jeudi 14 août 2014

Lens, un autoportrait au jeune homme de quinze ans.





Je suis fils d'ouvrier.

D'abord traverser la ville ouvrière et tout ce qui fait sa particularité parfois indigente parfois seulement comme toutes les villes, banale, sale, faite de briques et de broc... mais ouvrière par la typologie architecturale.
Garer la voiture le long d'une clôture haute ne laissant rien voir du Louvre. À pied, passer dans un canyon de végétation toute neuve venant de la pépinière, pas vraiment installée mais prometteuse. On monte vers le Musée, on sent la pression de l'amateur d'architecture dans son corps, l'idéal du premier instant arriver ; ne pas louper ce moment. Puis voir une ligne grise sous un ciel gris. Tout s'accorde. On cherche en quelque sorte l'architecture pour comprendre qu'on est déjà devant. Le cœur hésite : aimer cette absence d'effet, détester le manque d'une surprise. Sentir que, sous ses pieds, tout est dessiné, les herbes folles poussent entre le béton blanc magnifiquement découpé. On ne cherche pas l'entrée, en France on a l'habitude de ce manque flagrant de signalétique belle et efficace. On suit les autres, ceux venus là comme vous à l'événement Louvre-Lens. On nous égare, on entre gratuitement.
Un hall digne des plus belles stations-service de l'autoroute A6 vous accueille. De grands volumes de verre courbé bien dessinés font fonctions : librairie, bibliothèque, ou cafétéria. Il y a même un coin pique-nique sans doute parce qu'il est interdit de manger dans le Parc et que ça fait populaire et accessible de le nommer ainsi. Rien ne fait surprise, rien ne dit ici que vous êtes dans un lieu sacré. On verra que j'attends ce mot avec force.
L'accueil est chaleureux, pas d'affluence.
Passage par une grande porte rectangulaire donnant sur un petit bureau tenu poliment par un gardien qui dit bonjour et prend vos tickets. Un vide déjà ici devant cette porte de garage sans doute dimensionnée pour le transport des œuvres et peu pour dire l'événement à venir ou même générer une frontière entre la vie sans l'Art et la vie avec. Puis, le corps comme attiré par un précipice se tourne vers le vide immense de la grande galerie. On est un peu en hauteur d'une pente qui vous fait voir l'ensemble de ce grand volume dans lequel les œuvres sont rangées en ordre chronologique sans aucune cloison, mur, entre-soi. J'imagine le désir si souverain d'une transparence. Et nous y voilà. Comme sans doute, on a cru qu'ici il ne fallait pas choquer le peuple par des matériaux ou des expériences spatiales trop complexes pour libérer l'œil aux oeuvres uniquement, on retrouve ce discours si martelé de l'absence d'architecture comme architecture absolue, on se retrouve chez Hygena en train de choisir son meuble de cuisine intégrée. La pauvreté du design de la muséographie est réduit à de malheureux cubes blancs, cette pauvreté des matériaux ne donnant sous la main, sous l'œil, rien d'une fonction superbe de mise en avant des œuvres ou jouant même modestement avec elle, c'est terrible. Je m'amuse avec le reflet toujours flou des œuvres dans les tôles aveuglées. Ne reste que ça. Et cette sensation si désagréable d'être toujours vu en train de regarder sans aucun moment d'intimité avec les œuvres, sans surprise de leur déploiement dans un espace, sans cet effet si beau au Louvre à Paris d'avoir à parcourir un espace pour aller à la rencontre parfois difficile d'un tableau, d'une pièce de monnaie romaine, d'un fragment égyptien. Non. On vous voit, vous êtes vu. Et là commence une autre histoire.

