mardi 18 mai 2010

les monades urbaines

illustration de Tibor Csemus

C'est le titre d'un livre de science-fiction.
C'est une manière de prolonger ma relation avec mon père, lire de la science-fiction.
Nous aurions pu en parler de ce livre.
L'a-t-il lu ?
Je ne m'en souviens pas et rien ne me permettra maintenant de le savoir.
Qu'importe ! Mes yeux ont glissé sur le texte de Robert Silverberg.
J'ai acheté le livre pour la quatrième de couverture si alléchante...

En cette année 2381, la Terre ne compte pas moins de soixante-dix milliards d'êtres humains. Leur devise : croissez et multipliez. Dans la plus totale liberté sexuelle. La plus grande confiance aussi, puisque ces hommes et ces femmes connaissent la paix, la sécurité. Le bonheur en un mot. L'utopie devenue réalité.
... la réalité des monades urbaines-ces tours de mille étages, que leur habitants ne quittent jamais, où une technologie souveraine a su tout programmer, automatiser, maîtriser.
Et pourtant le grand électronicien Micael rêve en secret. De cet océan, de ces pyramides, de ces paysages colorés qu'un film vieux d'un siècle lui a révélés...
Et pourtant Jason, l'historien qui n'a que mépris pour les anciens tabous sexuels, découvre en lui une pulsion inconnue, sauvage : la jalousie...

Pour ce qui est du fond, disons le tout net, il ne s'agit pas pour moi d'un grand livre. On y voit l'auteur développer la théorie habile que, bien évidemment, tout donner, liberté sexuelle, drogue autorisée, confort matériel, non seulement ne règle rien de la nature humaine mais en plus ce bonheur est le signe, le glacis d'un univers oppressant et infaillible pour les êtres moins dociles, nommés immédiatement les anomos...
Reste une description d'un concert absolument incroyable et digne des rêves les plus fous de la musique contemporaine liant son, lumière et orgasme en prime...
L'architecture des tours est surtout évoquée par ses étages qui sont également le signe de la reconnaissance sociale. Plus on est haut (700 étages voire plus...) plus votre fonction et votre confort sont grands.
On apprend également que les habitants ont un attachement incroyable à leur tour, refusant au risque d'une déclassification sociale, de les quitter lors de la construction d'une nouvelle. Les étages portent également par secteur le nom de villes de l'ancien monde.
J'ai cherché dans mes cartes postales des tours pouvant ainsi se rapprocher de l'image construite par le texte.
Et je vous propose ça :


The Peachtree Center Paza Hotel in Peachtree center.
On doit ce tube de verre à Monsieur John Portman architecte que nous connaissons déjà un peu sur ce blog, voyez le Hyatt Regency de San Francisco.
Pour faire une monade urbaine de cette tour, il faudrait l'allonger par 10 et faire de sa base une campagne agricole !
Il s'agit d'une édition Dexter expédiée en 1981. Le correspondant se plaint que tout ici se fait en voiture et que personne ne marche !
Voyez également comme la barre au loin, dans l'image offre un reflet étonnant de ce qui l'entoure.


Une autre peut-être :


Nous sommes à Brazzaville, il s'agit de la tour Nabemba construite par la société Elf-Congo et inaugurée le 3 février 1990.
La carte postale fait partie de la série la mémoire des lieux et il s'agit d'une édition du Centre Culturel Français !
Là aussi malgré le point de vue intéressant et impressionnant c'est encore un peu court...
L'architecte en serait Jean-Marie Legrand.
J'aime assez ce genre de monstre froid et écrasant.
Mais je ne peux me résoudre à le voir comme notre monade urbaine. Alors quoi ?
Ne me reste que :

Même si c'est un peu loin, même si ce n'est malheureusement pas construit, je crois bien que la Tour sans fins de Monsieur Nouvel est le plus bel exemple.
Quel regret !
Mais cette tour n'aura certainement pas voulu être le siège d'une société aussi dure et répressive.
Cette carte postale nous montre ce chef-d'œuvre dans sa situation rêvée. Là non plus pas de paysage agricole à son pied mais la dalle de la Défense.
Il s'agit d'une édition arc en rêve, centre d'architecture de Bordeaux dans la très belle série consacrée à Jean Nouvel.
On nous donne : Jean Nouvel, J. M. Ibos (concours)
Jean Nouvel, Emmanuel Cattani et Associés.
La photographie est de Georges Fessy.
Nous achèterons un terrain, nous achèterons un pays et là dans les plaines libres et vastes et herbues nous construirons des dizaines de tours sans fins et nous les relierons par des Inclisites dans les failles du terrain.
Nous nous libérerons sexuellement, nous nous droguerons joyeusement (si cela est nécessaire vu que nous serons libres sexuellement !) nous écouterons les lumières et regarderons les sons dans des spectacles hallucinogènes, qui veut venir ?
Allez quoi...
Venez...