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jeudi 18 août 2016

Le Corbusier radiophonique

Il est bien émouvant, toujours, d'entendre l'architecture.
On se souvient comment François Chaslin savait nous faire visiter une architecture et sa pensée simplement par sa voix et celles de ses invités dans sa regrettée émission Métropolitains.
Difficile de reprendre un tel flambeau.
Pourtant, cet été, Camille Juza, sur France Culture, réalise avec talent avec une suite d'émissions judicieusement appelée le génie des lieux.
Nous tenterons de suivre par les cartes postales ces émissions (parfois avec retard) et d'ainsi soutenir la visite en quelque sorte par l'image, des sons, des voix, des témoignages entendus lors de leur diffusion.
On commencera en désordre par la chapelle de Ronchamp de Le Corbusier, rien moins que ça.
Beaucoup de publications sur ce blog ont déjà été faites sur ce lieu, il est donc difficile de trouver un nouvel angle d'attaque dans tous les sens du termes.
Comme Julien Donada nous fait la joie d'évoquer l'histoire de Charles Bueb, nous allons chercher (et trouver) une carte postale de ce photographe redécouvert par ce blog.
Rappelez-vous cette incroyable carte postale :
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/03/extremement-fort-et-incroyablement-pres.html

On regarde ?



La carte postale est une édition de la Société Immobilière de Notre-Dame du Haut qui crédite parfaitement Charles Bueb comme photographe. La carte est expédiée en 1962 ce qui doit bien correspondre peu ou prou à la date de sa prise de vue. Il faudrait aller vérifier dans ses classeurs somptueux. Charles Bueb nous installe avec lui sur le chemin, fait surgir simplement, j'ai envie de dire naturellement, la Chapelle de Ronchamp et les constructions annexes souvent malheureusement oubliées. On voit ici comment les deux constructions se glissent l'une sur l'autre.



Charles Bueb se décale un rien sur la gauche du chemin mais reste à hauteur d'homme. Il ne croisera qu'un couple de visiteurs descendant ce chemin. Le tirage est d'une grande douceur, peu contrasté, en fait, il est comme le point de vue, un rien tendre, sans effet, sans décision autre que d'être là, au milieu, comme un pèlerin.



Entrons :




Nous ne remercierons pas Charles Bueb pour ce beau cliché édité en carte postale par le même éditeur que précédemment mais qui cette fois, oublie de nommer son photographe. Difficile donc de savoir qui a réalisé ce cliché. On notera tout de même une originalité du cadre puisque le photographe choisit de montrer l'espace depuis la gauche de l'entrée, juste après le passage de la lourde porte. La sensation soudaine d'une lumière bien descendue par rapport à l'extérieur est bien le sentiment que j'ai ressenti en entrant dans ce lieu : une grotte.
Cette cavité dont le lourd plafond comme une pierre d'un dolmen pourrait nous tomber sur la tête est tout de fois percée d'une ligne fine mais éclatante venant étrangement suspendre l'ensemble. Un coup de cutter entre le mur et le plafond qui, à lui, seul, nous intrigue sur la réalité de la masse de la construction. La petite sculpture dans sa niche est littéralement brûlée par le temps de pose long.
Et n'oubliez pas ! L'architecture avant d'être des images, c'est un espace qui se parcoure.
Pour entendre l'émission et d'autres clichés de Julien Donada, voici le lien :
http://www.franceculture.fr/emissions/le-genie-des-lieux/la-chapelle-de-ronchamp-par-le-corbusier
Pour comprendre l'histoire de la découverte du Fonds Bueb, allez ici et achetez le livre !
http://archipostcard.blogspot.fr/2015/04/charles-bueb-edite-ronchamp-revele-le.html

Et n'oubliez pas d'aller sur le Volume 2 de ce blog :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/






jeudi 16 avril 2015

Charles Bueb édité, Ronchamp révélé, Le Corbusier regardé



L'aventure de la découverte du travail de Charles Bueb prend enfin la forme définitive du livre édité par les éditions Facteur Humain.
Depuis hier, le livre est disponible et une exposition des photographies de Charles Bueb est visible à la Librairie Volume.
Il est rare dans une vie d'amateur d'images de pouvoir ainsi depuis une carte postale voir se concrétiser une histoire et aussi surtout l'invention du travail d'un photographe. Je ne remercierai jamais assez internet de m'avoir mis en relation avec les filles de Charles Bueb puis d'avoir pu les rencontrer en février 2013. L'histoire, vous la connaissez, c'est celle de ma découverte d'un fonds photographique inédit à partir de la publication sur ce blog en 2012 d'une carte postale que je ne résiste pas à vous donner une fois encore...


