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lundi 4 avril 2011

Sens, un centre commercial monument historique


Je reviens avec une semaine de retard sur mon passage devant la commission des Monuments Historiques pour le classement du centre commercial de Sens dessiné par Claude Parent.
Imaginez une grande table, une bonne vingtaine de personnes, les représentants de Carrefour et deux vidéo-projecteurs.
Imaginez un accueil très chaleureux de toute l'équipe de la D.R.A.C Bourgogne. Je pense à une personne qui se reconnaîtra.
Et puis c'est mon tour. Hop ! Même pas peur !
Je lis ce qui suit et en même temps, je projette des images que je vous épargne. Trop nombreuses et vous les connaissez parfaitement.
Je dois dire également que je n'ai finalement pas lu les deux extraits des livres de Monsieur Parent car nous avions peu de temps.
Il s'agit surtout de partager avec vous cette démarche qui est bien particulière. J'apprends beaucoup. Le texte doit contenir certaines dispositions que vous retrouverez en tête des chapitres. Bonne (et longue) lecture !
La décision de la Commission ?
Pour le moment, elle n'est pas publique.
Carrefour a demandé d'office l'ajournement de la décision. Cela vous étonne ?
Ah... vraiment ?

unicité rareté

Dès 1970, on peut découvrir par le guide d’architecture contemporaine en France de messieurs Amouroux, Crettol et Monnet, l’œuvre de Monsieur Parent et tout particulièrement ses centres commerciaux GEM.

Si on se décide à en établir une sorte d’inventaire et juger de leur état 40 ans après la publication de ce guide on peut observer pour certains d’entre eux malheureusement une grande dégradation et pour d’autres au contraire un maintien relatif de leurs spécificités.

Ainsi le centre commercial Reims-Tinqueux (1970) fait partie des centres commerciaux du groupe Gem aujourd’hui totalement dégradé par l’abandon de sa fonction oblique, le dessin nouveau des entrées et la destruction partielle de son aile gauche.

Ris-Orangis qui appartenait à la même série a vu son pont piétonnier entretenu et repeint mais demeure encore dans un grand état d’abandon notamment pour son parking.

Reste celui de Sens.

Lorsqu’en 1970 Claude Parent dessine et construit ce dernier, il est défini immédiatement comme l’un de ses centres commerciaux les plus radicaux par l’application rigoureuse de ses théories de la fonction oblique établies avec Paul Virilio dans le cadre du groupe de recherche «Architecture principe».


intégrité

Aujourd’hui il demeure le seul en état, parfaitement conservé dans sa globalité architecturale et toujours en activité même si la galerie marchande est partiellement fermée pour des raisons de sécurité.

C’est d’ailleurs parce qu’il est le dernier représentant de cette série dans cet état que l’on peut songer à une mesure de protection.

A Sens, les clients arpentent encore une partie des pentes avec leur caddies, pratiquent encore son paysage et jouissent encore de sa masse sculptée et cela sous les peintures et des autocollants commerciaux.

Avec l’église Sainte-Bernadette-du-Banlay, le centre commercial de Sens est le seul lieu ouvert et public permettant à tous de vivre l’expérience des théories de la fonction oblique. Il est l’un des derniers lieux offrant aux corps des visiteurs l’occasion de juger, aimer, sentir dans l’espace la validité d’une théorie architecturale dont on connaît l’importance aujourd’hui.

Il suffit pour se rendre compte de cet héritage de regarder la future Philharmonie de Paris par Jean Nouvel ou le récent cinéma de Dresde par les architectes CoopHimmelblau par exemple.


représentativité exemplarité

Ce qui fait l’exemplarité de Sens c’est bien d’abord simplement son existence ! Dans l’histoire de l’architecture moderne, l’application dans le réel de théories architecturales aussi révolutionnaires n’est pas si fréquente. Que cette mise en application ait lieu dans un programme commercial est encore plus original et particulier car on sait le traitement réservé à ce type de programme d’habitude.

Lorsque Claude Parent établit les théories de la fonction oblique il tente un travail ambitieux et fondamental : remettre en question rien moins que la pratique du corps dans l’espace en rompant à la fois avec les règles modernistes et avec les habitudes sociales de la pratique architecturale.

La fonction oblique est une épreuve du corps remis au centre même de l’architecture. Un corps humain actif et activé jouissant d’un espace continu sans rupture. La fonction oblique n’est pas une lubie de la pente, elle détermine un autre lien aux espace privés et publics, rapproche l’architecture d’une pratique paysagère et tellurique. Il s’agit bien d’une fonction au sens algébrique du mot, c’est à dire d’une activation et d’une transformation.

L’autre exemplarité de Sens est bien aussi dans la commande et dans la confiance accordée à un architecte aussi radical par un groupe commercial. Cette particularité d’approche fait de Sens un lieu unique associant architecture pure, paysage, théorie appliquée et réalisme du programme.

Si on ajoute que Sens fut le lieu également des débuts de deux jeunes et talentueux architectes comme Jean Nouvel et François Seigneur alors architectes dans l’agence de Claude Parent et dont on peut préjuger de leurs futures patrimonialisations, il serait inconcevable de ne pas souligner l’importance pour l’histoire de notre architecture française de ce centre commercial.


qualité artistique

Les qualités formelles et artistiques de ce lieu sont indéniables et il suffit de mesurer l’impact de cette construction sur les architectes mais aussi et surtout sur les artistes contemporains pour être certain qu’il s’agit là d’un lieu extraordinaire au sens premier du mot.

On connaît bien l’histoire de la résurgence de ce lieu dans l’univers mental et plastique des jeunes artistes contemporains comme Nicolas Moulin ou Xavier Veilhan par exemple. On sait comment Frédéric Migayrou a participé à cette résurgence.

Parce qu’il est un lieu radical, sans concession et donc un lieu d’expériences, il est souvent arpenté et aimé au-delà des images.

Les qualités plastiques de ses formes offrent à la fois un registre défensif, topographique et déconstructiviste tout à fait emblématique de son époque tout en étant non pas un effet de style mais bien l’expression d’une pensée.

L’expressivité puissante de ses volumes, les fractures du bloc, les lignes pentues donnent à voir une construction à la fois dynamisée et massive, forte et ouverte.

Il faut aussi évoquer le travail sur la lumière qui semble souvent oublié au profit de la matérialité du béton. Sens est aussi un travail sur la lumière.

La façade nord offre ainsi grâce à sa constitution d’un jeu de fermetures épaisses et de percées fendues dans la masse une lumière interne incroyable. Il est même surprenant en contrepartie d’un aspect extérieur aussi brutal de voir la manière habile avec laquelle l’ensemble de la galerie commerciale est éclairée et cela est dû en grande partie au travail de la fonction oblique qui libère l’œil et offre des perspectives ouvertes et renouvelées.

