dimanche 11 avril 2010

Group Ludic, le sous-marin



Vous reconnaissez maintenant ce lieu.
Oui nous sommes bien devant le village-vacances "les pins de Corduouan" à la Palmyre en Charente Maritime, juste à côté de Royan.
La carte postale nous offre un nouveau point de vue sur le beau bâtiment de messieurs Villeminot et Champrit et surtout devant le formidable espace de jeux pour les enfants créé par le fameux Group Ludic dont nous avons déjà évoqué les réalisations ici et ici aussi.
Lisons ce que nous disent au verso Maud et René :
" Je t'envoie le" sous-marin", un des jeux du village où nous sommes. Les enfants entrent par un tube, passent sous la terre et ressortent par un autre tube..."
Voilà, tout est dit.
Une merveille colorée, joyeuse et certainement inoubliable pour plein de gamins !
Si vous voulez voir l'intérieur allez ici, c'est superbe aussi.
J'imagine que ce type d'expérience doit être bien difficile à réaliser aujourd'hui...
Notons que le Groupe Ludic est nommé mais avec cette orthographe Group-Ludic.
La carte postale est une édition Artaud expédiée en 1972.

Un gamin prêt à descendre dans le sous-marin.

Ici l'entrée principale....

...et la sortie du tunnel !

samedi 10 avril 2010

la moutarde me monte au nez


Voici une carte postale qui pourrait bien être une forme de typologie du genre.
Une sorte d'absolu dans sa forme, son édition, sa construction.
Quelque chose d'abouti et de complet.
Bref, une sorte d'étalon pour ce blog.
On y voit la Cité Billardon de Dijon photographiée remarquablement et éditée avec un soin superbe par les éditions du Globe.
Le point de vue à hauteur d'homme cadre la construction dans une perspective noble sur un ciel gris uniforme à la mode de la photographie objective allemande.
Le vide sidérant d'animation et de situation fait flotter sur l'ensemble une sensation étrange d'isolement.
Comme posée là par hasard au milieu de nulle part, la cité offre sa façade sud à l'objectif photographique en révélant la grande beauté sévère de sa grille.
L'objet architectural a eu droit à de nombreuses publications et même à un regard patrimonial (label du XXème siècle) avant... d'être détruit !
Oui... La France.
Si seulement il avait été en pierre de taille !
L'architecte de ce qui fut une sorte d'unité d'habitation de la Bourgogne est Monsieur Beck. On trouve un très long article dans Architecture d' Aujourd'hui N° 58 de 1955. Je vous en livre une partie :











Enfin on notera que Mathieu Pernot dans son ouvrage le grand ensemble, nous propose en une double page, une de ses photographies de destructions.



On y voit la Cité Billardon soufflée par l'explosion.
On constate aussi que dans cet ouvrage aucune carte postale de la Cité n'est montrée.
Il nous faudra savoir si cette pièce manquait au photographe dans sa collection ou s'il a fait le choix d'un montage par pagination.
Cette dernière et ultime image d'un lieu remarquable au moment de sa destruction a le mérite d'être, j'ose, édifiante...

le grand ensemble
Mathieu Pernot
édition Le Point du Jour
29 euros

la ballade d'août 75

Un peu comme une carte postale sonore de 1975.
Merci Charlélie Couture.



mardi 6 avril 2010

Notre guide (et son auteur) : Monsieur Amouroux

Il fallait bien que cela arrive !
Quelle belle surprise !
J'ai reçu un sympathique et informatif message de la part de Monsieur Amouroux l'un des trois auteurs de notre guide vénéré d'architecture contemporaine en France.
Vous savez ce livre dont je vous parle si souvent et qui fut, oui, celui qui m'éveilla à nouveau à la question de l'architecture il y a maintenant pour moi une vingtaine d'année.
Je pourrais vous montrer l'endroit exact où j'ai trouvé et acheté ce guide dans un carton sur un vide-grenier de la banlieue de Rouen.
Je me vois l'évoquer avec Marc Hamandjian à mon retour.
Mais aussi vous savez que c'est par ce guide que j'ai découvert le travail de Claude Parent.
Ce livre c'est aussi pour Claude Lothier et moi notre bréviaire de voyage pour aller sur place voir comment le temps et les outrages sont passés sur cette modernité.
Alors je vous livre ici un extrait de la lettre de Monsieur Amouroux :

