mardi 9 octobre 2012

Strabic, une revue, un écho

La revue Strabic me fait l'honneur d'une collaboration pour des articles très "caliente" sur les vacances, l'architecture ou le design.
Vous trouverez dans cette revue (exclusivement sur internet) trois courts articles de votre serviteur sur Anglet, Port-Leucate et Royan. Cette revue propose un regard souvent décalé, pertinent et même parfois franchement drôle sur les questions du territoire, de l'architecture ou du design. Ce regard est rendu palpable aussi par un travail étonnant de présentation et de pagination. Un vrai lieu donc de réflexion où l'on apprend, se divertit et s'étonne avec jubilation. J'espère que mes contributions y seront à la hauteur.
Pour compléter ces articles et plus particulièrement celui sur Port-Leucate, je vous propose quelques nouveautés sur ce spot si particulier et pour lequel je sens monter une vague de nouvel intérêt, de nouveau regard.
D'abord une carte postale en vues multiples qui permet de voir beaucoup des facettes de Port-Leucate et surtout de comprendre comment on se reconnaissait dans cette nouvelle ville. On pourra aussi admirer le graphisme et la mise en page...





Il semble que le confort moderne et la plage soient les deux axes essentiels de ces représentations. La modernité serait comme adoucie par le balnéaire, transformée en machine à plaisir et si on ne cache rien de cette modernité on s'arrange toujours pour la montrer du côté du ludique, du festif et du repos. C'est normal elle est faite pour ça !
Quelques détails :







On notera que le correspondant en 1980 ne parle au verso nullement de l'architecture et de l'urbanisme de son lieu de villégiature. Quoi conclure ? Soit que cela ne le mérite pas au sens où cette modernité est admise... soit, au contraire qu'il pense que la ville n'a aucun attrait en tant que telle. Je penche pour la première mais il est vrai que très rarement les correspondants n'évoquent l'architecture ou la ville qu'ils ont choisies en carte postale !
Une autre vue :


Cette très intéressante carte postale est originale car elle est éditée par les Caisses d'Allocations Familiales ! Elle représente le Village Vacances "Les Carrats" dans lequel on retrouve toutes les particularités de Georges Candilis l'architecte. On notera l'effet "désert habité" de l'image. Tout vient en même temps et la carte postale depuis ce point de vue dit bien cette naissance soudaine de la ville balnéaire qui semble posée sur un sol de sable, sorte d'oasis inventée de toute pièce.
Détails :




Pour finir :



Retrouvons le Kyklos ici appelé par les éditions Théojac pour Iris le drugstore. La carte postale expédiée en 1973 met surtout en avant les très beaux panneaux de plage, panneaux réalisés sous l'impulsion de Georges Candilis et que l'on retrouve parfaitement représentés dans son ouvrage "Recherches sur l'architecture des loisirs" que nous avons déjà évoqué. Nous en admirons le très beau dessin, le choix des couleurs vives et la qualité d'adaptabilité. Que sont devenus ces modèles si particuliers d'un design du balnéaire ?
Sont-ils encore utilisés ? Rangés dans un garage ? Perdus sous les sables ?




Je ne vois qu'une personne permettant de savoir cela, c'est Clément. Il a déjà sauvé des hexacubes de Georges Candilis, il pourrait bien en même temps avoir trouvé de-ci de-là quelques-uns de ces panneaux brise-vent ! On notera que Candilis donne la taille du Modulor à son panneau : 1, 83 M
Bon courage Clément pour la chasse !
Allez voir là : http://www.ledesignsexpose.com/

Extraits du livre de Georges Candilis :






lundi 8 octobre 2012

La nuit sur le monde, bei nacht

En matière de collection de cartes postales et d'architecture, nous avons quelques amis dont le très beau site Postales Inventadas de Rafael qui fait figure de parfait écho à votre serviteur sur le sol américain (et que je jalouse !) ou encore le très beau site du cercle Guimard.
Mais voici que depuis peu un autre grand dingue vient nous rejoindre. Tilo Frank collectionne les cartes postales noires. Celles qui appartiennent à la catégorie d'Alphonse Allais et son album primo-avrilesque que nous chérissons tant ici.
Les nuits de Tilo sont incroyablement nombreuses et son inventaire spectaculaire ! Alors, suite à un échange, (il manquait à Tilo la nuit sur Brighton) je me retrouve en possession de trois nuits en 10 par 15 cm.
Les voici :




