On sait aussi que le travail de dessinateur de Claude Parent dont la dernière exposition au Palais de Chaillot a donné à voir toutes ses qualités prospectives trouve à Sens une réalité concrète immédiate.

Sens est une expression de son dessin. Ici le béton brut répond aux qualités graphiques de Claude Parent. On arpente autant un lieu qu’un dessin aux lignes brisées mettant au défi un horizon basculé.

On sait également le compagnonnage artistique de l’architecte. Rappelons que des personnalités aussi éminentes que Yves Klein, François Morellet ou André Bloc ont travaillé avec Claude Parent.

Par deux fois, Claude Parent représenta la France à Venise. Par deux fois, il offrit l’occasion à d‘autres artistes et architectes de le suivre. En 1970, il aménage en fonction oblique le pavillon français en collaboration avec des plasticiens. En 1996, le centre commercial de Sens était représenté à la IV Mostra de Venise dont Claude Parent à nouveau était chargé de l’aménagement.

Pour mesurer encore l’influence de Claude Parent sur toute une génération, il suffit de se pencher sur l’ouvrage Parent vu par consacré à l’architecte où des noms aussi prestigieux que Daniel Libeskind, Odile Decq ou Franck Gehry disent leur respect pour l’architecte et son travail.


notoriété

Claude Parent fut toujours au contact du public en promenant dans toute la France au début des années 70 son praticable voulant non pas imposer ses théories mais les soumettre directement au public.

La fortune critique de l’architecte autant sur sa personnalité que sur son travail est étendue.

On doit d’abord évoquer la revue architecture principe qui, de fascicule en fascicule, dispersa dans les années soixante les théories et les textes de Claude Parent et de Paul Virilio, fascicules regroupés et réédités en 1996.

L’architecte raconte à la fois sa vie et sa conception de l’architecture dans son autobiographie chez Robert Laffont en 1975 et il y fait sur plusieurs pages la description de Sens. Dans Vivre à l’oblique publié en 1970, il argumente avec un grand nombre de dessins sa manière de concevoir sa théorie, livre également réédité chez Jean-Michel Place récemment.

Nous avons lu également un extrait de entrelacs de l’oblique publié en 1981 dans lequel Claude Parent donne une place très particulière au centre commercial de Sens.

Chaque fois qu’il le peut Claude Parent évoque Sens comme un point important de son œuvre. Sens est ainsi étudié depuis 1972 dans des revues importantes comme Archittettura en Italie qui consacra un numéro spécial à l’architecte en 1973, dans Architecture d’Aujourd’hui, revue pour laquelle l’architecte écrira environ 60 articles. On trouve dans le numéro 144 de 1969 le centre commercial de Sens. On retrouve ce bâtiment dans l’important livre de Frédéric Migayrou publié en 1996 Bloc, le monolithe fracturé où plusieurs pages sont consacrées à ce travail sur les centre commerciaux.

Plus près de nous, la revue AMC de février 2010 publia un article consacré aux centres commerciaux de Claude Parent et l’imposant catalogue de l’exposition de Chaillot en 2010 réaffirme la place importante de Sens dans le travail de l’architecte.

Le centre commercial de Sens est bel est bien une œuvre remarquée et observée.

Il est surtout l’exemple que la théorie architecturale doit prendre pied dans le réel, que cette condition fondamentale fait l’histoire.

Comme Ledoux, Claude Parent n’est pas un architecte utopiste justement parce que ses œuvres sont présentes au monde et il serait dommageable qu’une pensée architecturale aussi originale et particulière que la sienne et reconnue comme telle ne subsiste que dans des dessins et des textes car l’architecture se déploie, se vit, se parcourt.


vendredi 2 janvier 2009

en lisant Claude Parent, de Le Corbusier à Jean Nouvel




Quelques pages plus loin.
Voilà qui est très intéressant. Dans un long chapitre nommé "les collaborateurs" dans lequel Monsieur Claude Parent nous éclaire sur le fonctionnement de son agence et la répartition des tâches à l'intérieur de celle-ci, il explique son expérience de jeune architecte au sein d'équipes comme celle de Le Corbusier et donne son opinion sur la manière de faire travailler à son tour les jeunes architectes qui le rejoignent.
En quelques lignes on passe de Le Corbusier à Jean Nouvel !
La question de la filiation est une belle question. Pour Claude Parent il est question de fusion. Il faut que l'équipe travaille comme un seul homme, connaissant tous l'ensemble du projet, ayant tous le droit à l'écoute donc le droit à la parole. Mais on sent également une grande exigence, la nécessité aussi dans ce mouvement fusionnel d'une grande force de caractère. Il faut donner de la voix en attendant son tour. Je crois qu'on pourrait dire que le collaborateur a le devoir de creuser le sillon (profond autant qu'il veut) mais ne doit pas en inventer un autre. C'est être créatif (le devoir) dans l'absorption complète du concept du patron. Et c'est dur. Ce qui vaudra quelques départs mais ceux-ci sont presque désirés comme une preuve de la compréhension mutuelle et de la filiation. C'est une méthode pédagogique assez droite et claire mais aussi douloureuse. Cela permet, pour le jeune collaborateur de mesurer son véritable attachement à sa liberté et donc à sa propre création. Si je ne peux pas faire ici ce que je suis c'est bien que je suis.
Ce qui est étrange c'est ma joie incroyable de voir le nom de Jean Nouvel dans ce livre. Rappelons que nous sommes en 1975... Et que si je savais l'attachement de l'un pour l'autre, il est remarquable que Claude Parent le cite d'emblée dans sa première autobiographie !
Je vous invite à lire la préface que nous donne Jean Nouvel dans le livre "Claude Parent vu par"
qui commence par ces mots : " Je ne lui dois rien".
C'est cet écart et la possibilité de pouvoir formuler de telles sentences avec ironie mais aussi avec lucidité qui fondent ce type de rapport humain. Le reste de la préface pourrait être la définition du mot générosité...
Alors Monsieur Parent nous indique qu'il a travaillé sur Rezé avec Le Corbusier mais là ma collection a un trou. (Marseille oui, Berlin oui, Firminy oui, Rezé non)
Alors je le comble avec deux cartes postales de constructions de Monsieur Jean Nouvel. Il s'agit de l'institut du Monde Arabe à Paris. J'ai découvert Jean Nouvel par ce bâtiment. Il reste l'exemple puissant d'une compréhension d'un site, de l'invention d'un lieu. J'aurais aimé avoir une carte postale du supermarché GEM de Sens mais je n'en ai point. Il faudra pour le sauver en éditer ?


