mardi 21 février 2012

la plus belle exposition de Beaubourg

Voici un cas intéressant.
D'abord parce que depuis une architecture un peu oubliée nous en regardons une autre beaucoup regardée :



Puis ensuite, il faut reconnaître que les images promotionnelles pour les ventes d'immobilier sont rarement aussi bien faites et aussi curieuses...
Avouez que la vue est belle !



En fait, je n'avais jamais vraiment réalisé que certains privilégiés vivaient avec ce type de paysage derrière leurs fenêtres !
De quoi est-il question au juste ?
Il s'agit d'une carte postale vantant l'investissement dans les logements du "Quartier de l'Horloge" à Paris donc. Au dos de la carte postale figure cette légende :
" Paris construit une place par siècle : après la place des Vosges, la place Vendôme, la place de l'Etoile, et la place de l'Opéra... au XXe siècle la Piazza Beaubourg "
L'adresse du bureau de vente est indiquée : "Quartier de l'Horloge, 56 rue Rambuteau" suit le téléphone...
Ce qui est amusant c'est aussi l'appellation Piazza, certainement un héritage de l'italien de nos deux architectes Rogers et Piano !
On rira également du jeu de mot sur "exposition" bien senti par les communicants.
Le Quartier de l'Horloge lui, ne démérite pas, et souvent j'aime à le regarder. Aujourd'hui, il présente encore certains beaux éléments même s'il semble enclavé et oublié... Je me souviens être allé voir la belle horloge automate à mon arrivée à Paris, elle marchait bien alors, et aujourd'hui ?
Le Quartier de l'Horloge est l'œuvre de Jean-Claude Bernard.
J'aime bien le résumé qu'en fait Eric Lapierre dans son guide de Paris : " Les bâtiments, alignés sur la rue et respectueux du gabarit parisien, ont une expression pittoresque mâtinée de lointaines références à l'architecture de Carlo Scarpa."
Tout est dit, tout tient dans le "mâtinée" et "lointaines".
Mais ce que nous aimons aussi dans cette illustration de E. Glushak c'est le fauteuil des Eames ! Cela ajoute à notre ambition Artie !



L'illustrateur a bien choisi son mobilier pour faire moderne mâtiné de classicisme et aux aspirations lointaines américaines...
Je retrouve dans ma collection de Flip Books (oui je sais... aussi ça...) ce très bel exemple où l'on assiste au montage de la Lounge Chair, bon film :

video

lundi 20 février 2012

Dessau Grautag

Depuis Dessau, deux cartes postales.
L'une pourrait être très banale, commune, ennuyeuse.
L'autre est sans doute l'une des plus étonnantes (mais finalement attendue) de cette collection.
La première :



Expédiée en 1973, cette multi-vues nous propose plusieurs aspects de la ville. Je me plais à penser que Nicolas Moulin les nommerait "Grautag" !
Une chaussée sur un pont, du logement social, une place un rien vide, un centre commercial devraient réjouir notre ami artiste.
En 73, nous sommes encore en R.D.A... Je vous fais profiter de l'ensemble sous agrandissement cela accentuera encore l'effet "Grautag" !





Mais... mais nous sommes à Dessau... vous me voyez venir ? Allez... Dessau...
Oui !



Voici la seule carte postale de ma collection montrant le Bauhaus !
Certes c'est un peu loin, certes c'est peu lisible la modernité depuis cette image ! Pourtant il s'agit bien de l'école d'art la plus célèbre de la modernité architecturale.
La photographie est signée de Melzer pour Planet Verlag (éditeur) à Berlin. La carte postale est nommée Bauhausplatz, simplement. D'ici rien de révolutionnaire, un bâtiment administratif dans un espace urbain vraiment d'une grande banalité. Difficile de lire la modernité à tel point que je n'ai reconnu le lieu que par son intitulé !
On pourrait donc depuis cette image dire que l'architecture du Bauhaus est digérée, acceptée comme un lieu commun.
On pourrait aussi dire que sa révolution est passée et que notre œil a depuis l'habitude de cette rigueur.
On pourra une fois de plus dire que l'image (et la photographie) fonde aussi la révolution des espaces au moins autant que les espaces eux-mêmes. Représenter c'est toujours interpréter et parfois l'interprétation est prise dans des grilles d'images bien trop familières dont même les constructions les plus pointues ont du mal à sortir.
C'est aussi l'originalité du point de vue des cartes postales : elles extirpent souvent les architectures de leur déclaration de monumentalité pour les ramener à une réalité certes triviale mais aussi sans doute plus apaisée.
On remarquera aussi qu'une ville comportant ainsi l'une des plus extraordinaires constructions du siècle passé n'a pas su essaimer cet héritage et que, au moins dans sa manière de se représenter, le Bauhaus est là comme le reste dans un gris, dans un noir, dans un blanc bien normalisés.
Nous reste à remercier Nicolas Moulin pour ce qualificatif qui lui appartient et qui colle si bien aux choses vues aujourd'hui : Grautag.
N'oublions pas non plus de rappeler que le Bauhaus est l'œuvre de Gropius.



dimanche 19 février 2012

J'en fais des caisses !