Mais cela n'est vraiment rien en comparaison de l'immense collection de Tilo ! Allez vous aussi vous plonger dans les nuits du monde entier, voyez (rien !) voyez comme l'humour potache et sensible est partagé, comment une blague voyage, comment elle est internationale !
Une sorte d'Internationale Situa-nuitiste.
Remercions maintenant Tilo pour son envoi et pour sa vue du monde qui passe par le noir absolu. C'est sans doute l'une des plus belles façons de voir le monde du cliché, du tourisme, du post-modernisme.
Vive la Pataphysique !
Son site incroyable est ici : http://www.bei-nacht.de/

dimanche 7 octobre 2012

Zavaroni à Sucy-en-Brie

Nous allons avoir plaisir à retrouver aujourd'hui un architecte que nous connaissons surtout pour une église. Il s'agit d'Otello Zavaroni qui a construit l'étonnante église de Foucarmont en Seine-Maritime, église dont les influences corbuséennes sont bien marquées.
Pourtant, il semble bien que pour les logements sociaux, Monsieur Zavaroni ait un peu oublié la leçon de Le Corbusier. C'est sans doute moins facile pour ce type de programme de défendre la modernité, à moins que, la modernité justement se contente à certains moments, de peu.
Mais finalement Monsieur Zavaroni s'il n'a pas fait œuvre d'originalité, ni même sans doute d'œuvre tout court avec les logements de Sucy-en-Brie, il a fait comme tout le monde à son époque, ni mieux ni moins bien sans doute pris aussi par des habitudes constructives.
Pourtant, au détour d'une articulation, surgit une surprise urbaine. Ici, faisant presque office de sculpture, trois cheminées s'élèvent dans le ciel bleu de la carte postale Combier. Difficile de dire à qui elles appartiennent, sans doute pas aux immeubles qui possèdent la leur accolée à leur flan. Au centre commercial ? A une école ?
 Le dessin, son élan, le travail du socle, leur isolement font de ces cheminées un bel événement urbain, un signe qui ne démérite pas dans ce paysage. Même, elles l'animent. Sont-elles aussi de Monsieur Zavaroni ? A-t-il laissé un arpète dessiner cette sculpture utile ?
On remarque que les détails du traitement de la clôture sont aussi très dessinés et travaillés et que, une fois de plus ce Hard French est bien verdoyant, jardiné. Il y a une attention aux circulations, aux déploiements des espaces. C'est déjà ça. Une tentative de mettre la ville à la campagne et de faire d'objets urbains ennuyeux par leur surgissement, un événement plastique qui forme en quelque sorte aussi une identité paysagère. C'est peu, oui. Mais c'est touchant aussi.

Sucy-en-Brie, Les Monrois, architecte Otello Zavaroni, Combier éditeur :



Sucy-en-Brie, les Monrois, la Fosse Rouge, Architecte Otello Zavaroni, Combier éditeur :






mercredi 3 octobre 2012

Des centres commerciaux : un sauvé et un à classer !

Je vous invite à Sens pour le mois de l'architecture en Bourgogne afin de nous retrouver lors d'une intervention autour de Claude Parent, Nevers et Sens... et Ris-Orangis !
Nous évoquerons en présence de l'architecte l'histoire de ses constructions dans la région Bourgogne et aussi le dernier événement : le classement du centre commercial de Sens.
Autant vous dire que je suis prêt et heureux à cette perspective de me retrouver ainsi avec Monsieur Parent, ensemble pour parler de cette belle aventure. Cette soirée vous permettra également de voir le très émouvant et beau film de Brigitte Cornand dont je vous ai déjà parlé ici.
Réservez donc votre mercredi 24 octobre à 18h, salle de conférence du CEREP à Sens pour la projection du film suivi d'un débat donc avec Mr Parent et en présence également de Francis Rambert, Directeur de l'IFA.
Ci-jointe l'invitation à l'exposition consacrée aux réalisations de Mr Parent en Bourgogne. Malheureusement, je ne pourrai être là le jour du vernissage.
On aura le plaisir d'y trouver Monsieur le Maire et son adjoint à l'urbanisme.

