jeudi 15 avril 2010

from boring to gripping


Je vous laisse deviner où nous sommes.
Avouez que c'est difficile de le dire non ?
Une Dauphine, une Ford nous sommes à l'Ouest. Oui.
En France ?
Non !
Allez, cherchez encore.
Disons qu'il s'agit pourtant (et comme nous allons le voir) d'un pays de très grands et célèbres architectes....
Un pays un peu secret...
Eh oui ! Alan ! Bravo ! tu devais reconnaître cela immédiatement ! Oui nous sommes en Suisse.
Difficile de le voir tellement cette carte postale semble nous proposer une image si typique des Boring Postcard. Nous pourrions vraiment être dans beaucoup d'endroits du monde au milieu des années 60.
Pourquoi diable le photographe a choisi ce lieu ? Pourquoi l'éditeur a envoyé son photographe ici ? Pourquoi Rémy a-t-il trouvé que c'était bien là une image représentative de Genève Carouge et a acheté cette carte postale ?
Cette indifférenciation (oulala ! quel mot !) du lieu, cette attention au cadrage sur un petit tunnel, cette distance prise avec les immeubles et la ville au loin, cette couleur gris bleu magnifique et généralisée sur l'image, tout cela en fait une superbe carte postale, une image d'une époque où la route, l'automobile, la vie moderne avaient un intérêt à l'image.
La ville ?
Genève donc.
La rue ?
l'avenue J. Vibert
Le lieu ?
Le quartier des Tours à Carouge.


Et ces tours justement... Lorsque l'on fait sa petite promenade sur Google Earth on les voit mal mais on comprend immédiatement par leur dessin et leur puissance que l'on est devant quelque chose d'important. Il faudra d'ailleurs un jour écrire sur ce phénomène qui fait que l'image d'un bâtiment selon son point de vue et son environnement le fait basculer lui aussi de l'ennui à l'intérêt.
La carte postale nous les propose comme des blocs forts et un peu durs, massifs alors que les images de proximité vous les ramènent en ne perdant rien de cet aspect vers la complexité d'un dessin et surtout une modernité affichée héritière de Le Corbusier.
Ensuite on cherche et on trouve que ces tours sont de 1958 !
Que les architectes sont messieurs Archinard, Barro, Brera, Damay, Mégevand, Schwertz et Waltenspühl. Ouf !
On trouve également des informations sur leur probable classement et sur aussi leur récente restauration.
Les suisses aiment aussi cette architecture. Les suisses la protègent. J'aime la Suisse même si, oui, la mer est un peu loin...
Pour finir disons que je n'ai malheureusement pas trouvé d'informations plus précises sur la conception des tours.
Et aussi disons que l'éditeur de cette carte expédiée lors du Salon de l'Automobile de Genève de 1965 est Jaeger à Genève.
J'oubliais... pourquoi Genève est-elle si peu photographiée sur Google Map et Google Earth ?

mardi 13 avril 2010

Arcueil, à l'œil et à la loupe



Bon, un coin de banlieue en photo véritable chez André Lecomte éditeur.
Des nouvelles du temps maussade sur Arcueil.
Pourtant, la carte postale nous dit le ciel bleu paisible.
Mais mon œil regarde surtout la boutique au coin, en bas de l'immeuble H.L.M Paul Vaillant.
La Laiterie Parisienne...
Je pense à cette France-là, que j'aime aussi.
Le coloriste ou la coloriste de l'éditeur ont choisi du jaune pour la robe de la jeune fille à l'entrée de la boutique.
Un point de couleur vive ici.
C'est bien.
Et à l'aide de mon compte-fil, une loupe, je regarde aussi les autres demoiselles qui attendent à l'entrée du magasin.



Mais on devait bien y vendre autre chose que du lait dans cette boutique ?
Qui se souvient ? Une épicerie, une boulangerie ?


Il me semble que j'arrive à lire William Saurin sur la vitrine...
Perdu au milieu des allées un tout petit bambin esseulé.


Nous sommes avenue du Général Malleret dans les années cinquante.
C'est loin à tous points de vue sauf celui magique de l'agrandissement comme Raymond Roussel et son roman "la vue".
L'œil fait le verbe.

dimanche 11 avril 2010

Group Ludic, le sous-marin



Vous reconnaissez maintenant ce lieu.
Oui nous sommes bien devant le village-vacances "les pins de Corduouan" à la Palmyre en Charente Maritime, juste à côté de Royan.
La carte postale nous offre un nouveau point de vue sur le beau bâtiment de messieurs Villeminot et Champrit et surtout devant le formidable espace de jeux pour les enfants créé par le fameux Group Ludic dont nous avons déjà évoqué les réalisations ici et ici aussi.
Lisons ce que nous disent au verso Maud et René :
" Je t'envoie le" sous-marin", un des jeux du village où nous sommes. Les enfants entrent par un tube, passent sous la terre et ressortent par un autre tube..."
Voilà, tout est dit.
Une merveille colorée, joyeuse et certainement inoubliable pour plein de gamins !
Si vous voulez voir l'intérieur allez ici, c'est superbe aussi.
J'imagine que ce type d'expérience doit être bien difficile à réaliser aujourd'hui...
Notons que le Groupe Ludic est nommé mais avec cette orthographe Group-Ludic.
La carte postale est une édition Artaud expédiée en 1972.

