dimanche 3 juin 2012

Toutes les maisons sont dans la nature

N'écoutez pas Roland Castro.
(pour une fois)
N'écoutez pas Roland Castro et précipitez-vous chez votre libraire pour acheter le très beau livre de Didier Cornille Toutes les maisons sont dans la nature.
S'il s'agit d'un livre pour enfants qui permet de leur faire découvrir la grande diversité de l'architecture moderne et contemporaine, l'exercice du dessin de Didier Cornille permet de dépasser ce public et de nous régaler à notre tour de ce livre.
Dans cet ouvrage, vous ne trouverez pas, si vous êtes un aficionado de l'architecture, des constructions que vous ne connaissez pas car l'auteur s'est attaché à ce qu'il est aisé d'appeler les "icônes" de notre culture architecturale. Vous ne trouverez pas non plus de polémique ravageuse sur ces constructions car ce n'est pas l'objet d'un tel ouvrage dont la vocation première est bien, au coin de la table du salon, le gamin à vos côtés, de lui faire un peu (beaucoup) saisir la grande diversité de l'architecture, les choix et les particularités de ces bâtiments, la relation entre l'architecte et l'habitant.
Il faudrait être bien amer et désabusé sur ces choix pour se priver du très beau dessin fin, coloré et aiguisé de Didier Cornille, dessin qui permet même une analyse des plans, la compréhension du chantier et de contextualiser les constructions.
Il y a dans son trait parfois un peu de Sasek, parfois un peu de Sempé, parfois un peu, comme au public auquel il s'adresse quelque chose d'une belle naïveté sérieuse de l'enfance.
C'est un livre clair, ouvert.
Ce n'est pas une déclaration sociale et politique. C'est simplement une promenade que l'on aura plaisir à faire en compagnie du neveu, du filleul, de sa petite fille ou de sa petite sœur. Et dans le désert éditorial du livre pour enfants consacré à l'architecture, ce livre a le mérite de poser une belle pierre. Le livre commence par la maison Schröder et se termine par la maison écologique de Wigglesworth et Till.
Et puisque certains se permettent de mal citer Madame Arpel, sans doute pris dans leur droit de parole à la radio, je rétablirai en disant que dans le livre de Didier Cornille comme dans la maison Arpel : "C'est pratique, tout communique !"

Toutes les maisons sont dans la nature
dessins et textes de Didier Cornille
éditions Hélium
isbn 978-2-35851-095-0
14,90 euros
Achetez-le !
















samedi 2 juin 2012

une réunion amicale

Allez !
Comme ça !
Parce que des amis me font des envois, parce que j'ai envie de revenir sur de vieilles connaissances, nous allons regarder trois cartes postales qui n'ont rien en commun.
D'abord une très belle piscine dont nous avons déjà vu l'extraordinaire plongeoir ici.



Nous sommes donc à Lagnieu dans l'Ain et on peut enfin mieux voir cette piscine fort belle que l'on doit à l'architecte Perrin-Fayolle, Grand Prix de Rome. La carte postale est expédiée en 1977 et possède une belle particularité car l'oblitération reprend le dessin du plongeoir ce qui pourrait bien vouloir dire que la qualité architecturale de l'ensemble fut même remarquée par la Poste !



 Notons que la carte postale Combier est datée de 1966. Il faut dire que cette piscine possède vraiment de très belles qualités plastiques notamment dans le traitement spectaculaire de son toit et... de son plongeoir. Après une dizaine de longueurs en dos crawlé, une bonne glace Gervais vous attend à la sortie !



Et là ?
Une merveille non ?
Toujours heureux de retrouver le Group Ludic avec ce beau jeu de plein air au V.V.F de la Grande Motte. Tout est à l'unisson : l'objet d'abord qui reste sans doute l'un des plus beaux exemples de design de jeux d'enfants, la photographie qui le met en valeur grâce aux éditions Yvon et la méthode d'impression Draeger 301qui donne ici vraiment toutes ses qualités. Vous voulez des détails ?
En voilà !



