mercredi 14 octobre 2009

"chair et le béton"

Décidément la question du contact du corps à l'architecture passionne les lecteurs...
Voici un document envoyé par Stéphane Degoutin :


L'image est certes bien pauvre mais, comme l'indique Stéphane cela ne fait qu'ajouter à l'ambiance très particulière...
Mais est-ce toujours au Cap d'Agde ?
Je pense que oui, c'est, je crois le seul lieu de ce type, entièrement construit autour de l'idée de naturisme même s'il se pourrait que l'Allemagne de l'Est possède quelques lieux de ce type. Mais trop luxueux ici non ?
D'ailleurs c'est assez beau. Et cela devait (doit ?) être bien singulier une ville moderniste voire futuriste dans laquelle les corps sont nus et bronzés.
Oui Stéphane a raison cela fait très science fiction. Imaginons qu'avec NOGO voyages au détour de la banlieue parisienne, niché entre Puteau et Courbevoie, là sur la dalle de la Défense on tombe sur un lieu aussi étonnant !
Oh oui !
Vive l'E.P.A.D naturiste !

mardi 13 octobre 2009

Alan et le naturiste

Alan est le premier à réagir à l'article précédent.
Il faut dire que le hasard fait bien les choses.
Voici la carte postale qu'il a reçu d'un de nos amis Monsieur Kezak :

On retrouve bien le centre hélio-marin et on voit même très bien la fontaine circulaire. Le bâtiment est très beau, un peu La Grande Motte...(oh pardon).
On voit aussi très bien comment La Poste détruit les cartes postales qu'on lui confie. On admire les beaux frottements dans le ciel et sur le bas de l'image !
Merci Alan pour ce beau document et pour ta réaction vive. Et merci à Kezak !
Mais au fait...il est là-bas tout nu Kezak ?
Qu'il nous raconte !

le ciel, le soleil et la mer



Je trouve en pleine page du dernier numéro de la revue Citizen K une photographie de Le Corbusier nu.
On sait que l'architecte aimait prendre le soleil, sentir sur lui les bises marines mais on sait moins qu'il fut adepte d'une technique picturale dégagée de toute entrave vestimentaire. On sait aussi que les balcons de la Cité Radieuse offrent des garde-corps permettant un effeuillage complet sans risque que la voisine ne puisse voir votre intimité dans ce qu'elle a de plus cru.
Les solariums ne manquent pas dans les œuvres et les projets de notre grand architecte.
Alors...
Je jalouse un peu cette possibilité, car si l'été je pourrais bien me mettre nu pour dessiner mes pierres lithographiques, l'hiver d'un sous-sol est bien trop rude !
Il avait de belles fesses non ?
Et ces cicatrices sur ses cuisses ? D'où proviennent-elles ?
Un grand coup d'hélice de bateau nous dit la revue.
Alors je regarde dans ma collection si quelquefois cette nudité et l'architecture feraient bon ménage.
je trouve ça :



Nous sommes à Port Ambonne, centre hélio-marin Oltra frères à Agde. La carte postale Apa-Roux est expédiée en 1974.
Deux belles femmes dans le plus simple appareil, prennent un rafraîchissement sous les jets d'eaux vives sortant de cette fontaine circulaire bien curieuse. On regardera derrière les tout aussi étranges couchettes en béton qui permettent de s'allonger sous le soleil.
La joie de vivre s'exprime dans une pose un peu dirigée qui d'ailleurs amuse bien les deux femmes.
Palmier et architecture en harmonie pour un centre de vacances que l'on doit, parait-il à... Jean Le Couteur !
Oui Claude, l'architecte de l'immeuble en bord de Sarthe au Mans !
Mais au Mans difficile de se mettre ainsi, libre et dévêtu, en bordure de la rivière en plongeant de temps en temps dans l'eau. Quoique...
Et voici :



Là aussi certains d'entre vous reconnaîtront ce lieu. Il s'agit de Montalivet en Gironde avec encore ce qui est nommé un centre hélio-marin. Devant le Bungalow, il fallait dire le naturisme, alors le photographe le fait avec pudeur. Les corps sont nus mais (si j'osais) rien ne dépasse !
Le parasol est pourtant bien étrangement planté !
Le bungalow dans son apparence fruste aurait certainement plu à Le Corbusier. Admirons le système des volets et l'étrange ouverture sous le toit certainement pour aérer un peu. Le toit de tôle doit bien chauffer sous le soleil !
Là aussi c'est une pose. Pourquoi diable se rassembler par terre, sur des dalles de ciment alors qu'une table à l'ombre et à la belle nappe rouge est au premier plan ?
Dans ce numéro de Citizen K on retrouve également le photographe Frédéric Chaubin et ses superbes architectures brutalistes de l'ère soviétique. Ici, il est question de cosmos et de soucoupes volantes.
Magnifiques.
Je ne vous mets pas d'images car la revue vaut 1 euro (!) et vous ferez l'effort de l'acheter. J'espère que Frédéric Chaubin nous prépare un beau livre avec toutes ses images. En attendant vous pouvez aussi chercher sur ce blog, il y a eu aussi quelques beaux atterrissages de soucoupes volantes !




