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mardi 4 décembre 2012

Pyramides

Je reçois ce matin une publication des éditions P : Pyramides de Birgit Schlieps et Katharina Schmidt. Les deux artistes donnent à voir photographies en noir et blanc et dessins. Il s'agit sans doute d'un dialogue réussi mettant surtout en avant la charte graphique de l'ensemble de la Grande Motte décrite ainsi de deux manières bien connues de l'histoire de l'architecture. Opposer le dessin, outil même de l'architecte comme moyen de penser, à celui de constat du réel que propose la photographie est un jeu dangereux. On pourrait croire que le réel toujours plus fort ne donne aucune chance au dessin. Pourtant l'ouvrage parfaitement édité donne bien l'impression contraire. La rivalité des deux modes fait naître une complicité qui sert le projet de Jean Balladur et rappelle les qualités solides de son urbanité et de son architecture.
Car il serait aisé au vu des "images" de la Grande Motte de croire qu'il ne s'agit que d'une architecture graphique, de façades découpées et de plaisirs plastiques et formels. Or, toute la solidité de Jean Balladur, et on peut dire son génie, est dans la fabrication non pas d'une utopie autoritaire mais bien d'une attention humaniste voulant offrir au moindre point de vue (piéton, habitant, plagiste, automobiliste...) une vraie ville, un vrai paysage.
C'est bien là la beauté de ce jeu des deux artistes. La photographie toujours prise depuis le sol ne fait qu'enregistrer l'état actuel de la ville avec ses laideurs, ses abandons d'une vie de ville normale pleine d'errements publicitaires, d'aménagements urbains dégueulasses et d'automobiles dont il faudra inventer la nostalgie pour les trouver belles. Et même si l'absence de couleur de ces photographies allège l'effet insupportable d'une dégradation que l'on devine bien profonde on continue de percevoir les qualités remarquables de l'architecture de Jean Balladur. Comme si la couleur en moins on retrouvait une forme idéale et idéalisée d'un plan.
Le dessin surgit à ce moment-là, réglant définitivement cette question en affirmant parfois les détails mais également étrangement les erreurs. C'est beau aussi parce que c'est joyeux. Il n'y a là de visible dans ce projet artistique aucune remise en question de cette architecture. Et là, je m'oppose au texte de Ulrike Kremeier. Car s'il ne fait aucun doute que l'histoire de la Grande Motte est une histoire planifiée et politique, comment croire que ce travail de regards croisés pourrait accuser le caractère "autoritaire" de cette construction alors même que les deux artistes jubilent simplement, franchement de sa beauté et de ses spécificités ! Car ce n'est pas "malgré une planification centrale" mais bien GRACE à une planification centrale que les errements espagnols de l'aménagement du territoire maritime ont été évités en France et dans cette région. Au lieu de faire semblant de se placer dans la dénonciation inutile d'un acte politique fort (et démocratique) il serait bien plus heureux de constater que malgré la hauteur et l'ambition d'une telle décision, Jean Balladur a su rester à une échelle humaine et donc artistique. Mais l'époque et la critique contemporaines ont bien du mal à jouir, comme si l'intelligence de l'argumentation devait toujours se placer du côté de la négativité.
Reste que les Editions P, conduites par Denis Prisset nous offrent là encore dans leur très jubilatoire catalogue la preuve de la constance de leur univers. Le catalogue fourmille de publications auxquelles, sur ce blog, nous sommes sensibles : Gérard Traquandi, Bertran Berrenger, Josué Rauscher, et Denis Prisset lui-même.
Alors n'hésitez pas pour les fêtes à faire un beau cadeau... Merci Denis pour cet envoi.

Pyramides
Birgit Schlieps, Katharina Schmidt
Ulrike Kremeier
isbn-978-2-917768-28-0
12 euros seulement.

