mardi 15 novembre 2011

les jeux, l'architecte et les attractions

Aucune raison valable de rassembler ces deux cartes postales sauf... une certaine manière d'envisager les jeux pour enfants comme parfois une œuvre autonome.
Vous savez car vous êtes fidèles qu'ici on aime tout particulièrement regarder comment les espaces de jeux furent parfois conçus et utilisés avec talent par des designers comme le Group Ludic ou sculptures-jeux.
Voici donc deux exemples :
Avez-vous reconnu cet espace ?
Nous sommes sur l'un des plus curieux et incroyables bâtiments français, l'un de ceux qui font histoire par leur intelligence, leur analyse du programme et donc leur beauté fonctionnelle. C'est le jardin suspendu du centre d'échange de la gare Perrache à Lyon par Monsieur Gagès, architecte.
Cet espace situé au-dessus de l'un des objets architecturaux les plus complexes nous propose pourtant ici une vision apaisée, tranquille où l'on peut lire, prendre l'air et faire jouer les enfants en attendant le train, la voiture, le bus, l'ami qui viennent vous chercher. C'est l'un des plus incroyables balcons de France.
Mais regardons bien...
Là...
Vous reconnaissez ce praticable ?
Nous en avions déjà vu un magnifique modèle ici sur une autre très belle carte postale. Cette carte postale est une édition Combier qui nous donne bien le nom de l'architecte Monsieur Gagès et son atelier d'Architecture et d'urbanisme.
Puis...
Il s'agit d'une tout autre ambiance !
Nous sommes à OK Corral (sic) à Cuges les Pins devant l'Astrafort (si si !) et le train du Far-west.
Ce qui nous intéresse ici c'est bien évidemment ces jeux-ci :



On retrouve les belles boules que nous avions vues également ici.
Là elles sont perchées bien haut, c'est même un peu effrayant et rétrospectivement, vous pouvez en être certains, je n'aurais jamais pu enfant grimper là-haut !
Ah la honte eh...
Ouais, je sais... et m'en fous....

Dieu à l'échelle

Si on regarde un peu vite, on pourrait facilement se faire avoir par ces deux cartes postales d'églises.
La première :


Nous serions à Albertville devant l'église Sainte-Thérèse par l'architecte Claude Fay. Les éditions Francis Delmas ont su admirablement laisser le jour passer sur la construction, et le soleil de la Savoie donne toute sa chance à cette architecture d'église qui se veut moderne, sobre et élégante.
Une nouvelle fois l'église moderne passe par un jeu de triangles et de pointes. On commence à avoir vu cela souvent. Le petit campanile gracile et audacieux a un peu de mal à nous passionner même s'il joue bien son rôle de signal.
On admirera la netteté du premier plan et pas de doute que le photographe a ici joué du recul et de l'ouverture de son diaphragme photographique pour placer dans le décor montagneux un rien flou son architecture.
La seconde :


La neige est tombée en abondance autour de l'église Notre Dame des Neiges à l'Alpe d'Huez. Nous avons déjà bien vu cette très belle église de Monsieur Louis Marol son architecte.
Regardez bien les détails de cette carte postale Jansol en Italcolor, comme tout est bien en place, comme à nouveau le soleil donne de belles ombres sur... la maquette !
Car, en effet, ces deux cartes postales d'églises sont des cartes postales de maquettes des futures églises !
Avouez qu'on s'y laisse prendre dans les deux cas non ?
On peut d'ailleurs pour celle de Monsieur Marol s'amuser à analyser les différences entre le rêve et la réalité.
Il s'agit certainement dans les deux cas de cartes postales de soutien pour obtenir des fonds. On s'amusera de la formule figurant au dos de l'édition Jansol : "Située dans son cadre."
J'imagine le photographe transportant dans la neige la maquette sur une table, créant un sol de neige ramassée à ses pieds et sous l'œil avisé du curé cherchant l'exact point de vue qui mettra en valeur la future construction :

"un peu plus à gauche"
"comme ça ?"
"mouis, mais faudrait un peu plus de neige."
"bien et comme ça ? "
"ah oui c'est parfait ! Oh et vous avez même apporté des petits personnages ! Oh comme dans ma crèche !"
"Bah oui Monsieur le curé, ça fait plus vrai non ?"
"Oh oui c'est saisissant ! On s'y croirait "
Et puis quel petit garçon chanceux aura hérité des Norev et Dinky Toys une fois la maquette inutile ?...

lundi 14 novembre 2011

abstraction lyrique sur architecture géométrique

Pour moi, il s'agit sans doute d'une de mes plus belles cartes postales.
Pour les cartophiles, juste un truc à mettre à la poubelle.
La différence de jugement ne tiendra pas seulement compte de l'objet photographié, de l'époque de la carte postale ou de sa rareté mais bien plus de son état.
Regardez :


