vendredi 1 août 2008

Royan, j'arrive






C'est l'amour fou.
C'est l'inverse des derniers messages de ce blog. C'est un plan d'urbanisme intelligent, ce sont des chefs-d'œuvre d'architecture. C'est une vraie leçon.
Alors je vous rabâche les yeux, et pour certains les oreilles avec cette ville pourtant en partie défigurée par un laisser-aller commercial et politique (tiens, ça va ensemble...) qu'il faudra bien reprendre en main un jour. Qui aura le courage de chasser les marchands du temple sous les bâtiments du front de mer ?
Mais Royan prend conscience depuis peu de ce qu'elle est. Il semble qu'un renouveau se fait jour. La restauration de Notre-Dame et du marché couvert, le projet de remettre le palais des congrès dans son état d'origine, projet que j'aimerais tant voir et suivre, sont des signes de ce renouveau. Il faudra encore se demander si la Poste, la maison Prouvé, et les nombreuses villas 1950 ne continueront pas à être dégradées, oubliées. Mais Royan ouvre son musée. Il est petit mais dénote de l'intention d'un vrai regard sur le patrimoine. On peut y voir des maquettes, photographies et des expositions sur les années cinquante. C'est modeste mais de qualité avec un vrai accueil. Le bâtiment qui l'abrite vaut à lui seul la visite. Il est situé à Pontaillac. On peut y trouver... des cartes postales de Royan dans une très belle série intitulée architecture Royan 50 aux éditions Bonne Anse. Il faudra poursuivre cette série.
Je vous montre donc : le musée lui-même qui se tient dans l'ancien marché de Pontaillac. La vue de nuit permet de saisir la structure légère et élancée comme un papillon du bâtiment. La restructuration est remarquable, voilà un bel exemple de ce que le renouveau royannais pourrait produire de meilleur. Bravo. L' architecte est Monsieur Basalo et l'ingénieur Monsieur Bancon. La construction est de 1958.
La deuxième carte est une image de la si célèbre villa "grille-pain". Chaque fois que je vais à Royan, je passe la voir. J'ai l'impression que je vais rencontrer Monsieur Arpel ou son beau-frère Monsieur Hulot. Elle fut dessinée par Monsieur Marmouget qui fit tant de belles choses à Royan.
Enfin la dernière carte nous montre les brise-soleil de l'îlot 83. Toujours de Monsieur Marmouget c'est aussi une icône de Royan mais une icône un peu cachée et pas en très bon état. J'espère que depuis ma dernière visite cela s'est amélioré. C'est un peu avec cette construction que l'on peut voyager vers Brasilia...
Merci à Monsieur Antoine-Marie Préaut pour toutes les informations contenues dans son indispensable guide architectural Royan 1950 aux éditions Bonne Anse décidément si admirablement présente. Cet ouvrage est un beau guide et un beau livre pour parcourir, découvrir et aimer Royan. Un travail revigorant et préfigurant un retour possible d'un goût pour ce patrimoine.
N'oubliez pas la visite du musée de Royan :
INFOS PRATIQUES:
Musée de Royan / (Ancien marché-Pontaillac)
31, avenue de Paris
17200 Royan
Ouvert tous les jours sauf le mardi.
Tél./Fax : 05.46.38.85.96

