dimanche 25 mars 2012

Un peu comme un plan de Resnais.




Elle, sur une rive.
Lui sur l'autre.
Tous deux visant les Buildings comme leur lieu de rendez-vous. L'approche se fait à pied, parfois en noir et blanc.
Rien ne dit que finalement ils se retrouvent dans cette géométrie neuve d'un ensemble architectural sorti tout juste de terre après la catastrophe.
Tu n'as rien vu à Boulogne-sur-Mer.



Elle lui a dit que c'était facile à trouver. Il lui a dit que non, rien n'est facile dans une relation naissante et que, c'était bien cela qu'il fallait aimer.
Elle a marché, son fichu sur la tête ondulant sous les courants d'air.
Il a arpenté le quai, les mains dans les poches de son pardessus pour le retenir contre son corps et contre le vent.





Les immeubles grandissent alors, s'approchent et leur égalité successive donne l'illusion d'une multiplication infinie.
Elle s'accroche à cela comme à une analogie possible de leur relation.
Il n'y croit déjà plus, perdu dans la foule des anonymes venant voir la modernité du port. Tout a changé....


...laisser la vie du port aux habitants, figurines obligées d'une vie réelle. Inventer le déplacement des corps des comédiens et de la fiction. Faire en quelque sorte glisser la caméra toujours vers l'avant pour enfoncer les images...

...regarder les cartes postales de Boulogne-sur-Mer surtout pour les immeubles de Pierre Vivien l'architecte, immeubles que l'on appelle ici les Buildings parce que c'est l'Amérique et c'est le futur.
La modernité prend pied, elle autorise à croire au changement radical des vies et des lieux de vie.
Pourquoi donc si peu de cartes postales de ces Buildings en gros plan ? Pourquoi toujours les situer dans le port, dans le contexte de la ville ? Pourquoi cette dernière se reconnaît-elle encore dans cette activité et ne reconnaît pas les constructions comme un objet autonome, puissant, méritant une image éditée ?
Sans doute ici, simplement qu'ils font partie du décor. Ils font déjà décor. Et, le cinéma, comme un peu au Havre, fait de l'architecture moderne un décor. Car, il reste toujours difficile de croire en la réalité d'un tel bouleversement et il est plus simple de penser que cela n'est qu'une illusion pour des films, des fictions, des histoires d'amour.
La géométrie moderne, la complexité de ses articulations, la brutalité de ses formes simples sont faites, oui, pour la projection...

... un ABCDaire serait parfait pour suivre cette énigme. Une lettre, un buiding, une définition. La spirale permettant la rapidité de la recherche. Faire un beau livre amoureux de cette architecture.
Des images, un film, une histoire. La conquête d'une modernité par un architecte pris dans la révolution de son époque. La Tabula Rasa affreuse permettant d'enfin voir le concret de la tentative moderne. Concret, comme disent les anglo-saxons du béton. Concret.
Un livre parfaitement documenté d'archives, de témoignages et de photographies contemporaines que l'on doit à Frédéric Lefever.
Il me faudra arpenter Les quais de Boulogne-sur-Mer avec ce livre à la main et remercier chaleureusement Frédéric Debussche pour cet envoi, cette invitation, et ce travail important.












ABCD,aire d'une modernité
les quatres buildings de Pierre Vivien à Boulogne-sur-Mer
Frédéric Debussche
Service d'animation de l'architecture et du patrimoine
de la ville de Boulogne-sur-Mer
ISBN 978-2-9527718-3-2
15 euros
Achetez-le !


samedi 24 mars 2012

extrêmement fort et incroyablement près

J'ai souvent l'occasion de vous montrer de l'incroyable.
Mais il existe encore des surprises inédites dans les cartes postales, des images étranges, fortes, et vraiment particulières qui donnent à cet art populaire une sorte de capacité de sidération.
Vous allez voir une carte postale de Ronchamp. Une image absolument inouïe, attention... et hop !