éditions P
info@editions-p.com
www.editions-p.com



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dimanche 17 octobre 2010

Jean Balladur inédit et édité



Je reçois par la Poste un joli petit livre consacré à l'œuvre de Jean Balladur à la Grande-Motte, le voici :
Jean Balladur et la Grande-Motte
L'architecture d'une ville
collection duo
édition DRAC Languedoc Roussillon 2010
Il m'a été envoyé par Michèle François qui signe certains des textes. Je la remercie pour cela.
Ce livre est une vraie mine pour les amateurs que nous sommes tous sur ce blog de cette ville incroyable malheureusement un peu abîmée aujourd'hui.
Mais ce livre est le signe certain d'un regain d'intérêt pour ce site exceptionnel et nous montre les prémices d'une vraie action de protection puisque la ville a reçu le label "Patrimoine du XXème siècle" non pas pour un bâtiment isolé mais bel et bien pour l'ensemble de la ville. Ce qui est, je crois, assez unique en France.
Il faudra que Royan suive cet exemple même si l'unité urbaine y est moins constituée dans ce cas.
Ce que l'on apprend dans ce remarquable ouvrage c'est d'abord l'histoire de la ville, sa construction mais aussi l'attachement de son architecte à son œuvre, ne la lâchant jamais, vivant même sur place pour suivre son évolution et juger de ses propres théories. Si la Grande-Motte est l'œuvre à n'en point douter de Monsieur Balladur, ce livre m'a aussi rappelé que la ville est constituée d'un ensemble varié d'interventions d'autres architectes et d'artistes plasticiens, peintres, sculpteurs, fontainiers, qui ont également contribué à l'image de la ville.
Des noms que je ne connaissais pas m'apparaissent maintenant comme importants et c'est une belle manière de leur rendre hommage que ce livre.
Il y a Pierre Pillet le paysagiste qui a su répondre à la demande de l'architecte d'une ville verte et piétonne, il y a Michèle Goalard, Albert Marchais, Joséphine Chevry qui constituent une œuvre sculptée urbaine de grande ampleur.
Albert Marchais est l'artiste qui avait fait ce mur peint étonnant sur l'Hôtel Frantel (Mercure), détruit sans ménagement et sans autorisation par les nouveaux propriétaires. Une honte.
Cela est d'ailleurs le signe que parfois une grande richesse peut produire un effet curieux : un désintérêt comme si le grand nombre des œuvres permettait le sacrifice de quelques-unes...
Il nous faudra donc être vigilants sur l'avenir de la Grande-Motte.
Mais l'ouvrage est aussi un très beau guide parsemé à son tour d'une iconographie inédite et riche, de plans, de listes des œuvres et il s'avérera utile pour une nouvelle occasion de découvrir ou redécouvrir cette ville superbe.
Et, quand je vous aurai dit qu'il est gratuit et disponible sur simple demande, vous vous précipiterez pour l'obtenir en n'oubliant pas de remercier de ce très beau travail éditorial la Direction des Affaires Culturelles du Languedoc-Roussillon.
Merci Michèle François.
Faites votre demande ici :

D.R.A.C Languedoc-Roussillon
5 rue de la Salle de l'Evêque
CS 49020
34967 Montpellier cedex 02

Pour fêter cet événement, je vous propose une petite série de cartes postales encore inédites sur ce blog de notre belle Grande-Motte :


Carte postale Combier, le Babylone par Monsieur Vignal architecte. A noter que l'éditeur nous donne Bureau d'étude à Neuilly sans plus de précision.
Ce Babylone est absolument spectaculaire et beau.


Une édition d'Art Yvon expédiée en 1971 nous montre les immeubles pyramidaux (sic).
Quel point de vue !


Une édition de France expédiée en 1976 nous montre la plage et la rangée d'immeubles donnant sa silhouette à l'horizon de la Grande-Motte. J'aime la présence des rochers au premier plan comme des cousins minéraux de nos beaux immeubles.


Entre ciel et mer, cette édition du Soleil joue de plusieurs vues. Le correspondant aime le vent frais et ses nuits calmes... heureux homme... La carte fut expédiée en 1989.