jeudi 31 juillet 2008

cités et jardins, la double pente





Afin de poursuivre la série sur le pavillonnaire, j'ai cherché dans ma collection des exemples de l'étalement de ce type d'urbanisme. J'habite dans une ville assez caractéristique du genre qui n'a eu comme logique d'urbanisme que la constitution de lotissements souvent en cul-de-sac et qui produisent un enchevêtrement où l'espace public et l'espace privé deviennent difficiles à situer. (Saint Pierre-lès-Elbeuf)
Les champs agricoles et les parcelles maraîchères, voire les cours de fermes deviennent des terrains à bâtir des pavillons identiques, c'est à dire marron sur les bords. Et comme les normands aiment bien leur chez-eux, ils montent des haies de thuyas à 3m autour créant ainsi de véritables canyons verts, qui représentent une incroyable fermeture du paysage un bétonnage d'un autre type. C'est épouvantable. Le pire c'est que cela gagne encore du terrain. A proximité, il suffit de parcourir la plaine de Criquebeuf qui se bouche ou encore plus spectaculaire, les sorties de Pont-de-l'Arche devenues un parfait registre de la teinte marron brun faux chêne que l'on retrouve dans les intérieurs des maisons. Une collection de maisonnettes de promoteurs cernées de remparts de thuyas. C'est grave. Voyez la magnifique et si parlante série de photographies que Monsieur Alan Aubry a consacré à ce phénomène (citadelles). Entre ces parcelles, et parfois sur les plus beaux terrains (Saint Pierre-lès Elbeuf) les mairies laissent se monter les boîtes à chaussures commerciales quand il ne s'agit pas de boîtes à chaussures pour les loisirs. Comme le boulodrome de Saint Pierre-lès-Elbeuf magnifique et si représentatif d'une architecture en déliquescence. Il est inutile et en plus il est laid. Il ne sert qu'à occuper le terrain pour empêcher les gens du voyage d'y venir deux fois par an. Le chanteur qui lui a donné son nom a eu la lucidité de mourir le jour de son inauguration. Qu'il en soit ici remercié.
Je n'ai malheureusement pas de cartes postales du phénomène saint-pierrais. Il faudra les faire. Alors je vous montre :
Une carte postale promotionnelle des maisons DBF à Vélizy-Villacoublay dont les prix en francs font rêver puisque la Castelaine, la plus grosse est à 146.000 francs !!! existent-elles encore au village des florélites à Montlhéry ces maisons ?
Admirons le style, l'intelligence du dessin et le remarquable attachement à la modernité. Et puisque c'est sans concession, c'est aussi sans architecte !
Puis à Quimiac plage le lotissement des Lagerstroemias nous montre un style empreint de régionalisme avec pierres apparentes dans les coins et couverture bleue en ardoise. C'est un peu mieux, disons que ça sent le solide et l'investissement. Le parasol jaune et orange est obligatoire ! L'architecte est nommé, c'est Monsieur Grou. C'est une carte postale des éditions Chapeaux. A Sotteville, que vous visiterez surtout pour son centre ville dessiné par Marcel Lods, vous ne manquerez pas d'aller voir ce qu'est devenu la Résidence (sic!) "Le clos de Sotteville". Il s'agit là aussi d'une carte promotionnelle de la Maison Familiale à Saint Etienne-du-Rouvray. On nous apprend que ce modèle a été conçu avec le concours de Messieurs Godin et Pougnet architectes. Je crois que malgré cette indication cette carte restera dans le classeur cartes postales ennuyeuses...
Poursuivons avec une vue de Houplines dans le nord et la Résidence Baccara. C'est calme, fleuri. Le photographe de chez Combier a beaucoup aimé le bitume. L'absence de clôture fait un peu respirer l'ensemble. Est-ce encore le cas aujourd'hui ?
La carte fut expédiée en 1979 par André qui habite là. Beaucoup de triangles dans cette composition...
Tu la voyais pas comme ça frérot
doucement ta vie t'a mis K.O...

mardi 29 juillet 2008

un peu en marge




Je vous propose deux cartes postales de ma collection qui sont un peu en marge.
Pourquoi ?
D'abord parce que l'une d'entre elles est une édition contemporaine spéciale pour cartophile dont l'existence même est d'être un objet de collection. Une diffusion restreinte inaccessible, jamais sur des tourniquets de maisons de la presse, les cartes de l'Aventure Carto sont des objets de collections. Mais cela n'enlève rien à leur charme et leur originalité (au contraire c'est je crois le but recherché). Il est souvent question chez cet éditeur de la campagne et des gens qui y vivent. Le bleu de travail est de rigueur, ça sent bon le coin de la rue bref comme diraient nos politiques des vrais gens. C'est une manière sympathique et sans dédain aucun de rejouer la folie des cartophiles pour les cartes animées et les vieux métiers d'autrefois. Celle que je vous montre est magnifique par son sujet et son point de vue. C'est l'aboutissement de la Boring Postcard de Martin Parr, une sorte de Stephen Shore à la française. ( Oui c'est fort...)
Il s'agit du supermarché Intermarché fondé en 1989 par M. et Mme Blanchard à Le Faouët dans le Morbihan. La carte est datée de 1995 et la photographie de Yvon Kervinio fondateur je crois de l'Aventure Carto. Merci à lui de produire de telles images. Il faut continuer à nous montrer ces grands moments d'architecture. Vite Monsieur Kervinio une belle série sur les zones commerciales, vite, je suis preneur.
L'autre carte n'est en fait pas une carte postale mais du même format elle joue de la ressemblance. A noter le premier plan de verdure si délicat et le traitement de l'image qui m'a laissé croire longtemps à une image peinte prévisionnelle et non comme c'est le cas à une réelle photographie. Il s'agit donc de la promotion du clos de la Noe à Melleville et Guichainville près d'Evreux.
Des maisons de 5 et 6 pièces avec jardin de plus de 550m2. Visitez la maison modèle tous les jours du jeudi au dimanche de 14h à 19h. Financement P.A.P ouvrant droit à l'A.P.L financement exceptionnel. Une réalisation Europe Maison. Sur l'image les modèle AlezanV et VI.
C'est beau. C'est de l'architecture de France, c'est tranquille. Ici comme ailleurs on doit y vivre et y mourir d'un ennui heureux.