Puis, pour finir, retrouvons l'église Temppeliaukio d'Helsinki :



Cette belle carte postale Janne Harala Tmi, photographie de Pentti Harala m'est expédiée par Stéphane Degoutin dont nous aimons l'action urbaine de NOGOVOYAGE. Toujours sensible aux lieux et à leurs représentations, il fait par cet envoi, une fois de plus la preuve de son regard aiguisé. Merci Stéphane.
Notons que les architectes Timo et Tuomo Suomalainen sont nommés sur cette édition.

mardi 29 mai 2012

Xenakis ? Chiche !

Il semble bien que l'événement du Centre Pompidou fut aussi marqué pour les éditeurs de cartes postales par l'événement du Diatope de Monsieur Xenakis. Une fois encore, et malgré l'éphémère de l'objet architectural, le Diatope se trouve représenté sur des cartes postales.
Sans doute qu'ainsi animée la Piazza trouvait à cette époque la justesse de son programme : un lieu d'événements, d'animations, voire d'agitations. On pourrait croire à une sorte d'agit-prop culturelle. En tout cas, les deux cartes postales suivantes nous montrent la construction de Monsieur Xenakis sur la partie haute de la Piazza et si les points de vue semblent presque similaires on remarquera que l'un inscrit le Centre Pompidou dans un environnement urbain et parisien et l'autre l'isole un peu du reste de la ville.
















Les deux éditeurs choisissent un moment très animé de passants, de visiteurs en grand nombre d'ailleurs. On y voit même une femme photographier son enfant et j'avoue que trouver la photographie prise ce jour-là serait pour moi une joie immense car j'aurais ainsi une sorte de pli temporel et spatial à ajouter à cette carte postale !





















Mais si nous sommes attentifs (et nous le sommes !) on devine aussi quelques changements dans le Diatope et notamment dans une partie de sa toile tendue :





























Sur le détail du haut, Claude Rives le photographe (C. E. D. R. I ?) nous montre le Diatope en partie ouvert sur le haut, puis sur le détail du bas, le photographe des éditions Yvon nous le montre fermé par un voile gris et blanc et une bordure blanche vient surligner la courbe. Mystère...
Une réparation ?
Un renfort ?
Sans doute une petite transformation en cours de fonctionnement pour ce qui fut l'une des interventions sur la Piazza que je regrette vivement de n'avoir pas vue. Allez ! Rêvons un peu ! Pas de doute que pour un anniversaire soit du musicien et architecte soit du Centre Pompidou nous verrons un audacieux qui proposera la reconstitution du Diatope !
Chiche Monsieur le Président du Centre Pompidou !
Chiche Madame la Ministre de la Culture !
Chiche Monsieur le Maire de Paris ! (pour la nuit blanche tiens !)

lundi 28 mai 2012

Ils ont filmé (photographié) les grands ensembles

Mon ami Erwan Venn qui est un artiste accompli me conseille vivement un film.
Je suis toujours les judicieux conseils filmiques d'Erwan et je regarde sur la chaîne Public Sénat Ils ont filmé les grands ensembles de Laurence Bazin et Marie-Christine Delacroix.
C'est une occasion unique de voir des films d'amateurs et d'habitants ayant pour objet leur lieu de vie, la vie même, dans ce que l'on appelle les grands ensembles.
La récolte de films Super 8 permet ainsi de saisir à la fois la transformation du regard sur cet urbanisme, une vie heureuse (celle des souvenirs) et une réalité d'aujourd'hui peut-être un peu cachée, à l'image des bambins qui y jouent au magicien, sous le drap de la nostalgie réparatrice.
C'est beau, touchant, et on se demande pourquoi autant de bonheurs avoués devant la caméra Super 8 et devant la caméra vidéo d'aujourd'hui ont pu s'écraser sur les ruines des tours que l'on "déconstruit".
Mais le ton est juste. Les gens sont justes.
Ne manquez pas cela.
Voyons en forme d'échange comment certains photographes ont représenté ces grands ensembles au travers des cartes postales. Nul doute que les habitants visibles dans ce documentaire sont parfois descendus chez le marchand de journaux acheter une de ces cartes postales en passant chez le photographe pour déposer la cartouche de Super 8 à développer. Avec un peu de chance, la marraine restée à la campagne aura reçu ainsi l'invitation à venir à Noël et pourra sur l'écran tendu dans la salle à manger moderne agrémentée de l'armoire normande voir l'anniversaire ou la communion du petit dernier. Les trois cartes qui suivent ne sont pas forcément celles des lieux du documentaire.
















