Affichage des articles dont le libellé est Ricardo Bofill. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ricardo Bofill. Afficher tous les articles

dimanche 10 juin 2012

Nicolas Moulin, une donation Volume 2

Reprenons de suite l'exploration de cette donation.
Et reprenons en n'oubliant pas que c'est un artiste qui nous envoie ces cartes postales. On pourrait ainsi, l'air de rien, remarquer et isoler un petit groupe de cartes postales provenant d'une ville qui fut importante pour ce dernier puisque c'est celle de son école des Beaux-Arts : Cergy !
Ce n'est donc certainement pas un hasard que Nicolas Moulin ait pu posséder des images de cette ville. Les a-t-il achetées sur place pendant sa formation ? Forment-elles une sorte de corpus nostalgique ? Sont-elles simplement des cartes postales comme les autres ?
On ne peut en tout cas mettre de côté le fait que l'image d'une telle ville et ce type de représentation soient un signe de son travail presque un contre-pied à celui-ci !
Et vlan !



Cette carte postale Lyna nous montre donc Cergy dans une vue générale bien axée. Au premier plan les constructions de Bofill qui n'arrive pas depuis ce point de vue à camoufler les tuyauteries extérieures. Les corniches moulées ici ne servent à rien ! On voit une ville encore en construction et une grue s'amuse elle, à se désaxer derrière la pendule ! Sans doute que d'ici, le photographe des éditions Lyna, Paul Viard, voulait nous dire la densité de l'urbain et l'horizon campagnard...
Descendons un peu...



...Même éditeur et toujours Monsieur Viard comme photographe pour cette carte postale qui nous montre la Place du Marché et la Mairie de Cergy. Le Photographe, bien campé sur ses deux pieds, se place exactement dans l'axe évoqué plus haut. Quelque chose d'italien, quelque chose de Sienne dans une géométrie dure pourtant adoucie par une coloration pierreuse blonde et chaude. Il faudrait enlever les parasols et les chaises en plastique, les géraniums toujours inutiles pour trouver un point de vue digne d'une cité idéale vide, parfaite, presque terrifiante.
Malheureusement la pendule dans son design digne d'une swatch trouvée dans un leader price brise un rien cette capacité onirique. Nicolas Moulin, assis en terrasse, a dû un jour de mai un peu chaud, lire ici l'autobiographie de Claude Parent et s'éveiller encore un peu plus à l'espace qui l'entourait. La prise de conscience dans un lieu tel que celui-ci est redoutable, troublante et motrice.
Il a alors marché, le nez au vent, regardant le ciel au travers...



...des jeunes arbres chétifs. Il a compris, son corps passant dans la Place de la Fontaine que les espaces qu'il aimait il devrait bien plus souvent les inventer que les parcourir. Et la brique encore, le béton moulé encore, et les messieurs sérieux qui vivent là lui donnèrent à jamais l'envie d'être celui qui fabrique, qui manipule, qui génère ses lieux. Il a levé la tête. Novomond. Il a levé la tête et l'horizon presque seul a basculé.
Les formes grandes des architectures, les formes sont devenues étranges, inconnues et de nouveau...



...elles s'offraient comme des sculptures, hors d'un programme utile : déprogrammées. La préfecture de Cergy devenait aztèque, perse, babylonnienne comme tombée là. Il voulait arracher les fleurs, piétiner l'inutile décorum, faire venir la terre rouge. Il voulait être seul devant son soudain éclaircissement. Tout était à la fois clair et confus. Il voulait le réel comme point d'appui...



...il voulait sa vulgate. Les couleurs des céramiques chutant des façades de la bibliothèque de Cergy formées au sol comme des cailloux venus d'ailleurs. Les échafaudages de sa restauration comme une antenne mystérieuse et le vide de l'espace ponctué d'hommes en bleu était le signe d'une fiction bien orchestrée mais maintenant dévoilée. Il avait soudain la sensation d'une extralucidité sur ce monde. Il percevait.



Derrière le buisson misérable, il regardait l'architecture de l'ESSEC. Il cherchait alors dans l'anagramme les définitions possibles, les signes d'un code secret. Il croyait que tout soudain était langage à décrypter. Il avait raison. Il suffisait de ce pas de côté, de ce regard à l'oblique pour briser l'évidence. Pourtant aucune image ne rendait compte encore de ce bouleversement. Aucune. Il devra les faire, il devra montrer à tous ce qu'il avait vu là.
Et...