 

Je ne sais rien de toi, je ne sais rien. Je te regarde depuis un moment parce que quelque chose de ta posture, de ton âge, de tes vêtements me rappellent moi-même au même moment hésitant d'une vie. D'abord j'ai aimé ta distance polie et permanente avec les œuvres que tu regardais. Tu les as toutes regardées ainsi : les bras croisés dans ton dos comme si tu avais peur que ton corps ne fasse une bêtise, fasse tomber quelque chose comme quand tu vas chez un parent à l'appartement encombré de bibelots. Tes vêtements aussi, le pantalon, un jean sans forme vraiment, juste pratique et trop court car tu grandis trop vite, une paire de chaussure simples mais propres, un polo gris que tes épaules remplissent à peine, que tes bras croisés derrière le dos font remonter. Là, tranquillement, j'ai cru que tu étais seul au début, tu épluches chaque étiquette, tu lis tout, tu regardes avec attention parfois longuement parfois rapidement. Tu ne souris pas, tu es concentré comme si tu attendais qu'il se passe quelque chose de beau, de grave, d'essentiel. Et ça passe. Soudain, tu rejoins une famille comme toi. Deux petites sœurs j'imagine, plus petites et bondissantes. Tu leur dis des choses, elles rient et tu souris cette fois. Mais ton visage devient grave à nouveau et tu retournes dans tes pensées, tu te remets dans ton corps. Parfois nos regards se croisent.
Je me retrouve dans ton attitude, je me retrouve dans ta solitude aimante aux œuvres, je comprends que peut-être c'est pour toi qu'ils sont venus tes parents, peut-être est-ce toi du haut de tes quinze ans qui a formulé ce désir, cette visite. Pour raconter à la rentrée à ta professeur d'arts plastiques tes vacances, pour partager avec elle tes découvertes. Peut-être dessines-tu sur la toile cirée de la cuisine, peut-être que tu as accroché dans la porte de ton placard en sapin un poster d'un masque égyptien. Peut-être.

De l'architecture de Louvre-Lens, je ne retiens que cette promenade que je fais sans et avec toi, dans la lucidité d'une impudeur franchise. Clarté soudaine et belle de la lumière, forêt un peu rude d'œuvres dont la qualité est indéniable. Et, soudain, je vois l'une de mes œuvres amies, l'une de celles que j'allais systématiquement visiter au Louvre-Paris : l'autoportrait de Raphaël avec son ami. D'abord la joie de le retrouver, de savoir que Raphaël et son ami me pointent aussi, qu'en quelque sorte, ils me saluent, me reconnaissent. Puis le regret de ne plus pouvoir les voir à Paris si proche de chez moi. Au Louvre-Paris, vous étiez tous les deux dans la Grande Galerie. Je pouvais vous voir à côté de Balthazar Castiglione, pas trop loin d'Enguerrand Quarton ou de Sassetta. Vous étiez sous des voûtes de pierre d'un Palais riche et sacré. Vous étiez un chemin à prendre pour vous rejoindre, chemin que je connaissais par cœur, chemin d'une histoire, chemin d'une initiation.
Aujourd'hui, Raphaël, ton ami pointe un vide immense et aussi sans doute, parfois un adolescent que j'ai été et des nouveaux en polo gris, les bras dans le dos. Les enfants passent devant, le jaune fluo des parkas Décathlon vient strier mon regard et j'aime ça finalement.
Et le sol remonte, nouvelle pente, nouvelle porte de garage et voici des volumes blancs dans une salle totalement transparente dont la seule beauté architecturale tient à son vide entre les deux parois et à la sensation d'une véranda géante donnant sur le jardin. Un bel escalier tourne contre un bloc d'ascenseur trop proche. Dommage... c'est raté. Le mobilier en trèfle à trois feuilles est comme celui d'un coiffeur chic du centre ville. On s'assoit dessus pour l'oublier. On regarde dehors. Alors, demi-tour, on reprend la grande galerie dans l'autre sens et je comprends soudain que tout le monde naturellement longe le mur de métal à sa droite pour regagner la sortie et comme on vient de faire la visite, on va vite, on marche vite, on regarde parfois ceux qui font la visite à leur tour sans regret.