Une très belle vue sur la place et les immeubles "St-Clair" grâce à cette carte postale Combier.
On admirera le beau volume sur le sol et on regrettera les déjà trop nombreuses toiles des commerçants. La carte postale nous donne Monsieur Albert Cane à Beaulieu-sur-Mer comme architecte de ces immeubles.
Cette vue du port nous montre la ville de l'an 2000 et le Quai Meynier. On doit cette carte postale superbe à l'éditeur Mar. A droite l'un des bâtiments qui échappa malheureusement au traitement pyramidal : l'Hôtel Frantel (Mercure). C'est pour lui qu'Albert Marchais avait réalisé un beau pignon peint, détruit aujourd'hui. On remarque aussi à gauche le chantier du Palais des Congrès.


Cette autre vue d'avion nous montre aussi la ville de l'an 2000 grâce encore aux éditions Mar.


Nous sommes redescendus sur le sol avec cette carte postale qui nous montre la Maison de Convalescence et de Repos. La carte postale est une édition des Photographies Industrielles et Publicitaires Claude O' Sughrue. Cette carte nous donne le nom des architectes messieurs Almayrac, Gallix et Vincent.
Bien dans l'époque avec sa décoration de plaques de béton moulé, ses décrochements successifs et son arc sur le toit, il s'agit à n'en pas douter d'un assez beau morceau. La carte fut expédiée en 1982 et le correspondant trouve sa maison de repos très belle !


Depuis le Village Vacances Famille dont on sait le très bon goût architectural à l'époque voici une vue assez rare de la Grande Motte. Elle nous est donnée par une édition Yvon datée de 1978. Elle nous donne : Etang du Ponant, le port. Et nomme l'architecte Mr BaLadur avec un seul L !
Je fais aussi parfois cette erreur !
Mais de qui est la petite sculpture de métal ?


Pour finir en beauté, la chapelle de la Grande-Motte. Monsieur Balladur n'est pas nommé sur cette carte postale Mar mais c'est bien l'architecte de cette très belle construction aujourd'hui quasiment invisible sous les ombres des pins.
Pour conclure, on ne se lassera pas de la richesse de la Grande Motte, de son équilibre entre constructions et végétalisation et le Comité de Vigilance Brutaliste restera à l'écoute de l'évolution de la protection nécessaire et urgente de cette rareté patrimoniale française.

dimanche 8 juillet 2007

un coin pour l'infini





De retour de foire (Elbeuf), je pose sur la table mes trouvailles bien modestes. Si j’aime toujours voir des images de la Grande Motte, il faut bien avouer qu’elles ne sont pas rares. Mais ne boudons pas notre plaisir.
D’abord vous redire mon intention d’aller hors saison, dans un presque vide, accompagné de mes photographes favoris (Claude, Sylvain, et Alan) arpenter les rues de la ville de l’an 2000. S’émouvoir des places minérales, des pyramides futuristes, des folies construites et d’une joie de vivre un peu artificielle.
Sur la carte postale représentant la place et les immeubles “St Clair” voir si les volumes en béton du premier plan sont toujours là et gommer les stores des glaciers. Puis étourdis par trop d’images à faire, gagner l’église St Augustin,se dire que le temps a passé en regardant la taille des sapins et entendre Claude se plaindre de la végétation qui gêne pour faire des images. Admirer les courbes audacieuses et tranquilles du lieu de culte signé de Jean Balladur et une nouvelle fois s’amuser du nombre d’architectes nécessaires à la construction d’un tel projet.
Et puis, grande réjouissance, s’asseoir sur les chaises polyprop de la chapelle du Saint Sacrement, regarder le coin du mur comme un morceau de l‘infini. Oui, nous pourrions nous réjouir ainsi mais Alan est en Afrique du Sud, Sylvain amoureux entre Lyon et Paris, Claude coupe ses papiers dans le Loiret et votre serviteur n’a pas le courage de partir seul avec la clio pour un safari photo.
Alors je remercie les éditeurs de cartes postales. Merci oui merci.