La carte postale devient donc bien un objet de transition, de passage ayant permis à de grands photographes reconnus comme Doisneau ou Lucien Hervé, ou d'autres plus modestes comme Charles Bueb de diffuser leurs images de l'architecture.
J'essaie dans le texte publié dans ce livre de mettre en relation cette question avec celle du placage insolent de deux mythologies entre elles : la DS Citroën et la Chapelle de Le Corbusier. Je ne me paraphraserai donc pas ici, vous laissant tout le loisir de lire le texte et donc...d'acheter le livre.
Il faut remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce livre en souscrivant à sa publication avant même son édition. Merci.

Il faut aussi remercier Claude Parent auquel nous avons demandé une préface et qui nous à faire l'honneur de nous l'écrire. Préface dans laquelle il chante Ronchamp et sa découverte. C'est un superbe texte. Jean-François Mathey y fait également un très beau texte sur la genèse de la Chapelle.

Je remercie aussi vivement Claude Lothier qui a surveillé mon écriture, repris mon texte et celui de Monsieur Parent et corrigé nos fautes. Il est le meilleur lecteur de ce livre et de ce blog.

Un grand merci également à la famille Bueb qui nous a reçu si promptement et si gentiment lors de notre visite initiale avec Nicolas Hérisson ( Merci Emmanuelle !) et qui a su toujours avoir confiance dans le projet et dans le regard que nous avons porté sur les photographies de Monsieur Bueb.

Mais ce livre est aussi un projet éditorial développé avec énergie, passion et patience par Julien Donada, vidéaste et cinéaste (que les lecteurs de ce blog connaissent bien) et Grégoire Romefort qui a réalisé pour ce livre l'important travail graphique. Le livre est très beau, ne souffre d'aucun défaut éditorial dans sa mise en page, le choix des papiers, sa composition et l'impression. C'est de la belle ouvrage. Bravo et merci à tous les deux et donc aux éditions Facteur Humain pour ce travail éditorial sérieux.

Il est indéniable que ce nouveau regard photographique sur l'œuvre de Le Corbusier est un événement éditorial sur l'histoire de cette construction mais aussi sur son mode de représentation dont il faudra évaluer encore la portée face aux oeuvres de Lucien Hervé par exemple.

On peut donc aimer les cartes postales, sans peur. Elles cachent certainement encore des trésors.

On peut se rendre à la Librairie Volume jusqu'au 16 mai pour voir une exposition de quelques beaux clichés Vintage qui plairont aux Aficionados de Le Corbusier et qui sont en vente. On peut également acheter de très beaux tirages récents et restaurés par les éditeurs.

Ronchamp, Charles Bueb, Le Corbusier
Claude Parent, Jean-François Mathey, David Liaudet.
éditions Facteur Humain
Julien Donada, Grégoire Romefort
ISBN-978-2-9600513-7-7
29 euros. Merci d'acheter votre livre chez un libraire indépendant.
Librairie Volumes
47, rue Notre-Dame de Nazareth
Paris

Précédents articles concernant Charles Bueb :

Votre serviteur et Nicolas Hérisson lors de la première prise de contact (sans jeu de mot !) avec les planches et négatifs de Charles Bueb et sa famille : février 2013.

 

Voici comment nous apparurent les planches, parfaitement rangées et annotées. J'ai remarqué alors que malheureusement, le négatif ayant servi à faire la carte postale de sa fille avait disparu. Mais aussi, que vu le format carré des clichés, il s'agissait d'un recadrage.




















