Affichage des articles dont le libellé est Martin Parr. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Martin Parr. Afficher tous les articles

samedi 29 septembre 2012

John Hinde with an H like Hilton

Nous aimons John Hinde depuis que Martin Parr nous a fait découvrir cet étonnant photographe et éditeur de cartes postales. Depuis, j'aime assez retrouver dans les boîtes à chaussures les cartes postales de cet irlandais, cartes si caractéristiques et particulières notamment grâce à certains signes éditoriaux. D'abord la qualité d'impression des couleurs en fait des images qui sautent littéralement aux yeux dans un paquet de cartes postales. On sait que Hinde saturait les couleurs et aimait toujours ajouter et viser un point rouge dans ses images, consigne qu'il donnait à ses photographes en campagne. Ici, à Londres ce n'est pas un pull-over porté par un assistant mais simplement le bus à impériale de Londres qui fait ce point. Les autres éléments de John Hinde sont un cartouche blanc en bas des images donnant le titre de l'image (presque toujours) et le fameux logotype évoquant les presses d'imprimeries je suppose.








































Les cartes de John Hinde sont souvent aussi très descriptives avec des informations au dos racontant l'image. Pour moi, seules sans doute les cartes postales de l'éditeur "Prestige" ou les cartes postales imprimées par Draeger ont cette qualité en France.
Cette qualité si typique de John Hinde fut copiée par d'autres éditeurs...
Voici un vrai cliché, une vraie carte postale :


























Il s'agit de Londres, nous ne nous étendrons pas sur l'objet architectural mais regarderons bien les typologies de l'éditeur. On retrouve la bande blanche qui indique que le photographe est John Hinde lui-même. Au dos, on retrouve ce sens de la description et le logotype. Revenons à l'image et admirons les couleurs ! Regardez comme le hasard fait bien les choses et comment les trois jeunes garçons apportent les trois couleurs primaires... Et comment le photographe sait attendre le passage du rouge du bus !





















Pas de hasard ici ! Tout fait travailler la qualité chromatique des éditions John Hinde !


















Voici une carte postale de la série si célèbre maintenant de Bultin's Skegness, série redécouverte par Martin Parr et qui le conduisit jusqu'à la ré-édition en grand format des clichés et à l'édition d'un livre. On y voit le beau monorail du centre de loisir qui est bien à l'arrêt pour la photographie comme sans doute les deux cabines du téléphérique ! Notez une fois de plus les atouts des cartes John Hinde et le cartouche nous livre le nom de l'un de ses photographes : E. Nägele. On retrouve en bas de l'image le contre-point rouge vif d'une veste portée par un monsieur...
Et l'architecture contemporaine ?
Voilà !


























Nous sommes devant le London Hilton. Cet hôtel construit par l'architecte Willyam B. Tabler nous évoque un monde où James Bond rencontrait OSS 117 dans des hôtels internationaux pour à la fois éradiquer les méchants avec des chats angora et coucher avec des princesses slaves. On trouve une tour de belle facture qui n'ose pas une radicalité totale et semble vouloir dans le dessin de ses façades reprendre certains codes londoniens comme les bow-windows. C'est "juste" moderne. L'architecte semble être un spécialiste des hôtels internationaux car on retrouve une autre de ses œuvres aux U.S.A dans Architecture d'Aujourd'hui de 1955. Cette fois, le photographe est E. Ludwig qui attendit l'arrivée du bus rouge pour déclencher l'appareil. Il faut dire que c'est bien là le seul moyen pour le touriste et pour le correspondant de saisir immédiatement qu'il s'agit de Londres !
Et sous influence :


















Cette carte postale de Hyde Park reprend bien tous les principes de John Hinde éditeur. Pourtant, il s'agit cette fois d'une édition Valentine Printer imprimée en Espagne. Mais qu'importe finalement ! Elle nous permet de retrouver le Hilton de Willyam B. Tabler dans son contexte urbain. On voit comme il tranche sur ce quartier par sa hauteur. On regardera aussi comment le rouge des bus fait encore le travail.

vendredi 6 juillet 2012

finalement comme une ville banale

Parfois les photographes de nos cartes postales sont inconséquents. Regardez :




