Ici prendre un café tient d'une expérience connue, celle de la cafétéria d'entreprise, du lycée flamboyant, de l'open-space. Une nouvelle fois, la vision d'un mobilier d'une indigence remarquable et passe-partout. Le four à micro-ondes à disposition comme à l'exact, les vases funéraires étrusques. On aimerait une expérience plus marquante, on rêve au Luxembourg, on cherche quelque chose de français, de ce chic un peu perdu, on cherche les leçons du modernisme. Charlotte ! Revenez ! Et si c'est ça l'architecture japonaise alors je l'ai parcourue souvent dans des centres commerciaux, des cantines scolaires rénovées.
Un dégoût monte un peu. Un ratage. Une envie de sortir. Je n'achèterai pas de cartes postales du Louvre-Lens.
Mais une voix nous indique que le Musée va fermer. Nous sortons faire le tour du parc. Le Louvre-Lens est là, tout entier dans ce parc. C'est ce qu'il faut retenir, le travail de Catherine Mosbach. Le lieu est dessiné justement, les plantes ne viendront pas camoufler le gris bondissant du métal. On s'amuse des plantes sauvages, on parcours le lieu en jouant des points de vue, on rêve de s'asseoir. Je regarde les photographies sur l'écran de mon Sony. Je ne vois pas de Louvre, je ne vois rien de capital, je ne vois rien. Je suis perdu devant cette absence de lieu. Je cherche en vain ce qui fait l'architecture, le parcours, le déploiement d'espaces. Il n'y a que cet aplat gris me proposant sans cesse mon propre reflet flouté. Je me selfie à la Richter.
J'aurais tant voulu t'aimer. J'aurais tant voulu t'aimer.

Pour un autre avis :
Pour visiter :



















lundi 7 juillet 2014

Jean Renaudie : trois portraits.


Je l'ai déjà maintes fois déclaré mais, pour moi, en France, l'un de nos plus éminents architectes fut Jean Renaudie. On ne peut guère faire mieux que sa réflexion sur le logement dont on peut même, et c'est bon signe, oublier l'adjectif social tant son travail déborde, tout en la prenant en compte, cette notion.
On a déjà vu sur ce site de nombreuses images et cartes postales de ses réalisations dont Ivry-sur-Seine avec Madame Gailhoustet ou Givors qui restent parmi les plus percutantes et les plus justes encore aujourd'hui.
Je ne me priverai d'aucune occasion de rendre hommage à Jean Renaudie et de défendre le plus possible l'intégrité de son œuvre.
En voici trois fois l'occasion.
D'abord par ce qui nous concerne en premier lieu ici, par des cartes postales. Nous allons en regarder deux, en tentant par leur représentation, d'évoquer l'architecture de Jean Renaudie.


Il va de soi qu'une telle carte postale d'emblée se met à l'extérieur du tout venant de la carte postale, tout venant que nous tentons en fait de briser. L'image de l'architecture de Givors, puisque c'est bien là que nous sommes, est composée d'une photographie en longueur dégageant un bord blanc, presque un cadre immense autour d'elle. Difficile de définir ce qui coupe aussi l'image en deux, difficile de dire si cela est déterminé par l'architecture même (ce que je crois) ou par un montage de deux prises de vues réalisées par Bernard Plossu, le très grand photographe.
Car, oui, cette carte postale est une image de Bernard Plossu dont, il y a peu, nous avons pu nous régaler du très beau voyage au Mexique dans une exposition saisissante au Musée Malraux du Havre. Pour comprendre comment un aussi grand photographe fait des cartes postales, il faut lire le verso de celle-ci. Il s'agit bien d'une édition Cart Com qui fait la promotion d'une exposition dédiée à Jean Renaudie à l'Institut Français d'Architecture en 1992. Nul doute qu'il s'agit donc d'une commande faite au photographe et donc d'une image frappée par un regard obligé qui n'a rien de négatif mais qui dit quelque chose du rapport du photographe avec le lieu.