Ces deux cartes postales sont éditées par l'Institut du Monde Arabe. il s'agit de la façade sud et de la faille. Mot provenant d'un vocabulaire commun avec Monsieur Parent.
Je vous rappelle les ouvrages cités :
Claude Parent vu par...
éditions le Moniteur mars 2006
le fou de la diagonale Claude Parent, architecte
Béatrice Simonot
éditions Acte Sud septembre 2008
Claude Parent architecte 
par lui-même
éditions Robert Laffont 1975

mardi 9 septembre 2008

Claude Parent, des livres chapitre 1






Les coïncidences sont superbes. Elle sont un rassemblement inattendu de plaisirs simples.
En ce moment ce sont les ouvrages sur Claude Parent qui se rassemblent dans ma bibliothèque. Cela commence par une curieuse édition d'un ensemble de planches photographiques regroupées sous le titre "Petites maisons et villas d'aujourd'hui" aux éditions d'art Charles Moreau dans lequel figure une villa dessinée par Claude Parent et de nombreuses villas à Royan. J'ai dégotté cette merveille aux Emmaüs du Mans lors de mon week-end architecture. Cet ouvrage est curieux car il donne une impression d'avant-guerre avec sa typographie ronde très Déco. En fait l'ouvrage semble bien plus être de la fin des années cinquante et de plus il n'est pas broché sûrement pour l'utilisation en fiche par les lecteurs se précipitant chez l'architecte du coin avec leurs modèles sous le bras. Je veux quelque chose comme ça, assez moderne mais pas trop un peu comme ça là vous voyez avec de la pierre mais aussi pratique, il faut que tout communique, vous comprenez Monsieur et puis là une céramique de Dubroc et mon jet d'eau ici...
On trouve donc la planche 22 nous présentant une villa à Ville d'Avray dessinée par G.L. Bureau, Claude Parent et Yonel Schein !! Rien de moins... Mais c'est curieux car le bâtiment du haut ne semble pas correspondre à celui du bas. Deux villas différentes ? J'avoue aimer beaucoup celle du bas avec son long cheminement vers l'entrée très sculpturale et de Stjil ! On peut rêver à des couleurs vives sur les piliers de métal. Or, je retrouve dans un autre livre "Villas modernes" la même construction avec des photographies similaires mais légèrement différentes, c'est édité chez Charles Massin en 1962 et ça regorge de villas Arpel et royannaises. Donc, en conclusion on peut penser qu'il s'agit bel et bien de la même maison. Le Jeune Claude Parent devait faire là, à Ville d'Avray, ses premières armes. Un peu plus loin, toujours dans "villa modernes" on trouve une autre maison de l'architecte, cette fois en Seine et Oise, sans autre précision, on nous indique que la maison est pour une famille avec trois enfants. "Ce sont des toitures à très long pan qui déterminent le caractère plastique de l'habitation ; ces plans obliques, très accusés, distinguent la partie réception (couverture à double pente) de la partie sommeil (toit à une pente)".
Et puis je reçois hier l'édition originale de "vivre à l'oblique" publiée en 1970 chez l'aventure urbaine. Je possède la belle petite réédition chez l'excellent éditeur Jean-Michel Place mais j'avoue mon contentement devant l'original qui arbore peut-être une dédicace du maître : "au Docteur Labrouge (?) en souvenir du colloque des conservateurs de musées ; En regret d'une confrontation médecine et architecture qui n'a pas lieu."
Je conseille à tous de le lire et de le relire. Il y a de beaux passages sur les erreurs de Le Corbusier, contre le design et aussi sur la redécouverte du corps et de l'effort. Des paroles de la danse. C'est véhément mais c'est salutaire. J'aime aussi beaucoup les schémas gras au pinceau et à l'encre de chine. Un beau et indispensable ouvrage.
Et puis voilà que Julien Donada m'annonce la sortie prochaine d'un livre sur Claude Parent aux éditions Acte Sud écrit par Béatrice Simonot avec une préface de Jean Nouvel. cet ouvrage portera le titre " le fou de la diagonale-Claude Parent architecte" et sortira le 24 septembre prochain. Les conseils de Julien étant toujours bons, je crois qu'il nous faudra lire cela avec beaucoup d'attention. Je remarque que l'auteur du livre, les coïncidences je vous dis, fut enseignante à l'école d'architecture de Normandie à Darnétal dans la très belle Usine Fromage.
Julien fait une projection de son film sur la Tour E.D.F d'Issy les Moulineaux (Atelier de Montrouge) à la Cité de l'architecture (Chaillot) le 9 octobre. Je ne pourrai y être mais si certains d'entre vous peuvent s'y rendre, n'hésitez pas. il y a encore quelques petites pépites dans ma bibliothèque autour de Claude Parent, mais là sans coïncidence aucune alors gardons-les pour plus tard.

mardi 14 juillet 2009

grincer des dents

Je vais tenter quelque chose.
En partant d'un détail rejoindre le paysage : le paysage nucléaire.
Il y a dans ces deux mots accolés tout l'effort à faire. Comment ce qui est de l'ordre de la plus minuscule particule peut côtoyer ce qui est de l'ordre du paysage ?


Partons de cette carte postale nous montrant le Centre de Production Nucléaire du Bugey (Ain) en cours de construction.
On nous dit aussi : construction 2/3, 2X925 MWe Filière REP (sic).
Mon œil a glissé il y a longtemps sur cette image de chantier. La forêt de grues, le béton frais, le bordel et le rangement associés me font toujours jubiler. J'aime les chantiers et cet état intermédiaire qui donne souvent à voir les structures des bâtiments. Mais là mon œil a aussi glissé à gauche, en bas de l'image. Regardez avec moi :


Vous reconnaissez cela ?
Il s'agit des petites cabines de chantiers dont je possède une version jouet sur un camion Majorette ! (voir article du 16 mai 2009)
C'est drôle non ?
Mais au-delà de ce détail me revient également que Monsieur Claude Parent a participé activement à la réflexion sur le paysage nucléaire. Et là j'entends grincer des dents...
D'ailleurs dans quelques-unes des Revues françaises de l'Electricité on trouve des textes de Monsieur Parent à ce sujet. Il y établit avec application la différence essentielle entre paysage et architecture.
Ce point de vue plaçant la réalisation d'espace à l'échelle du paysage est déjà présente dans son architecture en fonction oblique. Cette envie de créer le paysage au lieu de l'intégrer lorsque le programme est si vaste et l'utopie si grande est une nécessité. Mais c'est aussi, de tout temps une réalité historique de ce que l'on nomme la monumentalité. Donc, il est bon parfois de le redire. La masse est porteuse non pas d'un contresens paysagé mais bien d'un paysage. Dans un autre numéro de la Revue Française de l'Electricité on peut lire cela :


cliquez pour agrandir

Sur la page opposée on retrouve Bugey et ces incroyables tours de réfrigération magnifiques et en dessous un dessin de Monsieur Claude Parent.




Il est aussi question du rapport à l'industrie et de la marge de manœuvre des architectes. Il faut avouer que la lecture des types est un peu difficile, j'entends leur originalité. Mais l'effort est louable dans la mesure justement de l'étroitesse de cette marge de manœuvre.

