mardi 3 avril 2012

une Maison Blanche


Dans un ciel parfait, légèrement moutonneux pour ne pas être uniforme, une tour superbe s'élève fière de sa grille, fière de sa hauteur, sérieuse sur sa fonction.
Sa fonction ?
Non pas une tour d'habitation, bien qu'elle pourrait en remontrer à d'autres bien moins belles, mais une tour pour la modernité des transports : une tour de contrôle.
Nous sommes une fois de plus à Alger, sur l'aérogare de Maison Blanche.
Les éditions Jomone font là aussi un beau travail éditorial et donnent à cet élément architectural une grandeur et une dignité plastique.
Et même si elle penche un peu, prise dans sa perspective, son articulation avec les volumes de l'entrée reste aussi une contradiction bien menée.
Les architectes Lathuillière et Di Martino ont fait là un travail sérieux certes mais déjà cinétique.
Avançons-nous un peu.



Chez le même éditeur, nous voici sous l'auvent de l'entrée. La carte postale nomme cela "les jardins". La carte est datée de septembre 1960 par René qui parle de son retour. On est heureux pour lui. A-t-il pris l'avion René ?
Nous devinons d'ici le beau traitement des façades de la construction avec sa claustra régulière. Tout au fond un avion en attente.
L'architecture, la modernité, un certain ensoleillement, des ombres colorées à la main laissent sous les yeux un monde révolu, nostalgique mais ici enregistré.
Comme une note dans un cahier à spirales.


lundi 2 avril 2012

héroïsme (des architectes et du lecteur)

Il y a des bâtiments qui sont tellement connus, tellement importants que cela vous laisse les bras ballants le long du corps.
Non pas que je ne trouve pas ces constructions intéressantes, c'est même tout le contraire, mais j'ai le sentiment que j'aurais beaucoup de mal à faire la synthèse nécessaire.
C'est le cas avec cela :



Il s'agit du Ministère de l'Education Nationale du Brésil par Lúcio Costa, Oscar Niemeyer, Carlos Azevedo Leão, Jorge Moreira, Affonso Eduardo Reidy, et Ernani Vasconcelos sur les conseils de Le Corbusier...
Cela fait du beau monde !
Et dans ma modeste bibliothèque je trouve tout de même deux références essentielles qui citent le bâtiment sur leur couverture, c'est dire l'importance de ce ministère dans l'histoire de l'architecture brésilienne et mondiale !
Mais revenons à la carte postale.
Cette dernière ne comporte pas de nom d'éditeur ni de photographe. La carte est affranchie le 13 mai 1948 mais est datée par son correspondant du 22 avril 1948 pour Rio (?) et du 28 avril 1948 pour São Paulo. La carte est partie vers la Belgique. Le dos ne comporte aucune indication sur le bâtiment.



Le cliché est superbe même s'il a une particularité que mes amis photographes pourront sans doute m'expliquer : il y a un effet maquette très prononcé qui m'a fait douter du réel de la scène. La netteté est aussi très relative... On remarque le bord blanc assez rare à cette époque en Europe.
On perçoit tout de même toute sa modernité. Mais là, pour une fois, je vais laisser la parole à des critiques plus avisés. D'abord venant de France avec le numéro historique d'Architecture d'Aujourd'hui sur le Brésil de 1947 (je suis si fier de l'avoir !) qui fut si important pour Royan.
Il suffit de le feuilleter pour comprendre comment les courbes douces sont venues adoucir les droites de la Reconstruction. On pourrait presque pour chaque page trouver un bâtiment de Royan avec une citation de l'un des bâtiments de ce numéro d'A'A. J'imagine ce magazine traînant sur la banquette arrière de la 4cv Renault des architectes !
Notre Ministère de l'Education Nationale fait la couverture...
Je vous offre la lecture du chapitre écrit par Oscar Niemeyer ainsi que l'article de A'A qui est tout tourné vers... Le Corbuiser.
Pour bien lire, les courageux devront cliquer sur les images !


le texte d'introduction d'Oscar Niemeyer :

l'article de A'A :


les photos de A'A :




Regardez bien le choix des sièges...