La Grande Motte (Hérault)
La place et les immeubles “St Clair”
Arch : M. Albert Cane à Beaulieu-sur-Mer
Carte C I M
34280

couleurs et lumière de France
34280 la Grande Motte (Hérault)
L’église Saint-Augustin
(architecte : Mr Balladur)
10 34 00 19
édition d’art YVON
1979

34280 la Grande Motte (Hérault)
La Chapelle du Saint-Sacrement
Arch. : Jean Balladur

mercredi 19 novembre 2008

un livre, des cartes postales, des photographes, un architecte


J'ai de la chance.
Le facteur m'apporte ce matin un magnifique livre consacré à Jean Balladur. L'ouvrage dédicacé par l'architecte (oui) est essentiellement un recueil de photographies. Des photographies réalisées par le duo dont on a déjà parlé ici : Pierre Joly et Véra Cardot (oui).



Mais cela me permet surtout de donner un nom d'architecte pour un bâtiment repéré sur un carte postale Abeille-cartes, Lyna envoyée en 1976. Cette vue aérienne superbe nous montre la Défense sans l'Arche en BIBACOLOR (sic !) photographiée par Jean Bastide qui a eu bien de la chance de voler au-dessus de Paris de la sorte. On voit bien en effet au milieu des monolithes ce bâtiment tramé de blanc et de noir, très graphique avec des courbes étranges au bord du bâti. Cela répond un peu au lyrisme du C.N.I.T.
Ce bâtiment est donc de Jean Balladur pour lequel mes aficionados connaissent mon admiration sans borne. Oui. Voyons ce que nous dit l'ouvrage :
"Cet immeuble de bureaux, construit pour être le siège de la Société de Réassurance dans l'ensemble de la défense, se situe sur le parvis au-dessus du centre Commercial des Quatre-Temps, et dialogue avec le C.N.I.T qui lui est diamétralement opposé. Il lui emprunte le traitement courbe et sculptural des pignons, la couleur blanche du marbre de Carrare qui habille les façades et le dessin des arcatures qui couronnent et terminent ce petit édifice. Il tente de dessiner, dans le contexte de la défense, une nouvelle approche de l'immeuble de bureaux, typiquement française, et enfin libérée des modèles américains."
J'ai vraiment de la chance.




Si je regarde bien, au fond de cette carte postale, je remarque un autre bâtiment dont je possède également une vue. Le Paris Penta Hôtel place Charras à Courbevoie. Étonnant toujours de sauter d'une image à l'autre; d'un point de vue architectural pas grand-chose à dire sinon qu'il s'agit d'un cylindre percé d'ouvertures, les chambres. Impossible d'obtenir plus d'informations, est-ce utile ? la carte postale est une édition Studio 4.
Suivent quelques photographies du duo Pierre Joly et Vera Cardot extraites du livre Jean Balladur aux éditions Conseils.


dimanche 8 juillet 2007

les chambres de Balladur




Il s'agit d'une carte postale Combier Imprimeur Mâcon
La Grande Motte (Hérault)
Le port.L'hôtel Frantel
"la grande Pyramide"
Arch. : Jean Balladur
Pas de date.

lundi 15 mars 2010

Denis Prisset, Prestige

Je reçois ça :



