mercredi 29 juillet 2009

une base spatiale


Vous avez vu.
Ne me dites pas, j'entends ceux qui comme moi aiment parfois croiser leurs intérêts pour la science-fiction et l'architecture, ne me dites pas donc que vous ne voyez pas là une base d'atterrissage pour quelques vaisseaux spatiaux échappés de Star Wars ou de l'univers de Simak.
Pourtant il s'agirait alors plus certainement de Rétro-futur !
Nous sommes au Brésil légèrement au-dessus d'un hôtel. Oui, un hôtel.
Plus précisément le Tambaù Hotel que nous devons à l'architecte Sergio Bernades. Il se trouve à Joao Pessoa, Paraiba. La carte postale fut expédiée en 1978, un an après la sortie de Star Wars. J'imagine l'enfant de 8 ou 10 ans qui après le visionnage du film allait en vacances ici, la science-fiction devait lui sembler bien réelle...
Je retrouve des constructions de cet architecte dans un merveilleux ouvrage de monsieur Mindlin, l'architecture moderne au Brésil.
Cet ouvrage nous permet de comprendre et de voir (et de quelle façon !) l'incroyable avancée de l'architecture de ce pays dans les années 40 et 50. On comprend comment finalement Royan existait déjà là-bas avant même que les bombardiers alliés tentent de vider la poche royannaise sous un tapis de bombes dont ils avaient le secret. Balance tout coco et on rentre. (le Havre, Dresde, Royan et tant d'autres.)
La synthèse du rationalisme et du lyrisme parfois baroque nous donne des beautés dignes des lignes claires d'un album de Spirou ou d'une villa du Docteur No.
En attendant l'arrivée imminente d'un B-Wing sur le Brésil on peut aller dormir dans cet hôtel si évocateur. C'est toujours ça.
Voici quelques images de la maison de campagne de Mlle Lota de Macedo Soares en 1953 :


Et une autre maison de campagne pour M. Guilherme Brandi en 1952 :



Et là, la soucoupe volante d'où sortent des êtres venus d'ailleurs est un projet de chapelle de 1952.

Une référence et un beau livre : L'architecture moderne au Brésil, Henrique E. Mindlin chez Vincent, Fréal et cie, 1956



stéréoscopique guide d'architecture



Depuis ce matin, un guide d'architecture contemporaine en France par messieurs Monnet, Crettol et Amouroux pour chaque œil.
Plus de jaloux et la certitude de voir en relief !
Ce qui est amusant c'est d'abord le prix de l'ouvrage, dégotté pour 3 euros sur internet.
Puis ensuite qu'il soit relié d'un beau faux marocain vert et enfin qu'il soit d'une édition de 1974 et non de 1972 comme mon volume plus ancien et un peu hors d'usage.
Les deux années ont permis quelques changements et comme vous connaissez l'importance de ce guide pour ce blog, je me permets de vous montrer quelques transformations.
A noter que le nombre de notices ne varie pas donc il y a des bâtiments qui passent à la trappe et d'autres qui arrivent...
Aucune mention n'est faite de ces changements éditoriaux ni dans la préface ni dans la présentation. Ma lecture rapide m'a permis de déceler également quelques très menus changements de textes.
Il me sera maintenant nécessaire de regarder dans les deux ouvrages pour m'informer et que dois-je faire ? Trouver une carte postale pour chacun des bâtiments du premier guide ou du second ou encore des deux ?


Regardez bien cette page dédiée à la buvette de Novarina et Prouvé. Non seulement la photographie a changé mais encore le détail de la charpente est imprimé à l'envers ! Cela a-t-il été retourné dans une troisième édition ?!

Le dessin des tétrodrons de Fos-sur-Mer ont fait la place à une photographie de leur installation et l'église de monsieur Aillaud à Forbach a maintenant droit à un plan.


La cité Emmaüs de monsieur Candilis laisse sa place à la bourse du travail de monsieur Niemeyer mais on reste à Bobigny !

Le chantier est terminé et les écoles primaires et maternelles de monsieur Renaudie se montrent sous un autre point de vue.

Je ne fais pas l'inventaire de ces changements, nous les découvrirons au fur et à mesure des besoins. La nouvelle édition offre également un supplément de plans de masse du front de Seine, Grigny, Créteil et la Défense.
Je rêve d'une belle réédition agrémentée de mes cartes postales, de vues actuelles et d'une belle préface des auteurs. Mais il faudra que cela reste un guide, facile à emporter en promenade.
Il y a un éditeur intéressé ?
Que devenez-vous messieurs Crettol, Amouroux et Monnier ?