Quelques images du livre juste pour vous donner envie de le lire et de l'acheter !







mardi 7 avril 2015

Un Corbusier, Le livre




Je viens à l'instant de terminer la lecture du livre de François Chaslin Un Corbusier publié dans la très belle collection Fiction et Cie.
C'est un événement qu'un livre sur Le Corbusier écrit par celui qui avait réussi à me convaincre, tout au long de son émission Métropolitains, que l'architecture se construit aussi avec la voix. Il s'agit surtout, je le pense dans la tiédeur d'une lecture tout juste achevée, d'un livre d'une génération. Ceux qui sont en quelque sorte les enfants en short et chemise à carreaux que l'on voit jouer sur le toit-terrasse de la Cité Radieuse, ceux qui apprendront leurs leçons d'architectes qui ont bâti, contredit, serré les mains de l'architecte Corbu. Tout comme je me souviens de mon trouble apprenant que ledit Le Corbusier avait eu au téléphone le vieux Eiffel, c'est un ouvrage de passage, nécessaire à cette génération devant rétablir une vérité, avant de passer le flambeau à ma génération, flambeau un peu éteint d'une possible idôlatrie, la génération des enfants de mai 68. Je le prends comme ça. Dans mes salles de cours, dans les clubs des jeunes, des photographies aériennes Lapie tapissaient encore les murs avec la France superbe des Trente Glorieuses. Je me souviens de La Cité Radieuse en noir et blanc qui, je crois aussi, était visible dans les photographies des wagons de chemin de fer. Et, dans ma salle de classe de CM 1, le seul autre grand de l'Art était Picasso en poster en couleur. Je suis de ces moments-là. Il y a donc dans ce livre quelque chose que Monsieur Chaslin porte aussi, d'un inconditionnel de l'architecte ayant dû passer outre une forme parfaite d'amour (du moins de fidélité) à un doute sur un architecte autant adulé que récrié de tous côtés et surtout du côté des ignorants vociférant que notre Corbu était fasciste, nazi, de droite, puis communiste enfin, sans doute, homme de pouvoir portant à lui seul l'échec des grands ensembles.
Oui.
Le livre de Monsieur Chaslin dit la chose clairement et c'est sans doute, pour moi, pour nous, la première fois qu'ainsi, dans une multitude d'approches, de détails, de cernes on voit apparaître ce que nous aurions sans doute ne pas voulu voir. La manière de Monsieur Chaslin me fait penser à un Saint Sébastien dont l'envoi des flèches dans la chair du martyre serait la seule manière de dessiner les contours de son corps. Monsieur Chaslin sacrifie son mentor pour mieux, dans la seconde partie du livre intitulée le fada, le ressusciter avec l'histoire croisée de ses cités radieuses. C'est monumental comme écriture et comme procédé, c'est de grandeur conforme à l'homme et à l'architecte. Hésitant entre deux pôles durs, la crapule et, ou, le génie.
Le Corbusier en sort grandi et je le crois, sauvé. Parce que finalement, la petitesse habituelle des attaques sur ses pensées politiques n'est rien à côté de l'œuvre. Et si cela ne permet pas de pardonner, cela permet tout de même de dire la logique et donc l'intelligence qu'il a eu à s'en sortir. Comme si sa familiarité politique (on pourrait presque dire aujourd'hui dire sa bêtise) toujours à la recherche du pouvoir (le verbe) était rachetée par la force sereine, ambitieuse et inventive de ses constructions.
Je suis de ceux qui furent fascinés.
Je suis de ceux qui le restent, et je me refuse d'obscurcir les lumières, les ombres, les forces que j'ai aimées et ressenties au nom des idées politiques finalement médiocres d'un type ayant mal choisi son camp, ayant surtout cherché partout ceux qui lui permettraient de faire, faire son œuvre. Après tout, si je n'ai rien à faire ni à voir avec un groupuscule d'extrême-droite, je n'ai rien à voir non plus avec la grande bourgeoisie pour laquelle il a aussi construit. Ne dois-je plus aimer la Villa Savoye ? J'ai sans doute plus à voir avec les pavillons de Frugès et la collectivité de Marseille, Briey et Rezé. Mon histoire avec Le Corbusier, je me permets aussi Monsieur Chaslin, de la lire au travers de la vôtre, celle de ce livre. Je défendrai toujours Le Corbusier non pas qu'il ait encore besoin qu'on le défende ou que ma parole soit si importante à ce jeu mais simplement parce que je crois qu'il faut juger l'œuvre autant que l'homme. Et qu'il est important de ne jamais oublier que l'on a aimé. Votre livre le permet sans masque, sans fard et surtout sans peur. Enfin, avec votre infinité de détails, des citations, votre travail d'abeille voulant voir au plus près la reine, vous donnez l'occasion de mettre les choses à plat sur la grande table. Et c'est comme cela que l'on est libre d'aimer.
Et puis, vous me faites l'honneur de me nommer et surtout me faites l'honneur d'une complicité d'amateurs d'images et de cartes postales. Vous ne dites rien de néfaste à leur égard, vous les aimez. Aimer les images, y croire au-delà de leur cadre fabriqué, les aimer car elles sont des moyens de connaître et d'apprendre est bien aussi quelque chose que je crois partager avec vous. Je me souviens à l'écoute de vos émissions d'avoir construit mentalement les architectures que vous évoquiez avec vos invités, je me souviens comment les espaces naissaient de la conjugaison des verbes. Je garde précieusement, Monsieur, ces images, je jalouse celles que vous possédez et je vous remercie, une fois encore, au travers de ce livre de nous avoir donné une image de Le Corbusier, une image juste parce que personnelle, Un Corbusier vôtre, que je désire faire mien.