dimanche 27 juillet 2008

l'aveu est la tentation du coupable






Parce que certains d'entre nous ont dû récemment aller dans cet endroit refaire une carte grise, parce que ce matin je trouve encore une carte postale de ce même bâtiment je vous propose de regarder un peu mieux les cartes postales qui lui sont consacrées.
On peut d'ailleurs s'étonner de la variété des points de vue et de l'édition d'images pour cette préfecture de Créteil. Y a-t-il autant de gens qui le considèrent comme un élément important du paysage urbain pour qu'il soit ainsi non seulement photographié, édité mais acheté et envoyé ?
Il faut reconnaître que la carte postale éditée par La Cigogne en HColor nous en donne une image impressionnante, nimbée d'or. Cette couleur due je crois à cette mode des vitres dorées et de bronze dont on recouvrait les bâtisses dans les feues années soixante-dix. Cette qualité qui a quitté la Tour des M.M.A du Mans depuis peu mais qui recouvre encore au moins un immeuble à Rouen qui me le fait aimer tout particulièrement. Elle a fière allure cette préfecture. Par contre le point de vue de P. Viard sur la carte postale Lyna (je le répète j'adore Lyna) est moins flatteur mais plus proche du souvenir lointain que j'ai du lieu. (Oui j'y suis allé il y a longtemps). Pourquoi diable autant de place faite à la route, au passage clouté et à l'ombre de l'arbre ? Encore un désir de verdure mal calculé ? Mais j'aime bien l'accélération de la Renault 11 rouge et de la Renault 5 blanche...
La sculpture ?
La dernière carte postale, celle achetée ce matin, nous restitue la préfecture dans son volume et avec son lac aux reflets dorés donc. C'est une édition Franck expédiée en 1975. Elle nous indique aussi la longueur 180m, la largeur 18,90m la hauteur 40,10m la surface au sol 11260m2 ce qui est précis et semble porter une fierté de la construction. Elle nous donne également le nom de l'architecte Monsieur Badani. La carte la Cigogne est un peu plus précise et dit : œuvre de l'atelier d'Architecture et d'Urbanisme Badani et Roux-Dorlut, architecte Monsieur Badani.
Voyons notre guide révéré :
page 307 du guide d'architecture contemporaine en France (je t'aime tant mon guide...)
architecte en chef : D. Badani
architectes assistants P. de Lapparent, K. Mestoudjian
ingénieur : B.E.T, Lepetit
caractéristiques : élément d'une cité administrative comprenant : Palais de Justice, archives départementales, hôtel de police, hôtel des finances. Issue de la réforme de la région parisienne et la création en 1964 du département du val de marne. Terrain 5ha bâtiment principal R+7 (bureaux). Bâtiments bas annexes (conseil général, services techniques et généraux et résidence du Préfet). Surface utile 17000m2. Ossature béton précontraint ; fondations spéciales. Climatisation totale. Cloisons intérieures mobiles.
Dans le programme de cette préfecture se manifestait la volonté d'ouvrir les bâtiments au public, d'en favoriser l'accueil et au-delà de modifier les rapports entre administrés et administrants. Si l'accueil a été effectivement renouvelé (hôtesses, indications lumineuses, espaces d'attente aménagés, accélération des procédures de délivrances de documents, création d'un S.V.P administratif téléphonique) l'architecture générale du bâtiment par une mise en forme, ses dimensions, ses matériaux, trahit la volonté de puissance de l'autorité, la volonté d'édifier un monument et non de mettre en volumes architecturés un "service".
Voilà qui est dit... Et les éditeurs de cartes postales aiment bien les monuments.

