lundi 7 juillet 2014

Jean Renaudie : trois portraits.


Je l'ai déjà maintes fois déclaré mais, pour moi, en France, l'un de nos plus éminents architectes fut Jean Renaudie. On ne peut guère faire mieux que sa réflexion sur le logement dont on peut même, et c'est bon signe, oublier l'adjectif social tant son travail déborde, tout en la prenant en compte, cette notion.
On a déjà vu sur ce site de nombreuses images et cartes postales de ses réalisations dont Ivry-sur-Seine avec Madame Gailhoustet ou Givors qui restent parmi les plus percutantes et les plus justes encore aujourd'hui.
Je ne me priverai d'aucune occasion de rendre hommage à Jean Renaudie et de défendre le plus possible l'intégrité de son œuvre.
En voici trois fois l'occasion.
D'abord par ce qui nous concerne en premier lieu ici, par des cartes postales. Nous allons en regarder deux, en tentant par leur représentation, d'évoquer l'architecture de Jean Renaudie.


Il va de soi qu'une telle carte postale d'emblée se met à l'extérieur du tout venant de la carte postale, tout venant que nous tentons en fait de briser. L'image de l'architecture de Givors, puisque c'est bien là que nous sommes, est composée d'une photographie en longueur dégageant un bord blanc, presque un cadre immense autour d'elle. Difficile de définir ce qui coupe aussi l'image en deux, difficile de dire si cela est déterminé par l'architecture même (ce que je crois) ou par un montage de deux prises de vues réalisées par Bernard Plossu, le très grand photographe.
Car, oui, cette carte postale est une image de Bernard Plossu dont, il y a peu, nous avons pu nous régaler du très beau voyage au Mexique dans une exposition saisissante au Musée Malraux du Havre. Pour comprendre comment un aussi grand photographe fait des cartes postales, il faut lire le verso de celle-ci. Il s'agit bien d'une édition Cart Com qui fait la promotion d'une exposition dédiée à Jean Renaudie à l'Institut Français d'Architecture en 1992. Nul doute qu'il s'agit donc d'une commande faite au photographe et donc d'une image frappée par un regard obligé qui n'a rien de négatif mais qui dit quelque chose du rapport du photographe avec le lieu.


Que vise Monsieur Plossu de l'œuvre de Monsieur Renaudie ? Si on se contente de cette seule image, on voit que Givors est visée de face, en voisin j'ai envie de dire. C'est d'ailleurs ce qui me laisse penser que Bernard Plossu fabrique son diptyque avec l'architecture même, en quelque sorte, derrière sa fenêtre. On observe alors comment les fameuses pointes vont depuis notre regard vers le lointain, se répétant dans les obliques, construisant l'image, couvertes de lierres et de végétaux, imitant le romantisme d'une architecture noyée sous les plantes. Seul le clocher de l'église rappelle que derrière, une ville ancienne est attentive à ses changements. Et si la sensation d'une image fermée pourrait prédominer, Bernard Plossu, dans son noir et blanc sévère mais juste, au ciel gris égal, nous permet de comprendre comment nous sommes pris dans un jardin suspendu, dans une colline construite, comment d'un rocher de béton habité, nous en regardons un autre. C'est un village en terrasses que Bernard Plossu photographie. Il faut sans doute imaginer d'autres clichés du photographe et mon imagination est grande aux rêves possibles d'autres photographies aussi belles. Ici, Bernard Plossu ne joue pas à une objectivité inutile, ne dit pas la froideur d'un regard faussement intellectualisé, il fait document autant qu'œuvre car simplement il nous laisse de la place en nous mettant... à la sienne. C'est sensible comme on dit, c'est photo-sensible. Y-a-t-il eu une belle publication en livre de ses photographies ?
Mais voici un autre portrait de Givors :