Comment et pourquoi le photographe de cette carte postale Artaud Frères a-t-il décidé de viser ainsi la jardinière gigantesque de la place devant le centre commercial de Mantes-la-Jolie au Val Fourré ? Il faut dire que, à une échelle différente cette jardinière pourrait bien avoir des allures d'architecture brutaliste qui nous ravirait ! Regardez le détail de l'écoulement du surplus d'eau, détail typiquement tiré de l'architecture post-corbuséenne ! Pauvre Le Corbusier me direz-vous ! Mais si nous regardons encore un peu mieux nous nous apercevons que cette jardinière est en fait une bouche d'aération certainement d'un parking sous la dalle sous nos pieds !
Le photographe a-t-il tenté là l'ultime floraison de sa carte postale en cadrant ainsi ces rosiers rouges qui viennent même s'aligner sur les parasols du bar tabac ? Manière de coller au nom champêtre du lieu : fourré, jolie, val ?
Nous voyons finalement peu de chose de l'architecture de Mantes sur cette image. Nous voyons quoi ?
D'abord de belles typos !














Le mot dressoir (?) écrit aussi au fond... Et beaucoup de petites voitures italiennes : un concessionnaire Fiat et Autobianchi ? Le soleil est au zénith, l'ombre tombe franchement. La carte postale fut expédiée en 1975.
Pour voir mieux le Val-Fourré :










































La carte postale Estel nous montre la hiérarchie des lieux. Au centre la Foi et le plaisir avec l'église et la patinoire, les deux seules constructions visées pour elles-mêmes. Autour, la rue, les immeubles, la ville qui nous donnent à voir d'un peu loin l'école, les monuments, les rues, les parkings.
Finalement comme une ville banale.
Difficile depuis ces images de vivre la ville. On peut simplement dire que là, comme ailleurs, une certaine pratique sociale voulait que pour donner des nouvelles, au dos d'un carton imprimé d'une ou de plusieurs photographies, on écrivait sa vie, ses souhaits, ses désirs. On descendait au pied de l'immeuble, on achetait le journal et là sur la gauche un tourniquet proposait ces images. Il fallait choisir. Celle-ci avec plein d'images ou celle-ci avec le beau centre commercial ? Dans quelle image je me reconnais le mieux ? Quelle image ai-je envie de donner à voir de ma ville ?
Aujourd'hui sur Google images, dès la sixième image du Val-Fourré, les tours s'écroulent sous les explosions et une voiture de Police fait sa ronde.
Finalement, comme une ville banale.






mercredi 11 avril 2012

la France d'en bas (des immeubles)

Par trois fois, des photographes de cartes postales sont venus au bas des immeubles, cadrer la vie d'ici.
Ils ont trouvé un parking, une façade filante bien difficile à saisir dans un ensemble, parfois coupant le point de fuite par une autre barre.
Pourtant, sans jugement de valeur, juste pour offrir à ceux qui vivent là l'occasion de s'y reconnaître, de faire d'un lieu de vie une image possible.
D'abord...



La carte postale Lyna nous montre la résidence du Luth à Gennevilliers. Cette carte était une exclusivité de la Presse-Papeterie-Cadeaux-Tabac (ouf !) de Mr Brisset.
On remarque un Caddie abandonné et un ciel d'une artifice inouï. L'un va bien avec l'autre.
Puis...



Le centre H.L.M de Baignet-les-Tournelles à Chelles en Seine-et-Marne. Les éditions Mage nous donnent deux noms d'architectes : Messieurs Bauve et Nicolas.
Ils ont particulièrement bien dessiné le béton des garde-corps. Ils y ont mis toute la modernité...
Sur le parking, les caravanes tiendront leurs promesses de vacances à la Grande Motte et les 2CV Citroën en attendant font bien leur boulot pour la France qui se lève tôt.





Enfin...