On trouve donc aussi ce Ministère de l'Education Nationale sous la forme de ces esquisses sur la couverture de ce livre que nous avons déjà un peu visité...





Puis à l'intérieur on trouve un bel article et de nombreuses photographies. On notera que cet article de Henrique E. Mindlin laisse encore la part belle à Le Corbusier et fait de ce bâtiment celui-là même de la naissance de l'architecture moderne au Brésil.



sous les pilotis...

sur la terrasse...

dimanche 1 avril 2012

Michel Marot, architecte, nous répond

Quel plaisir !
C'est toujours émouvant et enrichissant de voir un architecte prendre le temps de lire et de critiquer un article de ce blog consacré à son architecture.
C'est le cas aujourd'hui avec Monsieur Michel Marot qui m'a contacté récemment et m'a envoyé des précisions sur l'architecture de son église de Sainte-Agnès à Fontaine-les-Grès.
Je vous donne son texte avec son autorisation. Vous verrez un style plein de verve, de fraîcheur et d'à-propos qui sait rétablir des vérités, donner un avis sans faire de leçon. Merci Monsieur Marot.
Et comme vous aimez les cartes postales, je vous donne en plus deux images de cette église. Ces deux cartes postales inédites sur ce blog proviennent de la Donation Catherine Schwartz. L'éditeur est inconnu mais le photographe est nommé : Claude Moignard de Rouen ! On notera qu'est bien indiqué le nom de l'architecte Monsieur Marot ainsi qu'il a obtenu le Grand Prix de Rome en 1954 !

Réponse de Michel Marot à la critique de l’église de Fontaine-les-Grès.


« Le clocher, plus que spectaculaire, d’une arrogance jouissive ».

Beaucoup d’églises de la plaine champenoise avaient encore il y a 50 ans des flèches en ardoise, afin de mieux propager le son et être vues de loin. Ces églises étaient davantage en charpente et pan de bois qu’en pierre et voûtes. Elles ont été source d’inspiration.


« Le chien assis » servant d’auvent au porche d’entrée et supportant la tribune d’orgue et de chorale est un rappel des auvents de granges comme le relate le texte écrit par la DRAC de Champagne-Ardennes à l’occasion de l’inscription aux Monuments Historiques, en mai 2010.

Les poteaux en bois sont inutiles mais ont été posés pour tranquilliser les paroissiens. Ils ne sont pas fondés, on pourrait les enlever facilement. En effet, la structure métallique de la toiture se prolonge pour soutenir l’auvent et la tribune en porte-à-faux.

Sans ces poteaux l’église paraîtrait plus moderne. Faut-il plaire aux résolument modernes, à la pointe de la technique ou tranquilliser le peuple craintif ? Eternel débat politique.

« J’ai beaucoup de mal avec ce mélange paysan et moderne ».

Pour assurer une continuité de paysage entre le passé et le présent, chaque architecte doit se poser la question qui chatouille David Liaudet. La couleur des matériaux de peau, tel le stock de tuiles existant, est un moyen utilisable pour respecter le voisinage tout en changeant les volumes pour répondre aux activités nouvelles.

« J’aime moins les points d’appui de biais qui passent devant le chœur ».

C’est le biais incontournable de la flèche. On utilise la même peau pour atténuer ces points d’appui métalliques. Toute la structure métallique est cachée par les lambris en pin du Nord qui était extrêmement clair il y a 50 ans. Des critiques disaient que l’église manquait d’obscurité « propice à la prière ».

Il est très agréable de recueillir de vives critiques sur ses œuvres âgées de 50 ans. J’étais à l’époque, et encore aujourd’hui, très sensible à l’esprit des lieux grâce aux églises de la région en pan de bois et flèche. L’innovation ou la modernité, pour prendre un mot à la mode, résida d’abord dans la triangulation générale suscitée par la forme du terrain, puis dans l’utilisation du verre armé ondulé pour des vitraux plus économiques et enfin par la participation de la flèche pour éclairer le chœur et aspirer le volume vers le haut.

L’apparition en 1950 de l’équerre mobile rendit plus facile la pratique de l’angle à 60° par rapport à l’angle droit si dominant. Aujourd’hui l’ordinateur permet de jongler avec les courbes, comme Frank Gehry, jusqu'à ce que l’on s’en lasse. Si l’on se préoccupe de l’esprit des lieux et des habitudes locales, on peut se libérer des modes, des angles et courbes et autres maniérismes..