Alors que cette carte postale Raymon comporte de nombreux défauts, j'en fais pour ma part des qualités. Nous sommes à Vigneux et le stylo-bille baveux qui a marqué cette carte postale me trouble un peu. Les lettres tremblées posées dans le ciel sali et percé de cette image affirme la localisation comme s'il était impossible en retournant la carte postale de la retrouver. Imprimées avec la gaucherie d'un décalage des couleurs, les tours de Vigneux semblent fragiles ou perçues à travers un filtre ophtalmique bien curieux.















On notera que l'éditeur nomme la carte postale "Les Grands Ensembles" ce qui dit que cette appellation existait déjà à l'époque de cette image.
Puis...

















...en avion au dessus de Villiers-le-Bel, nous voyons les quartiers des Carreaux et de la Fauconnerie. Les éditions Lapie nous proposent une véritable photographie expédiée en 1964 mais bien colorisée...













Au premier plan, la ville est encore en construction, tout comme la vie de la correspondante qui indique qu'elle vient de prendre son travail à l'usine.
Plus récente...
















...cette carte postale d'Evry Ville Nouvelle (sic) nous montre aussi d'avion le centre. La photographie est de D. Planquette pour les Images Chouettes éditeur !
Certainement l'une des plus belles villes de ce type en France, l'une des plus vues dans le film également.
On y apprend la chose incroyable que les remblais de cette ville nouvelle viennent du trou des Halles de Paris !
La carte postale est une carte envoyée pour un concours en 1986.
Ne me reste qu'à remercier Erwan pour son conseil.

samedi 26 mai 2012

Un chef-d'œuvre Edmond Lay menacé !

Mathias Cisnal qui est à l'origine du très beau site sur Mériadeck m'indique que ce quartier serait menacé avec des destructions et des restructurations importantes.
Il semble même que la Caisse d'Epargne de l'architecte Edmond Lay qui est une pièce maîtresse de notre patrimoine pourrait passer à la trappe suite à son rachat par de nouveaux propriétaires.
Doit-on encore et encore espérer au mieux le scénario d'un classement ou d'une protection en catastrophe de ce patrimoine se réaliser ? Pourquoi toujours attendre l'urgence et la menace ?
Mais que se passe-t-il donc dans notre beau pays ?
Sont-ils tous aveugles ?
Voyez ici un article envoyé par Mathias Cisnal, allez sur son site et mettons rapidement nos énergies pour préserver ce qui est l'une des plus belles réalisations françaises : la dalle Mériadeck et sa Caisse d'Epargne par Edmond Lay.

http://www.sudouest.fr/2012/05/24/la-croix-est-sa-banniere-723585-2780.php

http://meriadeck.free.fr/Meriadeck/Accueil.html


Pierre Dumas porte le voile

Nous avons déjà bien parcouru l'œuvre du prolifique Pierre Dumas sur ce blog ici ou encore ici voire ici également.
Il fut sans doute l'un de ceux qui marquèrent le plus par des églises modernes nos paysages. Et comme j'aime tenter d'être complet, je vous propose à nouveau des cartes postales nous montrant ses églises.
On verra que le béton en voile mince et courbe fut sa spécialité, on verra qu'il aimait les courbes, leur dessin, leur volume. On verra qu'il a bien travaillé.
On commence avec un complément stupéfiant de la série de l'église Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus en construction à Belfort. On retrouve là grâce à une carte postale l'extraordinaire exploit technique de ce toit tout en courbes et d'une finesse inouïe qui d'ailleurs se refuse sur le cliché à donner son épaisseur :
