Je vous avais prévenus...
La carte postale est une édition de la Société Notre-Dame du haut et la photographie est de Charles (?) Bueb.
Il y a quelque chose d'extrêmement troublant dans cette photographie, quelque chose d'un ogre.
La petite fille est visée sous un angle que je crois bien totalement impossible aujourd'hui !
Mais aussi la construction de la chapelle de Le Corbusier ainsi mise à l'écart de l'image donne une puissance effrayante et menaçante à la tension un rien... euh... enfin...
Oui, un ogre.



Qui est cette gamine ? L'image est-elle construite, je veux dire désirée ? Ou fortuite ?
On pourrait à l'envi analyser cette image et je crois bien que la psychanalyse ici trouverait bien des choses à dire. (Certainement aussi sur mes propres projections !)
L'audace du rapprochement entre l'enfant qui certainement dans sa pureté et son innocence semble porter quelque chose de l'espérance chrétienne prend ici par sa pose et son rapport à l'architecture (masse, espace, ciel, regard) une tonalité aujourd'hui un rien débordée.
Mais le photographe Charles Bueb n'est pas un inconnu pour les aficionados de Corbu puisque Le livre de Ronchamp * contient des clichés de ce photographe.
En voici quelques-uns qui ne semblent pas aussi marqués mais qui permettent de sentir un photographe aux audaces de cadrages et aux détails passionnants. Les clichés pris à l'intérieur de la coque même de la construction sont vraiment palpitants et révélateurs de cette architecture.
Qui aurait des informations sur ce photographe ?




Regardez bien l'homme debout à l'intérieur de la coque !


* Le livre de Ronchamp, Le Corbusier
éditions Les Cahiers forces vives, 1961

mardi 20 mars 2012

le Comité de Vigilance Brutaliste vous conseille...



Je reçois une invitation pour une exposition de la part de l'un de mes fidèles lecteurs.
Il s'agit de l'exposition ALPINO qui vous montrera des photographies prises par Louis Malachane et Mathieu Bujnowskyj.
Ils ont photographié la Suisse et " Nous voulions enfin rencontrer l'architecture de ces lieux. Une architecture puissante, souvent austère mais sensuelle. Conçue et construite à l'image des grandioses paysages alpins dans laquelle elle s'inscrit."
Cela tombe à pic (oui... jeu de mots) avec notre article sur Hérémence et Walter Förderer.
Vu les photographies jointes au dossier de presse, nul doute que l'exposition vaut le détour même si pour moi c'est un peu loin.
Alors à tous les lecteurs de la région de Lyon, je conseille la visite ici :

l'exposition se déroulera au Gonzo Bar :

mardi au samedi, de 16h à 01h au
3 rue Montesquieu, à Lyon 7ème (en face de la piscine du Rhône).
Métro D – Tram T1 arrêt Guillotière
09 52 83 07 50

Le vernissage a lieu le 29 mars, buvez à ma santé !

Je vous offre un avant-gôut, merci de ne pas diffuser ces images sans mention du copyright kiblind-alpino ou des noms des deux photographes Louis Malachane et Mathieu Bujnowskyj :




Ris-Orangis : un centre commercial Monument Historique ?


Cela ne vous rappelle rien ?
Oui.
La demande de classement du centre commercial de Ris-Orangis dessiné par Claude Parent vient d'être envoyée officiellement ce jour.
C'est donc un beau jour !
Ce dossier contient une lettre de demande, des images d'époque, des images de l'état actuel, des textes dans lesquels la construction est évoquée, la situation et les plans.
Je dois dire immédiatement que cette demande est faite avec le soutien du gérant actuel de l'Intermarché de Ris-Orangis Monsieur Prost-Romand.
Une carte postale est déjà éditée et sert de pétition. Elle est distribuée, envoyée gratuitement à toute personne désireuse de nous soutenir dans cette action citoyenne.
(me contacter par courriel)