samedi 26 juillet 2008

a priori




Je me pose souvent cette question devant mes cartes postales : ce qui procède du choix.
D'une certaine manière mon goût pour l'eccléctisme.
Car, par exemple ce choix de cartes postales achetées en même temps révèle sûrement un intérêt pour l'architecture mais aussi pour l'image, sa représentation. Ce que je veux dire c'est que je ne procède pas tant par goût pour une architecture ou un architecte, encore moins un style mais bien plus par un certain univers produit par l'image (donc la photographie). Je n'oublie pas que j'ai démarré cette collection par la confirmation de Martin Parr. Celle des boring postcard. Mais bien vite je retrouvais mes amours de jeunesse pour l'architecture et ne pouvais m'empêcher de transformer cet ennui par du gripping (école Tom Phillips). Alors des fois je suis perplexe devant mes cartes et je ne sais plus si c'est l'architecture, la photographie, le souvenir du lieu, sa nostalgie (le lieu même du collectionneur de cartes postales) que je regarde et dans laquelle je plonge (Royan).
Par exemple cette carte postale de Aime 2000 à la Grande Plagne nous montre un immeuble assez typique de l'architecture de montagne des années 70, sorte d'écho au bétonnage si jubilatoire des bords de mer. J'ai un a priori négatif sur cette architecture de Michel Besançon. Je ne la connais pourtant que de visu. Mais la plasticité de la construction seulement appréhendée par cette image me fait penser au pire. Mais je suis certain que si j'arpentais ce bâtiment, disons si je pouvais pénétrer l'image et échapper au point de vue obligé du photographe de cartes postales je pourrais avoir une autre idée de cette construction. Notons la trop souvent nécessité du premier plan fleuri (artificiel souvent) de la carte postale d'architecture moderne qui tend à adoucir la radicalité des constructions. Ce que ne font jamais mes deux éditeurs favoris Lyna et Raymon qui même souvent accusent la brutalité des lieux. J'aimerais tant discuter avec ces photographes de cartes postales... Qui commandite le point de vue ?
Encore du jardin sur cette image en noir et blanc si parfait des immeubles à Freisdorf. Ce noir et blanc si parfait, au ciel si délicat accuse la perfection de la fin du chantier du quartier et en même temps il produit une impression de perfection formelle (accusation du dessin) il durcit l'ensemble, l'attriste. Même le jardinet n'y peut rien. Et j'aime ça parce que je peux traverser cette image avec les Becher. Il s'agit donc de filtres que je m'applique. Je ne regarde pas seul.
Je sais également que les cartes postales sont des papillons que j'épingle.
Parfois ces papillons sont absolument complets et semblent passer tous les filtres que je m'applique. Par exemple cette dernière carte postale de Stockholm, du Gren Center. Que ce soit le programme architectural ou l'édition même, cette carte est le prototype de ce que je recherche. Une modernité affichée, assumée sous un ciel bleu prometteur d'un avenir radieux, une sorte de pittoresque (qui mérite d'être peint) de l'architecture contemporaine. Ici pas de premier plan fleuri en contre-point, pas de décor, le bâtiment seul dans sa forme et sa plasticité. Le vide même d'usagers du lieu est souhaité, ce qui va à l'encontre de la carte postale dite animée des cartophiles. Les autos sont les bienvenues, elles. Le ciel bleu est toujours à l'opposé de la photographie objective qui aime tout particulièrement l'objectivité du gris uniforme comme si la météorologie était toujours douteuse, comme si avoir vu était toujours avoir vu dans le neutre. Cette neutralité (impossible) se joue donc dans la nuée. On la fabrique comme on peut.
La carte postale de Aime 2000 au massif de la Grande plagne est une édition AS en couleurs naturelles (évidemment...) non datée mais le bâtiment de Michel Besançon architecte est de 1968.
La carte postale du Hochhaus à Freisdorf est une édition Zeitz envoyée en 1962.
La carte postale du Gren Center de Stockholm est une édition Ultra imprimée en Suède et photographiée par T. Lindeberg. L'architecture est de Messieurs Sune Lindström et Alf Byden et date de 1962.

mardi 22 juillet 2008

même très beau






Donc on continue et voici à nouveau le lien pour lire la lettre de Monsieur Rudy Ricciotti :
http://rouenperspectives.hautetfort.com/media/01/00/2037434705.pdf
Qui publiera la première carte postale de la superbe médiathèque ?
Puis-je le faire ?

ça va être beau





Pas de cartes postales aujourd'hui mais l'actualité rouennaise m'a conduit jusqu'aux travaux de la médiathèque en chantier. Ce bâtiment de Rudy Ricciotti ne verra peut-être pas le jour puisque dans sa puissance municipale toute neuve Madame la maire a décidé de faire arrêter les travaux qui seraient trop ruineux pour la ville. Je vous invite à lire la lettre de Rudy Ricciotti à ce sujet et à évidemment soutenir ce projet que Rouen mérite.
Une belle architecture c'est toujours bon à prendre à Rouen. Je ne polémiquerai pas sur les raisons politiques d'un tel choix qui ressemble plus à une stratégie de la terreur pour obtenir un financement autre que celui de la ville de Rouen, mais tout de même stopper un chantier à ce degré d'avancement c'est un peu euh... Oui vraiment très euh... sinistre (comme disent les italiens).
Voyez les photographies, quelques-unes, pour vous donner une idée de l'ampleur de l'engagement des travaux et imaginez ça abandonné pendant des mois à pourrir dans un quartier...
Cette médiathèque va ouvrir, elle sera belle.
Soutenons Monsieur Rudy Ricciotti.