Et le combat continue.
Il faut encore protéger l'œuvre de Monsieur Parent dont la destruction récente du Centre Thomson-Houston dessiné avec Paul Virilio reste une honte et cela malgré votre belle mobilisation (merci à tous !)
J'ai donc déposé un dossier de demande d'inscription pour le centre commercial de Ris-Orangis, autre superbe construction de l'architecte. Une pétition par cartes postales est lancée. Il vous suffit comme pour Sens, d'envoyer cette carte postale à la D.R.A.C Ile-de-France. Cette carte postale est gratuite et vous sera envoyée sur simple demande de votre part. Pour ce faire, contactez-moi par mail.
Je profite de cette manifestation pour lancer une pétition internet pour Ris-Orangis.
Ici :
http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2012N29781

Merci  et à bientôt à Sens !



















la carte postale pour Ris-Orangis :






Fais la plus grande la gouttière je te dis !

L'architecture moderne comme toute architecture a su répandre des modèles, des signes. Ainsi d'un bâtiment à un autre, une forme, une idée, voyagent, changent et réapparaissent comme preuves de la circulation des solutions ou... des habitudes. Tout cela finit par faire un genre, un style voire un académisme. Mais, après tout parfois les formes mentent et nous laissent aussi croire à des proximités qui ne sont finalement que des cousinages visuels.
Lorsqu'on demandait au responsable du programme "Bourran", de navette spatiale soviétique, comment il expliquait la proximité avec le projet américain, celui-ci répondait simplement: "Nous avons d'excellentes photocopieuses..." Il faut croire que certains architectes aussi !
Commençons :



Je n'avais pas encore eu l'occasion de vous montrer sur ce blog la très belle et célèbre Fondation Maeght à Saint Paul de Vence. Je n'ai malheureusement pas encore eu la chance de visiter ce lieu qui pourtant porte à lui seul une grande partie de la Modernité Artistique. La caractéristique essentielle de cette construction, ce qui fait son "image" et la rend reconnaissable immédiatement c'est bien sa couverture et ses deux gigantesques toits en demi-cylindres. L'ensemble parfaitement Corbuséen est de ce point de vue spectaculaire et demeure un geste dont la gratuité fait la grandeur. On notera avec étonnement  et même un peu d'agacement que les deux cartes postales que je vais vous montrer et qui sont des éditions de la Fondation Maeght oublient de nommer l'architecte ! Incroyable !
José Luis Sert est donc cet architecte oublié.
La première carte postale nous permet de lire le bâtiment depuis le sol un peu comme les sculptures de Giacometti qui forment une foule éparse à son entrée. On retrouve bien le vocabulaire des brise-soleil, du mélange de pierres en opus incertum (eh oui !), de briques et de béton blanchi superbement mis en œuvre. L'autre carte postale toujours chez Maeght éditeur...





...nous propose une vue plus... artistique. Depuis les terrasses, nous visons dans un noir et blanc au ciel dramatique la géométrie courbe et généreuse de l'un des demi-cylindres. On perçoit également la relative transparence de l'ensemble et les circulations habiles. Mais on ne nous donne toujours ni le nom du photographe ni celui de l'architecte ! Pourtant on retrouve le logotype de la Fondation Maeght qui met bien en avant les "signes" de son architecture. Mais voilà un signe qui voyage :



Cette carte postale de St-Médard en Jalles nous montre plusieurs aspects de la ville devant lesquels nous passerons rapidement même s'ils ne manquent pas de charme. Ce qui nous retient est situé dans la case en haut à droite de cette carte postale Théojac expédiée en 1976.



La Maison de la Culture nous rappelle bien quelque chose non ?
Jean-Jacques et Philippe Chaveron, les deux architectes de cet ensemble ont sans aucun doute vu José Luis Sert. A moins que cela ne soit le contraire ! Mais quoi ? C'est beau aussi non ? Alors... Tout est là, le toit qui décline à l'envi le jeu des courbes, le mélange du béton et des briques, et même un certain équilibre des volumes et des ouvertures. La proximité de dessin est grande. Quand un dessin est bon !
Je ne trouve rien sur ces deux architectes et je ne peux dire comment ils revendiquent cette proximité qui, personnellement, loin de me déranger, est pour moi l'exemple d'une pertinence formelle jouée et déjouée. La citation est possible, l'écho d'une forme à une autre aussi. Reconnaître une construction dans une autre c'est aussi parfois faire de l'architecture. On retrouve mieux sur cette autre carte postale Combier l'architecture des frères Chaveron. Nommé théâtre de l'Ouest-Aquitain et centre culturel, le lieu est bien visé dans une esthétique parfaite et attentue de la carte postale : premier plan fleuri ! Mais surtout on devine un peu mieux le principe constructif et le plan de l'ensemble.