Oui, j'en fais des caisses pour vous dégotter quelques belles cartes postales d'architecture ! Et ce matin, j'ai dû, assis sur un banc, en regarder au bas mot 4000...
J'en ai retenu "que" 80 !
Certaines ne nous concernent pas et sont des cartes postales pour d'autres thèmes que celui pour lequel vous venez ici : guerre de 14/18, métiers, images curieuses. Mais pour le reste si !
Et ce matin, je vous propose une petite sélection de ce mélange étrange d'images.
Vous êtes prêts ?
D'abord pour coller avec l'article sur Walker Evans :


Fifth Avenue, New Keningston par Robbins and Son éditeur.

Le Havre et son incroyable entrée de tunnel en pavés de verre par Alfa éditeur, carte expédiée en 1960 :




Une chose rare, l'entrée de l'hôtel de "la Caravelle" par André Bruyère architecte, une édition Cabe :


Notre Grande Motte favorite avec cette belle vue du dessus par Yvon éditeur. Monsieur Perceval, le photographe est nommé mais pas Monsieur Balladur l'architecte !



On retrouve messieurs Douillet et Maneval vus à Mourenx avec cette carte postale du V.V.F "le Solaret". Ils sont accompagnés de messieurs O. Caplan, De Villiers, Gueudelin et Cottard ! La carte fut expédiée en 1973 :



Encore un V.V.F que l'on connaît bien ici avec l'intérieur de "La chambre d'Amour" d'Anglet grâce à une édition de L'Europe. On notera le choc du design avec chaises en plastique orange et table de bois... Apercevez-vous par la fenêtre les jeux de Sculpture-Jeux ?





Pour finir, une très belle tour à Hansaviertel à Berlin par Herbert Maschke éditeur :


vendredi 17 février 2012

le Marcheur Evans



Si je devais établir une sorte de hiérarchie historique des photographes et artistes ayant le mieux saisi l'importance des cartes postales dans la formation du regard, je crois que Walker Evans serait une sorte de pionnier, de maître.
Dans ce superbe (et maintenant rare) livre, Walker Evans and the Picture Postcard, on découvre comment l'un des plus éminents photographes américains a dès son plus jeune âge accordé à la carte postale une importance méritée.
On voit aussi comment tout le long de sa vie et en parallèle avec l'établissement de son travail, il a défendu cet art parfois sous les sarcasmes amusés de ses confrères. Mais ce qui est encore plus étonnant c'est bien que ce qui constitue sa recherche correspond exactement à notre propre positionnement contemporain face à ce type d'images, tentant déjà à la fois de se réjouir d'une sorte de trivialité et d'une richesse inouïe.
La trivialité serait sur le versant de l'édition, de l'image de peu, de son accessibilité, comme si cette possibilité du partage des images causerait leur perte à l'univers de l'art. Mais cela tient également au contenu, aux lieux mêmes : une Amérique commune, celle traversée par des rues.
Mais la force de ces cartes postales est bien que, dans l'inventaire général de ce pays, elles produisent un effet de saisissement, un don d'ubiquité qui place l'ensemble d'un territoire dans une fragmentation de rectangles imprimés. L'Amérique y est comme inventoriée, fichée, décortiquée du moindre croisement de route, de gare minable du Middle East aux gratte-ciels new-yorkais. Puis dans cette masse, toujours et encore cette faculté et cette nécessité humaine de classer, ranger, répertorier à laquelle Walker Evans n'échappe pas...



Mais il y a aussi les images qui parlent de leur contenu. Il y a ces villes traversées en leur milieu par des rues boueuses, fabriquées de rien, de planches, dans lesquelles des silhouettes un peu loin donnent une échelle et rappellent la vérité. Et puis le commun de notre monde qui dès qu'il est photographié semble soudain magique, étrange jusqu'au rire ou à la tragédie de sa vulgarité.
Alors Walker Evans achète, lors de ses campagnes photographiques, des cartes postales et parfois les rapprochements entre ses propres photographies et ses cartes postales laissent dubitatif...