La genèse du "guide vénéré" en bref :
Circonstances = mémoire de fin d'études de l'Institut supérieur des carrières artistiques.
Raison = éviter un sujet banal d'étudiant convenu (ou l'inverse).
Directeur du mémoire = Max Querrien directeur de l'architecture du ministère André Malraux.
Méthode = classique = dépouiller des revues, faire des fiches, rencontrer des gens ... sélectionner à l'arbitraire, au flair, à l'intuition.
Un lieu de travail magique (disparu depuis) la bibliothèque du CSTB dans le XVIe : silencieuse, lumineuse, à côté d'un café/restaurant glissé dans un immeuble de Guimard où débarquaient les équipes de Pierre Schaeffer... (service de la recherche de l'ORTF)...
Le plus = partir visiter tout ce qui était en fiche ! Un véritable tour de France initiatique avec ses instants de grâce et ses déceptions !
Sponsor officiel et bienveillant : Madame Marthe Monnet. Sans elle, le guide n'aurait pas existé
La difficulté = une fois rentré, écrire les textes.
Le plaisir = le mémoire est notée au superlatif !
La première suite = rencontrer des éditeurs potentiels (Les guides Bleus... puis l'Architecture d'Aujourd'hui)
Le miracle = le oui immédiat du jeune éditeur délégué du groupe Expansion, Christian Sarramon.
La seconde difficulté : réécrire les textes pour les faire rentrer dans la maquette !
Les découvertes tumultueuses de l'apprenti = la maquette et le travail du maquettiste, la préface de Michel Ragon qui ne convient pas et l'illustre auteur qui se met en colère devant l'insolence des jeunes galopins, la démarche auprès de Jean Dewasne par l'intermédiaire de sa galeriste, Anne Lahumière où je venais de faire un stade, pour qu'il crée la couverture du livre et la déception lorsque nous comprenons qu'il a repris un bout de l'une de ses œuvres, la photocomposition par ordinateur à Barcelone, avec trois semaines de séjour en attendant que les ordinateurs catalans écrivent correctement le Français (ce sont alors les débuts de cette technique), la parution, le livre vite épuisé et le retirage envisagé, puis réalisé…

Monsieur Amouroux m'indique qu'il vient de publier un ouvrage sur l'architecte Arretche que l'on connaît bien à Rouen et sur ce site.
Il est l'un des auteurs de l'église Jeanne d'Arc place de la Pucelle à Rouen, précisément.
Vous pouvez pour les parisiens vous rendre à la signature de l'ouvrage ce soir à la librairie Flammarion du Centre Pompidou.
Nul doute qu'il s'agisse là d'un ouvrage important.
Alors comme ce blog est un blog sur les cartes postales, je vous propose ça :














Certaines ont déjà été publiées ici mais l'occasion était trop belle de vous les faire redécouvrir.
Il s'agit d'une série éditée à 1000 exemplaires par C. Hamelin et imprimée par les Affiches de Normandie.
Je ne possède malheureusement pas la série complète qui compte au moins 44 (!) cartes postales !
Aucune de celles que je possède ne nomme l'architecte mais on y voit le sénateur-maire de Rouen, Lecanuet.
C'est en tout cas un beau reportage et je crois bien qu'il doit être bien rare de suivre ainsi la construction d'un bâtiment moderne en cartes postales. Connaissez-vous d'autres exemples ?
L'édition en petit tirage prouve là aussi une destination pour collectionneurs de cartes postales.
Malheureusement l'église Jeanne d'Arc n'a pas d'entrée dans notre guide vénéré trop récent. Alors oui, il faut vraiment lire le livre de Monsieur Amouroux sur Arretche pour connaître son avis sur ce bel édifice.

guide d'architecture contemporaine en France
Par messieurs Amouroux, Crettol et Monnet
Technic-Union 1970