Cette carte postale de la Grande Motte est une édition Prestige bien connue des cartophiles. Cet éditeur a tenté à une époque d'essoufflement de la carte postale de relancer la machine par l'impression et l'édition de cartes plus belles, plus artistiques et plus originales.
Le choix des photographes toujours nommés et le choix aussi des sujets photographiés ont fait de cet éditeur un cas à part dans l'édition et aujourd'hui un objet de collection particulier.
Ici, dans un mode monochrome qui n'est pas sans rappeler l'article édité là, la Grande Motte de Monsieur Balladur se noie dans un ciel-mer bleu gris très impressionniste ou très Alphonse Allais !
On ne sait pas si le photographe veut nous chanter la beauté des effets météorologiques de la côte ou la capacité de ceux-ci à camoufler l'architecture de Monsieur Balladur !
J. Guillard, le Leicagraphe (!) pourrait certainement nous répondre.
En tout cas l'image peut, pour nous amateurs de ce lieu, nous frustrer un peu mais aussi nous confirmer dans l'idée qu'un horizon architecturé et moderne peut toujours répondre à certains codes de la photographie pictorialiste....
Mais voilà la personne qui me fait don de cette image troublée et troublante agit dans le réel le plus clair et le plus limpide, celui d'une photographie que l'on dit plasticienne pour dire qu'elle dépasse (eh oui) le cadre d'une photographie anodine.
Denis Prisset est son nom.
Dans son envoi généreux et surprenant, il joint un très beau petit opuscule de photographies et vous allez voir que les interrogations que nous partageons ici dans ce blog sur une photographie objective trouvent un nouvel élan.
Voyez :






Le titre mon amour pourrait nous donner une piste d'analyse, celle d'un écrasement hiérarchique des objets photographiques. A la fois exclusif, mon amour au singulier et toujours ouvert ; et cet amour se pose sur des sujets qui finalement sont redondants.
On ne voit pas, sur le choix que j'ai opéré, les photographies des gens dont on devine la proximité avec le photographe, mais on comprend que les typologies sont bien établies :
voitures, fleurs (végétaux), architectures, familiers... et toujours dans un ordre savant affirmé par sa discrétion même.
Si le monospace, carcasse de métal molle, se soulève pour laisser la place à un tumulus de pierre lourde, il y a bien là une position.
Si la rose fanée, à la limite de sa chute se pose sur le Parlement Européen, il y a bien là une position.
Si le guitariste jouant de ses cordes tendues se pose sur des pylônes électriques à haute-tension, il y a bien là une position.
La pagination de mon amour donne des pistes de lecture de la banalité apparente et feinte des images. Mais il faut aussi aimer les images une à une pour leur force d'indifférence, force puissante qui nous fait tour à tour détester notre réalité et nous livrer à sa fascination. C'est le syndrome d'Atget, ou plus proche de nous Hans-Peter Feldmann.
Je sais bien ce que je retrouve là aussi de la banalité comme grille de lecture des images, celle qui se veut chez les photographes allemands depuis les Becher une objectivité. Et l'erreur de jugement parfois provient de ce que la banalité est sur le sujet et non sur sa manière de poindre comme image.
Les Boring Postcard sont de ce monde, celui aussi d'une forme d'anonymat du photographe. Personne ne semble responsable de l'image, personne ne la porte comme regard. La carte postale alors offre cette jubilation d'une photographie née comme une génération spontanée d'images, du sol, de l'air et de ce qui se constitue comme paysage. Et finalement je crois bien que la force du travail de Denis Prisset vient aussi de là, du désir de faire des choix et du désir de faire passer ses choix comme anodins.
Une forme finalement d'inventaire ou de documentaire qui aurait été commandée directement par le réel. Celui-ci donnant directement ses instructions au photographe.
Cadre-moi toi qui a une machine à enregistrer ma mort annoncée. Les voitures finissent en bagnoles, les fleurs fanent même à Berlin, les constructions s'écroulent dans des ruines que leur perfection ne peut cacher et les amis s'effacent doucement.
C'est bien, je crois, à une vanité que nous invite Denis Prisset.
Et les 933 photographies (!) de la forme des choses (à Berlin) est l'une des plus belles. J'ai tout regardé.
Berlin à la fois touristique, détaillée, ignorée et célébrée. Des voitures, beaucoup, des motos, beaucoup, des fleurs (des roses), beaucoup et des constructions (beaucoup) en plan large ou en détails nous livrent bien une ville vue par un marcheur. Il suffit de suivre les fuyantes pour connaître la hauteur du photographe, la vitesse de son cheminement (tranquille).
J'aime les autos, j'aime les fleurs et les architectures. J'aime marcher en les découvrant. J'aime donc beaucoup le Berlin de Denis Prisset. Et sa forme des choses est bien souvent la mienne.

la forme des choses (à Berlin), 2009
47 min
933 photographies accompagnées de la première symphonie de Gustav Mahler
(à visionner sur ordinateur)

mon amour
édition P
500 exemplaires
isbn 978-2-917768-00-6
2008


samedi 19 mars 2011

mobilier de béton : paysage.