Guide d'architecture contemporaine en France
D. Amouroux, M. Crettol, J.P. Monnet
éditions Technic-union et Architecture d'Aujourd'hui pour l'édition de 1974


dimanche 26 juillet 2009

encore... bellement

Bon.
Il faut croire que certains modèles perdurent et se déclinent. Celui de la pyramide en gradins et celui, plus particulièrement de la pyramide inversée en gradins sont des modèles bien anciens. On pourrait parler d'encorbellement, chose bien connue des villes à pans de bois comme Rouen par exemple.
Pour gagner de la place, à chaque étage on augmente la surface. Facile !
Il faut croire aussi qu'à une époque, ce modèle était celui de la modernité voire d'une certaine audace architecturale.
Au Mans, je mange dans une cantine administrative de ce type, en plein cœur de la ville moderne : c'est fabuleux.
Je vous propose d'abord un cambriolage éhonté car j'ai volé cette image sur internet mais la tentation était trop forte tout comme le prix de cette carte postale ancienne d'ailleurs !
Voyez :


il doit s'agir d'une forme de démonstration des capacités de l'entreprise de bois, sorte de geste triomphant d'ailleurs fort remarquable. Mais la forme est là et cela résonne avec ça :



Nous sommes à Pontoise devant la préfecture du Val de l'Oise par Monsieur Henry Bernard architecte (celui de la Maison de la Radio à Paris).
Cette première carte postale est une édition Mage en couleurs naturelles. Regardez bien au rez-de-chaussée les petits modules blancs nous en reparlerons plus tard. La prise de vue, d'un peu en dessous accentue l'effet de pyramide. Ça coince un peu le cadre vers la gauche et la préfecture est collée au bord. Pour tout voir, il faut être loin et le parking et sa pelouse attenante font un premier plan vraiment euh... plan.



On continue avec le même bâtiment Chez Lyna éditeurs (mes chouchous). Nous ne sommes plus à Pontoise mais à Cergy, nous sommes donc à Cergy-Pontoise ! La carte postale fut envoyée au Club Dorothée, les nostalgiques des années 80 apprécieront. Le photographe Monsieur Paul Viard a choisi un point de vue inverse avec pensées colorées au premier plan. Tout est bleu grâce au ciel magnifique et à la façade vitrée. C'est un brin artificiel mais ça passe. Remarquons sur cette image comme la préfecture fuit d'avantage et semble s'écraser vers l'arrière. Certainement un choix d'objectif photographique bien différent. Alan, Sylvain, vous avez un avis ?
Je vous donne la page de notre guide vénéré, vous verrez qu'ils font eux aussi mention de ce goût pour les pyramides...

Poursuivons avec deux cartes postales de la collection de Monsieur Persitz dénichées par Claude.




Nous sommes à Montréal, c'est écrit dessus, devant le pavillon canadien, c'est écrit derrière. Deux très belles cartes postales de cette pyramide inversée, le plus grand pavillon national situé au cœur de l'île Notre-Dame. La pyramide porte le nom de Katimavik (lieu de rencontre en esquimau) !
L'éditeur Benjamin News ne nous donne pas le nom de l'architecte Arthur Erickson. Pour plus d'informations voici un site remarquable sur l'expo 67 .
Voici maintenant presque une pyramide, au moins un bel encorbellement :

L'hôtel du Lac de Tunis par l'éditeur Société Carthage. Très impressionnante la volée d'escaliers à chaque extrémité qui récupère la différence de surface. Sous un certain angle certains voient dans cet hôtel un rapprochement formel avec l'un des vaisseaux de Star Wars de Georges Lucas. Oui. Joachim se fait l'écho de ce point de vue sur son toujours excellent blog : ICI
Mais je reste muet sur l'architecte de cette merveille étrange. On admirera l'effet de socle du rez-de-chaussée accentuant là aussi le bel effet moderne et présentant le bâtiment comme un objet de luxe.

samedi 25 juillet 2009

Gaudi pour Guimard

Je voulais me faire le relais de l'ouverture du nouveau site du Cercle Guimard et pour cela il me fallait trouver une carte postale de l'architecte.
La seule originale que je possède, je vous l'ai déjà montrée et les belles rééditions également. Alors...