Roger Taillibert

Paul Andreu

Claude Parent

Claude Parent

Claude Parent

collectif : messieurs Andreu, Dubuisson, Homberg et Parent.

collectif : messieurs Andreu, Dufau, Parent, Willerval

On devine une masse identique que chacun des architectes essaie de sculpter de manière différente et souvent subtile.
On retrouve aussi les belles maquettes de bois qui ne sont pas sans évoquer celle de Sainte Bernadette de Nevers. Sont-elles aussi réalisées par Monsieur Follenfant ? Le programme nucléaire offre à Monsieur Parent un registre formel qui lui convient parfaitement : échelle du paysage, traitement de volumes clos et masses tendues. On peut aussi y retrouver un versant quasi mystique et tellurique dans le contenu même des constructions. L'étrangeté scientifique et son secret renforce l'impression de puissance. C'est sourd.
On ressent cela très bien lorsque l'on perçoit au loin les centrales, un mélange de fascination (pour certains presque morbide) et une inquiétude devant une forme dont finalement on ne connaît pas réellement la nécessité des fonctions. Cela ressemble à des bunkers... Et c'est bien plus protégé.
Mais oui, les centrales nucléaires sont des paysages merveilleux au sens premier du terme générant une sensation inquiétante entre le Château de Kafka ou un tumulus celtique. J'ai eu la chance de voir il y a longtemps les tours de Bugey avec leur panache de vapeur. C'est tout bonnement fantastique quoi que l'on pense de l'énergie nucléaire. C'est fantastique.
J'ai dans mes classeurs "génie civil" deux autres cartes postales de centrales nucléaires.


Voici Flamanville en vue aérienne du 5/2/1985 chez Combier en photo Savary avec cette phrase : Le cœur sent ce que l'œil ne voit pas !
La réponse idéale (ici pour un jeu-concours).



L'autre carte postale nous présente Paluel ; une carte postale EDF-Paluel que j'avais dû acheter lors de ma visite à cette centrale.
Revue Française d'Electricité N° 259 1977, N°266 1979, N°269 1980
Les dates échelonnées prouvent la persistance du travail de collaboration d'E.D.F et de Monsieur Parent.


mercredi 14 mars 2018

Ris-Orangis, dossier largement ouvert




14 octobre 2019 : je reçois enfin le courrier officiel m'annonçant la réponse négative au classement.
Croyez-vous que j'en sois étonné ?
J'ai d'abord cru que l'arrivée de Monsieur Préaut aiderait. Je me suis trompé. Je dois aussi vous indiquer que j'ai du appeler une fois encore pour avoir des nouvelles et que Monsieur Préaut n'a jamais pris le temps de me joindre. Je ne suis sans doute pas assez important. On notera aussi la suffisance avec laquelle on me répond au téléphone, émettant une surprise à mon désir d'avoir une réponse : "il semblerait, Monsieur que vous ayez le désir de savoir le résultat de la commission ?"
Comment vous dire Madame...Ça fait sept ans que j'attends, alors du désir, oui j'en ai et autre chose aussi maintenant.
J'ai hésité, en fait, à poursuivre ce combat car être entre Ubu et Kafka c'est épuisant. Mais je viens d'un milieu populaire où s'excuser est important. Personne de cette administration n'ayant eu le courage d'émettre des excuses même verbales à l'encontre du traitement déplorable de ce dossier (sept ans pour une réponse négative) il ne me reste pour défendre mon honneur que de continuer ce combat.
Je vais donc poursuivre.
Voici donc les courriers envoyés ce jour :

courrier à Monsieur Préaut, conservateur régional

à Monsieur Préaut,
veuillez trouver ci-jointes ma réponse au courrier m'informant de l'avis défavorable pour le classement du centre commercial de Ris-Orangis et une copie de mon courrier à Monsieur le Ministre de la Culture. 
Étant donné :
que je n'ai pas eu le plaisir d'avoir été invité à défendre ce dossier de quelque manière que ce soit ni auprès de qui que ce soit,
que je n'ai pas eu l'honneur de vous avoir au téléphone malgré mes nombreux appels,
que votre administration a dépassé les bornes d'un délai de réponse raisonnable à une demande citoyenne,
que cette manière de traiter les citoyens ressemble fort à une stratégie de l'usure,
que l'intérêt en Ile-de-France pour les constructions de la seconde moitié du XXème siècle est loin d'être exemplaire,
qu'il n'a même pas été question d'inscrire le centre commercial au Label Patrimoine Remarquable du XXème siècle,
et qu'enfin (et surtout?) je n'ai reçu aucune excuse ni verbale ni écrite pour le délai de traitement de ce dossier de votre part ou de celle de vos services, je me vois dans l'obligation de faire un recours auprès du Préfet, puis, si nécessaire, auprès du Tribunal Administratif de Versailles.
Croyez bien que j'en suis désolé.
Bien entendu, à toute occasion, sur tous les types de réseaux, de médias, de contacts avec le monde culturel et de l'enseignement, je me ferai une joie d'expliquer l'incroyable conclusion de ces sept années pour une réponse négative de vos services.
Veuillez agréer Monsieur Préaut, l'Expression de ma Considération Distinguée.
David Liaudet

courrier à Monsieur Darrioumerle, bureau de la protection :

à
Monsieur Arnaud Darrioumerle
conservation régionale des monuments historiques
Bureau de la protection

Monsieur Darrioumerle,

Si j’en crois l’entête du courrier ci-joint vous êtes en charge maintenant du traitement du dossier de classement du centre commercial de Ris-Orangis, dessiné par Monsieur Claude Parent.

Je reçois de vos services ce courrier daté du 9 octobre 2019.
Soit Sept années après le dépôt de la demande de classement du centre commercial de Ris-Orangis.
Un record...
Vous ne deviez pas alors être en charge de ce poste. Vous n’êtes donc certainement pas responsable de ce délai.
Mais qui l’est alors ?

Vous comprendrez qu’il m’est heureux de recevoir enfin, après sept années et quelques mois, une réponse officielle d’un service publique.
Ce temps de réponse a certainement un nom.

On notera que ce courrier n’a pas une ligne pour s’excuser de ce délai auprès d’un citoyen.
Cela aussi a certainement un nom.

On notera qu’aucune autorité ni aucun personnel de cette administration n’a pris le temps de s’adresser au citoyen directement pendant ces sept années pour prendre connaissance de son engagement et de ses raisons.

On notera qu’en plus de ce temps de sept années et quelques mois pour prendre une décision négative, ce courrier ne prend pas une ligne pour circonstancier et justifier ce refus, ce qui est tout de même particulièrement incroyable.

On notera aussi (et c’est le plus grave) que ce délai de traitement a permis que ce centre commercial soit transformé. Certainement une forme de gestion par l’usure.