...le bleu trop fort d'un ciel trop chaud, le blanc trop dur d'une arcade inventée le réveilla. La silhouette vert pomme d'une jeune fille au loin, lui rappelèrent sa vie, sa joie.
On rira de cette architecture, on l'aimera aussi parce qu'elle dit aussi son onirisme et qu'il faut lui reconnaître d'avoir inventé un lieu. Le jeune artiste alors, le corps collé contre la colonne de marbre blanc de Dani Karavan visera ce ciel. Il verra alors la surface du monolithe blanc comme un gigantesque terrain de jeu, une piste infinie sur un sol inconnu. Superstudio.
Plus aucune expérience architecturale ne sera ignorée. Plus aucune. C'était la promesse qu'il se faisait à lui-même en glissant dans l'ombre grasse du monolithe.
C'était à jamais son Axe Majeur.

lundi 26 mars 2012

Reus, Gaudi, Bofill.

Voici une carte postale espagnole qui va nous permettre à nouveau de parler de Ricardo Bofill.
Nous sommes à Reus devant le Barrio Gaudí dessiné par le Taller de Arquitectura.



La carte postale coupée en deux dans sa longueur permet d'inscrire l'ensemble de Bofill dans son échelle.
On devine d'ici des façades creusées aux traitements forts et colorés jouant avec la brique de manière habile.
On sent immédiatement un dessin, une recherche, quelque chose qui tranche des réalisations habituelles. Une fragmentation, des articulations.




On comprendra mieux grâce aux très belles photographies tirées d'Architecture d'Aujourd'hui de 1970 (N°149) les qualités d'espaces, les jeux formels.
Je regrette de ne pas avoir connu cette construction plus tôt car je suis passé bien près lors d'un voyage en Espagne !
Il faudra y retourner !
Une nouvelle fois Ricardo Bofill dans cette période de son travail avait su faire une œuvre belle, réfléchie, déterminée et même sensible.
Nous aimons ici défendre cette période même si celle des colonnes et des corniches nous amuse aussi...
Il était alors question dans les termes de l'architecte d'architecture du désordre, d'une ville dans l'espace... Il faudra y revenir aussi !
La carte postale est sans éditeur mais le photographe est nommé : Raymond de Tarragona.
Comment vit-on aujourd'hui au Barrio Gaudí ?













jeudi 1 décembre 2011

enfance post-moderne

Ici, on aime Ricardo Bofill, finalement.
Oui, tout tient dans le "finalement" qui pourrait être également un malgré tout...
Mais que voulez-vous, quand l'architecture produit des images qui sont certainement la seule chose qui reste à cette architecture et que, ces images sont fortement référencées, habilement déguisées et joyeusement transgressives, on ne peut qu'aimer rire avec l'architecte.
Alors on aime Ricardo Bofill.
Mais nous ne sommes pas seuls et les photographes de cartes postales font leur travail et y trouvent un décor, une richesse plastique pour former des photographies parfaites qui disent les espaces de la ville.
Et puis soudain, ce qui aurait pu être une carte postale comme tant d'autres, par une présence dont on ne saura pas si elle est de hasard, l'image enregistre un moment de vie, une complicité entre un corps et un lieu, d'autant plus émouvant que ce corps d'enfant est d'une échelle qui fonde l'architecture de Bofill comme un monstre de décorum, une scène de théâtre invraisemblable pour un être si jeune.
On dirait que les encorbellements se plient pour le voir passer là, seul, dans son polo bleu ciel que même le bleu retouché à outrance du ciel de Montpellier ne peut combattre.
Mais...
Comment pourrions-nous savoir si le photographe des éditions Yvon a trouvé là un acteur anonyme et heureux du post-modernisme ou a joué avec une connaissance, son fils, son neveu ou même le gamin de passage qui se prête volontiers, acteur au jeu du cadrage du photographe.
Il marche, ce garçon, d'un pas décidé vers le photographe, il évite de justesse les ombres qui affadiraient sa présence, parfois un peu loin, minuscule, parfois plus proche voire même dans une pose de marcheur arrêté dans sa course, un rien artificiel, comme finalement la belle architecture de Monsieur Bofill.
Oui, ici nous aimons Ricardo Bofill.