lundi 12 octobre 2009

roman noir



Nous sommes à Metz.
Le Building Sainte-Barbe et le pont.
Une image dure.
La façade de la barre laisse peu de place à une fantaisie quelconque. Tant mieux...
Certes le pont de béton est beau. Il dit sa franchise d'œuvre de génie civil dans un double arceau qui me fait penser à Freyssinet.
Je ne trouve pas de nom d'architecte ni pour le building ni pour le pont. Je trouve l'ambiance ici particulièrement forte, comme un roman noir.
La rivière au lieu d'apporter un je ne sais quoi de romantisme ou de joie de vivre est suicidaire.
Certainement que l'absence totale de personnage et le noir et blanc plongent cette image dans un récit pathétique et glauque.
Cela me fascine.
Et cela d'autant plus que cette carte postale en édition de luxe Estel est rangée juste à côté de celle-ci :

La gare du stade à Colombes.
Image superbe, digne de Tardi ou de Nestor Burma.
Là, sous les voies de chemin de fer, une petite construction presque moderne, les volets sont tous clos sauf le rez-de-chaussée où je devine un homme assis à la fenêtre et où je vois la porte ouverte.


Je sais ce qui emmène cette image dans une nostalgie cinématographique, ce qui en fait le début d'une histoire.


les deux silhouettes masculines, valises à la main qui passent sous le pont. Petite valise pour l'un, cartable pour l'autre, trop proches pour ne pas se connaître partent-ils vers Argenteuil, quai A comme l'indique la pancarte sur le quai. Les bas de pantalons trop courts, ils ont une allure un rien populaire, mal endimanchée.
Les trois jours du service militaire ?
L'un, celui au cartable, accompagne-t-il l'autre à la valise prendre un vrai train dans une grande gare parisienne pour l'Algérie ou vers une famille une marraine en Lorraine et c'est loin.
J'ai presque le cœur serré chaque fois que mon œil glisse sur la loupe et observe ces deux hommes.
Une tristesse latente.
Pourtant... Pourtant il y a du soleil qui blanchit bien l'angle de la gare du stade. Pourtant tout est tranquille et peut-être vont-ils simplement au lycée ou à l'université. Et aussi une autre silhouette est déjà avalée par le trou.
Non, je suis certain que non.
On ne plonge pas ainsi dans le triangle d'ombre d'une entrée de tunnel, le dos voûté, le col blanc et les cheveux très courts si ce n'est pas pour quelque chose d'irrémédiable.
La carte postale nous indique que nous sommes boulevard de Finlande.

samedi 10 octobre 2009

(presque) tout Guillaume Gillet, 2

Bon, j'ai certainement eu la dent dure.
Monsieur Delorme, attaché de conservation à la Cité de l'Architecture et commissaire de l'exposition Guillaume Gillet a raison.
Le travail effectué par son équipe et la qualité des documents ne méritent pas une aussi grande déception de ma part. J'y retournerai.
Alors, allez voir leur travail et apprenez tout ce que vous pourrez des documents présentés. Il y a de quoi faire.
L'exposition Guillaume Gillet est visible jusqu'au 13 décembre.

Je vous propose pour aujourd'hui quelques images de son église de Royan :



C'est beau non ?
Cette très belle carte du chantier nous propose une vue de l'entrée de l'église, le côté ouest. Les architectes sont nommés, Guillaume Gillet et Monsieur Hébrard en architecte d'opération. René Sarger est nommé en tant qu' ingénieur. Par contre pas de citation de Monsieur Laffaille. Cette carte postale affiche Tito comme éditeur mais au dos est inscrit Berjaud et la petite phrase : véritable photographie au bromure. Elle est datée, au stylo-bille bleu de septembre 1958.
Regardons bien.
Un très léger échafaudage est encore visible le long de l'escalier, escalier qui n'est pas terminé.


Des fers à béton dépassent encore et les verres ne sont pas posés.



Pourtant, l'église est bien ouverte et les gens y entrent et en sortent.
On remarque un ouvrier penché sur le bas du bâtiment à droite.