Que vise Monsieur Plossu de l'œuvre de Monsieur Renaudie ? Si on se contente de cette seule image, on voit que Givors est visée de face, en voisin j'ai envie de dire. C'est d'ailleurs ce qui me laisse penser que Bernard Plossu fabrique son diptyque avec l'architecture même, en quelque sorte, derrière sa fenêtre. On observe alors comment les fameuses pointes vont depuis notre regard vers le lointain, se répétant dans les obliques, construisant l'image, couvertes de lierres et de végétaux, imitant le romantisme d'une architecture noyée sous les plantes. Seul le clocher de l'église rappelle que derrière, une ville ancienne est attentive à ses changements. Et si la sensation d'une image fermée pourrait prédominer, Bernard Plossu, dans son noir et blanc sévère mais juste, au ciel gris égal, nous permet de comprendre comment nous sommes pris dans un jardin suspendu, dans une colline construite, comment d'un rocher de béton habité, nous en regardons un autre. C'est un village en terrasses que Bernard Plossu photographie. Il faut sans doute imaginer d'autres clichés du photographe et mon imagination est grande aux rêves possibles d'autres photographies aussi belles. Ici, Bernard Plossu ne joue pas à une objectivité inutile, ne dit pas la froideur d'un regard faussement intellectualisé, il fait document autant qu'œuvre car simplement il nous laisse de la place en nous mettant... à la sienne. C'est sensible comme on dit, c'est photo-sensible. Y-a-t-il eu une belle publication en livre de ses photographies ?
Mais voici un autre portrait de Givors :


Cette superbe image est bien une carte postale. Il s'agit même d'une carte postale produite par l'un des grands éditeurs français : Combier.
Saurez-vous reconnaître le photographe de cette carte postale ?
Ce qui pourrait nous étonner déjà c'est le noir et blanc. À l'époque de la construction de Givors, il y a bien longtemps que la carte postale est en couleur et le maintien du noir et blanc ne peut que signifier immédiatement une particularité, une hauteur artistique. C'est bien le cas. Autre indice si l'on compare à la photographie de Bernard Plossu, la végétation sur les terrasses de Givors sont bien moins débordantes... Alors ?
Alors il s'agit d'une carte postale dont la photographie est due à rien moins que Robert Doisneau ! Rien pourtant dans cette image ne peut permettre de reconnaître le style du photographe : pas d'enfants rieurs, pas d'amoureux parisiens, rien d'une poésie de l'instantané. Doisneau n'aurait-il rencontré aucun habitant dans les étoiles toutes neuves de Givors ? Il nous donne à voir par le dessus l'architecture superbe de Monsieur Renaudie avec une image même un peu dure dont la force graphique est accentuée par un tirage très contrasté. Doisneau rend l'ensemble très abstrait, serré, voir étouffant. Mauvais signe d'un regard un rien... étonné ?


Ou, au contraire, volonté de faire passer devant le réalisme poétique de son habitude, une forme spectaculaire qui le saisit ? Difficile à dire. Mais l'image est d'une grande beauté, d'une belle rigueur et pousse à bout les particularités des jeux de terrasses, des espaces publiques et privés. Autre particularité de cette carte postale, c'est qu'il s'agit d'une carte maximum avec tampon et timbre à l'unisson. En effet, la Poste Française, à cette époque, savait rendre hommage à l'architecture contemporaine en éditant des timbres et des oblitérations "premier jour". C'est donc très précis : 20 avril 1985. On notera au dos que l'éditeur Combier titre sa carte postale ainsi : "Les Étoiles Renaudie des pièces en plein air"
Cette appellation qui compile le nom de l'architecte et le nom du lieu est assez rare et on se demande qui indiqua à l'éditeur cette particularité architecturale de pièces en plein air ?
Sans doute que la communication autour de cette architecture de Monsieur Renaudie mettait en avant cette particularité en en laissant derrière elle plein d'autres : perfection du plan, conscience du paysage, mixité du privé et du public, promenade architecturale, humanisme total...
N'oublions pas que Jean Renaudie ne connut pas ce jour particulier ni cette carte postale. Il disparut en 1981.
Mais le voici :


