Affichage des articles dont le libellé est Jean Marol. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean Marol. Afficher tous les articles

lundi 29 octobre 2012

Vichy au bord de l'eau et de la nuit

Depuis un moment des cartes postales de Vichy finissent par faire un petit paquet intéressant. Je vous propose donc une petite visite de cette ville au travers de quelques cartons 10x15cm. On verra que l'architecture y est belle et moderne.
Commençons fort :



Ce très beau bâtiment est en fait l'internat d'un "groupe technique" du lycée d'état de Vichy-Cusset. La carte postale Léo Lafont nous montre bien sa belle façade et les très jolis piliers qui dégagent les ouvertures. C'est sérieux mais bien dessiné et le correspondant indique au verso : " J'ai été plus sensible au charme de ce bâtiment qu'à celui de la ville, presque morte en cette période d'avant-saison. Voilà un internat dont nous nous contenterions n'est-pas ? " Tout est dit...
Mais la construction moderne de Vichy qu'on trouve le plus en carte postale est la Rotonde sur le Lac par l'architecte Marol. Et c'est bien normal tant cette construction a marqué les esprits par sa forme, son articulation particulière au lac et sa grande ouverture (quasi-totale) au paysage. C'est une sorte de machine à voir le paysage d'une grande élégance.
Regardons :



La carte postale Iris nomme bien l'architecte Marol et nous montre la Rotonde attachée par sa passerelle au quai. La sensation d'être à ras de l'eau pour les visiteurs est bien visible ici. On doit se croire sur un bateau !



L'autre carte Iris est plus "maritime" et accentue la valeur de loisirs nautiques de la construction en prenant le point de vue depuis le Lac et en laissant glisser le petit voilier. Mais d'ici la Rotonde semble un rien écrasée sur les quais, moins libre.
La dernière carte postale, toujours chez Iris, nous montre la Rotonde toute illuminée, de nuit, en faisant de son reflet un spectacle doré à la feuille !



Mais les lumières de la nuit donnent aussi beaucoup de qualité au quartier des Ailes à Vichy. Le logement social et ce quartier moderne, sans souci, trouvent dans les cartes postales un moyen d'expression de leur rôle urbain. La grande qualité photographique de ce cliché fait vibrer des bleus intenses contre des points lumineux. On accorde alors à ce type de quartier tout l'égard qu'il mérite et on en dégage une grande plasticité. Je n'ai pu trouver nulle part le nom du ou des architectes du quartier des Ailes.



On notera que le Yacht Club, la Rotonde donc, eut les honneurs d'un petit article dans le numéro de Février 1964 d'Architecture d'Aujourd'hui. Cela nous permet de relever une erreur d'attribution de l'architecte par l'éditeur des cartes postales qui indique L. Marol alors qu'il s'agit bien de Jean Marol que nous connaissons bien sur ce blog.

mercredi 2 juin 2010

la neige sur les églises

L'église c'est l'assemblée des fidèles et pas la construction qui l'abrite.
Voilà qui est dit.
Reste que parfois dans l'histoire de l'architecture, la construction qui abrite l'assemblée a su trouver une expression, une forme qui transcende la question et autorise le passant, l'impie, l'athée à tenter pendant quelques instants furtifs de faire partie de l'assemblée.
L'architecte Jean Marol à l'Alpe-d'Huez a réussi cela.


Une forme un peu molle s'enroule autour d'un mât, presque une tour et laisse tomber des pentes de toit comme une toile de tente un peu tendue.
Le dynamisme ainsi créé l'air de rien signe le paysage.
J'aime cette architecture parfois juste à la limite parce que trop symbolique, trop référencée s'excusant par des citations d'être moderne.
J'aime cette fragilité qui pourrait passer pour des maladresses dans des formes hésitant entre fonction, gratuité formaliste et désir de faire image.
Par exemple ici la bulle au sommet de la tour.
Je ne l'aime pas mais à la fois également elle me touche. Elle veut dire la lumière intérieure généreuse et guidée, elle veut dire "canon de lumière". Mais elle finit l'élan, l'achève en un objet un rien artificiel, trop technique peut-être comme un hublot.
Cela m'émeut cette impossibilité finalement à une grande radicalité qui est parfois aussi à tort émise comme une qualité.
Sur cette carte postale Cellard expédiée en 1976, l'église vient juste d'être achevée et les abords sont encore en chantier.
Rapprochons-nous :


Toujours chez Cellard éditeur et du même point de vue simplement rapproché, Notre-Dame des Neiges porte ici bien son nom. On imagine facilement comment la poudre blanche glisse sur les pentes et parfois s'y accroche formant un tipi de neige.
Au pied :


D'ici l'aspect d'enroulement est moins visible et c'est le clocher traité en campanile qui prend le dessus. L'entrée semble même un peu faible, moins ambitieuse formellement comme pour nous dire de ne pas avoir peur de l'étrangeté de la construction un contrepoint à son originalité, une invitation tendre à entrer.
Encore un tas de terre à gauche, l'église est-elle ouverte ?
Entrons...


Je vous l'avais dit.
Incroyable.
Ici le dessin de la charpente appuyée sur le fût de béton brut fait tout le travail en offrant à la lumière de donner son maximum.
Elle arrive du haut, de la bulle et descend largement. La manière dont le cylindre est taillé à sa base est superbe. Quel travail !
Regardez comme la violence de la lumière extérieure produit la blancheur totale des ouvertures, les vide de paysage.
Descendons :



Nous sommes dans la crypte.
Ici la place est faite au béton qui à son tour dessine, sculpte une croix dans le ciel de la crypte. Regardez bien le petit carré au centre, c'est l'ouverture que l'on voit au centre du cercle sur la carte postale précédente. La crypte est donc bien sous le cylindre de l'autel.
Le béton brut ici est parfait, un rien gras parfois entre les planches de son coffrage. Ses défauts sont ceux aimés des pierres de taille et procurent couleurs, ombres et matières dans une grande rusticité nécessaire au lieu. Superbe.
Le petit autel (? ) est magnifique et son point d'interrogation fort intriguant.
Merci Monsieur Marol.
Beaucoup plus rare maintenant et surtout disparue :


Nous sommes au Québec devant ce qui fut l'église St Marcel de Chibouganau considérée longtemps comme une merveille de l'architecture moderne.
Ça c'est l'éditeur qui le dit.
Et le ton est donné car l'église fut bel et bien détruite en 1998.
Je ne sais pas pourquoi. Le feu qui couve sous la glace ?
Pourtant quelle merveille non ?
Elancée et large, puissante sur sa base comme fendue, un peu trop marquée d'un mouvement de tremplin de ski, cette église est tout de même un sacré (!) morceau.
Difficile de comprendre sa structure et de lire le plan mais il semble qu'il pourrait bien y avoir là aussi de belles prouesses.
Alors si un cousin québécois peut nous renseigner. Les architectes de cette beauté disparue furent Saint-Gelais, Tremblay et Tremblay.
Une petite chose :


Nous sommes à Saint Gervais les bains, au Bettex devant la Chapelle Bettex-Taguy.
La carte postale nous montre l'édifice presque caché complètement par la neige qui s'accroche à son toit tout de triangles. On devine une belle petite chose qui malheureusement ici manque un peu de lisibilité.
Mais j'aime le triangle blanc jouant avec les triangles du toit.
Les éditions de l'Europe ne nous donnent pas le nom de l'architecte.
C'est bien dommage mais cette modestie rejoint celle de la construction.