La suffisance avec laquelle ce dossier fut géré est donc totale.
Étant un nouvel interlocuteur, je suis certain que cela changera avec vous.
Alors, je me suis bien entendu posé la question de poursuivre ou non encore et encore mon engagement dans ce dossier.
C’est épuisant les délais de réponse d’une administration.
J’ai déjà donné deux ans et demi pour le classement du centre commercial de Sens dessiné également par Monsieur Parent et mes relations avec la DRAC Bourgogne y furent alors d’une tout autre nature : le respect complet et mutuel.
Et donc plus de sept ans pour le dossier de Ris-Orangis.
Je suis engagé dans la défense de ce Patrimoine contemporain et moderne, je le fais avec le soutien de quelques autres citoyens, sans aucune autre énergie que le désir de mettre sous la lumière ce Patrimoine souvent méprisé, souvent oublié.
L’attitude de vos services prouve malheureusement que j’ai raison et la situation du Patrimoine de la deuxième moitié du XXème siècle en Ile-de-France le prouve également. Car, oui, mettre sept ans pour traiter le dossier d’une demande légitime et citoyenne est, si ce n’est une forme de violence, c'est au moins du dédain.
J’apprends que Madame Parent n’a même pas été informée par vos services de votre votre décision...Invraisemblable oubli...Franchement...

Par ce courrier je vous annonce que je fais donc appel de cette décision auprès du Préfet et que, le cas échéant, je ferai appel auprès du Tribunal de Versailles. Je serai curieux de voir comment effectivement un Tribunal Administratif jugera d’un délai de réponse de sept années par une administration.
Bien entendu, comme pour le reste de ce dossier devenu ubuesque et c’est moins drôle kafkaïen, je continue d’informer le public de l’avancé de ce dossier sur mon blog, lors de mes conférences, auprès de mes étudiants, lors de mes émissions de radio, sur les réseaux sociaux bref, partout où la démocratie et la légitimité citoyenne me le permettra.
Cela ne m’amuse pas. Il faut malheureusement informer les citoyens de la manière dont on traite leurs demandes et des délais inacceptables qu’une administration française leur inflige.

Il est évident que ce n’est pas contre le refus de la commission maintenant que je me bats (elle est souveraine) mais contre ce que je prends comme du dédain et une suffisance à mon égard et à l’égard des citoyens m’ayant soutenu.
J’attends donc rapidement une explication circonstanciée de ce refus et des excuses de la part de vos services  pour le délai de traitement de ce dossier.

Sept ans...

Je joins une copie de ce courrier à Monsieur Riester, Ministre de la Culture.
Ce courrier étant une lettre ouverte, elle figurera, avec votre courrier sur mon blog.


Veuillez agréer, Monsieur Darrioumerle, l’Expression réelle pour ma part de ma Considération encore distinguée.

David Liaudet

courrier à Monsieur Riester, Ministre de la Culture,

objet : classement au titre des Monuments Historiques
Centre Commercial de Ris-Orangis, Claude Parent architecte.

Monsieur le Ministre,

veuillez trouver ci-joint un courrier que j’envoie à Monsieur Darrioumerle* en charge maintenant du dossier de classement du centre commercial de Ris-Orangis dessiné par Monsieur Claude Parent.
La commission ayant émis un refus, je fais donc appel auprès du Préfet et si nécessaire, auprès du Tribunal Administratif de Versailles. Il est impossible que dans une démocratie on mette autant de temps pour répondre  par la négative à une demande citoyenne.

Plus de sept ans, Monsieur le Ministre...

Est-ce acceptable ?
Est-ce acceptable, qu’après sept années d’attente, que ce refus ne soit pas circonstancié par un rapport, qu’aucun personnel de votre administration ne prenne la peine d’informer de vive voix le citoyen ayant porté ce dossier ?
Est-ce acceptable que les ayants-droits de Monsieur Parent ne soient pas informés de cette décision ?
Est-ce enfin acceptable qu’aucun personnel de cette administration, après sept années d’attente, ne prenne la peine de s’excuser pour ce délai de traitement irrespectueux ?

Croyez-vous que cela donne à votre action et à l’énergie de la Mission Bern une image correcte de la France citoyenne ?
Est-ce conforme à  l’engagement du Président de la République d’écouter les citoyens et les citoyennes ?

Certain, Monsieur Riester que vous comprendrez la nécessité maintenant de répondre par des délais raisonnables de la part de vos administrations à des citoyens simplement engagés avec vous dans la défense du Patrimoine de notre pays, je me permets donc de vous dire à la fois ma peine mais aussi ma colère que je crois légitime.
Mon engagement, Monsieur le Ministre, reste donc entier, avec vos services, et surtout au service du Patrimoine de notre République.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’Expression de ma Considération Distinguée.

David Liaudet



*conservation des monuments historiques, Bureau de la protection, DRAC Ile-de-France.
ps : ce courrier sera joint au dossier visible sur mon blog pour une plus grande clarté de l’avancement de ce dossier.

Bonjour chères lectrices, bonjour chers lecteurs,
Comme vous le savez, depuis six ans maintenant je me mobilise et je tente de vous mobiliser pour que le Centre Commercial de Ris-Orangis, dessiné par Claude Parent puisse obtenir une inscription à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques tout comme celui de Sens.
Six années que le dossier est déposé comme le droit m'y autorise auprès de la DRAC Île-de-France. Six ans que strictement rien n'a bougé, le bâtiment a même subi entre temps une modification qui, heureusement ne porte pas pour l'instant préjudice à la construction de Monsieur Parent. Je vous laisse juge d'une administration de défense du Patrimoine, si lente, que pendant qu'elle n'agit pas, le Patrimoine est attaqué alors même qu'il est signalé.
Vous me direz que la Région Ile-de-France est en passe de devenir une sorte d'exemple du mauvais traitement et de l'indifférence au Patrimoine Moderne et Contemporain. Est-ce la peine de refaire la liste ?
Oui ?
Et ne croyez pas que les modestes contre exemples que l'on vous donnera pourront inverser la vapeur...Le bilan est négatif. Point barre.
Tours-Nuages de Aillaud à Nanterre gravement menacées, destruction du Foyer des Jeunes travailleurs de Prouvé et Chemetov à Saint-Ouen-sur-Seine, dans un silence coupable des institutions, Saccage programmé de la Maison du Peuple (là, on touche le fond) à Clichy, Lamentable abandon de l'école d'architecture de Nanterre, Centre Thomson-Houston de Vélizy-Villacoublay de Parent et Virilio (dernière œuvre du duo)... Et tant d'autres...par exemple, la Halle de Fontainebleau, véritable cas d'école du retournement politique.
Alors devant autant de temps passé à attendre patiemment, en croyant sincèrement que, sans doute, les agents en charge de ces dossiers pouvaient être débordés, j'ai pris mon mal en patience.
Mais voilà, après des coup de téléphone dont je garde la liste, après des courriers sans réponse, je m'aperçois que l'on me sert toujours la même excuse que vous pourrez lire ci-dessous.
J'ai donc décidé de vous montrer comment fonctionne (mal ?) une institution de Conservation des Monuments Historiques, comment elle s'occupe des demandes légitimes des citoyens, comment, en fait, elle travaille sur l'usure, c'est malheureusement, tout ce qu'il me reste à croire.
Vous trouverez donc à partir de maintenant tous les courriers, contacts, actions que j'entreprends pour obtenir, tenez-vous bien, non pas le classement mais seulement le droit à ce que ce dossier passe en commission, comme la loi rappelée par Agnès Chauvin dans l'article du Parisien m'y autorise. La commission sera souveraine. On s'étonnera tout de même que, le Centre Commercial de Claude Parent, devant l'importance de cet architecte n'ait même pas obtenu le Label Patrimoine du XXème Siècle même si on sait le peu de cas que l'histoire fait des bâtiments couverts par ce dernier...
Alors, je me doute que vous ne serez sans doute pas nombreux à prendre la peine de lire tous ces courriers et tous ces documents. Je veux juste que vous soyez certains que je ne lâcherai rien et que vous pouvez agir :
1 signez la pétition
2 envoyez la carte postale de soutien, demandez-la moi, elle est gratuite.
3 écrivez au Maire de Ris-Orangis, à la DRAC Ile-de-France pour demander où en est le dossier.
4 écrivez au Ministère de la Culture
5 signalez le bâtiment à la Mission Stéphane Bern ou toutes autres constructions du XXème Siècle qui le mérite.
6 partagez cet article, racontez partout comment se passe le traitement des dossiers dans cette DRAC, il est temps que maintenant après six années d'attente, une demande citoyenne soit entendue.

