérable à la vrai nature celle des failles dans les roches millénaires, celle des gravats de montagne, celle des déluges.
Chambre d'amour c'est son nom. Chambre d'amour.
Les vagues s'y brisent, viendront un jour nettoyer le bleu trop dur des piscines. Ça claquera, ravinera. Vous verrez l'eau monter au pied du contrefort. Même pas peur. Et c'est bien sur ce promontoire artificiel que le spectacle démiurgique sera le plus beau.
Il s'agit d'une carte postale aux éditions Lavielle expédiée en 1985.
Nous sommes à Anglet, Chambre d'Amour construit pour le village Vacances Famille.
Une icône déjà évoquée ici par exemple le 1er octobre 2007.

la permanence du point de vue, l'importance du premier plan

Je ne sais pas pourquoi mais les photographes de cartes postales aiment bien revenir sur le lieu de leur crime.
Après plusieurs années, ils réactualisent leurs clichés en posant le pied photo au même endroit qu'il y a quelques années. D'ailleurs je ne sais rien de cette fréquence sauf qu'elle permet de mesurer le temps passé.
Nous avons déjà vu ça sur ce blog . Parfois quelques minutes entre deux images, deux cartes postales, parfois plusieurs années.
L'autre chose c'est que dans cette permanence, s'ajoute le choix du premier plan qui tente de situer, décorer, agrémenter l'objet même de la carte postale. Ce choix est quasiment toujours fait de verdure ou de fleur. C'est la joie de vivre, la nature, la couleur qui s'invitent entre l'architecture et le spectateur comme si, sans cet agrément, elle n'était pas regardable.
Avec les deux cartes postales qui suivent nous en avons un bon exemple :


Nous sommes à Saint Georges de Didonne près de Royan devant le casino. La première une édition C.A.P en réal-photo fut expédiée en 1964. La deuxième pour Théojac en mexichrome fut expédiée en 1966, donc deux ans  d'écart. C'est peu. On remarque la similitude évidente de point de vue. Le goût de la jardinière. D'ailleurs je ne peux m'empêcher de rapprocher formellement les jardinières de l'architecture de Monsieur Delhomme dont le nom n'apparaît que sur la première carte postale. Un long parallélépipède blanc posé sur le sol. Admirons aussi les parasols qui ont changé de couleur.
Pourquoi diable se mettre là ? Pourquoi ne pas nous montrer autre chose de ce casino ?
Le premier cliché nous permet de mieux saisir l'architecture ma foi fort simple et élégante, bien ouverte sur ce que le contrechamp nous laisse deviner : la mer. Il me faudra, à ma prochaine visite à Royan, voir si moi aussi, devant ce casino, je choisis pour le photographier de me mettre devant les jardinières...

Comment un photographe peut nous dire la vie portuaire sans nous montrer de bateau ? Comment faire avec de l'architecture tout juste sortie de terre (sable) pour évoquer l'intemporel de l'activité des marins alors que l'architecture même se veut extrêmement contemporaine ? 
Il suffit de cadrer un peu en dessous et de se placer devant le joyeux bazar des marins, filets de pêche, ancre et caisses pour nous mettre immédiatement dans l'ambiance maritime de vacances.
Il est vrai que si vous ne le faites pas, vous pourriez bien être n'importe où devant un centre commercial ou une station service. Pourtant, ici à Port Leucate, Monsieur Candilis l'architecte a bien travaillé et il serait possible par une belle photographie et donc une belle carte postale d'aimer nous dire la modernité et l'audace de son architecture. Mais non. N'oublions pas que le domaine de la carte postale est souvent le pittoresque, ce que le dictionnaire Larousse définit comme ce qui est digne d'être peint. Aujourd'hui la peinture a fait son lit de ce genre de pittoresque tout comme la photographie. Il faudra trouver d'ailleurs à ce média un terme correspondant. Mais aujourd'hui tout est photographié surtout ce qui ne mérite pas de l'être, comme un retournement du pittoresque que la photographie plasticienne aurait pris à son compte. Zone vague, architecture vide, absence de population et frontalité, tout nous dit que nous n'aurions pas dû faire le cliché (c'est le terme) mais que justement nous le faisons. Faire de l'ennui de la situation le bonheur de l'image. Mais les photographes de cartes postales sont passés avant vous et c'est ce que nous dit je crois Martin Parr.
Cette carte postale de Port Leucate est une édition PAP non datée.