Cette superbe image est bien une carte postale. Il s'agit même d'une carte postale produite par l'un des grands éditeurs français : Combier.
Saurez-vous reconnaître le photographe de cette carte postale ?
Ce qui pourrait nous étonner déjà c'est le noir et blanc. À l'époque de la construction de Givors, il y a bien longtemps que la carte postale est en couleur et le maintien du noir et blanc ne peut que signifier immédiatement une particularité, une hauteur artistique. C'est bien le cas. Autre indice si l'on compare à la photographie de Bernard Plossu, la végétation sur les terrasses de Givors sont bien moins débordantes... Alors ?
Alors il s'agit d'une carte postale dont la photographie est due à rien moins que Robert Doisneau ! Rien pourtant dans cette image ne peut permettre de reconnaître le style du photographe : pas d'enfants rieurs, pas d'amoureux parisiens, rien d'une poésie de l'instantané. Doisneau n'aurait-il rencontré aucun habitant dans les étoiles toutes neuves de Givors ? Il nous donne à voir par le dessus l'architecture superbe de Monsieur Renaudie avec une image même un peu dure dont la force graphique est accentuée par un tirage très contrasté. Doisneau rend l'ensemble très abstrait, serré, voir étouffant. Mauvais signe d'un regard un rien... étonné ?


Ou, au contraire, volonté de faire passer devant le réalisme poétique de son habitude, une forme spectaculaire qui le saisit ? Difficile à dire. Mais l'image est d'une grande beauté, d'une belle rigueur et pousse à bout les particularités des jeux de terrasses, des espaces publiques et privés. Autre particularité de cette carte postale, c'est qu'il s'agit d'une carte maximum avec tampon et timbre à l'unisson. En effet, la Poste Française, à cette époque, savait rendre hommage à l'architecture contemporaine en éditant des timbres et des oblitérations "premier jour". C'est donc très précis : 20 avril 1985. On notera au dos que l'éditeur Combier titre sa carte postale ainsi : "Les Étoiles Renaudie des pièces en plein air"
Cette appellation qui compile le nom de l'architecte et le nom du lieu est assez rare et on se demande qui indiqua à l'éditeur cette particularité architecturale de pièces en plein air ?
Sans doute que la communication autour de cette architecture de Monsieur Renaudie mettait en avant cette particularité en en laissant derrière elle plein d'autres : perfection du plan, conscience du paysage, mixité du privé et du public, promenade architecturale, humanisme total...
N'oublions pas que Jean Renaudie ne connut pas ce jour particulier ni cette carte postale. Il disparut en 1981.
Mais le voici :


Ce document n'est pas une carte postale mais une photographie venant d'archives. Il s'agit d'une émotion parfaite.
On y voit l'architecte posant devant une table à dessin dans ce que l'on reconnaît comme son atelier à Ivry-sur-Seine. Son expression est superbe, celle d'un homme faisant l'image en se pliant au genre tout en se demandant si cela est bien... nécessaire. Cette retenue à sa propre image est aussi sans doute, le signe d'une timidité d'image voulant sans doute que l'on évoque plus son architecture que sa figure.





J'aime tout particulièrement que ses mains ne touchent pas les plans et les dessins. Ce petit espace, je veux le considérer comme une humilité au métier. La veste me fait penser à celle que Claude Lothier possède et qui avait appartenu à Jean Widmer.
Les plantes vertes occupent l'espace et mes papyrus dans mon appartement sont heureux de savoir qu'ils auraient bien pu venir de là. Mais ce beau dessin ? Qui saura lui redonner son origine, son projet ? Qui est ce bébé punaisé sur le mur ? Et j'aimerais comprendre de quel mot viennent les dernières lettres formant un NEUSE sur le bord de l'image...Villetaneuse ?
Sans aucun doute !