On notera que ce dossier aura vu défiler pas moins de 4 Ministres de la Culture...Madame Filippetti, Madame Azoulay, Madame Pellerin, toutes socialistes et maintenant Madame Nyssen. Espérons que Madame Nyssen, ayant publié un ouvrage sur Claude Parent, saura enfin soutenir ce dossier...

Bonne lecture !

On commence :

Le 14 janvier 2018,

à

Madame Xavière Desternes
Conservation Régionale des Monuments Historiques,
Essonne.

Madame,
Suite à ma démarche* pour savoir s'il serait envisageable de porter plainte auprès du Tribunal Administratif pour non réponse d'une administration publique à une demande citoyenne, j'ai l'honneur de recevoir un courrier de Madame Nicole da Costa (voir ci-dessous) m'indiquant votre stratégie pour l'avenir de la demande de classement du Centre Commercial de Ris-Orangis, dessiné par Monsieur Claude Parent.
Demande, je le rappelle déposé en mars 2012 il y a 6 ans...
Pour justifier ce temps long, vous arguez d'une complexité du dossier lié à la multitude des propriétaires qui devraient être tous informés de cette demande de classement. Au téléphone, lorsque je prends des nouvelles, c'est toujours ce retour des propriétaires qui est invoqué. Pendant ce délai que vous accordez à la réponse des propriétaires, le bâtiment est transformé. C'est d'ailleurs lors de l'un de mes coups de fil que je vous en ai informé. Mais après tout, c'est normal, c'est la vie d'un bâtiment et c'est heureux que la construction de Monsieur Claude Parent puisse trouver un nouveau rythme de vie, de nouveaux usages ce qui est la preuve de sa polyvalence et aussi d'une réelle inscription dans son paysage urbain surtout lorsque cette transformation ne bouleverse pas de manière irrémédiable le bâtiment. Un permis de construire a donc été déposé en Mairie de Ris-Orangis, Mairie de Ris-Orangis qui, alors qu'elle était au courant de cette demande de classement, a donc bien accordé ce permis de construire. Vous a-t-elle consulté ? Voilà qui est éclairant sur ce que peut provoquer ce délai de réponse sur un bâtiment de cette importance.
Quatre chaines nationales de télévision sont venues faire un reportage à Ris-Orangis, les journaux locaux, régionaux, nationaux et la presse spécialisée ont parlé de cette demande de classement. France Culture a réalisé une émission spéciale et France Inter une interview. Les Cahiers de la Maison de Banlieue et de l'Architecture ont édité un article et une visite guidée fut même organisée, ouverte à tous, elle a connu un beau succès populaire au beau milieu des clients curieux.
Le Groupe Inter-Marché communique aussi positivement sur ce classement.
Devant un tel déferlement médiatique, il m'est très difficile de croire, Madame Desternes, que les propriétaires ne soient toujours pas au courant de cette demande de classement et que ce délai de six années ne leur ait pas permis de donner leur avis et de vous contacter.
De toute manière, Madame, vous le savez tout comme moi, cet avis n'est que consultatif pour ce type de demande.
Ne pas répondre à une information n'est pas ne pas en être informé.
Espérons que votre nouvelle campagne d'informations auprès des propriétaires soit efficace et que, surtout, l'attente de leur réponse ne prennent pas à nouveau six années...
Pourriez-vous me donner  un ordre d'idée pour un temps de réponse de leur part qui vous semble raisonnable ? Il serait dommage de donner l'impression d'instrumentaliser ce temps de réponse pour épuiser les énergies de défense du Patrimoine.
Il est assez compréhensible de penser que votre service soit débordé, que les demandes et les urgences arrivent de toutes parts, que vous n'ayez pas le personnel nécessaire pour traiter tous les dossiers rapidement et que la richesse de votre territoire vous oblige à des priorités.
Sans doute, peut-on concevoir cela.
Sans doute aussi que cela est la cause d'une gestion dans l'urgence, celle qui intervient trop tard sous la précipitation des pelleteuses  et des personnels politiques. Malheureusement la Région Ile-de-France est riche maintenant de ces tristes exemples.
Dans le Parisien*, un article passionnant nous explique comment travaille ce service. Madame Agnès Chauvin rappelle avec conviction et raison que tout citoyen peut en effet faire une demande de classement, que les services de l'État sont là pour les écouter et les guider et que, formidable, même le Patrimoine du Vingtième Siècle est ainsi protégé. Cet article date d'avril 2016, la demande de classement de Ris-Orangis date de mars 2012. Il y a donc bien eu des commissions qui ont statué sur le Patrimoine du Vingtième Siècle pendant ces 6 années, c'est heureux de le lire et de l'entendre. Certainement que ces propriétaires ont eu l'occasion de vous donner leur avis.
La question n'est pas d'ailleurs tant celle du classement de ce bâtiment exceptionnel, la question n'est pas qu'un désir reçoive une réponse positive, la question n'est pas de prendre la place des compétences scientifiques. La question c'est de savoir comment on donne la chance à une architecture emblématique d'être reconnue et comment dire à la population de Ris-Orangis et de la Grande Banlieue parisienne qu'elle possède un Patrimoine moderne et contemporain. La question est ici de faire acte de communication autour de cette histoire et d'éveiller les consciences à cette histoire. 25 ans étant le délai légal nécessaire à ce recul et six années supplémentaires de réflexion sont donc une chance ?
Dans Libération**, le 28 décembre 2017, Monsieur Bernard Toulier évoque le Label Patrimoine du Vingtième Siècle et le Patrimoine en banlieue. Il a bien raison. Il est grand temps que, hors des questions territoriales, hors même des questions de jugement esthétique ou de formation personnelle des agents du Patrimoine (trop peu sensibilisés à l'architecture contemporaine ?), les constructions de la deuxième moitié du Vingtième Siècle soutenues justement par les institutions qui en signalent l'importance, soient protégées. Cette protection est l'acte le plus fort mais surtout le plus juste pour éduquer, raconter notre histoire commune, loin des politiques locales qui passent et de maintenir ce qui, pour nous, communauté nationale, façonne notre espace historique. Le Label Patrimoine du XXème Siècle signale certes, mais il ne protège absolument pas, loin s'en faut. Et d'ailleurs le centre commercial de Ris-Orangis, tout à fait éligible à ce Label ne le possède même pas... Pourquoi donc ?
Alors, si je vous adresse cette lettre ouverte c'est que je souhaite aujourd'hui que l'ensemble des démarches en cours soient maintenant rendues publiques pour, comme vous semblez le désirer, que les propriétaires mais aussi tous les citoyens puissent assister à la réalisation d'un travail de réflexion sur ce Patrimoine et puissent juger du fonctionnement des institutions en charge de ces dossiers.
Que chacun, non pas s'élève en juge, mais puisse être acteur, car agir c'est la seule réalité concrète de la citoyenneté. Je réponds en quelque sorte à votre désir de transparence.
En ce sens, je rejoins les désirs du Président de la République et de Madame la Ministre de la Culture ayant invité par la Mission Stéphane Bern les citoyens  à s'emparer de l'action patrimoniale.
Avec vous, Madame, avec l'ensemble des acteurs locaux et nationaux de ce dossier, avec les ayants-droits de Monsieur Claude Parent qui ne sont jamais informés, eux, par ces services de l'avancement de ce dossier ni des transformations sur le bâtiment, avec les étudiants en Art et en Architecture, avec les amateurs d'architecture moderne si nombreux aujourd'hui et qui génèrent du tourisme, avec les citoyens de Ris-Orangis qui font là, simplement leurs courses et font vivre leur ville, avec les propriétaires, faisons de ce bâtiment un signe fort pour ce territoire, une ode au vivre ensemble, un exemple que ce Patrimoine n'est pas qu'une histoire dans des livres spécialisés mais un objet vivant, une œuvre.
Monsieur Claude Parent le mérite.
Toujours à votre disposition pour vous aider dans ce dossier,  toujours citoyen,
veuillez agréer Madame Desternes, l'Expression de ma Considération Distinguée.
David Liaudet
Une copie de cette lettre ouverte sera adressée à Madame Naad Parent, à Monsieur Raffalli, Maire de Ris-Orangis et bien entendu à Madame Nyssen, Ministre de la Culture.
*l'article du Parisien :
http://www.leparisien.fr/paris-75/huit-nouveaux-monuments-sous-haute-protection-de-l-etat-19-04-2016-5728751.php
**l'article de Libération :
http://www.liberation.fr/france/2017/12/28/sauvegarder-le-patrimoine-de-banlieue-une-question-politique_1619400