Ce document n'est pas une carte postale mais une photographie venant d'archives. Il s'agit d'une émotion parfaite.
On y voit l'architecte posant devant une table à dessin dans ce que l'on reconnaît comme son atelier à Ivry-sur-Seine. Son expression est superbe, celle d'un homme faisant l'image en se pliant au genre tout en se demandant si cela est bien... nécessaire. Cette retenue à sa propre image est aussi sans doute, le signe d'une timidité d'image voulant sans doute que l'on évoque plus son architecture que sa figure.





J'aime tout particulièrement que ses mains ne touchent pas les plans et les dessins. Ce petit espace, je veux le considérer comme une humilité au métier. La veste me fait penser à celle que Claude Lothier possède et qui avait appartenu à Jean Widmer.
Les plantes vertes occupent l'espace et mes papyrus dans mon appartement sont heureux de savoir qu'ils auraient bien pu venir de là. Mais ce beau dessin ? Qui saura lui redonner son origine, son projet ? Qui est ce bébé punaisé sur le mur ? Et j'aimerais comprendre de quel mot viennent les dernières lettres formant un NEUSE sur le bord de l'image...Villetaneuse ?
Sans aucun doute !


Il pourrait donc bien être question ici des dessins du projet pour cette ville. Au dos de la photographie figurent des notations écrites à la machine à écrire : TF1, mardi 3 mars 1981 20h30, Des lendemains pour l'homme, "le 31ème millénaire N°2, un futur sur mesure avec l'architecte Jean Renaudie, créateur des immeubles de la ville d'Ivry. Photo Interpress, 142, rue Montmartre à Paris.
J'ai cherché à retrouver ce film. Il faudrait voir ce documentaire pour entendre à nouveau (et enfin !) les opinions et idées de Monsieur Renaudie sur l'architecture.
Nul doute que sa parole serait pour notre aujourd'hui encore une leçon d'architecture, une de celles qui place l'architecture comme un outil du progrès social, qui place l'homme comme point absolu à tout tracé du construit.

Et n'oubliez pas le Volume 2 de votre blog, avec son feuilleton de l'été ! C'est par ici !

dimanche 8 juin 2014

Sarthe : un projet architectural fou et méconnu.


Je profite de la future Quinzaine Radieuse à Piacé dont vous trouverez la programmation ci-jointe, pour évoquer un projet architectural et urbain complètement fou réalisé par Robert Aimard, sorte de Lequeu local, qui avait réalisé et présenté pour le Circuit des 24 heures du Mans, une maquette, une folie  incroyable.
Regardons :


Il va de soi qu'une telle proposition peut aujourd'hui nous faire sourire mais si on y regarde de plus près avec, dans la tête, la leçon de Venturi, on peut facilement ici y voir une forme de génie prospectif, un sens aigu du Monument, une application sans détour du naming comme pour le MMarena ou le Kindarena.
Regardons mieux.
Sur une nappe au sens propre du terme, nappe urbaine ici égalisée et tendue, Robert Aimard pose en quinconce et de manière faussement inégale 7 constructions qui viennent se lover au sein du circuit des 24 Heures.
De gauche à droite : le Bureau de la course qui ressemble à s'y méprendre à un Camembert entamé, l'hôtel-restaurant Panier de Pomme, le centre touristique Galette au beurre, la tour observatoire Bouteille et sa buvette en forme de verre, l'incroyable centre de secours qui ressemble à un Poulet rôti, et le centre V.I.P affichant clairement son ambition avec l'appellation Rillettes de la Sarthe. Le réalisme des maquettes est surprenant et on s'étonne des capacités de Robert Aimard à, ainsi, penser et construire de tels projets dont l'audace symbolique et la justesse de la pensée architecturale sont en symbiose totale avec un territoire, ce qui est bien à l'égal aujourd'hui de la pensée régionaliste et d'intégration si chère à nos politiciens locaux.