Il pourrait donc bien être question ici des dessins du projet pour cette ville. Au dos de la photographie figurent des notations écrites à la machine à écrire : TF1, mardi 3 mars 1981 20h30, Des lendemains pour l'homme, "le 31ème millénaire N°2, un futur sur mesure avec l'architecte Jean Renaudie, créateur des immeubles de la ville d'Ivry. Photo Interpress, 142, rue Montmartre à Paris.
J'ai cherché à retrouver ce film. Il faudrait voir ce documentaire pour entendre à nouveau (et enfin !) les opinions et idées de Monsieur Renaudie sur l'architecture.
Nul doute que sa parole serait pour notre aujourd'hui encore une leçon d'architecture, une de celles qui place l'architecture comme un outil du progrès social, qui place l'homme comme point absolu à tout tracé du construit.

Et n'oubliez pas le Volume 2 de votre blog, avec son feuilleton de l'été ! C'est par ici !

dimanche 8 juin 2014

Sarthe : un projet architectural fou et méconnu.


Je profite de la future Quinzaine Radieuse à Piacé dont vous trouverez la programmation ci-jointe, pour évoquer un projet architectural et urbain complètement fou réalisé par Robert Aimard, sorte de Lequeu local, qui avait réalisé et présenté pour le Circuit des 24 heures du Mans, une maquette, une folie  incroyable.
Regardons :


Il va de soi qu'une telle proposition peut aujourd'hui nous faire sourire mais si on y regarde de plus près avec, dans la tête, la leçon de Venturi, on peut facilement ici y voir une forme de génie prospectif, un sens aigu du Monument, une application sans détour du naming comme pour le MMarena ou le Kindarena.
Regardons mieux.
Sur une nappe au sens propre du terme, nappe urbaine ici égalisée et tendue, Robert Aimard pose en quinconce et de manière faussement inégale 7 constructions qui viennent se lover au sein du circuit des 24 Heures.
De gauche à droite : le Bureau de la course qui ressemble à s'y méprendre à un Camembert entamé, l'hôtel-restaurant Panier de Pomme, le centre touristique Galette au beurre, la tour observatoire Bouteille et sa buvette en forme de verre, l'incroyable centre de secours qui ressemble à un Poulet rôti, et le centre V.I.P affichant clairement son ambition avec l'appellation Rillettes de la Sarthe. Le réalisme des maquettes est surprenant et on s'étonne des capacités de Robert Aimard à, ainsi, penser et construire de tels projets dont l'audace symbolique et la justesse de la pensée architecturale sont en symbiose totale avec un territoire, ce qui est bien à l'égal aujourd'hui de la pensée régionaliste et d'intégration si chère à nos politiciens locaux.




On admirera aussi comment Robert Aimard, architecte audacieux de la Sarthe vient jouer le contraste entre la technicité de la course automobile et une architecture affichant les produits campagnards. Admirons bien aussi le placement des édifices, le bureau V.I.P Rillettes étant placé au bord du Circuit des 24 Heures, la Tour d'observation permettant de voir et la course et le paddock. Mais ne nous y trompons pas, les formes très repérées et illustratives de ces petites folies savaient également être fonctionnelles ! On pourra voir l'intelligence de la rampe d'accès du Bureau de la Course réalisé en oblique grâce un judicieux couteau placé sur le bord du fromage, les chambres de l'hôtel Panier de Pommes placées chacune dans un fruit jouant pleinement la fonction de modules et l'isolation phonique, ou la large ouverture donnant un accès total et rapide au secours par le croupion du centre de secours Poulet Rôti.
On a peu d'informations sur la vie et l'œuvre de Robert Aimard dont la seule construction connue était la Caisse d'Épargne du Mans qui vient d'être refaite totalement. Il aurait été formé par Maymont mais serait revenu transformé après un voyage à Las Vegas en 1972. On perd sa trace vers 1985. Toute sa correspondance aurait été détruite par sa famille qui n'aurait pas su voir en lui l'architecte rare qu'il était.

Voici comme convenu, la programmation de la Quinzaine Radieuse à Piacé-le-radieux ! Des concerts, de la pétanque, un parcours de sculptures contemporaines, de l'humour et aussi une toute nouvelle Bulle six coques ! Venez nous voir, réservez votre week-end !





vendredi 9 mai 2014

1000 000 par Thomas Dussaix.