le courrier en question* :



courriel envoyé le 12 mars :

Bonjour Monsieur Cerclet,

venant à l'instant d'essayer de joindre Madame Chauvin, son répondeur m'indique qu'en cas d'urgence, je peux vous laisser un message sur cette adresse.
Il y a bien urgence, Monsieur Cerclet.

Dans dix jours, nous fêterons ensemble, je l'espère, le sixième anniversaire du dépôt de dossier en vue du classement possible du centre commercial de Ris-Orangis, de Claude Parent, architecte.

Six années, Monsieur.

Depuis ces six années, toutes les actions possibles ont été réalisées pour que, enfin, cette demande soit, comme il en est légitime et donc de droit français, prise en considération.
Ce que Madame Chauvin d'ailleurs rappelle si pertinemment dans un article au journal Le Parisien.
Les journaux locaux ou nationaux, la télévision (trois chaines nationales) France Culture, France Inter, une pétition, une visite organisée avec le soutien du gérant d'Intermarché, tout cela n'a pu échapper aux propriétaires du bâtiments qui sont donc informés maintenant, tout comme l'est la Mairie de Ris-Orangis qui délivre d'ailleurs des permis de construire sur ce bâtiment pendant que les six années passent...

Je me réserve donc encore le droit de porter plainte auprès du Tribunal Administratif pour non réponse d'une administration à une demande citoyenne.
Le dernier courrier reçu ne peut en aucun cas être une réponse valide devant l'incroyable lenteur de cette demande et ce retranchement derrière cette nécessité d'informer les propriétaires.

Ne pas avoir de réponse n'est pas, en droit français, ne pas avoir été informé...Donc acte.

De plus, depuis la réception de ce courrier, aucune nouvelle sur l'avancement du dossier, cela fait maintenant presque trois mois.

J'ai donc décidé qu'à partir d'aujourd'hui de rendre publique l'ensemble des courriers et des communications avec vos services afin que le fonctionnement (dysfonctionnement ?) d'une administration soit rendue lisible. Cela va dans votre sens, il s'agit bien d'informer le plus possible les propriétaires qui trouveront ainsi sur mon blog, toutes occasions de suivre ce dossier avec moi, avec vous.

Je ferai aussi copie de tous les documents aux ayants-droit de l'œuvre de Monsieur Claude Parent, ayants-droit qui n'ont pas été informés, eux,  des transformations sur le centre commercial de Ris-Orangis.

Ainsi, ce courrier, sera dès ce soir lisible sur mon blog, ainsi que ma réponse au courrier de Madame Desternes.

Je tiens à vous le dire à nouveau, il n'est pas question d'un droit au classement mais d'une obligation de répondre par la procédure légale à cette demande. Il est de votre devoir de faire passer ce bâtiment en commission même pour le retoquer. On peut d'ailleurs également s'étonner qu'il ne soit pas au moins, inscrit au  Label Patrimoine du XXème siècle.

Je tiens également à vous informer, (et c'était l'objet de mon appel à Madame Chauvin ce matin), que j'ai signalé le bâtiment à la Mission Stéphane Bern pour le Patrimoine.
À l'heure du Grand Paris, à l'heure où le Gouvernement demande aux citoyens d'être acteurs de leur Patrimoine, le cas sidérant de Ris-Orangis et de son délais de six années sera sans doute intéresser les politiques ainsi que le public de Ris-Orangis, les amateurs d'architecture, les ayants-droit mais aussi de tous les citoyens désireux d'être acteurs de leur Patrimoine comme le demande donc, cette Mission gouvernementale sous l'égide du Président de la République.

Un cas...d'école.