Mais ce qui saute aux yeux c'est la beauté de l'auvent et la masse de l'église ici aussi par ce point vue bien réduite de moitié !
A nouveau je pose la question de l'absence du clocher. Claude émettait l'hypothèse que de ce point de vue, il est possible qu'il disparaisse derrière la courbe. Oui.
Mais je continue à penser que si le photographe fait autant monter la courbe ouest et se prive ainsi sur son image du clocher de l'église c'est simplement qu'il n'est pas encore achevé.
En tout cas, la lumière est parfaite, les ombres dessinent bien. L'ensemble est d'une qualité documentaire rare. Il s'agit d'un très beau document sur une construction si emblématique.
Et encore...

Une carte postale Cap en Réal-photo expédiée en 1961 avec, d'ailleurs un beau tampon de la poste représentant le Palais des Congrès.
L'éditeur nomme bien Monsieur Guillaume Gillet et le photographe réalise là aussi un cliché d 'une grande qualité.
Admirons l'effet de ciel !
Dégradé tombant doucement et s'ouvrant sur la flèche. A la loupe, je remarque encore quelques fers à béton qui en dépassent et au pied des reliquats du chantier finissant.



Certainement qu'il y a encore quelques finitions à réaliser, des fils électriques circulent de dehors en dedans.
Le photographe s'est aussi attaché à ne pas trop serrer son sujet et nous laisse bien de gauche et de droite de quoi comprendre l'emprise de l'église sur le sol.
La nuit :



Chez Théojac on nomme tout le monde et c'est réjouissant.
Architecte : Guillaume Gillet, Ingénieur-conseil B. Laffaille, Ingénieur René Sarger et architecte d'opérations M. Hébrard.
La netteté de l'image est centrée sur la flèche. En bas les phares des autos filent en tubes néon.
La nuit bleue nous dit où le soleil se couche. Un peu de biais, l'église révèle ses flancs sous un éclairage dur. De loin, sur son promontoire, Notre-Dame devait agir un peu comme un phare.


mercredi 7 octobre 2009

Jean-Paul Viguier et les rouennais


Nous venons enfin de découvrir le projet final de Monsieur Viguier pour le remplacement du Palais des Congrès de Rouen, placé (malheur à lui) juste à côté de la cathédrale de Rouen.
Le moins que l'on puisse dire c'est que Monsieur Viguier a de l'humour !
Emmerdé, il n'y a pas d'autre mot, par une opposition en son temps qui ne savait que s'opposer, des rouennais qui détestent l'art et l'architecture contemporaine et ne rêvent que de campagnes peintes par Claude Monet sur lequel ils crachaient en son temps, bref Monsieur Viguier avait dû revoir sa première copie.
On (devinez qui...) On rêvait d'un jardin !
Il faut croire qu'une fois de plus les méchants promoteurs ont refusé un si simple cadeau aux rouennais et devant la bouderie, Monsieur Viguier a su se jouer d'eux.
On reprend donc sa planche à dessin.
Puisque les rouennais ne veulent pas de métal et de verre on va leur fourguer ce qu'ils adorent : de la pierre de taille !
Miracle ça passe !
Mais, et c'est là que Monsieur Viguier a de l'humour c'est que d'un brutalisme de béton parfaitement bien dessiné par Monsieur Dusseaux, Monsieur Viguier dessine un bâtiment aux volumes et aux espaces encore plus fermés plus durs !
Mais voyez-vous, il suffit d'un mot pour que la population d'une ville qui n'a de désir autre que de revenir si ce n'est aux colombages d'antan au moins à la tabula rasa d'après-guerre se trouve rassurée. Et tous en cœur de pousser un Ouf ! Et Madame, Monsieur, il y aura un jardin sur le toit ! Ooooohhhh !!!
Ils ont eu le méchant architecte !
Merci les referendum et autres appels démagogiques à la population...
Alors je dirai adieu au beau Palais des Congrès de Monsieur Dusseaux au début 2010. Et je rirai de voir comment les tours de passe-passe démagogiques et architecturaux font encore leurs œuvres dans une ville qui aura connu plusieurs bombardements : celui des alliés, celui des promoteurs et celui des maires successifs seulement capables d'inventer la poutre qui dort sous le torchis !
Le Comité Français de Vigilance Brutaliste.

Voici une carte postale ( la seule ?) éditée par Estel.
L'orthographe du nom de l'architecte de cette merveille est très fluctuante. Ici la carte postale nous présente J.P. Dussault. Je crois qu'il s'agit de J.P. Dusseaux. En tout cas, son Palais des Congrès ne mérite pas une telle hargne, il est moderne, ouvert, rythmé. Il ne dénature en rien la cathédrale, il ne fait qu'ajouter à celle-ci, elle-même collage incroyable d'époques (parfois 400 ans d'écart), une belle présence.