Un million de pages lues cumulées sur les deux volumes d'Architectures de Cartes Postales !
C'est formidable ! Merci à tous !
Continuez ainsi à venir, à partager, à discuter, et à apporter vos précisions sur nos belles cartes postales, nos belles architectures !
Comment fêter cela ?
On trouvera sans doute une manière architecturale de le faire...
Je vous propose de regarder des cartes postales offertes par Thomas Dussaix, mon acolyte du Comité de Vigilance Brutaliste, Comité né ici dans ces pages. J'ai aimé tout particulièrement regarder avec toi Thomas, ces cartes postales sur le parking de Boos, pendant que sous la pluie, réfugiés dans la Twingo, nous attendions le camion qui emporterait la Bulle six coques. C'était sans doute, le moment le plus Grautag (si Nicolas Moulin me permet...) du Comité de Vigilance Brutaliste.
Quoi de plus naturel que de faire ainsi de Thomas, le rédacteur exceptionnel de cette article exceptionnel qui fête un chiffre rond plein de zéro, la preuve que la carte postale, objet photographique, image et représentation de l'architecture a su trouver un public qui aimait y voir le moyen le plus populaire et donc le plus étonnant de diffuser nos belles architectures modernes et contemporaines.
Regardons ce que Thomas nous donne !
Dans deux portes-folios si typiques de la production de l'Union Soviétique sont rassemblées des cartes postales de Moscou et de Rostov-sur-le-Don qui se trouve être le nom également de la rue qui donne l'adresse de notre école des Beaux-Arts au Mans ! Il faudra vraiment qu'un jour le Comité de Vigilance Brutaliste aille à Rostov-sur-le-Don !
Mais commençons par Moscou :



D'abord une vue générale qui nous permet de retrouver cet immeuble que j'avais déjà analyser ici. Le ciel chargé de Moscou vient donner à l'image un caractère très brutal et une lumière étrange. La carte postale nous indique à gauche le Ministère du Conseil de la Fédération Russe et donc à droite le Conseil Économique. On notera que la carte est datée de 1989.
Cette autre carte postale nous présente une sculpture de Lénine et nous donne le nom des sculpteurs L. Kerbel et V. Fedorov. Elle nous donne aussi le nom des architectes du monument G. Makarevitch et A. Samsonov mais oublie de nous préciser quel est ce bâtiment blanc à l'arrière plan !



On pourrait sur cette vue de Herzen Street passer rapidement s'il n'y avait pas là une petite beauté cachée et bien rangée...



Quel est donc la fonction de ce petit immeuble qui me séduit beaucoup ?
Nous allons maintenant à Rostov-sur-le-Don qui semble bien être une sorte de ville riche pour le Comité ! Donc toujours rassemblées dans un porte-folio, datant toutes de 1985, voici des cartes postales bien alléchantes !


Ce très beau bâtiment aux articulations surprenantes n'est rien moins que le théâtre Corky ! On devine effectivement le volume clos et aveugle de la scène mais ici entouré, enlacé par deux bras qui pourraient bien être des entrées. Cela forme en tout cas un théâtre étonnant et superbe qui nous fait penser à certaines utopies constructivistes. Malheureusement la carte postale ne nous donne pas le nom de l'architecte ni l'année de la construction.
Promenons-nous dans les rues de Rostov-sur-le-Don sous un ciel radieux et voici, tour à tour (?), l'avenue Voroshilov et un square.



Puis passons sur le bord de la rivière faire du pédalo...


Et voici que notre promenade sur la rivière le Don, nous permet de voir une superbe construction digne de devenir les bureaux du Comité de Vigilance Brutaliste !