Sur le plateau de la Duchère à Lyon, le bâtiment SACVAL se donne à voir dans un noir et blanc bien... gris.
La façade encaissée, les premiers niveaux comme sous une colonnade, l'escalier desservant le demi-niveau, la répétition, la répétition, la répétition, la répétition de la grille vers l'infini du point de fuite.
Reste le brillant de la carrosserie d'une 403 et les feuilles jeunes et frêles d'arbustes qui ne désirent que croître contre la falaise de béton.


vendredi 17 février 2012

le Marcheur Evans



Si je devais établir une sorte de hiérarchie historique des photographes et artistes ayant le mieux saisi l'importance des cartes postales dans la formation du regard, je crois que Walker Evans serait une sorte de pionnier, de maître.
Dans ce superbe (et maintenant rare) livre, Walker Evans and the Picture Postcard, on découvre comment l'un des plus éminents photographes américains a dès son plus jeune âge accordé à la carte postale une importance méritée.
On voit aussi comment tout le long de sa vie et en parallèle avec l'établissement de son travail, il a défendu cet art parfois sous les sarcasmes amusés de ses confrères. Mais ce qui est encore plus étonnant c'est bien que ce qui constitue sa recherche correspond exactement à notre propre positionnement contemporain face à ce type d'images, tentant déjà à la fois de se réjouir d'une sorte de trivialité et d'une richesse inouïe.
La trivialité serait sur le versant de l'édition, de l'image de peu, de son accessibilité, comme si cette possibilité du partage des images causerait leur perte à l'univers de l'art. Mais cela tient également au contenu, aux lieux mêmes : une Amérique commune, celle traversée par des rues.
Mais la force de ces cartes postales est bien que, dans l'inventaire général de ce pays, elles produisent un effet de saisissement, un don d'ubiquité qui place l'ensemble d'un territoire dans une fragmentation de rectangles imprimés. L'Amérique y est comme inventoriée, fichée, décortiquée du moindre croisement de route, de gare minable du Middle East aux gratte-ciels new-yorkais. Puis dans cette masse, toujours et encore cette faculté et cette nécessité humaine de classer, ranger, répertorier à laquelle Walker Evans n'échappe pas...



Mais il y a aussi les images qui parlent de leur contenu. Il y a ces villes traversées en leur milieu par des rues boueuses, fabriquées de rien, de planches, dans lesquelles des silhouettes un peu loin donnent une échelle et rappellent la vérité. Et puis le commun de notre monde qui dès qu'il est photographié semble soudain magique, étrange jusqu'au rire ou à la tragédie de sa vulgarité.
Alors Walker Evans achète, lors de ses campagnes photographiques, des cartes postales et parfois les rapprochements entre ses propres photographies et ses cartes postales laissent dubitatif...





Il aime également qu'on lui en envoie, ne refuse rien et range méticuleusement les images. Il fait des conférences, publie ses cartes postales et écrit sur ses images. Il les défend...
Mais je crois aussi qu'il établit une sorte de prototype de collectionneur-photographe dont Tom Phillips serait l'héritier bien plus que Martin Parr : un amateur.
Ce que je veux dire c'est qu'il n'y a pas chez Evans de dédain vis-à-vis de son objet de collection. Il ne nous place pas en porte-à-faux mi-moqueur mi-envieux. Il aime.
Là où Parr joue à l'esthète capable de déceler dans cette catégorie des références à des écoles photographiques et semble rire sous cape de ce rapprochement sans tenter avec nous l'ombre d'une analyse ni même d'un éclaircissement de ses valeurs, Evans et Tom Phillips tout en étant amusés et intrigués tirent de l'objet, des images, une joie et surtout une position artistique qui donnent aux cartes postales une dimension documentaire, historique. D'une certaine manière, ils les sauvent.
Car tous deux y trouvent une sorte de justification, de reconnaissance à leur propre regard, une sorte d'ancêtre de l'image, utilisons un grand mot : un corpus. Et au lieu d'être effrayés que ce dernier soit populaire, commun, immense, et accessible à tous, ils en profitent, le travaillent au plus profond, l'analysent.
Il s'agit bien là du travail de l'artiste. Désolé pour vous Mister Martin Parr...
Alors j'ai trop peu de cartes postales en commun avec Walker Evans parce que ni mon territoire ni ma période ne le permettent. Et pourtant je pourrais dire que je ne fais finalement que le suivre tant les catégorisations sont identiques, tant le "ça" des images est commun. Et je me réjouis d'avoir trouvé une sorte de piédestal à ce travail et je m'autorise à penser que je suis derrière Walker Evans et derrière Tom Phillips. J'essaie comme eux d'être un marcheur d'images.
Maintenant faisons un petit tour dans ce beau livre :