Et, ne me reste qu'à faire mon métier et enseigner Le Corbusier maintenant avec ce nouvel outil sincère.

Un Corbusier
François Chaslin
Fiction et Cie
isbn-978-2-02-123091-8

Et comme c'est ici un lieu de la représentation de cette architecture par la carte postale, en voici une inédite encore sur ce blog. Elle n'a rien de rare, rien de particulier, seulement la force d'un document populaire tentant de donner à voir l'une des œuvres les plus étonnantes. Pourtant, ici, dans cette édition sans nom d'éditeur ni de photographe, c'est bien le cliché parfait de la carte postale qui est présenté.
Un premier plan végétal, grandes branches d'arbres tombant en ombres et en nombre sur la grille de béton, puis au second, un arbre fruitier soutenu par une planche, puis enfin, comme infinie, la Maison Radieuse de Rezé qui porte au verso de l'image le nom de son architecte : Le Corbusier.
Rien n'est plus simple, sans doute plus juste, pour parler de l'architecture que cette forme d'hommage.






mercredi 12 février 2014

La quinzaine radieuse commence demain !





Pour vous allécher, pour vous montrer et pour vous annoncer la quinzaine radieuse de Piacé voici quelques images de certains travaux que vous pourrez voir pendant cette manifestation. Il y en a beaucoup plus que ne pourrait vous le montrer cet article ! Il vous faudra donc y aller voir ! Par ici le programme !
http://www.piaceleradieux.com/html/manifestations.htm
Le design, l'art et l'architecture sont bien représentés. Je remercie ici Nicolas et Thomas pour le bel accrochage de mes cadres de cartes postales et donc...
... on commence simplement par... votre serviteur avec ses cartes postales de l'œuvre de Le Corbusier.

quelques extraits des cartes postales (une grosse centaine) :




le parpaing géant de Lilian Bourgeat vous accueille :



Faites la visite tranquillement ! Vos enfants joueront dans la villa Savoye ! Il s'agit d'une œuvre praticable de Raphaël Galley, La Villa Motte :

Séverine Hubard vous surprendra avec son Hyacinthe descendue de l'arbre :
 

dimanche 25 novembre 2012

Le Corbusier : trois photographes

Trois cartes postales qui vont nous permettre encore d'interroger les points de vue de photographes sur l'œuvre de Le Corbusier.
On commence avec Eveux et son couvent des dominicains :


La carte postale fut expédiée en 1960 par Guy pour les vœux de l'année 1961. Il indique aussi qu'il y a séjourné pour se reposer et qu'il a beaucoup apprécié le lieu. On est heureux pour lui.
La photographie nous donne à voir un espace vide seulement scandé par les ombres et les lumières produites par le pan de verre à gauche, dont le dessin est de Iannis Xenakis. 