Voyez ici ce qui part et ce qui arrive...


mardi 6 octobre 2009

Monsieur Ursault architecte, père et fils

Dans le message précédent j'évoque le nom de Monsieur Ursault architecte.
Ce nom résonnait à mon oreille.
Je savais que cela avait à voir avec Royan...
Eh bien je n'avais pas tort car c'est l'architecte de ce qui fut l'une des plus belles Postes de France.
Mais petit retour en arrière:



Je retrouve cette carte postale des chalets de Brigueil-le-Chantre chez Combier bien rangée dans les classeurs !
Cette fois, l'architecte est nommé: Pierre Ursault. Mais ce Pierre est le fils d'André... l'architecte de la poste de Royan !
Vous me suivez ?
Revenons à Royan :



Vue du ciel, en photographie véritable chez Flor éditeur. Carte postale expédiée en 1959 qui permet d'apprécier pleinement l'implantation de la Poste dans le plan d'urbanisme et de constater qu'elle était stratégiquement placée pour faire spectacle. A la pointe des bâtiments du front de mer, elle s'y colle, dégageant le trottoir et offrant un passage couvert serpentant et guidant les clients. C'est elle, en quelque sorte qui dit : la mer ou la ville.
Je me souviens bien, enfant, passant là dans la voiture, j'espérais toujours qu'un coup de volant nous fasse aller à gauche pour remonter la ville, oui, par la mer... Mais trop souvent nous filions droit et longions les beaux bâtiments par l'arrière. Il y avait toujours une course à faire. Je me souviens également d'une boîte aux lettres disposée de façon à ce que le conducteur sans descendre de l'auto puisse jeter son courrier par la vitre ouverte. Je savais donc que lorsqu'il y avait une lettre nous avions un espoir de filer... par le front de mer !
Je vous propose un petit film de deux images seulement :



Environ une minute trente sépare ces deux images. Pourtant l'une est en couleur et l'autre en noir et blanc. Mais pas de doute, il s'agit bien du même moment. Le policier est là, le vélo contre la poste aussi, le linge qui sèche, l'arbrisseau au premier plan.
Avons-nous un cliché couleur tiré en noir et blanc ou deux prises de vue avec deux appareils différents ?
En tout cas la pendule situe dans le temps ce micro-film (?) et j'aime beaucoup la dame, foulard sur la tête, assise sur la capote du cabriolet américain. Je laisse les amoureux de voitures anciennes se régaler de ces Simca, Renault et Peugeot.
La poste, elle est là encore dans sa légèreté, sa transparence. On voit bien comment sa forme utilise la ville, presque crée le dessin du carrefour.
La carte postale couleur est une édition Cap envoyée par Claude en 2002 ! Elle est bien sûr beaucoup plus ancienne...
La carte en noir et blanc est une édition Cap envoyée par... Claude le 2 aôut en 2002 et écrite ce jour à dix-huit heures quarante cinq c'est lui qui précise ! Elle est bien sûr beaucoup plus ancienne !
Celle-ci :


Carte postale Iris- Théojac nous offre des couleurs lumineuses. Il y a encore au loin un policier qui fait la circulation mais nous ne sommes pas au même moment. Plus de linge, de vélo...
La Simca Aronde vient se payer l'arbre au premier plan que le photographe n'a pas su évacuer à moins qu'il ne se soit placé là pour profiter d'un premier plan ombrageux.
On devine en tout cas les volumes de la Poste de Monsieur Ursault qui n'est pas nommé ici.
Pour finir la catastrophe, l'horreur, le dégoût :



Cette carte postale sans honte nous propose "la nouvelle poste".
Qui a osé ?
Qui ?
Coller ainsi un camembert stupide sur l'un des plus beaux bâtiments de Royan.
Qui ?
Je veux un nom.
Qui ?
Mais que s'est-il passé dans notre beau pays pour qu'à ce point on soit aveuglé.
Je sauverais peut-être la pendule genre O.R.T.F mais vite cassons cela et remontons notre belle Poste. Et le Casino. Et chassons les restos épouvantables sous le front de mer. Et remontons le portique. Et ré-ouvrons la façade du palais des Congrès. Et arrêtons d'outrager Royan.
Bon...
Une énigme maintenant :



Cette carte postale du marché de Royan chez Artaud Frères nous indique sur son verso Monsieur Ursault comme architecte...
Je pense qu'il y a méprise car les architectes sont messieurs Simon, Morisseau, Sarger et Laffaille.
Si c'est bien le cas, c'est une des rares cartes postales de ma collection avec une telle erreur d'attribution !