Avec cette série de cartes postales de La Grande Motte, je vais essayer pour une fois de vous épargner mon couplet sur sa sauvegarde. Non pas que je n'y croie plus mais disons que certainement les cartes postales suffisent ici à justifier cette défense.
Les deux cartes postales qui suivent présentent de plus un intérêt tout particulier, celui de nous montrer que La Grande Motte était un projet global allant de l'immobilier au mobilier en passant par tous les stades de l'aménagement urbain.
Malheureusement c'est bien plus souvent ces détails qui ont aujourd'hui disparu sous les transformations commerciales, les parkings, les terrasses abusives en plastique.
Alors, là encore, les carte postales nous servent bien d'appuis documentaires pour retrouver l'essence même de ce projet urbain, en voir sa beauté et sa particularité.
On commence :


Incroyable non ?
Cette carte postale Audumares nous donne une image du point zéro et des pyramides au fond. Regardez bien la qualité du design du mobilier, de ce mur-sculpture, la manière avec laquelle cela joue de la forme des pyramides.
Le photographe a posé l'horizon des immeubles faisant ainsi travailler les formes les unes contre les autres. Bien évidemment il a aussi capté le tapis rouge des fleurs (pétunias ?) mais il a su laisser cette sensation minérale du lieu. Les visiteurs attentifs verront que la ville est encore en chantier.
Et ici :


Alors ?
Cette carte postale Y.P.A vise la plage et les résidences mais surtout met bien en avant le travail remarquable des sculptures de béton permettant une stabilité des dunes et offrant un superbe et curieux champ de fleurs de béton. Nous sommes toujours à proximité du point zéro. Il faudra bien remettre tout cela en état. Là aussi, la ville est en chantier et les grues forment encore les points les plus hauts.
Il faut ici rappeler le nom des deux artistes ayant participé et créé ces lieux : Joséphine Chevry et Michèle Goalard.
Et encore :

Cette carte postale Yvon est également située au point zéro. D'une grande qualité éditoriale due au Procédé 301 de chez Draeger le grand imprimeur, cette carte postale nous dit bien la surprenante constitution de ce lieu.
Entre construction architecturale et sculpture praticable, le dessin de l'architecte trouble le jeu des formes et des fonctions.
Promenons-nous en ville :


Voici une pyramide, c'est le Grand Voilier. Toujours chez Y.P. A il faut savoir que cette pyramide n'est pas dessinée par Jean Balladur mais par Henri Castella, architecte.


Voici une pyramide, c'est le Reymar. Toujours chez Y.P. A et toujours de Henri Castella, architecte.
Et pour finir voici une pyramide !


Il s'agit cette fois du Saint-Clair mais là je ne connais pas l'architecte. Et si simplement il s'agissait cette fois de Jean Balladur ?
En tout cas les trois cartes postales Y.P. A, nous montrent les immeubles tout juste terminés et au sol on devine encore le chantier tout frais.