Toute la puissance plastique de cette photographie de Monsieur  A. Caillon est construite sur cette lumière totalement structurée et composée par ce travail. Les fins observateurs auront remarqué que le lieu n'est pas terminé car à droite de l'image il est encore ouvert.


 L'image pourrait ainsi dans le vide de ce lieu le faire apparaitre un rien fruste et sévère. Mais c'est bien un couvent... La beauté doit être perçue comme un don difficile mais solide dû à une jubilation de peu, un engouement des simplicités. La référence à l'art roman est pour moi dans ce type d'images une évidence et sa brutalité aussi.
Retrouvons Lucien Hervé :


Cette carte postale des éditions de la Société Immobilière Notre-Dame du Haut est bien une photographie du célèbre Lucien Hervé. Elle porte l'étrange et mystérieuse référence E. III. 184 dont il est bien difficile de décrypter le sens...
Très bas sur le sol, depuis la pyramide dont on devine les gradins à droite Lucien Hervé cadre franchement la Chapelle de Le Corbusier sans trop d'effets ni d'ombres ni de cadrage. Rien vraiment ne permet en voyant cette image rapidement de faire tomber la photographie dans un sens plus artistique ou plus original qu'une carte postale d'un autre photographe. Sans doute que seule cette "morsure" du premier plan par les gradins vient contrecarrer cette impression. Pourquoi diable n'avoir pas fait un pas de côté pour éviter cette intrusion ? Simplement parce qu'elle est volontaire... Répondant aux fragments géométriques de l'autel extérieur, les gradins dialoguent avec cet agencement en faisant un écho mais aussi, Lucien Hervé sans aucun doute se place là, assis sur ces marches comme n'importe quel pélerin et délivre ainsi une image juste, celle non pas d'un artiste composant son image pour, en quelque sorte s'approprier le lieu, mais laisse ce dernier jouer son rôle, être à l'exact de l'échelle de sa fonction. Vu les ombres, le soleil est haut, nous ne sommes pas loin de midi.
Entrons :


On retrouve le photographe Marcel Blanc avec cette carte postale de l'intérieur de la Chapelle de Ronchamp. L'édition est la même que celle de Lucien Hervé ce qui confirme que la Société Immobilière a bien fait travailler et éditer des images de plusieurs photographes pour les diffuser. Comment furent-ils choisis ? Par Le Corbusier lui-même, désireux de tenir en confiance l'image de son architecture ? Si cela est bien possible avec Lucien Hervé comment le savoir pour Maurice Blanc ? Et surtout, comment Corbu pouvait-il maîtriser ainsi les choix de photographes pour l'édition de cartes postales ?
Mais revenons à cette photographie. Le point de vue est assez rare car nous tournons le dos à l'autel pour regarder vers le confessionnal. Maurice Blanc fait descendre dans son image la courbe du toit au tiers de celle-ci en laissant franchement onduler la ligne de raccord entre les murs et ce ciel de béton presque noir. L'étagement des bancs permet également de saisir un sol en pente et nous donne à réfléchir sur le vide qui semble immense entre ces bancs et le mur de droite. Pourquoi ce vide ?
Le crépi du mur est sensible, la lumière pourtant dure arrivant à droite n'arrive pas à le gommer. Là aussi l'austérité encore accentuée par le noir et blanc donne à l'ensemble une image sévère dont la jubilation proviendrait d'un recueillement, d'une attention délicate aux détails des matériaux, des formes et des jeux d'espaces. Aucune place dans cette photographie comme dans les deux autres à ceux qui utilisent, visitent, font vibrer ces lieux de leur présence. Aucun visiteur ne viendra donner l'échelle, faire de son corps l'objet même de toutes les attentions de l'architecte sauf peut-être avec Lucien Hervé le corps même du photographe révélé par son cadrage, la hauteur de son œil. Est-ce suffisant pour défendre et raconter une architecture ?
Je n'en suis pas certain. Mais ce vide qui fait l'essence même d'une école photographique germanique contemporaine est souvent au service bien plus d'un espace que d'une humanité. Le silence y est vénéré comme une présence. C'est bien là le paradoxe de l'objectivité.