mardi 30 août 2011

adoration des monstres

Continuons notre promenade dans l'un des décors les plus hallucinés des années 80.
Nous retournons à Noisy-le-Grand au milieu des arènes de Picasso.
Je me pose, je ne sais pas bien pourquoi aujourd'hui, je me pose donc la question de la patrimonialisation de ce lieu.
A quel moment cet espace aimé-détesté dans le même temps par l'histoire de l'architecture et par les habitants passera un cap étrange et bienveillant en devenant un Monument Historique.
Verra-t-on là un changement d'image, une propulsion vers le curieux et l'étrange qui feront venir les touristes ici comme on va à Arc-et-Senans ?
Je crois bien que c'est fait et même je crois que la particularité et la force de ce lieu c'est d'avoir été ainsi accepté comme tel dès le lendemain de sa livraison !
La sidération est souvent (et je sais de quoi je parle) l'objet d'un intérêt voire d'un culte pour des constructions, une adoration des monstres.
Mais Noisy est beau. Sorte de mélange, d'hybridation pour parler arty entre un Ricardo Porro, un Gaudí et un Ledoux, entre le théâtre et les insectes.
Comme pour Bofill au moins, ici, on habite quelque part même si habiter un signe, une légende, un rêve fou ne fait pas forcément un habitat idéal.
Alors j'aime ces images comme j'aime les frontispices de Piranèse y trouvant à la fois l'exactitude d'un architecte qui décrit les ruines qui l'entourent et une imagination pour les recomposer.
Alors n'attendons pas que Noisy-le-Grand soit en ruine pour l'aimer.
Rappelons que l'architecte de ces merveilles est Monsieur Manuel Nunez-Yanowsky.
Cette première carte postale appartient à la collection images de France par La Cigogne éditeur. La Photographie est du Studio Mandarine. L'architecte n'est pas nommé. La carte fut expédiée en 1992 :

Cette deuxième carte postale est des excellentes éditions Raymon. La photographie est de J. N. Duchâteau que nous connaissons déjà. Pas de date, pas de nom d'architecte :

Cette troisième carte postale est également une édition Raymon du même Monsieur Duchâteau.
Prise le même jour ?
La carte fut expédié en 2002 !

Alors même si j'ai été critique avec Monsieur Nunez-Yanowsky, je dois dire que pour les arènes de Picasso je n'éprouve que de la jubilation.

lundi 21 mars 2011

le théâtre de l'architecture


Et si finalement, comme ça, l'air de rien, si je vous disais tout de suite que oui j'aime cette carte postale ?
Oui j'aime cette architecture démente (au sens qu'elle va à l'encontre de la raison), ce foisonnement de signes et de citations, cet espace de la représentation, ce culte du grandiloquent.


J'aime les socles de piliers qui cachent des bouches d'aérations, ces colonnes qui cachent des escaliers de secours, ces moulures de béton inutiles mais qui font le décor. C'est un crime !
Un crime magnifique, le crime parfait puisque le coupable est connu et pas inquiété. Il agit aux yeux de tous et reconnaissons-lui au moins ce courage !
Quant à la victime, l'histoire de la modernité, elle s'en remet bien aujourd'hui camouflée dans l'idée du développement durable, des lofts sur les Hauts de Rouen, les notions de territoire.
Ici c'est un théâtre, c'est celui de Ricardo Bofill.
Il en vaut bien d'autres, de plus déguisés.
Au plaisir...

Marne-la-Vallée
Noisy-le-Grand
l'intérieur du théâtre
photo J.N Duchateau
éditions Raymon

dimanche 13 mars 2011

la France qui se lève tôt.

Réunies parce qu'elles furent achetées ensemble ce matin de bonne heure sur un vide-grenier à Pitres et sans aucune autre raison valable voici quelques cartes postales.
Commençons par le Paris que j'aime :


Cette édition E.C nous montre la Seine et la dalle de Beaugrenelle, l'un de mes "spots" préférés de la capitale.
On y trouve bien la Tour Perspective mais pas encore la Tour Totem. On admirera la cheminée qui est presque aussi haute sur cette image que la Tour Eiffel !
En bon provincial admiratif, j'aime toujours autant passer en voiture sur les quais en bas à gauche de l'image lorsque j'arrive à Paris. La carte postale est datée de 1978.
Toujours Paris :


Un peu étrange cette carte postale du Forum des halles est aujourd'hui une page d'histoire, la destruction du jardin ayant commencé...
Ici l'éditeur a fait un bien curieux travail d'impression qui se veut sans doute un peu artistique et original. On le doit aux éditions Betula et il s'agit d'une photo peinte de Irène Jonas un peu dans le goût des premières cartes postales en couleur sans doute. C'est un rien... décalé.
Partons pour Vénissieux :


Voici l'hôtel de ville et le centre communal d'action sociale par Monsieur Bornarel architecte.
Bon.
C'est bien une architecture... administrative.
Mais voici :


Ce gros bisou bien marqué d'Antigone n'est certainement pas un chef-d'œuvre de la carte postale !
Pourtant l'éditeur, les éditions du Soleil, font leur travail d'information en nous donnant bien le nom de l'architecte de ce lieu si particulier : Ricardo Bofill.
On apprend aussi que le photographe qui a survolé le quartier est D. Paysan.
Ce qui est amusant c'est que le cachet de la Poste permet de réunir deux lieux d'architecture originaux puisque la carte postale fut expédiée de La Grande Motte avec un cachet qui nous montre le Palais des Congrès !