Louis Arretche
carnets d'architectes
coédition Infolio/éd. du Patrimoine
Dominique Amouroux
20 euros


lundi 5 avril 2010

Royan pour les oreilles



Cette petite construction de Royan est un peu moins connue que les grandes œuvres de cette ville comme le marché ou l'église.
Il n'en demeure pas moins qu'il signe lui aussi l'inscription de Royan dans les années cinquante.
Il s'agit de l'auditorium, sorte d'estrade pour la musique en plein air.
La voûte permet à la fois la protection du soleil des musiciens mais aussi de renvoyer le son vers le devant de la scène en abritant également des vents marins arrivant par derrière !
Les amoureux comme moi de jolies courbes de béton y trouveront là un bonheur simple dans cette coquille bien dessinée.
Mais qui est l'architecte ?
La carte postale Théojac pour Iris ne nous en informe pas. Sont-ce les architectes de l'îlot d'immeubles messieurs Ferret, Simon et Morisseau ou ceux de la très belle galerie Bottom messieurs Maillard et Jourdain ?
C'est le guide d'architectural Royan 1950 qui nous donne la réponse. Il s'agit de Monsieur Canellas architecte.
Merci Antoine-Marie Préault pour ce très informatif guide !
Le photographe un genou à terre vise dans un cadre fleuri de dahlias pompom l'objet. Certainement une manière de réduire un peu l'espace trop ouvert du devant de la scène.
Voici une autre construction, l'autre église de Royan.
Bien moins spectaculaire que celle de monsieur Gillet, elle me séduit beaucoup moins. Dois-je même avouer que je ne l'aime pas...
Un peu massive à l'extérieur, reprenant certains éléments traditionnels comme le placement du clocher, elle tente dans une courbe de façade répercutée à l'intérieur de jouer dans la cour brésilienne.
C'est un peu court...
Mais c'est aussi vrai qu'elle est à l'image de la ville hésitant entre rationalisme et lyrisme. Disons que là c'est le rationnel qui l'emporte.
En tout cas, la carte postale nous montre l'intérieur et l'extérieur pour le même prix et nous donne les noms des architectes : messieurs Baranton, Bauhain Et Hébrard.
Notons également que le correspondant, en 1982, écrit :
"Cette église nouvelle est notre paroisse située très près de chez nous bien que moderne je la trouve très jolie aussi."
Il nous faut, je crois, nous ranger à cet avis !

dimanche 4 avril 2010

Vincent Ganivet, ma jalousie

Je suis heureux parce que je suis jaloux.
Catherine Schwartz artiste et bibliothécaire (oui les deux !) me donne cette image :


Il s'agit d'un carton d'invitation pour une exposition de Vincent Ganivet au Confort Moderne de Poitiers, exposition que je n'ai pas vue malheureusement.
Evidemment cette invitation, ressemble beaucoup à une carte postale ennuyeuse qui pourrait trouver sa place dans ma collection "boring postcard" et c'est sans doute pour cela que Catherine, habilement y a vu une jonction possible, à raison d'ailleurs.
Elle m'explique que c'est l'atelier de l'artiste.
Bon.
Vous me direz : "et alors..."
Et alors, je suis un garçon curieux et avant de publier cette image je suis allé faire un tour ici sur le site de l'artiste et là.... là.... ah non... mais...
Vraiment je suis tombé de ma chaise !
Je vous conseille vivement d'y jeter un œil.
La série le bel accident est d'une grande beauté car elle pratique l'une des choses que j'aime le mieux : l'intelligence du matériau.
Ici avec des parpaings, simples mais brutaux, l'artiste compose à l'envi de superbes voûtes, volumes tendus comme des arches de pierres sèches, romanes.
Simple de mettre à l'épreuve ainsi un module en le faisant jouer dans ses limites mais aussi en le faisant travailler contre les références constructives et techniques...
Simple ici veut dire d'une remarquable évidence, de celles que l'on découvre à rebours se demandant comment ne pas l'avoir vu soi-même.
Vincent Ganivet donne ainsi une noblesse superbe à ses parpaings, un peu, de loin, comme Mario Botta et l'une de ses villas.
Non vraiment bravo.
Mais là où je le jalouse c'est que l'une de ses séries je l'ai moi-même pratiquée : les fontaines sous robinet.
Je vous laisse aller voir les siennes ( série 169A2) et regardez les miennes !
C'est confondant !