Il aime également qu'on lui en envoie, ne refuse rien et range méticuleusement les images. Il fait des conférences, publie ses cartes postales et écrit sur ses images. Il les défend...
Mais je crois aussi qu'il établit une sorte de prototype de collectionneur-photographe dont Tom Phillips serait l'héritier bien plus que Martin Parr : un amateur.
Ce que je veux dire c'est qu'il n'y a pas chez Evans de dédain vis-à-vis de son objet de collection. Il ne nous place pas en porte-à-faux mi-moqueur mi-envieux. Il aime.
Là où Parr joue à l'esthète capable de déceler dans cette catégorie des références à des écoles photographiques et semble rire sous cape de ce rapprochement sans tenter avec nous l'ombre d'une analyse ni même d'un éclaircissement de ses valeurs, Evans et Tom Phillips tout en étant amusés et intrigués tirent de l'objet, des images, une joie et surtout une position artistique qui donnent aux cartes postales une dimension documentaire, historique. D'une certaine manière, ils les sauvent.
Car tous deux y trouvent une sorte de justification, de reconnaissance à leur propre regard, une sorte d'ancêtre de l'image, utilisons un grand mot : un corpus. Et au lieu d'être effrayés que ce dernier soit populaire, commun, immense, et accessible à tous, ils en profitent, le travaillent au plus profond, l'analysent.
Il s'agit bien là du travail de l'artiste. Désolé pour vous Mister Martin Parr...
Alors j'ai trop peu de cartes postales en commun avec Walker Evans parce que ni mon territoire ni ma période ne le permettent. Et pourtant je pourrais dire que je ne fais finalement que le suivre tant les catégorisations sont identiques, tant le "ça" des images est commun. Et je me réjouis d'avoir trouvé une sorte de piédestal à ce travail et je m'autorise à penser que je suis derrière Walker Evans et derrière Tom Phillips. J'essaie comme eux d'être un marcheur d'images.
Maintenant faisons un petit tour dans ce beau livre :



Une photo d'Evans qui dit simplement l'attachement d'Evans aux cartes postales :
Postcard Display, 1941






Des photographies d'Evans tirées en cartes postales par le photographe :



Le livre présente aussi en fac-similé, les articles d'Evans dans la revue Fortune :



Regardons la collection :







Ce que Martin Parr appellerait boring postcard ...





et qui sont pour nous, si gripping !



Pour finir, la seule tentative de rapprochement presque réussie avec ma propre collection :




Walker Evans and the Picture Postcard
Steidl/The Metropolitain Museum of Art
Rosenheim
2009
isbn 978-3-86521-829-2

mercredi 15 février 2012

la cité en refuge

Je crois que c'est infini.
Je crois que je finirai toujours par trouver une carte postale de l'objet architectural désiré.
Voici un nouvel exemple avec cette construction phare de Paris : La Cité Refuge par Le Corbusier.



J'ai dans ma collection depuis longtemps maintenant ces deux très belles cartes postales de la Cité Refuge éditées à l'occasion d'une exposition du groupe Art Seine TRI. D.
Même si elles sont récentes, je crois bien qu'elles sont rares car de diffusion assez confidentielle. Les deux clichés sont de Marie-Hélène Le Ny et l'ensemble est daté de 1995.
On sent là des cartes évidemment référencées qui "savent" ce qu'elles représentent et même le disent avec beaucoup d'informations. Nous avons l'occasion, le lieu, la date, le nom de l'architecte.
L'une place la Cité Refuge dans son paysage urbain, l'autre nous propose un détail de son entrée. Je ne sais pas du tout combien de modèles de cartes ont été produits ni le nombre d'exemplaires, ni même comment elles étaient distribuées. Elles offrent en tout cas une belle occasion de voir cette construction dont, jusqu'à il y a peu, je ne pensais pas trouver d'autres types. Et puis...



Cette magnifique carte postale Yvon est arrivée dans mes mains. La carte ne mentionne ni la date ni le nom de l'architecte. Elle appartient aux éditions Altis pour Yvon et ne donne que la nomination du lieu "la Cité refuge" dans la série "l'Armée du Salut en France" et l'adresse, 12 rue Cantagrel à Paris.
Mais quelle image !
L'héliogravure ici fait merveille même si on perd la polychromie de l'ensemble. On gagne en volumétrie et les ombres et les blancs les uns contre les autres fabriquent parfaitement une image étonnante de la Cité.
On devine bien la mise en scène de l'entrée, son spectacle accueillant et la belle grille ici presque trop éclairée de la façade du bâtiment.
La même question se pose : existe-t-il d'autres cartes postales de cette Cité Refuge ? Il faudrait en trouver une de l'intérieur !
Vous voyez comme je suis. A peine satisfait et surpris de ma trouvaille, je m'invente déjà un désir d'une autre...
C'est ce que je crois on appelle un collectionneur... Mince alors....
Une telle image pourtant mérite bien quelques détails avec le grain de l'héliogravure :