lundi 24 octobre 2011

La Grande Motte considérée

Samedi, par hasard, j'entends une émission de télévision qui évoque la richesse architecturale de la Grande Motte.
Il était temps !
Que la télévision publique française soudain bascule avec un nouveau regard sur ce patrimoine est bien l'indice du manque total de culture architecturale en France.
Toujours, chez nous, il faut passer par des labels, des inscriptions sur des listes, des tampons officiels pour que soit pris au sérieux notre attachement à cette architecture.
Il faut du patrimoine avec un grand P. Vous me direz qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis mais parfois il leur faut beaucoup de temps !
Allez encore un an ou deux et vous verrez Thalassa ne plus parler de bétonnage des côtes françaises mais de richesses du littoral...
Je n'oublierai pourtant jamais leur indifférence à Royan et à la Grande Motte et à tant d'autres édifices qui n'ont pas le mérite d'être en chêne vieux et en pierre de taille !
Alors voilà au moins une raison de trouver que le Label Patrimoine du XXème siècle sert à quelque chose.
Pour fêter ce changement radical, voici quelques nouvelles venues dans ma collection :



Cette carte postale est une édition Audumares en SIRA Chrome (sic). Pas de date et l'architecte Jean Balladur n'est pas nommé.
Cette autre :



Ici c'est l'excellent Combier qui nous donne cette belle carte postale de l'église Saint Augustin et qui nomme bien Mr Balladur. C'est beau partout, cliché et architecture.
enfin :



Cette carte est plus rare et nous montre l'une des demi-lunes de la Motte du couchant. La carte postale MAR parle de ville de l'an 2000... Si l'on en croit le regain d'intérêt, on devrait dire ville de l'an 2011.

dimanche 29 avril 2012

la chemise rose

































- Tu crois que ça va être bien avec cette ombre en premier plan ? Et toutes ces bagnoles ?
- Il me faut du recul... et c'est le meilleur point de vue non ?
- J'sais pas... ouais... Il aurait fallu un zoom pour le détail du décor, je t'avais dit de prendre le zoom...
- Trop lourd, j'en ai un peu marre de porter les appareils et puis bon ce n'est pas non plus un chef-d'œuvre cet immeuble non ? 
- Ça c'est sûr mais j'aime bien les trucs comme ça, c'est un rien prétentieux et minable en même temps, c'est touchant.
- Faut pas traîner, allez hop ! Voilà, j'en ai fait deux, y en aura bien une de bonne, on verra ça au retour.
- Ouais, vivement demain, la Grande Motte....
















- C'est vraiment un cliché ton point de vue !
- Trop drôle, on dira au prof que je voulais faire une carte postale ! Les bateaux, le port et les pyramides au fond sur un ciel bleu ! T'as raison c'est vraiment trop cliché !
- Si seulement on pouvait prendre un de ces bateaux et faire une virée en mer...
- T'as déjà mal au cœur à l'arrière des DS...  je t'imagine vachement mal sur une coquille de noix !
- Au lieu de te foutre de moi, avançons pour voir la ville, il faut que l'on travaille tout de même...
- T'es bien le seul à croire encore que l'on est là pour le boulot !...
...















- Faut reconnaître que ces archis français, ils ont tout de même une sorte de chic non ?
- C'est clair mais en même temps y a toujours un truc qui cloche, là c'est la vue sur les bâtiments du fond...
- Bah... oui mais c'est tout de même pas la faute de Balladur, s'il y a des machins moches sur les horizons !
- C'est tout de même bien dessiné non ce point zéro. Les petites fleurs m'emmerdent mais l'ensemble est vachement bien dessiné, surtout les circulations. Fait trop chaud... pour parler urbanisme, si on allait se baigner ?
- T'exagères pas un peu non ? On en revient de la plage ! Mes espadrilles sont encore humides !... Mais t'as raison, filons à la plage ! Qu'est-ce que j'ai fait de mon carnet de notes ? Tu l'as pas vu ? Ah non il est là... ouf....