Et je pense à mes étudiants toujours un peu interdits lorsqu'ils comprennent qu'une de leurs pièces a été réalisée par d'autres.
Oui, cela arrive.
Alors il faut toujours toujours s'en réjouir dans une jalousie saine celle de la complicité d'esprit.
Moi, j'ai profité de mon expérience en faisant mon travail et je me plais à penser que Vincent Ganivet en a fait de même avec son expérience. C'est ce qui compte, ce terrain d'entente !
Alors je remercie Catherine Schwartz de m'avoir mis sur la piste de Monsieur Ganivet que je vais suivre d'un œil à la fois perçant mais lointain, ménageant mon admiration et ma jalousie !
Ce terrain d'entente je crois aussi que la sensibilité de Catherine à ma personne lui a certainement permis de l'entrevoir cela ne fait aucun doute.
N'oubliez pas d'aller voir le site internet de Catherine, il est drôle, pertinent et tellement tellement joyeux comme elle.
tu sais l'artiste.... qui fait des voûtes en parpaings que l'artiste qui fait le complément d'illustrations du dictionnaire jalouse.... mais si tu sais, j'ai son nom sur le bout de la langue...

une folie marseillaise

J'ai fait cette folie, j'ai acheté cette carte postale :


Vous vous rappelez certainement d'un article publié sur les cartes postales des intérieurs de la cité radieuse de Marseille vues dans un numéro d'Architecture d'Aujourd'hui.
Il s'agit de l'une d'elles.
Remarquable compromis stylistique, cette image nous donne bien une idée de la manière parfois stupéfiante dont les habitants prenaient en charge leur espace moderne.
On peut voir cela de deux manières.
Soit on se moque gentiment de l'incompréhension de l'habitant pour cet espace moderne, en le faisant passer pour un gentil rétrograde incapable de renoncer à son image d'un petit bonheur champêtre, soit on se dit que au contraire, cela est la preuve magistrale que cet espace fonctionne en permettant la projection du goût de tous dans un espace neutre, ouvert et disponible.
Ensuite... Le bonheur... On peut aussi se le choisir !
Ce qui m'étonne dans cette image au-delà de la présence de ce puits (!) dans un appartement dessiné par Le Corbusier c'est bien la qualité du travail de ferronnerie.
Oui.
Admirons par exemple la jolie petite grille au fond.

Est-ce là l'œuvre d'un habile habitant, ferronnier de métier, démontrant ainsi à tout visiteur ses capacités professionnelles au service d'un décor frais et printanier ou d'un habitant ayant simplement le besoin, le matin au réveil de se retrouver dans une allusion de jardin parfaitement évoqué par un puits fleuri et verdoyant ?
En tout cas la question du choix de cet appartement par l'éditeur de cartes postales reste ouverte.
Rien au dos de la carte ne nous permet de formuler une hypothèse. Ryner éditeur nous donne :
Le carrefour du monde, Marseille la cité radieuse, unité d'habitation, Le Corbusier architecte, Bar-salon et chambre d'enfants.
Pourtant dans l'appellation bar-salon on peut voir certainement une interprétation de l'éditeur car je ne crois pas que cet espace ait jamais été nommé ainsi par l'architecte.
Me trompé-je ?
Ce puits est donc un bar cachant de bonnes bouteilles. Là, devant la chambre ouverte des enfants, les parents venaient boire un Martini ou un Pastis (Marseille...) en regardant d'un œil traînant dans l'espace ouvert les enfants jouer sur la terrasse.
Là, c'est moi qui projette !
Mais comment en effet la sélection des appartements et des prises de vues furent effectuées ?
Un choix ironique, un choix didactique ?
Tout simplement un volontariat des habitants fiers de montrer et de diffuser le décor de leur vie ou la construction par quelques décorateurs de style de vie voulant ainsi se jouer des multiples capacités des lieux ?
Qui se souvient avoir visité à l'époque l'un de ces appartements ?