Malheureusement il s'agit pour l'instant du Terminal de la rivière (?) sans doute une administration portuaire... Là également, nous n'aurons pas d'autres informations, c'est dommage.
Mais il nous faut dormir et je crois bien qu'à Rostov il faut aller là :


Ce magnifique Intourist Hotel sera nous accueillir Camarade Thomas. Nous arriverons dans une Lada noire rutilante et comme représentants des forces vives du Mans (ville jumelée avec Rostov) nous serons accueillis par une gamine en costume traditionnel avec un bouquet de fleur. Nous irons chacun rejoindre notre chambre, laissant sur le lit, le petit guide de la ville offert à la réception. Tu dormiras. Pour ma part j'essayerai pendant une demi-heure, au bar, d'avoir le courage de demander en anglais épouvantable un thé avant de m'apercevoir que la jeune serveuse parle un français parfait. On évoquera Paris et Le Mans où elle est venue en échange l'an passé...
Mais Voici que la donation de Thomas, nous emmène devant une merveille en Pologne cette fois :


Ah mais je vous entends frémir derrière vos écran devant cette incroyable carte postale nous montrant le Spodek de Katowice ! On notera que l'éditeur nous donne bien le nom de l'architecte et du sculpteur du monument au premier plan qui est lui aussi assez extraordinaire, G. Zemtai et W. Zablocki, mais ne nous donne pas celui des architectes de cette stupéfiante salle des sports qui évoque chez nous celle de St Nazaire. On trouve une page complète avec la réponse ici.
Mais quelle image !
Je finirai cette promenade en pays brutaliste. Me reste encore de nombreuses cartes postales offertes par Thomas mais que je réserve pour d'autres moments.
En espérant tous vous retrouver pour le 2 000 000ème lecteur !
Merci Thomas pour ces belles cartes que tu as su choisir judicieusement.
Merci encore à tous pour votre fidélité !
Vive l'architecture brutaliste, que vivent leurs images, que les cartes postales, fonds inépuisable de plaisir photographique continuent ainsi de nous les faire découvrir, aimer et aussi défendre.
le C.V.B.

pour un Réseau National des Micro et Mobiles Architectures.





C'est une nouvelle importante dont certains de mes plus proches sont déjà au courant.
J'ai fait l'acquisition d'une Bulle Six Coques de Mr Maneval, architecte. Je le dis tout de suite : sans l'énergie conjuguée de Clément Cividino et de Nicolas Hérisson, je ne me serais jamais lancé dans cette aventure !
Depuis deux jours, nous organisons le démontage et le déménagement de cette bulle qui était jusqu'alors posée sur le tarmac de l'aéroport de Boos. La bulle ira enrichir le parcours architectural dessiné par Nicolas Hérisson dans le cadre de sa manifestation à Piacé-le-Radieux. C'est une chance pour elle et pour nous de rejoindre ce village dynamisé par l'accueil de cette manifestation d'envergure nationale maintenant.
Alors, comme la bulle rencontre ainsi des partenaires très axés sur l'architecture et le Design, nous avons décidé de mettre en place un réseau national de micro et mobiles architectures. En effet, depuis peu, ce type d'architecture remonte à la surface, retrouve les honneurs des expositions. L'aventure de l'Hexacube de Georges Candilis dont Clément Cividino est maintenant le spécialiste n'y est pas pour rien, comme les récentes aventures aussi du Tetrodon, dont des exemplaires furent sauvés récemment. Cet engouement reste trop souvent très individualisé, chacun faisant avec passion ce qu'il peut dans son coin pour trouver des documents, des astuces de restauration ou de démontage. Le RéNaMiMoA a pour but de tenter une synergie entre tous les propriétaires publics ou privés, les architectes, les concepteurs ou simplement les passionnés de ce type de programme architectural. Pour l'instant, nous nous consacrerons essentiellement aux types disponibles sur le sol français  comme donc : la Bulle Six Coque, l'Hexacube, le Tetrodon, la Station-Service de Jean Prouvé, l'Algéco, la Futuro.
Nous avons sur ce blog souvent évoqué tous ces types et bien d'autres et nous continuerons au-delà de ce nouveau site, ici à vous en parler. Alors, si vous voulez nous aider à construire ce réseau, à partager vos idées, vos images, vos expériences d'habitants ou de restauration, venez sur ce site ! C'est chez vous !
Voici quelques images du chantier pour vous allécher mais il y a beaucoup plus à lire et à voir sur le site du Réseau National des Micro et Mobiles Architectures !