Un gamin prêt à descendre dans le sous-marin.

Ici l'entrée principale....

...et la sortie du tunnel !

samedi 10 avril 2010

la moutarde me monte au nez


Voici une carte postale qui pourrait bien être une forme de typologie du genre.
Une sorte d'absolu dans sa forme, son édition, sa construction.
Quelque chose d'abouti et de complet.
Bref, une sorte d'étalon pour ce blog.
On y voit la Cité Billardon de Dijon photographiée remarquablement et éditée avec un soin superbe par les éditions du Globe.
Le point de vue à hauteur d'homme cadre la construction dans une perspective noble sur un ciel gris uniforme à la mode de la photographie objective allemande.
Le vide sidérant d'animation et de situation fait flotter sur l'ensemble une sensation étrange d'isolement.
Comme posée là par hasard au milieu de nulle part, la cité offre sa façade sud à l'objectif photographique en révélant la grande beauté sévère de sa grille.
L'objet architectural a eu droit à de nombreuses publications et même à un regard patrimonial (label du XXème siècle) avant... d'être détruit !
Oui... La France.
Si seulement il avait été en pierre de taille !
L'architecte de ce qui fut une sorte d'unité d'habitation de la Bourgogne est Monsieur Beck. On trouve un très long article dans Architecture d' Aujourd'hui N° 58 de 1955. Je vous en livre une partie :











Enfin on notera que Mathieu Pernot dans son ouvrage le grand ensemble, nous propose en une double page, une de ses photographies de destructions.



On y voit la Cité Billardon soufflée par l'explosion.
On constate aussi que dans cet ouvrage aucune carte postale de la Cité n'est montrée.
Il nous faudra savoir si cette pièce manquait au photographe dans sa collection ou s'il a fait le choix d'un montage par pagination.
Cette dernière et ultime image d'un lieu remarquable au moment de sa destruction a le mérite d'être, j'ose, édifiante...

le grand ensemble
Mathieu Pernot
édition Le Point du Jour
29 euros

la ballade d'août 75

Un peu comme une carte postale sonore de 1975.
Merci Charlélie Couture.



mardi 6 avril 2010

Notre guide (et son auteur) : Monsieur Amouroux

Il fallait bien que cela arrive !
Quelle belle surprise !
J'ai reçu un sympathique et informatif message de la part de Monsieur Amouroux l'un des trois auteurs de notre guide vénéré d'architecture contemporaine en France.
Vous savez ce livre dont je vous parle si souvent et qui fut, oui, celui qui m'éveilla à nouveau à la question de l'architecture il y a maintenant pour moi une vingtaine d'année.
Je pourrais vous montrer l'endroit exact où j'ai trouvé et acheté ce guide dans un carton sur un vide-grenier de la banlieue de Rouen.
Je me vois l'évoquer avec Marc Hamandjian à mon retour.
Mais aussi vous savez que c'est par ce guide que j'ai découvert le travail de Claude Parent.
Ce livre c'est aussi pour Claude Lothier et moi notre bréviaire de voyage pour aller sur place voir comment le temps et les outrages sont passés sur cette modernité.
Alors je vous livre ici un extrait de la lettre de Monsieur Amouroux :

La genèse du "guide vénéré" en bref :
Circonstances = mémoire de fin d'études de l'Institut supérieur des carrières artistiques.
Raison = éviter un sujet banal d'étudiant convenu (ou l'inverse).
Directeur du mémoire = Max Querrien directeur de l'architecture du ministère André Malraux.
Méthode = classique = dépouiller des revues, faire des fiches, rencontrer des gens ... sélectionner à l'arbitraire, au flair, à l'intuition.
Un lieu de travail magique (disparu depuis) la bibliothèque du CSTB dans le XVIe : silencieuse, lumineuse, à côté d'un café/restaurant glissé dans un immeuble de Guimard où débarquaient les équipes de Pierre Schaeffer... (service de la recherche de l'ORTF)...
Le plus = partir visiter tout ce qui était en fiche ! Un véritable tour de France initiatique avec ses instants de grâce et ses déceptions !
Sponsor officiel et bienveillant : Madame Marthe Monnet. Sans elle, le guide n'aurait pas existé
La difficulté = une fois rentré, écrire les textes.
Le plaisir = le mémoire est notée au superlatif !
La première suite = rencontrer des éditeurs potentiels (Les guides Bleus... puis l'Architecture d'Aujourd'hui)
Le miracle = le oui immédiat du jeune éditeur délégué du groupe Expansion, Christian Sarramon.
La seconde difficulté : réécrire les textes pour les faire rentrer dans la maquette !
Les découvertes tumultueuses de l'apprenti = la maquette et le travail du maquettiste, la préface de Michel Ragon qui ne convient pas et l'illustre auteur qui se met en colère devant l'insolence des jeunes galopins, la démarche auprès de Jean Dewasne par l'intermédiaire de sa galeriste, Anne Lahumière où je venais de faire un stade, pour qu'il crée la couverture du livre et la déception lorsque nous comprenons qu'il a repris un bout de l'une de ses œuvres, la photocomposition par ordinateur à Barcelone, avec trois semaines de séjour en attendant que les ordinateurs catalans écrivent correctement le Français (ce sont alors les débuts de cette technique), la parution, le livre vite épuisé et le retirage envisagé, puis réalisé…