Alors il se trouve que depuis peu ma collection comporte cette carte postale du Paseo de Gracia à Barcelone. On y voit très nettement la maison que dessina Gaudi. Elle se nomme Casa Mila ou La Pedrera.
Je ne m'étendrai pas sur cette construction ni sur l'architecte, les informations sont foisonnantes.
J'avoue que j'ai toujours eu une réticence vis-à-vis du travail de Gaudi. Quelque chose me retient d'aimer cela. J'y trouve parfois des masses qui m'intéressent comme ici l'aspect grotte ouverte mais toujours un surplus de bardages décoratifs, une impossibilité de calme, un supplément de chantilly m'écœurent un peu.
Mais voilà, à part la Sagrada Familia que j'ai visité vite un après-midi, je ne connais rien vraiment de l'architecte. Peut-être aussi que la multiplication des images ici peut écraser le désir d'en appréhender la réalité. Certainement...
Je ne sais pas de quelle nature étaient les liens entre Gaudi et Guimard. Ont-ils discuté autour d'un verre des dessins de l'un et de l'autre ? Guimard a-t-il trouvé dans une revue des images de son collègue espagnol ? A-t-il reçu des cartes postales de Barcelone envoyées par des amis ?
La carte postale la plus ancienne ici montrée ne nous dit rien de l'architecte. Par contre elle nous montre bien le bâtiment qui occupe la moitié du cliché. Je n'arrive pas à trouver de date, le tampon de la poste n'est pas bien apposé. Des spécialistes du timbre espagnol nous donneront certainement cette information. En tout cas la construction est achevée donc nous sommes aux alentours de 1910, 1911.

La carte postale moderne nous donne bien le nom de l'architecte Gaudi mais ne précise pas le nom de la maison. Cette carte est éditée en 1961, photographie de J. Ubach Puig en Ektacrom. La couleur nous permet de deviner les jeux de matériaux. les arbres ont grandi, les volets sont encore fermés comme si depuis le début du siècle ils n'avaient jamais vraiment laissé passer la lumière de Barcelone.
Aujourd'hui, si j'allais à Barcelone mes yeux glisseraient sûrement d'abord sur la Torre Agbar de monsieur Nouvel. Peut-être dois-je en passer par là pour, à l'envers, venir aimer un peu plus justement le grand architecte espagnol.
En attendant n'oubliez pas de visiter le site du Cercle Guimard, c'est passionné, passionnant et pointu.
Merci à Dominique M. pour cette information.

vendredi 24 juillet 2009

l'Œuf, centre d'études


Si, comme moi, vous aimez passer la porte d'un hall d'immeuble et vous retrouver dans une bulle temporelle grâce à une céramique sur le mur, un aménagement d'espace et un choix de mobilier qui ne semblent pas avoir bougé depuis trente ans alors il vous faut immédiatement vous précipiter sur l'ouvrage : la mosaïque contemporaine, l'Œuf centre d'études par Marc Gaillard au éditions Massin.
Dans un article du 24 août 2007 je m'interrogeais sur ce que ce terme d'Œuf, centre d'études pouvait bien dire. Grâce à cet ouvrage vous saurez tout de ce groupe qui réalisa des dizaines d'aménagements d 'architectures avec en particulier ce goût pour des céramiques particulièrement colorées. Il suffit d'en voir une pour sentir les années soixante-dix vous tomber sur les épaules. Beaucoup de nos lieux publics se sont inspirés de ce groupe et on retrouve alors ces terres cuites brunes et oranges mélangées d'inox dans des lieux publics. Mais toutes n'ont pas la qualité de celles de l'Œuf, centre d'études.
Il ne faut pas oublier aussi les sculptures et les aménagements urbains tout aussi typés...
Le livre retrace l'histoire du groupe, offre une liste des lieux et une iconographie somptueuse de bleu turquoise, de vert tendre étendus dans des cercles aux jeux vasaréliens magnifiques.
Vous allez adorer !
Il existe peu ou pas de cartes postales directement inspirées par les réalisations mais voici la mairie de Gennevilliers.

Cette carte postale Abeille-cartes nous montre l'Hôtel de Ville de l'extérieur. On sait que l'architecte pourrait être Auzol (?).
Mais grâce à notre nouvel ouvrage on peut voir la salle des mariages très euh... Cosmos 1999 !
Est-elle toujours ainsi ?


Epatant non ? Et attendez de voir ce qui suit !

Ici nous sommes à Paris, rue Curial 19ème

Là, à Neuilly avenue du Roulle 1966


Et là, non pas dans le vaisseau amiral de Star Treck mais à Paris, place Pinel 13ème...
Dans l'équipe de l'Œuf, centre d'études on trouve : Pierre Puccinelli, Jean Piantanida, Roger Brusetti, Charles Miglierina, Charles Gianferrari, Roger Brusetti, René Edouard, Maurice François, Françoise et Maurice Idoux entre autres.
Pierre Puccinelli ne m'est pas inconnu car j'ai fait la chasse ce printemps aux très beaux immeubles parisiens qu'il dessina avec Roger Anger. Ces immeubles sont des jeux de volumes particulièrement spectaculaires et jubilatoires d'une grande force plastique et toujours au service d'une architecture utile.
Voici un des exemples nombreux rue Erard dans le 12ème arrondissement.