On admirera aussi comment Robert Aimard, architecte audacieux de la Sarthe vient jouer le contraste entre la technicité de la course automobile et une architecture affichant les produits campagnards. Admirons bien aussi le placement des édifices, le bureau V.I.P Rillettes étant placé au bord du Circuit des 24 Heures, la Tour d'observation permettant de voir et la course et le paddock. Mais ne nous y trompons pas, les formes très repérées et illustratives de ces petites folies savaient également être fonctionnelles ! On pourra voir l'intelligence de la rampe d'accès du Bureau de la Course réalisé en oblique grâce un judicieux couteau placé sur le bord du fromage, les chambres de l'hôtel Panier de Pommes placées chacune dans un fruit jouant pleinement la fonction de modules et l'isolation phonique, ou la large ouverture donnant un accès total et rapide au secours par le croupion du centre de secours Poulet Rôti.
On a peu d'informations sur la vie et l'œuvre de Robert Aimard dont la seule construction connue était la Caisse d'Épargne du Mans qui vient d'être refaite totalement. Il aurait été formé par Maymont mais serait revenu transformé après un voyage à Las Vegas en 1972. On perd sa trace vers 1985. Toute sa correspondance aurait été détruite par sa famille qui n'aurait pas su voir en lui l'architecte rare qu'il était.

Voici comme convenu, la programmation de la Quinzaine Radieuse à Piacé-le-radieux ! Des concerts, de la pétanque, un parcours de sculptures contemporaines, de l'humour et aussi une toute nouvelle Bulle six coques ! Venez nous voir, réservez votre week-end !





vendredi 9 mai 2014

1000 000 par Thomas Dussaix.


Un million de pages lues cumulées sur les deux volumes d'Architectures de Cartes Postales !
C'est formidable ! Merci à tous !
Continuez ainsi à venir, à partager, à discuter, et à apporter vos précisions sur nos belles cartes postales, nos belles architectures !
Comment fêter cela ?
On trouvera sans doute une manière architecturale de le faire...
Je vous propose de regarder des cartes postales offertes par Thomas Dussaix, mon acolyte du Comité de Vigilance Brutaliste, Comité né ici dans ces pages. J'ai aimé tout particulièrement regarder avec toi Thomas, ces cartes postales sur le parking de Boos, pendant que sous la pluie, réfugiés dans la Twingo, nous attendions le camion qui emporterait la Bulle six coques. C'était sans doute, le moment le plus Grautag (si Nicolas Moulin me permet...) du Comité de Vigilance Brutaliste.
Quoi de plus naturel que de faire ainsi de Thomas, le rédacteur exceptionnel de cette article exceptionnel qui fête un chiffre rond plein de zéro, la preuve que la carte postale, objet photographique, image et représentation de l'architecture a su trouver un public qui aimait y voir le moyen le plus populaire et donc le plus étonnant de diffuser nos belles architectures modernes et contemporaines.
Regardons ce que Thomas nous donne !
Dans deux portes-folios si typiques de la production de l'Union Soviétique sont rassemblées des cartes postales de Moscou et de Rostov-sur-le-Don qui se trouve être le nom également de la rue qui donne l'adresse de notre école des Beaux-Arts au Mans ! Il faudra vraiment qu'un jour le Comité de Vigilance Brutaliste aille à Rostov-sur-le-Don !
Mais commençons par Moscou :



D'abord une vue générale qui nous permet de retrouver cet immeuble que j'avais déjà analyser ici. Le ciel chargé de Moscou vient donner à l'image un caractère très brutal et une lumière étrange. La carte postale nous indique à gauche le Ministère du Conseil de la Fédération Russe et donc à droite le Conseil Économique. On notera que la carte est datée de 1989.
Cette autre carte postale nous présente une sculpture de Lénine et nous donne le nom des sculpteurs L. Kerbel et V. Fedorov. Elle nous donne aussi le nom des architectes du monument G. Makarevitch et A. Samsonov mais oublie de nous préciser quel est ce bâtiment blanc à l'arrière plan !