Dans l'attente (six ans...) de votre réponse à cette vraie urgence, veuillez Monsieur Cerclet, être certain de l'expression de ma considération distinguée.

David Liaudet


envoyé le 14 mars :

Monsieur Stéphane Raffalli,
Maire de Ris-Orangis,


Monsieur le Maire, permettez-moi de vous souhaiter un joyeux anniversaire.
Cela fait maintenant six ans que le dossier de classement du centre commercial dessiné par Claude Parent fut déposé, pour l’instant sans réponse.

Ce délais a malheureusement permis des transformations sur le bâtiment sans que les ayant-droits de Monsieur Parent n’en soient informés.
Vous avez accordé ce permis de construire ce qui éclaire votre position sur ce dossier.

Malgré mes courriers et mes appels téléphoniques nombreux à votre mairie, avec, chaque fois la promesse par votre secrétariat d’un rappel, je n’ai pu avoir votre avis sur ce dossier que je relance donc avec vigueur. J’ai beaucoup de temps libre et un respect pour l’action citoyenne.

Je tiens à vous informer que j’ai signalé le centre commercial à la Mission Stéphane Bern, mission sous l’égide du Ministère de la Culture et de la Présidence de la République. Peut-être que ce nouveau dossier, ouvert sur un autre front patrimonial touchera au but.

Vous trouverez ci-joints les courriers expédiés à Monsieur Dominique Cerclet et à Madame Desternes au sujet de ce retard de traitement. Des copies de ces courriers furent envoyés ce matin à Madame la Ministre de la Culture. Ils sont également disponibles sur mon blog, libres de consultation, pour que les citoyens de Ris-Orangis puissent suivre ce dossier de manière transparente et juger du traitement régional mais aussi municipal de leur Patrimoine.
Je ferai de même pour ce courrier et pour l’ensemble des démarches que maintenant, je désire porter au regard du plus large public possible.

J’ose encore, Monsieur le Maire, croire en votre soutien, en votre intérêt pour le Patrimoine de votre ville, à l’heure ou la Présidence de la République sous l’action de Madame Nyssen demande aux citoyens de s’emparer de leur Patrimoine et d’en devenir des défenseurs actifs. Pour ma part, je désire me joindre à ce mouvement.

Soyez certain, Monsieur le Maire, de ma Considération Distinguée.

David Liaudet


envoyé le 14 mars :
Objet : délais de traitement des demandes de classement au titre des Monuments Historiques.

à

Madame Nyssen
Ministre de la Culture et de la Communication


Madame Nyssen,


En septembre 2008, Béatrice Simonot publiait aux Éditions Acte Sud un important ouvrage sur l’œuvre de Monsieur Claude Parent : le fou de la diagonal, Claude Parent, architecte.

Je me permets donc de vous joindre, Madame la Ministre, certain que vous ne pouvez qu’être intéressée par l’avenir de l’œuvre de Monsieur Claude Parent.
En 2011, après deux années et demi de travail, sur ma demande et avec l’appui de très nombreux soutiens citoyens, la DRAC de Bourgogne portait le centre commercial de Sens (Yonne) à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Il s’agissait d’un acte fort et courageux pour un bâtiment de ce type, reconnaissant là l’importance de cette construction pour l’histoire de l’architecture contemporaine.

Il y a six années maintenant, un dossier pour le centre commercial de Ris-Orangis, également œuvre de Claude Parent fut déposé à la DRAC Île-de-France (Essonne). Et depuis plus de six années maintenant, ce dossier n’a obtenu aucune réponse positive ou négative. Je me permets donc de vous envoyer la copie d’une lettre ouverte que j’adresse ce jour à Monsieur Cerclet et Madame Dexternes chargés de ce dossier à la D.R.A.C Île-de-France (Conservation de l’Essonne).
Il n’est pas ici question d’exiger quoique ce soit d’autre qu’un traitement équitable de ce dossier qui depuis six années attend simplement le droit de passer en commission, commission qui restera souveraine. Le plus grave étant que ce bâtiment, pendant ce délais, fut malheureusement transformé sans que les ayant-droits de l’œuvre de Monsieur Parent en soit informé.


Alors que la banlieue subit des outrages insensés sur les constructions du Vingtième Siècle (école d’architecture de Nanterre de Jacques Kalisz, Foyer des jeunes travailleurs de Jean Prouvé et Paul Chemetov à Saint-Ouen-sur-Seine, Tours Nuage de Émile Aillaud, Maison du Peuple de Clichy de Beaudouin et Lods...) et que cette banlieue manque souvent d’une reconnaissance de son Patrimoine récent, le centre commercial de Ris-Orangis a pourtant depuis peu retrouvé un regain d’intérêts de la part des critiques, historiens de l’architecture mais également des simples citoyens venant là faire leurs courses dans un lieu qui résonne maintenant d’une toute autre manière. La dernière visite guidée du bâtiment organisée par la Maison de la banlieue et de l’architecture fut un très grand succès populaire.
Il est toujours gênant, dans ces moments de convivialité et de pédagogie patrimoniale, d’avoir à expliquer au public que les institutions qui devraient offrir une protection semblent totalement inactives. Six années sans traitement d’un dossier...

Votre Ministère ayant mis en place la Mission Stéphane Bern afin que chaque citoyen puisse redevenir actif face au Patrimoine en danger, j’ai donc également inscrit sur cette liste le centre commercial de Ris-Orangis en espérant un nouveau sursaut.

Je suis certain qu’au delà de ce cas particulier qui attend depuis six années maintenant son traitement, c’est à l’ensemble du Patrimoine du Vingtième siècle que nous devons un regard particulier. Notre pays en est riche, c’est une chance.
C’est une chance d’offrir aux populations de ces quartiers souvent mal aimés une attention et une valorisation. C’est par cette valorisation du lieu de vie que l’on offre aussi l’opportunité de saisir pour soi, la Culture.

Certain que vous comprendrez cette position, et dans l’espoir qu’une nouvelle politique de conservation et d’exceptionnalité de ce Patrimoine du Vingtième Siècle soit mise rapidement en oeuvre,

Veuillez Agréer Madame la Ministre, l’Expression de ma Considération Distinguée.

David Liaudet
PS : tout ce dossier est maintenant visible sur mon blog et sur les réseaux sociaux afin que le public puisse suivre le fonctionnement des institutions patrimoniales. Il en va du désir de transparence maintenant nécessaire devant le retard du traitement de ce dossier.
http://archipostalecarte.blogspot.fr/


Pour revoir une partie des articles sur Ris-Orangis :
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/03/ris-orangis-un-centre-commercial.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/04/un-centre-commercial-monument.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2016/05/a-lenseigne-de-la-banlieue-claude-parent.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2018/01/territoire-perdu-de-la-conservation-du.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2017/04/derniere-lettre-ouverte-madame-azoulay.html 
http://archipostcard.blogspot.fr/2016/09/journee-europeennes-doubli-du-patrimone.html