samedi 27 octobre 2012

Le Corbusier en vrac

Aujourd'hui quelques nouveautés corbuséennes arrivées dans la collection depuis peu. C'est un rien mélangé, mais quand c'est Le Corbusier on aime sans trop de condition. Et puis, est-ce ma faute si l'architecte a chanté l'angle droit pour finalement faire des carapaces de crabe ?
On commence ?



Cette très belle prise de vue aérienne par le service aviation de Combier nous montre Ronchamp et sa chapelle dans toute sa splendeur. Le point de vue nous permet de mieux saisir la forme tortueuse du toit mais une belle surprise est cachée sur cette carte postale. Regardez bien...
Alors ?



Oui ! Bien vu ! Le tas de planches du coffrage de notre chapelle reste visible, abandonné dans le bosquet ! On aimera ce fatras de lignes droites qui ont permis de réaliser le moulage des courbes de Ronchamp ! L'ultime vision du chantier avant son nettoyage nous permet de saisir la fabrication de la chapelle. On notera que Le Corbusier est nommé sur cette carte postale non datée malheureusement.
Encore depuis les airs :



















Nous sommes à Rezé au dessus de ce que l'éditeur Gaby nomme la cité "le Corbusier". On se demandera pourquoi il ne dit pas "Cité Radieuse"! Le cliché du photographe Heurtier nous permet de voir la ville de Rezé et l'implantation dans la presque campagne de la Cité Radieuse, souvent nommée Maison Radieuse à Rezé. L'objet architectural est bien isolé, seul dans son échelle et ses proportions. On imagine les enfants profitant encore de ces petits chemins verdoyants tout autour de la Cité. même si c'est un peu loin, on en profite tout de même aussi pour voir la différence de traitement du toit-terrasse avec la Cité Radieuse de Marseille.



En 1959 :



A. Caillon le photographe de cette carte postale éditée par les dominicains d'Eveux pour récolter des fonds pour soutenir l'œuvre de Le Corbusier a fait un beau cliché, une belle carte postale. La pente du terrain que rétablit à l'horizontale le couvent est bien marquée au premier plan. Elle forme un triangle sombre sur lequel le béton se pose. Les pilotis partent du haut vers le bas pour rejoindre une assise. Le contraste du noir et blanc fait chanter les vibrations des volumes sur la façade. Simplement une belle photographie.




dimanche 14 octobre 2012

face à face extrême

J'ai eu l'occasion de vous montrer sur ce blog sans doute l'une des plus modernes architectures du Vingtième siècle, le très avant-gardiste pavillon de l'U.R.S.S par Constantin Melnikov. Ce pavillon aujourd'hui détruit était d'une très grande audace et d'une grande beauté.
Cette avant-garde assumée et défendue par le pays en question fut quelques années plus tard oubliée, rejetée et même combattue...
La preuve passe par les cartes postales qui enregistrent ces retournements et (étrangement ?) il semble que parfois les idées politiques aient mauvais goût d'un bord comme dans l'autre, et qui plus est, aiment à s'affronter face à face par l'architecture avant que ce ne soit par les armes.
On devrait faire plus attention aux expositions internationales !
On connaît tous cela :