J'avais pu pénétrer à l'intérieur sans problème et je m'étais régalé de ce hall d'entrée. Je ne savais pas à ce moment là que, oui l'Œuf, centre d'études en avait réalisé le décor de 15m2 en 1966 !
Les livres tout de même c'est bien.

La mosaïque contemporaine
l'Œuf, centre d'études
années 1960-1990
Marc Gaillard
éditions Massin
dépêchez-vous, à mon avis, il n'y en aura pas pour tout le monde !



jeudi 23 juillet 2009

petit chef-d'oeuvre


Que voulez-vous que je vous dise ?
Quand la qualité éditoriale se mêle à la qualité photographique pour donner à voir la qualité architecturale, il n'y a pas grand chose à ajouter.
Nous sommes à Bobigny (oui encore) avenue Edouard Vaillant grâce à une édition J. Godneff 193 avenue Jean Jaurès, Aubervilliers. Le tout en véritable photographie au bromure.
Petit rappel : c'est la cité de l'abreuvoir par Emile Aillaud en 1958...

une grotte

Vous savez, ( si si vous savez) , que certains parmi les plus éminents architectes ont conçu leur architecture d'église contemporaine en évoquant la grotte, celle de l'apparition de la Vierge à Sainte bernadette par exemple.
Certains parmi ces plus éminents architectes, entre symbolisme et imitation cryptique ont persuadé les autorités ecclésiastiques qu'il y avait là dans la fabrication de la crypte le rappel évident du lieu même du miracle.
Il existe d'autres architectes qui, eux, pensent que l'imitation ne suffit pas et qui proposent aux fidèles une vraie grotte comme lieu de culte.
Par exemple :



La carte postale nous donne Raron/VS, Felskirche St Michael.
Après quelques recherches, je trouve finalement que nous sommes en Suisse à Rarogne, devant l'église Saint Michel construite par l'architecte Donat Ruff (?) dont malheureusement je n'arrive pas à en savoir plus.
Un site nous parle de construction. J'aimerais bien savoir si l'ensemble fut creusé ou bien si la cavité existait naturellement. Peut-être un peu des deux, une cavité naturelle peu profonde et aménagée en église. 500 places tout de même...
Du point de vue symbolique, évidemment cela n'est pas la même chose ainsi que du point de vue architectural ! L'ensemble est au pied d'un promontoire. On sait que les chrétiens des premiers temps se réfugiaient au sein des cavités naturelles pour prier. On sait que finalement, une église est un lieu que l'on décide comme telle et la messe finalement peut bien se dérouler n'importe où. Il n'y a donc rien là d'exceptionnel. Mais s'il s'agit d'une construction, d'un trou provoqué, il est étonnant que cette idée de refuge, presque d'absence dans le paysage se signale aussi fortement par un portique en béton aussi visible et fort qui ne manque pas d'ailleurs d'élégance. Ce jeu entre faire voir et cacher tout en même temps est intéressant. Surtout en Suisse qui ne manque pas, eh oui, d'abris nucléaires et de campements militaires enfouis sous les montagnes. C'est une habitude helvétique, méfiez-vous, en Suisse la montagne est creuse...



Alors pourquoi pas une église.
Celle-ci nous propose un dépouillement très protestant mais là je ne suis certain de rien. On remarquera que le béton est laissé brut à l'extérieur, jouant le fruste, mais que la surface interne de la grotte est blanchie... Contraste donc encore. Où est la vérité du matériau ?


L'espace a l'air immense et bien ordonné, voire sculpté surtout pour ce qui concerne le chœur parfaitement symétrique. Il doit être étonnant de passer des intempéries climatiques de l'extérieur à la protection intérieure et le moment où le fidèle ressort de ce lieu pour redécouvrir le monde doit toujours être fort.
Soudain me vient l'image du jardin d'hiver de Dubuffet posé en plein Centre Pompidou. La grotte de l'artiste, porte fermée était toujours pour moi un rendez-vous incontournable de mes visites. J'aimais beaucoup ce moment où l'on retrouvait après quelques minutes dans la sculpture le brouhaha du musée.
On remarque d'ailleurs que l'éditeur de la carte postale nous en propose immédiatement et simultanément deux vues : intérieur et extérieur. Je crois qu'il est évident pour ce genre de conception qu'on ne peut faire autrement. L'extérieur ne dit rien de la forme interne et comment la cavité pourrait parler de la manière dont elle se présente à nous ?
Deux vues donc pour dire et tenter de faire sentir le contraste fort entre les deux moments du bâtiment.
Si quelqu'un sait qui est Donat Ruff...