Michel Marot - mars 2012




Cette carte est superbe ! Regardez le détail de la rampe d'escalier, comment la découpe du bois permet le passage de la main ! C'est là un détail qui dit beaucoup de la qualité de l'ensemble.

samedi 31 mars 2012

AG DOCOMOMO

Pour la première fois, je me suis rendu à l'assemblée générale de DOCOMOMO, une association de défense du patrimoine architectural moderne et contemporain dont je fais partie.
Merci à Olivier Nouyrit et Agnès Cailliau pour cette invitation.
J'ai donc pu pour l'occasion expliquer la démarche de ce blog mais surtout comprendre une fois de plus que ce combat que nous menons est aussi fait de chaleur humaine, d'énergie passionnée et d'un réseau qui semble, eu égard au trop petit nombre d'adhérents, d'une grande efficacité.
Alors, je sais que vous êtes nombreux à venir ici vous régaler des images de l'architecture que nous aimons mais sachez bien que ces architectures ne sont pas que des images, elles sont dans le réel et parfois (souvent) menacées même pour celles qui, vu leurs auteurs, pourraient sembler à l'abri.
C'est même sidérant de penser que des personnalités comme Zehrfuss, Prouvé ou encore Freyssinet ne suffisent pas, malgré leur noms qui résonnent comme des formules magiques, à prémunir leurs constructions contre les menaces de démolition.
Si vous chercher un moyen de me remercier pour ce blog gratuit et sans publicité, adhérez à DOCOMOMO !
Alors, je m'autorise à vous demander de participer à ce mouvement, de faire preuve de votre attachement à cette architecture : rejoignez par votre adhésion DOCOMOMO France !
Nous avons, vous avez besoin d'une telle structure pour pouvoir encore vous régaler des espaces superbes des créateurs et des architectes que vous aimez.
Pour plus d'informations sur l'action de DOCOMOMO France allez ici sur son site :
L'autre chose très émouvante pour moi ce fut de rencontrer des lecteurs de ce blog.
Je ne peux pas tous les citer mais j'avoue mon plaisir d'avoir rencontré Bénédicte Chaljub qui a écrit avec Renée Gailhoustet l'un des plus beaux livres sur l'architecture qui soit.

La Politesse des maisons
Renée Gailhoustet, architecte
Bénédicte Chaljub
L'impensé
ACTES SUD
isbn 978-2-7427-8227-7
22 euros

Je ne plaisante pas, lisez (et achetez) ce livre ! Vous verrez comme c'est humain l'architecture, comme c'est poétique, comme c'est plastique et comme c'est social.
Bénédicte Chaljub travaille également à la sauvegarde de l'école d'architecture de Nanterre de Jacques Kalisz que nous avons vu ici. Lisez son article dans la revue AMC N°203.
Il faut défendre ce bâtiment !
Et cerise sur le gâteau, voici que Jérôme Daudel m'offre dans une enveloppe cette série de cartes postales sur le siège du Parti Communiste à Paris par Oscar Niemeyer. Merci Jérôme ! Et même si j'ai déjà eu l'occasion de vous en montrer quelques-unes, je vous montre la série dans son ensemble. Toutes les photographies sont de Michel Moch.
Vive l'architecture !




lundi 26 mars 2012

sources

Reus, Gaudi, Bofill.

Voici une carte postale espagnole qui va nous permettre à nouveau de parler de Ricardo Bofill.
Nous sommes à Reus devant le Barrio Gaudí dessiné par le Taller de Arquitectura.



La carte postale coupée en deux dans sa longueur permet d'inscrire l'ensemble de Bofill dans son échelle.
On devine d'ici des façades creusées aux traitements forts et colorés jouant avec la brique de manière habile.
On sent immédiatement un dessin, une recherche, quelque chose qui tranche des réalisations habituelles. Une fragmentation, des articulations.