Merci Kévin Alberola, Alice Ribault, Antoine Charon, Léa Dumand, Wendie Autrique, Fabien Yvon, Pauline Djerfi, Thomas Dussaix, Nicolas Hérisson, Raymond Hérisson, Pascal Jahouel, Marc Hamandjian, Martine Goupil.
Je tiens également à remercier Monsieur Barbeau et Madame Le Clézio pour leur patience et leur soutien dans ce projet ainsi que les autorités de l'aéroport de Boos.

Merci à Clément Cividino pour son énergie envoyée depuis Perpignan !

Thomas Dussaix et Fabien Yvon en piqueteurs :


Thomas, votre serviteur et Kévin Albérola :



Fabien et Nicolas Hérisson au déboulonnage :


Notre bulle six coques contient l'inscription : maison n°7 (?)


Fabien Yvon la tête :


Votre serviteur, Nicolas Hérisson aux commandes et Thomas Dussaix :









mardi 8 avril 2014

photographier l'usine : extérieur.


Nous nous sommes posés la question de ce point de vue en ne tirant pas trop vite des conclusions sur ce type de cartes postales et d'images, n'ayant pas assez d'exemples pour établir une étude plus aboutie de cette représentation.
Finalement, nous avons senti les photographies pour ce qu'elles donnent à voir.
Mais la question reste entière de cette distance au monde du travail et de la manière dont les entreprises se laissent ainsi inscrire en photographie sur des éditions de cartes postales de cette période. 
Il ne fait aucun doute que lorsque l'entreprise laisse ainsi entrer le photographe, elle lui confie son image et reste attentive à celle-ci. Sylvain Bonniol pourrait facilement confirmer cela encore aujourd'hui.
Regardons un exemple avec une petite (et incomplète ?) série sur l'usine Wolkswagen de Hannovre (Hannover) qui nous donne à voir le cœur de la fabrication du fameux Combi qui fit rêver plus d'une génération à une liberté de mouvement et de voyages.
D'abord l'extérieur encore un peu:


D'un peu haut, certainement juché sur un escabeau, le photographe cadre l'usine et son parking qui ferait rêver aujourd'hui n'importe quel collectionneur de coccinelles Wolkswagen ! Il s'agit bien des automobiles des ouvriers et employés et non le parking de la production. Nous avons à Cléon, chez Renault, le même type de souvenir : une nappe d'automobiles quasiment toutes de la même marque automobile ! Au dos de la carte postale il n'y a pas de nom d'architecte mais une petite description met l'accent sur le fait que ce bâtiment n'est pas qu'un bloc de béton mais un mélange de style et de fonctionnalité...Il ne faudrait pas trop faire peur !


Cette fois, nous voyons les immenses presses qui forment les tôles, les coupent et les emboutissent. L'alignement implacable de ces monstres mécaniques dont l'étonnement vient de leur carrossage impeccable et de la propreté de cet espace. Mais l'image est muette au vacarme. Ce qui est visé ici, c'est bien la puissance industrielle et le photographe devant saisir l'objet dans sa hauteur doit également en donner à voir le grand nombre. Au dos, la description nous indique qu'il suffit "de pousser un bouton" pour que le "monstre d'acier" commence à travailler. Là également, on minimise l'intervention ouvrière à une simple action et une surveillance. Mais rien sur la violence de la cadence ni sur le mouvement répété de la pose et du retrait des dites pièces de métal. La distance atténue, le silence de l'image adoucie. La puissance technique est l'objet de l'image.


Cette magnifique image nous montre l'une des phase de la production des camions Combi WV et leur carroserie encore sans peinture. Le point de vue est toujours en hauteur pour rendre lisible l'ensemble de la courbe de la chaine de production. Deux silhouettes d'ouvriers sont au travail sur une sorte d'estrade. Difficile de définir l'objet de leur intervention sur le futur Combi. C'est la carte postale qui nous l'indique au dos : pose des cables. Le texte nous parle de production planifiée et pleine de réflexion sur la logique productive...C'est, parait-il ce qui ce laisserait voir au travers "des masses de machines" ! La logique voudrait-elle atténuer la pénibilité et ou améliorer la productivité ?