On pourrait tirer un peu la ficelle :



Cette très belle piscine de Montbard nous propose aussi un peu ce signe moderne. Oui, ici un peu de loin c'est vrai. Quoique, si vous regardez bien à l'extrême droite de la carte postale La Cigogne on retrouve tout de même le vocabulaire. Mais c'est surtout pour moi l'occasion de vous montrer cette belle piscine que l'on doit aux architectes Maillard et Ducamp et aussi Jouven et Phelouzat.
Ce Bigger Splash à la française me plaît beaucoup. Alors un prétexte en vaut un autre ....

mardi 2 octobre 2012

OCTOBRE

Il vient.
Il vient Octobre chaud.
Le voyez-vous venir ? Le voulez-vous ?
En Octobre, surveillez l'Aurore.
Gautier, Architecte, 1933

l'Aurore, "ABPOPA"



lundi 1 octobre 2012

Royan, chanceux peuple des images

Parce qu'une ville c'est avant tout une population qui la parcourt, parce que, plongé dans mon classeur Royan depuis notre retour, je fais des découvertes, je vous propose de calmer un peu l'architecture au profit des gens de Royan, des anonymes sur les cartes postales, chanceux peuple des images.
D'abord cette vue superbe de la perspective du Boulevard Aristide Briand à Royan donc :



Depuis la terre ferme, à hauteur d'homme, le photographe des éditions CAP, vise le nouvel axe de la ville. Je me suis posé la question longtemps : vise-t-il depuis le marché vers le portique ou bien le contraire ? D'abord, à l'époque de la carte postale ni l'un ni l'autre ne sont construits mais il reste difficile de déterminer le point de vue. Seuls, les petits décrochements des constructions au fond du boulevard Aristide Briand me font croire que nous visons vers le marché qui se construira au fond de cette image. Mais regardons la vie, regardons ces deux messieurs marchant au milieu de la chaussée. Regardons le peu de voitures (et d'avant -guerre!), le cycliste à gauche qui déboite et les piétons sur le trottoir qui passent nonchalamment devant les vitrines encore marquées de blanc d'Espagne des futures boutiques.





Mais, ce qui m'émeut sur cette carte postale voyez-vous c'est peu de choses. C'est la ligne de terre et de cailloux sur le sol, prouvant la fraîcheur de la ville, sa renaissance. Notons pour les spécialistes que cette carte postale fut imprimée en deux formats différents.
Juste à côté :



Toujours le Boulevard Aristide Briand, sans doute très peu de temps après. Nous sommes dans Royan, avec les gens. Nous sommes là dans la ville. Pas perchés, pas en avion, nous voyons la ville comme elle est, là aussi à hauteur d'homme.



Tout de suite, nous voudrions entendre la conversation des jeunes à bicyclette, ce qui les unit, ce qui les passionne. Ils se donnent rendez-vous ? Parlent de la saison qui commence ? Sont-ils des royannnais de passage ? Vont-ils donner un coup de main au marché ? Chercher leur maillot de bain ?



Et la jeune femme coupée en deux par l'ombre et le soleil ? A-t-elle trouvé le gallon rouge pour le bas de sa nouvelle robe ? En tout cas, elle nous a vus. Les ombres des arbres nous indiquent un soleil du sud-est donc nous serions dans la matinée. Il s'agit d'une édition Combien en véritable photographie !
Mais Royan c'est un port :



Les éditions charentaises d'art A. Gilbert nous montrent bien cela avec cette belle carte postale si animée comme disent les collectionneurs !
Au loin, on devine notre ville moderne et neuve. Le bassin est plein de voiliers et de bateaux pour lesquels j'avoue n'avoir que peu d'intérêt même si, sans doute, il me faudra trouver un jour l'occasion de parler de cet aspect important de la vie de Royan. On devine un mélange de bateaux de pêche et de plaisance.
Mais qui sont ces joyeux drilles sur le quai ? Regardez comme ils ont l'air complices, comme ils semblent tous se connaître. Et puis on pose pour le photographe, cela ne fait pas de doute, là aussi on nous regarde ostensiblement !
Des enfants et des adolescents qui se serrent dans leur ciré et semblent vouloir se réchauffer, des femmes en jupes plus habillées dont deux sont même installées dans des sièges qui pourraient bien être... ceux d'une 2CV Citroën ! Mais oui ! Alors, je vous propose une petite galerie, je vous propose simplement de les saluer tous, un à un. Nous sommes avec eux, heureux d'être à Royan, ville debout, ville neuve, ville moderne.
Ne partez pas.... ne partez pas....