Pendant l'exposition internationale de Paris, face à face, l'Allemagne Nazie de 1937 et l'U.R.S.S stalinienne font la preuve de leur puissance avec deux pavillons qui se ressemblent beaucoup au moins sur le fait qu'ils ne sont que des socles puissants à leur idéologie : l'Aigle pour l'un, la faucille et le marteau pour l'autre.
Les cartes postales de ces deux constructions sont fort nombreuses et je parie que si vous fouillez un rien dans le grenier de Tata Alphonsine ou de Mémé Lucienne vous allez en trouver. Il faut dire que l'exposition internationale de 1937 fut un grand succès populaire : " vite allons voir l'architecture moderne avant les bombardements ". Une forme de prescience de la foule...
Malgré quelques grands noms de l'architecture de l'époque comme Aalto, le Corbusier ou encore Mallet-Stevens, cette exposition a du mal à devenir un point important de l'histoire de l'architecture moderne. On ne se souvient souvent que de cet affrontement idéologique.
L'architecte du pavillon de l'Allemagne nazie est Speer (cela va de soi !) et celui de l'U.R.S.S est  Iophan selon l'éditeur de ces deux cartes postales. Mais si finalement on est peu surpris par la grandiloquence néo-classique épuisée de Speer on reste surpris de pouvoir lire ainsi le retournement de la Révolution russe et la formidable machine arrière de son architecture. Tout pourtant parle de Staline : lourdeur, masse, ambition. Mais on pourrait croire que cela s'arrête à l'extérieur de la construction. Or, dans le pavillon lui-même une autre ignominie architecturale prend place :



Non, il ne s'agit pas d'un gâteau de mariage pour l'un des membres du Parti, mais bien d'un projet de Palais des Soviets ! La beaucoup plus rare carte postale Studio Henry Sarian vous donne les échelles ! La statue de Lénine aurait fait 100 mètres de haut ! Là encore, le bâtiment est traité comme socle géant à la sculpture. Pour le reste... Cela pourrait bien être une architecture de Speer !
Je vous laisse lire la phrase de Staline à l'arrière de la maquette... Comment ne pas comprendre que la guerre est là. Mais je suis troublé.
Troublé par mon désir de voir cette architecture construite finalement. Je ne sais pas pourquoi mais malgré sa laideur la possibilité qu'un tel monstre ait pu être construit me réjouit. Une telle masse, une telle lourdeur, une telle ambition présentes dans le réel auraient pu avoir un effet de saisissement presque (j'ose !) magique. Car la force des constructions aussi gigantesques c'est de ne jouer finalement que sur le rapport d'échelle avec l'humanité : ce que vous croyez impossible est bien là sous vos yeux.
Mais le Palais des Soviets ne fut pas construit... ni d'ailleurs celui prévu par Le Corbusier.
Retournons en 1937 et voyons d'autres cartes postales :



Un gros plan de la sculpture qui est portée par le pavillon. L'éditeur Chipault nous donnent les architectes suivants : Iophan et les collaborateurs français : Bonnères, Coquet et Jossilewitch.
Admirablement colorisée :



Toujours chez Chipault nous découvrons le pavillon soviétique sous un autre angle. La succession ici des emboîtements des volumes pourraient, en allant très vite, faire penser un Malévitch. Enfin un peu...
Encore un peu de promenade :



Cette fois nous sommes au pied du pavillon nazi dont le drapeau flotte sur la place. On remarquera le très beau petit train qui promenait les visiteurs.
Une vue générale :



Prise depuis le Pavillon italien, on voit au fond les deux pavillons qui se font face. On notera la qualité... médiocre des sculptures italiennes et on comprend bien qu'elles ne sont pas faites pour durer !
Dans une belle publication de l'époque éditée par les arts et métiers graphiques tout en héliogravure on retrouve la totalité des Pavillons de l'exposition de 1937. Toutes les photographies sont de Pierre Verger qui n'oublia pas de photographier notre marchand de cartes postales ! On y retrouve aussi quelques grands noms de l'architectures comme Le Corbusier, Aalto ou Sert.
Bonne visite.




retrouve-t-on nos cartes postales ?

Détails du Pavillon allemand et des sculptures d'Arno Breker. 

Aalto, Drouet, Bier, Jauvey, Bagge, Jacques, architectes

José Luis Sert, Abella, Luis Lacasa, architectes

























On reconnaît la sculpture de Picasso devant le Pavillon de l'Espagne Républicaine bien entendu ! Dans ce Pavillon, on découvrait Guernica.
Puis le Pavillon de la lumière et de l'électricité par Mallet-Stevens avec la grande Fée Electricité par Raoul Dufy aujourd'hui déposée au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Peinture que Jacques Ramondot, mon Maître en gravure, m'avait dit avoir vue de ses yeux vue alors qu'il était enfant.