Quelle merveilleux document que cette carte postale Lapie qui nous dit : "Le voile de béton après Décoffrage."
C'est l'éditeur qui met le D majuscule sur décoffrage sans doute pour accentuer la magnificence de ce moment constructif !
On pourrait presque regretter que l'église ne soit pas restée ainsi, ouverte totalement comme un suaire protecteur donnant une image de fragilité, de tension et de sécurité.
Le chantier est encore bien vivant et le bois des coffrages est partout sur le sol nous rappelant ainsi que toujours les architectures de béton sont d'abord des architectures de bois de coffrage. Quelques détails :







































































Dans un autre pays, en Suisse on trouve à nouveau Pierre Dumas comme architecte de cette église Saint Hubert au Noirmont :
















La carte postale des éditions Deriaz Baulmes nous donne à voir la construction depuis le ciel. On devine donc un ensemble composé d'un corps d'église et d'un campanile bien éloigné qui forment ensemble une place sur un plan carré.
Le choc est fort entre cet ensemble architectural et le reste des habitations de cette ville. Mais l'architecte en n'occupant pas totalement la parcelle a su conserver l'effet aéré de l'espace urbain offrant une modernité dont l'espace libre agit comme une transparence urbaine. Le contraste est alors plus fort et plus spectaculaire et les courbes douces mais néanmoins fermées de l'église lui donnent un aspect massif comme un beau rocher dont on voudrait jouir de la beauté.
Difficile depuis ce point de vue d'en dire plus. Là encore, le béton se courbe dans tous les sens et le campanile dans sa rigueur géométrique fait contrepoint à ces lignes.
Pierre Dumas donne encore toute la mesure de son talent. Je vous promets que, dès que possible, je vous donnerai d'autres vues de cette église ! On notera pour finir que l'éditeur nomme Pierre Dumas et le situe à Fribourg...

mercredi 23 mai 2012

Les pieds sur Terre d'Evry

Evry est une ville que l'on aime voir sur ce blog. Une ville dont on sait l'importance de l'expérience architecturale.
Vous trouverez de nombreuses cartes postales sur ce blog en cherchant du côté de messieurs Andrault et Parat dans la gare de triage.
Aujourd'hui l'excellente émission de France Culture les pieds sur Terre de Sonia Kronlund nous a permis d'écouter les habitants évoquer leur vie là, l'importance de leur jardin sur leur terrasse. Pour une fois, rien de récriminant vis-à-vis des architectes, rien qui dise une misère, un cynisme, un doute.
Non.
La terrasse c'est les herbes folles parfois, parfois les géraniums.
Alors écoutez cette émission, enregistrez-la pour la faire partager à tous. Remercions encore les architectes des gradins-jardins d'avoir réalisé cette utopie qui 40 ans après poursuit sa réalité souvent joyeuse. Et comme ici c'est par les cartes postales que l'on aborde l'architecture voici deux nouvelles venues dans ma collection.
Les gradins-jardins :


































Dans un passage piétonnier, les pyramides de messieurs Andrault et Parat arborent déjà une végétation joyeuse. On regardera également la qualité du traitement des passages et des circulations en briques. La carte postale des éditions Raymon est du toujours excellent J.N. Duchâteau. Une autre image d'Evry avec une autre typologie des constructions que nous avions en partie déjà vues ici :









































Qualité des dégagements extérieurs, recherches décoratives par moulage du béton, cet ensemble est aussi d'une belle qualité que l'on doit à Bernard Lassus. 
Déjà le linge sèche, déjà le parasol fait des ombres rouges sur cette carte postale toujours de Raymon éditeur et de toujours Monsieur Duchâteau.
On trouve dans un ouvrage sur la SAE, promoteur et constructeur une superbe photographie de cet ensemble en construction.