On pourrait sur cette vue de Herzen Street passer rapidement s'il n'y avait pas là une petite beauté cachée et bien rangée...



Quel est donc la fonction de ce petit immeuble qui me séduit beaucoup ?
Nous allons maintenant à Rostov-sur-le-Don qui semble bien être une sorte de ville riche pour le Comité ! Donc toujours rassemblées dans un porte-folio, datant toutes de 1985, voici des cartes postales bien alléchantes !


Ce très beau bâtiment aux articulations surprenantes n'est rien moins que le théâtre Corky ! On devine effectivement le volume clos et aveugle de la scène mais ici entouré, enlacé par deux bras qui pourraient bien être des entrées. Cela forme en tout cas un théâtre étonnant et superbe qui nous fait penser à certaines utopies constructivistes. Malheureusement la carte postale ne nous donne pas le nom de l'architecte ni l'année de la construction.
Promenons-nous dans les rues de Rostov-sur-le-Don sous un ciel radieux et voici, tour à tour (?), l'avenue Voroshilov et un square.



Puis passons sur le bord de la rivière faire du pédalo...


Et voici que notre promenade sur la rivière le Don, nous permet de voir une superbe construction digne de devenir les bureaux du Comité de Vigilance Brutaliste !




Malheureusement il s'agit pour l'instant du Terminal de la rivière (?) sans doute une administration portuaire... Là également, nous n'aurons pas d'autres informations, c'est dommage.
Mais il nous faut dormir et je crois bien qu'à Rostov il faut aller là :


Ce magnifique Intourist Hotel sera nous accueillir Camarade Thomas. Nous arriverons dans une Lada noire rutilante et comme représentants des forces vives du Mans (ville jumelée avec Rostov) nous serons accueillis par une gamine en costume traditionnel avec un bouquet de fleur. Nous irons chacun rejoindre notre chambre, laissant sur le lit, le petit guide de la ville offert à la réception. Tu dormiras. Pour ma part j'essayerai pendant une demi-heure, au bar, d'avoir le courage de demander en anglais épouvantable un thé avant de m'apercevoir que la jeune serveuse parle un français parfait. On évoquera Paris et Le Mans où elle est venue en échange l'an passé...
Mais Voici que la donation de Thomas, nous emmène devant une merveille en Pologne cette fois :


Ah mais je vous entends frémir derrière vos écran devant cette incroyable carte postale nous montrant le Spodek de Katowice ! On notera que l'éditeur nous donne bien le nom de l'architecte et du sculpteur du monument au premier plan qui est lui aussi assez extraordinaire, G. Zemtai et W. Zablocki, mais ne nous donne pas celui des architectes de cette stupéfiante salle des sports qui évoque chez nous celle de St Nazaire. On trouve une page complète avec la réponse ici.
Mais quelle image !
Je finirai cette promenade en pays brutaliste. Me reste encore de nombreuses cartes postales offertes par Thomas mais que je réserve pour d'autres moments.
En espérant tous vous retrouver pour le 2 000 000ème lecteur !
Merci Thomas pour ces belles cartes que tu as su choisir judicieusement.
Merci encore à tous pour votre fidélité !
Vive l'architecture brutaliste, que vivent leurs images, que les cartes postales, fonds inépuisable de plaisir photographique continuent ainsi de nous les faire découvrir, aimer et aussi défendre.
le C.V.B.