Monsieur Amouroux m'indique qu'il vient de publier un ouvrage sur l'architecte Arretche que l'on connaît bien à Rouen et sur ce site.
Il est l'un des auteurs de l'église Jeanne d'Arc place de la Pucelle à Rouen, précisément.
Vous pouvez pour les parisiens vous rendre à la signature de l'ouvrage ce soir à la librairie Flammarion du Centre Pompidou.
Nul doute qu'il s'agisse là d'un ouvrage important.
Alors comme ce blog est un blog sur les cartes postales, je vous propose ça :














Certaines ont déjà été publiées ici mais l'occasion était trop belle de vous les faire redécouvrir.
Il s'agit d'une série éditée à 1000 exemplaires par C. Hamelin et imprimée par les Affiches de Normandie.
Je ne possède malheureusement pas la série complète qui compte au moins 44 (!) cartes postales !
Aucune de celles que je possède ne nomme l'architecte mais on y voit le sénateur-maire de Rouen, Lecanuet.
C'est en tout cas un beau reportage et je crois bien qu'il doit être bien rare de suivre ainsi la construction d'un bâtiment moderne en cartes postales. Connaissez-vous d'autres exemples ?
L'édition en petit tirage prouve là aussi une destination pour collectionneurs de cartes postales.
Malheureusement l'église Jeanne d'Arc n'a pas d'entrée dans notre guide vénéré trop récent. Alors oui, il faut vraiment lire le livre de Monsieur Amouroux sur Arretche pour connaître son avis sur ce bel édifice.

guide d'architecture contemporaine en France
Par messieurs Amouroux, Crettol et Monnet
Technic-Union 1970

Louis Arretche
carnets d'architectes
coédition Infolio/éd. du Patrimoine
Dominique Amouroux
20 euros


lundi 5 avril 2010

Royan pour les oreilles



Cette petite construction de Royan est un peu moins connue que les grandes œuvres de cette ville comme le marché ou l'église.
Il n'en demeure pas moins qu'il signe lui aussi l'inscription de Royan dans les années cinquante.
Il s'agit de l'auditorium, sorte d'estrade pour la musique en plein air.
La voûte permet à la fois la protection du soleil des musiciens mais aussi de renvoyer le son vers le devant de la scène en abritant également des vents marins arrivant par derrière !
Les amoureux comme moi de jolies courbes de béton y trouveront là un bonheur simple dans cette coquille bien dessinée.
Mais qui est l'architecte ?
La carte postale Théojac pour Iris ne nous en informe pas. Sont-ce les architectes de l'îlot d'immeubles messieurs Ferret, Simon et Morisseau ou ceux de la très belle galerie Bottom messieurs Maillard et Jourdain ?
C'est le guide d'architectural Royan 1950 qui nous donne la réponse. Il s'agit de Monsieur Canellas architecte.
Merci Antoine-Marie Préault pour ce très informatif guide !
Le photographe un genou à terre vise dans un cadre fleuri de dahlias pompom l'objet. Certainement une manière de réduire un peu l'espace trop ouvert du devant de la scène.
Voici une autre construction, l'autre église de Royan.
Bien moins spectaculaire que celle de monsieur Gillet, elle me séduit beaucoup moins. Dois-je même avouer que je ne l'aime pas...
Un peu massive à l'extérieur, reprenant certains éléments traditionnels comme le placement du clocher, elle tente dans une courbe de façade répercutée à l'intérieur de jouer dans la cour brésilienne.
C'est un peu court...
Mais c'est aussi vrai qu'elle est à l'image de la ville hésitant entre rationalisme et lyrisme. Disons que là c'est le rationnel qui l'emporte.
En tout cas, la carte postale nous montre l'intérieur et l'extérieur pour le même prix et nous donne les noms des architectes : messieurs Baranton, Bauhain Et Hébrard.
Notons également que le correspondant, en 1982, écrit :
"Cette église nouvelle est notre paroisse située très près de chez nous bien que moderne je la trouve très jolie aussi."
Il nous faut, je crois, nous ranger à cet avis !