Une photo d'Evans qui dit simplement l'attachement d'Evans aux cartes postales :
Postcard Display, 1941






Des photographies d'Evans tirées en cartes postales par le photographe :



Le livre présente aussi en fac-similé, les articles d'Evans dans la revue Fortune :



Regardons la collection :







Ce que Martin Parr appellerait boring postcard ...





et qui sont pour nous, si gripping !



Pour finir, la seule tentative de rapprochement presque réussie avec ma propre collection :




Walker Evans and the Picture Postcard
Steidl/The Metropolitain Museum of Art
Rosenheim
2009
isbn 978-3-86521-829-2

samedi 21 janvier 2012

Melun Moderne Ami 8



C'est vrai, on pourrait envoyer cette carte postale à Martin Parr.
On pourrait.
Mais non.
Pourquoi ?
Parce que cette carte postale n'est pas ennuyeuse, elle est au contraire une histoire, presque une nouvelle.

Il est photographe de cartes postales. Il revient d'un reportage pour constituer une carte postale en multi-vues de Melun. Le patron lui donne toujours ça à faire parce que le jeune collègue, lui, n'est pas encore assez doué pour penser à l'aspect graphique global de la carte postale.
En partant, il savait qu'il pourrait bien passer devant chez Monique. Il l'aime Monique. C'est la nouvelle secrétaire de la maison d'édition Raymon. Elle est douce, tranquille et jolie surtout quand elle rit et elle rit beaucoup.
Alors il est passé au retour prendre Monique avec la Citroën Ami 8 blanche. Un petit break c'est toujours pratique et Citroën c'est solide.
Monique lui parle de Port Barcarès, de l'été qui approche, des vacances. Lui il regarde ses genoux à Monique et parfois l'Ami 8 fait des petits écarts et Monique elle se marre. Et là, elle est jolie Monique.
L'Ami 8 laisse derrière son pare-brise un paysage urbain naissant. Et soudain, sur la déviation, il se dit que ça personne n'a encore eu l'idée d'en faire une carte postale et que le patron sera heureux d'avoir une exclusivité. Un coup de volant à droite, la main en profite pour serrer le genou de Monique, Monique en profite pour se marrer et en un rien de temps le photographe est sur la bande d'arrêt d'urgence, appareil photo en main et il fait le cliché. Pas de doute, elle restera dans l'histoire de la carte postale cette amourette tendre entre lui et Monique. Et si on regarde bien, on voit bien la mise en plis de Monique par le hayon arrière de l'Ami 8.





Mais si on regarde bien encore, on voit bien cela aussi :



L'ami 8 passe à pleine vitesse devant l'immeuble "plein ciel". On le voit mieux comme ça. Alors il repense à sa multi-vues. Il décide encore de passer plus près. Monique en a marre des arrêts. Monique boude. Monique croise les jambes.
Il l'imagine sa multi-vues. Il la verrait bien ainsi :



Un mélange du Melun ancien et de son patrimoine de pierres sculptées avec le Melun moderne, le Melun d'aujourd'hui. En haut de l'image, l'immeuble "Plein Ciel", juste en dessous cette incroyable église paroissiale de la Z.U.P de l'Almont et dessous la Z.U.P elle-même.





Il regarde l'église paroissiale et se demande qui en est l'architecte. En remontant dans l'Ami 8 il demande à Monique qui lui répond :
" un nom d'écrivain... attends voir... ah... euh... Tournier... non... non... Bazin... c'est ça ! Enfin c'est au moins le nom de l'architecte de la Z.U.P, j'en suis certaine maintenant parce que Michel, tu sais Michel, celui qui travaille à la Mairie......"
Il n'écoute plus Monique. Il s'en fiche de Michel. Il veut vite faire rire Monique. Elle est tellement plus jolie quand elle rit Monique.
L'Ami 8 finit par quitter Melun par la déviation.