- Quelle grosse blague ce truc tout de même !
- Ouais... une belle blague ! Tu crois que les gens qui viennent là sont conscients de la tromperie ? Faut pas qu'on oublie de faire quelques interviews tout de même, tu sais que ça compte vachement pour le Mémoire la parole des habitants...
- Il arrête pas de nous baratiner avec ça le prof... parler aux gens, demander l'avis aux gens, que pensent les gens qui vivent là, pourquoi ils vivent là, comment ils vivent ensemble les gens... les gens, les gens, les gens... Au bout d'un moment moi j'en ai un peu marre de ce truc de la parole aux habitants...
- Tout de même, faut bien savoir si ça marche l'architecture non ? Tu crois pas que c'est ceux qui y habitent qui peuvent mieux le dire....
-Ah, j'en sais rien, des fois, je me demande... Habiter un décor comme ça, c'est possible ? Tiens demande à la dame qui passe... Madame ! Madame ! Partez pas... Mada... elle en a rien à foutre de notre demande tu vois !
-Bah... ouais... je mettrai ça dans le Mémoire !
-T'es trop un marrant toi !
















- Alors là, ça, j'adore !
- Je te l'avais dit que ça valait le coup de venir là !
- La vache, quel ensemble ! Et pas de compromis ! Ça fait du bien de voir ça ! Mais comment t'as connu ces tours ?
- Je suis venu avec mes parents dans le coin pour faire du ski... je me suis emmerdé sauf quand on est venu là... tu sais, c'est certainement ces tours qui m'ont donné envie de faire de l'archi, au fond maintenant j'en suis certain.
- T'es émouvant des fois avec tes souvenirs ! Mais bon, je reconnais, c'est chouette ! Tu crois qu'on pourrait visiter un appartement ?
- On a rien à perdre à essayer ! Et puis, même si ça ne fait pas partie de notre boulot sur les aménagements récents du bord de mer français, leurs implications dans le paysage et les relations avec l'architecture traditionnelle et gnagnagna on fera plaisir au prof d'avoir débordé un peu, il dira qu'on a de quoi déjà ? de... des....
- De l'Initiative, avec un grand I comme Idée qu'il dit toujours le prof !
- Ouais... initiative comme le syndicat !
- Arrête ! t'es trop marrant, j'en peux plus !
- I...ni...tia...tive...
- On devrait monter un groupe d'archis qui s'appelerait comme ça ! 
- Bon, dis, t'as pas envie d'une bière ?
- Si mais où j'ai foutu mon carnet de notes ?
- Je te dirais bien où il est mais ça ne te fera pas rire !
- Ah il est là, j'ai trop peur de perdre tout le boulot ! 
- On a les cassettes aussi, tu sais.
















-Dis donc t'es vachement chic avec ta chemise rose...
- Je savais que ça te plairait.
- T'as dégotté ça où ?
- Hier, quand j'ai fait le tour de la ville pendant que tu prenais encore le soleil !
- Bah, j'ai vachement avancé hier, crois pas que je fous rien quand je suis sur la plage ! J'ai écrit deux chapitres...
- Eh bien... je demande à lire ça ! Ça doit sentir bon l'Ambre Solaire ! T'as pas trop de mal à écrire avec du sable sous la pointe Bic ?
- Et toi ? Tu t'y mets quand à la rédaction de ton Mémoire ?
- J'en sais rien... au retour... tranquille... on a le temps...
- Eh bien tu vois ! Moi aussi je profite ! En attendant, elle est vachement bien ta chemise...
- Tu veux aller voir la boutique, c'est à côté ?
- Tu me tentes, allez ! Oui ! C'est pas chez moi que je trouverai une chemise comme ça !
- Ah ça c'est sûr ! Mais t'achètes pas la même ! Y a plein d'autres couleurs sympas....
- Vert. Il y a de beaux verts ? J'ai toujours rêvé d'une chemise vert pomme...
- Bah là, tu vas être servi !
- T'as pas vu mon carnet de notes ? 

 


Merci à Claude pour cette donation (ici partielle).
Dans l'ordre d'apparition à l'écran :


La Grande Motte, la Grande Pyramide et l'Eden, éditions d'Art Yvon, 1979

La Grande Motte, le "Point Zéro", les 5 toits et moi, Architecte : Balladur, Combier éditeur.

Port-Grimaud, Cité lacustre, la nouvelle église œcuménique, Architecte : Spoerry D.P.L.G


Alicante, Paseo Maritimo, Seix Barral