On comprendra mieux grâce aux très belles photographies tirées d'Architecture d'Aujourd'hui de 1970 (N°149) les qualités d'espaces, les jeux formels.
Je regrette de ne pas avoir connu cette construction plus tôt car je suis passé bien près lors d'un voyage en Espagne !
Il faudra y retourner !
Une nouvelle fois Ricardo Bofill dans cette période de son travail avait su faire une œuvre belle, réfléchie, déterminée et même sensible.
Nous aimons ici défendre cette période même si celle des colonnes et des corniches nous amuse aussi...
Il était alors question dans les termes de l'architecte d'architecture du désordre, d'une ville dans l'espace... Il faudra y revenir aussi !
La carte postale est sans éditeur mais le photographe est nommé : Raymond de Tarragona.
Comment vit-on aujourd'hui au Barrio Gaudí ?













dimanche 25 mars 2012

Un peu comme un plan de Resnais.




Elle, sur une rive.
Lui sur l'autre.
Tous deux visant les Buildings comme leur lieu de rendez-vous. L'approche se fait à pied, parfois en noir et blanc.
Rien ne dit que finalement ils se retrouvent dans cette géométrie neuve d'un ensemble architectural sorti tout juste de terre après la catastrophe.
Tu n'as rien vu à Boulogne-sur-Mer.



Elle lui a dit que c'était facile à trouver. Il lui a dit que non, rien n'est facile dans une relation naissante et que, c'était bien cela qu'il fallait aimer.
Elle a marché, son fichu sur la tête ondulant sous les courants d'air.
Il a arpenté le quai, les mains dans les poches de son pardessus pour le retenir contre son corps et contre le vent.





Les immeubles grandissent alors, s'approchent et leur égalité successive donne l'illusion d'une multiplication infinie.
Elle s'accroche à cela comme à une analogie possible de leur relation.
Il n'y croit déjà plus, perdu dans la foule des anonymes venant voir la modernité du port. Tout a changé....


...laisser la vie du port aux habitants, figurines obligées d'une vie réelle. Inventer le déplacement des corps des comédiens et de la fiction. Faire en quelque sorte glisser la caméra toujours vers l'avant pour enfoncer les images...

...regarder les cartes postales de Boulogne-sur-Mer surtout pour les immeubles de Pierre Vivien l'architecte, immeubles que l'on appelle ici les Buildings parce que c'est l'Amérique et c'est le futur.
La modernité prend pied, elle autorise à croire au changement radical des vies et des lieux de vie.
Pourquoi donc si peu de cartes postales de ces Buildings en gros plan ? Pourquoi toujours les situer dans le port, dans le contexte de la ville ? Pourquoi cette dernière se reconnaît-elle encore dans cette activité et ne reconnaît pas les constructions comme un objet autonome, puissant, méritant une image éditée ?
Sans doute ici, simplement qu'ils font partie du décor. Ils font déjà décor. Et, le cinéma, comme un peu au Havre, fait de l'architecture moderne un décor. Car, il reste toujours difficile de croire en la réalité d'un tel bouleversement et il est plus simple de penser que cela n'est qu'une illusion pour des films, des fictions, des histoires d'amour.
La géométrie moderne, la complexité de ses articulations, la brutalité de ses formes simples sont faites, oui, pour la projection...

... un ABCDaire serait parfait pour suivre cette énigme. Une lettre, un buiding, une définition. La spirale permettant la rapidité de la recherche. Faire un beau livre amoureux de cette architecture.
Des images, un film, une histoire. La conquête d'une modernité par un architecte pris dans la révolution de son époque. La Tabula Rasa affreuse permettant d'enfin voir le concret de la tentative moderne. Concret, comme disent les anglo-saxons du béton. Concret.
Un livre parfaitement documenté d'archives, de témoignages et de photographies contemporaines que l'on doit à Frédéric Lefever.
Il me faudra arpenter Les quais de Boulogne-sur-Mer avec ce livre à la main et remercier chaleureusement Frédéric Debussche pour cet envoi, cette invitation, et ce travail important.












ABCD,aire d'une modernité
les quatres buildings de Pierre Vivien à Boulogne-sur-Mer
Frédéric Debussche
Service d'animation de l'architecture et du patrimoine
de la ville de Boulogne-sur-Mer
ISBN 978-2-9527718-3-2
15 euros
Achetez-le !