Le centre commercial de Ris-Orangis est beau, incroyablement articulé. Il est certes moins représentatif de la Fonction Oblique que celui de Sens mais sa volumétrie est cryptique comme Sainte-Bernadette du Banlay. La jonction du parking au magasin s'opère par une passerelle qui est, à elle seule, une sculpture.
L'ensemble est en bon état et même en cours de ravalement. Le centre commercial participe pleinement à la vie de son quartier. Il appartient à tous, aux amateurs d'architecture contemporaine, aux usagers, au Patrimoine de la ville de Ris-Orangis.
Il mérite d'être protégé et révélé à nouveau. Il mérite de faire histoire et modèle dans une France qui aujourd'hui laisse les boîtes à chaussures garnir des ronds-points dans des zones commerciales voraces et hideuses. Claude Parent a su faire de ce programme une œuvre, un cheminement, un morceau de ville. Il a offert à la ville de Ris-Orangis une construction superbe, modeste et ardue.
C'est ce que nous voulons défendre. Cette audace simple d'un architecte au travail, d'une pensée de l'espace urbain.
Toutes les énergies sont les bienvenues. Aidez-nous. Envoyez une carte postale, un courrier à la DRAC Ile-de-France. Faites comme vous voulez. Je compte sur vous mes lecteurs et lectrices fidèles !
Preuve de son inscription dans l'histoire de la ville cette carte postale Raymon :



On y voit le Hameau de la Roche et le Domaine de l'Aunette mais on y voit surtout le centre commercial de Monsieur Parent !
J'agrandis :



Et comme les cartes postales sont pleines de surprises, au verso de celle-ci le correspondant écrit (et je n'invente rien) : "faire plaisir voilà un vrai plaisir".
Alors vous savez ce qu'il vous reste à faire...
Pour ceux qui voudraient voir, voici quelques images :






La couverture de la revue "la galerie des Arts":






dimanche 18 mars 2012

C'est sacrément moderne !

J'aime bien le dimanche vous montrer des églises...
N'y voyez là aucun prosélytisme, mais plus sûrement une manière d'accorder le jour au lieu. Une église ça vit et se regarde tous les jours.
Alors il nous faut bien choisir. Je choisis le dimanche. "Les enfants s'ennuient le dimanche, le dimanche les enfants s'ennuient, en knickerbockers ou en robes blanches, les enfants s'ennuient le dimanche."
On va visiter des vieilles connaissances ou en faire de nouvelles.
Allez ! Trêve de baratin ! On y va ?



On retrouve la Kaiser Wilhelm Kirche de Berlin par Egon Eiermann architecte. Cette carte postale donne toute la mesure du travail des vitraux. Ne dirait-on pas un cristal mystérieux ?
On retrouve la même église ici :



Observez comme les deux photographies donnent des échelles différentes à la tour parfois aussi haute que la ruine de l'ancienne église et parfois bien plus petite !
Vous aimez le brutal ? Allez on retourne en Suisse !





Nous voici de retour à Hérémence devant sa superbe et incroyable église par Walter Förderer architecte. Que dire ? C'est absolument tout ce que j'aime !
Deux cartes postales de l'incroyable Basilique souterraine St Pie X à Lourdes qui permettent de voir l'avancement de l'aménagement de la Chapelle Pax-Christi.




Observez les beaux modules en métal doré qui pourraient bien être de Sculptura-Panels !


Allez à Lourdes pour voir cette Basilique, c'est proprement ahurissant ! Les deux éditeurs nous donnent bien le nom des architectes Pierre Vago, Le Donné et Pinsard.
Une carte postale très rare je crois :



Vous reconnaissez cette église, il s'agit de Notre-Dame de Royan par Guillaume Gillet, architecte. Mais ce qui fait sa rareté, c'est que la photographie fut prise lors d'une messe ce qui est très très rare dans ma collection d'Art Sacré où dans la très grande majorité des cas les églises sont vides. Nous devons cette carte postale à Cap-Théojac éditeur et le très beau et sombre cliché à J. Sierpinski le photographe. Merci.
Pour finir en beauté :



Nous sommes à Ermont dans le Val d'Oise devant l'église Saint-Flaive d'Ermont. Avouez que décidément nos villes regorgent de merveilles d'Art Sacré moderne et contemporain !
Si la forme globale n'est pas sans évoquer l'église de Vandœuvre-lès-Nancy le jeu des ouïes de béton sur la façade est bien original.
Quel beau travail ! On le doit à Gilbert Faux son architecte. L'église date de 1964.
Les amateurs de belles impressions noteront que la carte postale Yvon est imprimée par Draeger en Procédé 301... une autre merveille !
Bon dimanche à tous !