Pour finir une petite découverte ce matin à Pîtres. Il s'agit d'un bien curieux petit bâtiment qui ne manque pas de caractère. On pourrait y voir une salle de réunion pour la jeunesse, un centre aéré, une petite salle communale. Malheureusement aucune information sur sa destinée passée et future (il semble un peu abandonné).
L'ensemble côté rue manque complètement d'ouvertures mais peut-être que l'autre façade est ouverte. On dirait aussi un club des jeunes, mais les années Zup chez Payot ne nous renseignent pas sur cette possibilité.
Tout tient dans la forme du toit et sa couleur.
Un petit, tout petit bonheur architectural...







mercredi 12 janvier 2011

post-moderne mais alors vraiment, vraiment poste de police

Il m'arrive parfois (souvent en fait) de ne plus savoir quoi penser. Et cela m'arrive avec le post-modernisme.
Si je reconnais à Bofill le mérite de faire habiter les gens "quelque part", ce qui, vous en conviendrez, pour l'architecture est le minimum, il m'arrive même de trouver intéressantes et belles des expériences du type d'Antigone.
Dans l'exposition du comité de vigilance brutaliste d'Evreux, sur une belle gravure de Piranèse aimablement prêtée par le fonds ancien de la ville, j'ai disposé dans les marges de la planche nous montrant le Vatican, des cartes postales de bâtiments de Ricardo Bofill.




C'est une position ironique certes, les cartes postales au bord, prêtes à tomber font évidemment vibrer directement l'une des nombreuses influences de l'architecte tout en mêlant comme lui la préciosité du modèle (ici l'architecture du Bernin et la gravure de Piranèse) et la pauvreté de l'image (ici le caractère fruste de la carte postale) au programme architectural : des logements.
Mais je le redis, j'arrive à aimer ces endroits (Antigone ou Cergy) finalement comme on aime des monstres parce qu'ils sont... monstrueux.
Alors voici deux autres exemples en cartes postales. L'un que j'aime vraiment, l'autre qui franchement me fait rire (et c'est déjà ça).
Pourtant ils sont du même architecte : Manolo Nunez Yanowsky.
Commençons par le beau. Là :


Facile de localiser, nous sommes à Noisy-le-Grand devant les arènes de Picasso grâce à une édition Iris. Je ne m'étendrai pas sur le titre de l'œuvre et je préfère regarder l'image.
D'abord il y a, à n'en pas douter, l'ambition de faire signe, de raconter une histoire et de dire ouvertement ses références. Entre une aberration gothique filtrée d'un décor de Little Nemo, un dessin surréaliste, une prison de Piranèse, un détail gigantesque d'une œuvre de Gaudi.
C'est pour le moins inattendu, parfaitement dessiné et d'une belle étrangeté. On pourrait à loisir y voir aussi un décor de cinéma de science-fiction, voire un décor tout court limité par sa fonction même, l'épaisseur d'un rideau de scène.
Habiter là c'est sans doute dans l'esprit de l'architecte être habité...
Si des résidents veulent bien nous apporter leurs témoignages, ils sont les bienvenus.
Je peux essayer d'imaginer comment on grandit là, écrasé par ce décorum et marqué par ces formes si sensibles.
Mais là :


Nous sommes à St-Quentin-en-Yvelines, à Guyancourt-Vilaroy devant les "caryatides" !
Et c'est impossible de passer à côté !
Une édition Compa Carterie par Alain Téoulé photographe.
Comment ne pas voir là une sorte de résumé façon Las Vegas ou Disney mêlant dans un désir cultivé la jouissance d'un baroque de maison close à l'inutile référent classique.
On admirera la corniche en équilibre sur des boules à la Dali, œufs de béton rompant sans doute dans leurs courbes la droiture trop froide d'une ligne néo-classique.
Cela pourrait, comme tout décor, être finalement beau par son inutilité, comme une figure de proue sur un navire.
Mais la répétition même de cette Vénus portant sur son épaule la construction comme un livreur de chez Nicolas porte son casier six trous est trop drolatique pour que, comme dans l'exemple précédent on puisse croire à une citation de modèle.
Ici, c'est simplement s'autoriser au bibelot, au napperon sur le téléviseur.
Même la matière de la construction nous la fait passer pour du sucre en morceaux ou encore un carton plume de maquettiste.
Mais c'est drôle. Il faudra aussi dans le détail du panneau de voie sans issue déceler un indice sur l'avenir.
Alors quand l'architecte fait de même avec un commissariat de police à Paris dans le XIIème arrondissement, cela est euh... surprenant !
Et la garde à vue doit y être tellement plus joyeuse !