Ici, difficile de ne pas voir ceux qui assemblent. Deux ouvriers sont au montage au cul du Combi pick-up. Que font-ils ? le montage du pare-choc ? Oui, c'est bien cela. Que nous dit la carte postale sur ce geste ? Elle met l'accent une fois encore sur l'habileté et la rapidité du travail et cela à "tous les niveaux de la production." Là encore la gestualité des ouvriers est perdue dans la ligne de montage. On ne fait pas le portrait des ouvriers mais on les place dans l'ensemble de la chaine. Ils sont comme des outils. On ne les nomme pas.
On peut d'ailleurs sur ce geste facilement comprendre la difficulté du dit montage. Courbé vers l'arrière, en appui sur un pied, l'ouvrier de gauche boulonne. Celui de droite maintient à niveau une pièce qu'il ne voit pas. Et si la ligne de montage est en hauteur pour facilité le geste et la production, on imagine facilement que selon la taille des ouvriers, ceux-ci devaient bien s'adapter à cette hauteur sans doute construite sur une moyenne globale et rationalisée. Trop grand, l'ouvrier devait se pencher, trop petit, il devait se soulevait.
On reste perplexe aussi face à la lumière très puissante venant de la droite et faisant des ombres très longues alors que le reste de la chaine est bien moins éclairée. Une lampe ajoutée par le photographe ?


Sur cette carte postale, le facteur humain semble absent et c'est d'ailleurs volontaire puisque le commentaire de la carte postale appuie sur la totale automatisation de cette ligne de transfert des carters et précise qu'un homme seul surveille cet ensemble, homme dont on ne voit rien sur la photographie. Une image désincarnée en quelque sorte.


Il faut bien que tout cela fabrique quelque chose !
Toutes ses images, toutes ces cartes postales pour aboutir à cette dernière, celle qui justifie l'ensemble. Les Combis quittent la chaine de montage à une fréquence de 750 par jour...Cela donne une idée de la rapidité du montage et de la réalité violente de la chaine. Au dos, encore l'utilisation de mots très particuliers. On y évoque l'ordre et la propreté.
Le Combi quitte l'usine pour des aventures inconnues. Il doit être attendu quelque part, en Allemagne, dans une agence. Il ne restera rien sur ce véhicule qui évoquera les mains des ouvriers. Un chiffon doux effacera tout. 
Cette carte postale met aussi l'accent sur la masse productive avec l'enfilade des véhicules. Pas un seul ouvrier clairement visible, pas de photographie de groupe des ouvriers devant leur production, pas de fierté lisible dans l'image. En fait cette image possède une permanence qui la rend anonyme à ceux qui l'habite. Hier, demain, tout de suite, tout à l'heure n'ont aucun sens. Il se passera la même chose, le même geste, la même image, elle-même prise dans cette continuité.
On pourrait faire la liste de ce que ces photographies ne donnent pas à vivre : bruit, odeur, hiérarchie, pénibilité, lutte syndicale.
Elles sont des objets de communication, des objets puissamment contrôlées. Et pourtant, dans cette rigueur et même grâce à cette rigueur, elles ont une beauté certaine.
Cette beauté provient de l'agencement, de la compilation de l'objet photographié et de cette distance froide qui lui est accordé. 
Les cartes postales ne comportent aucun nom de photographe, aucun nom d'éditeur mais il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une production institutionnelle. Comme ma série n'est pas complète et que l'exception ne confirme pas toujours la règle, il me sera difficile de poursuivre l'analyse de cette série.
Alors je fais "comme si", comme si tout cela était aussi simple, aussi silencieux.

N'oubliez pas que votre blog a changé d'adresse. C'est ici maintenant.