Superbe...
J'ai tout de suite beaucoup aimé comment cette tache rouge de gouache est venue se poser sur l'abstraction de la grille de cette architecture en noir et blanc.
Tout s'oppose. Gestualité, brutalité, exubérance, retenue, liberté.
Mais tout tient aussi dans la pictorialité de ce geste certainement involontaire, comme glissé sur la surface de la carte postale.
Mais je vous sens trépigner. Où sommes-nous ?
Il s'agit de Nantes, de Breil-Malville. La carte postale fut expédiée en 1965 et fut éditée (sans la tache) par Artaud.
On pourra sans aucun problème aimer la belle architecture de ces logements sociaux que l'on doit à un architecte que nous avons découvert récemment ici : Monsieur Evano.
Alors, je le redis, j'aime tout particulièrement cette carte postale et cette position, celle d'une forme de plasticité hasardeuse qui est bien le signe de mon regard sur ces objets éditoriaux.
A la fois orienté sur l'objet photographié, sur le but éditorial mais également sur l'image débordante, glissante qui donne à voir autant l'architecture qu'une certaine forme d'art, le plus grand sans doute parce que le moins attendu.
Au verso, sur le coin en bas à droite, des fragments d'une empreinte digitale du même rouge me laissent croire à une trace possible de l'auteur de ce mouvement lyrique.
Comme la signature involontaire et pataude d'un artiste qui s'ignore.
un détail du recto :

dimanche 13 novembre 2011

Genk pour un geek ?

Mystère... mystère....
Voici qu'une carte postale de Belgique reste très mystérieuse.
Tiens ! Mais au fait, on parle peu de la Belgique sur ce blog !
Il faudra se demander pourquoi si peu de cartes postales d'architectures modernes rejoignent la collection ! Pourtant la Belgique n'est pas loin et ne manque pas de belles architectures. C'est curieux !
Alors essayons de profiter de cette carte postale Thill par Nels. Nous sommes à Genk et l'intitulé de cette carte est : Buitenzicht. Sint-Janskliniek.
Rarement une carte postale reste ainsi mystérieuse sur tous les points de vue ! Je n'arrive même pas à être certain de l'objet photographié. Une clinique (kliniek) ? Sint-Jan c'est Saint Jean ?
Et pour ce qui est du nom de l'architecte et de la date de la construction alors là, rien... rien... rien...
Aucun site belge sur l'architecture moderne et contemporaine ne me donne la solution, aucun de mes ouvrages et aucune de mes revues non plus !
Pourtant que cette construction est belle !
Regardons les détails des piliers, de la cage d'escalier avec sa vis superbe ! Regardons la polychromie de la façade et comment les volumes de la construction jouent ensemble ! Ce bâtiment est vraiment une belle chose. Une nouvelle fois on observera que l'espace dégagé sous les pilotis et dont Le Corbusier pensait qu'il servait à libérer l'œil de la barrière de la construction sert encore à... garer les voitures comme à la Cité Radieuse de Berlin !




Alors si l'un de nos lecteurs belges pouvait nous donner toutes les informations sur cette construction, lecteur de Belgique ou d'ailleurs, celui-ci serait le bienvenu car cette construction mérite de perdre son anonymat et de retrouver son histoire.

samedi 12 novembre 2011

Pierre Joly Vera Cardot c'est beau

Hier j'ai fait l'acquisition d'un beau lot que vous avez déjà un peu découvert. Je poursuis cette exploration avec une exceptionnelle découverte pour nous amateurs de photographies d'architecture et de cartes postales.
Nous avions vu sur ce blog que Lucien Hervé nous offrait l'occasion d'acquérir ses clichés depuis Le Corbusier par une série de cartes postales nous laissant croire que ce grand photographe est ainsi accessible aux collectionneurs modestes.
Mais voici qu'un duo de photographes parmi les plus prolifiques (55000 clichés !), les plus subtils et les plus représentatifs de l'attention portée à l'architecture nous offre également des cartes postales : Pierre Joly et Vera Cardot.
Voici un exemple magnifique:





Nous sommes au centre œcuménique de Chamrousse. Les deux cartes postales sont imprimées par Lescuyer à Lyon et elles nous donnent bien comme architecte P. Jomain et l'atelier Berthe-Chappis-Jomain. Elles nous disent bien également que Pierre Székely est le sculpteur avec J. M Pirot et I. Gaillard.
J'aime tout particulièrement la première carte postale, celle de l'extérieur car elle confine à une abstraction. L'ombre des arbres posée sur la neige tombée en tas qui déjà semble vouloir arranger l'architecture à l'ordre de la nature ajoute encore un trouble sur le plan de la construction. On ne sait plus très bien visuellement où on en est !
Et cela au lieu de créer une gêne, offre l'occasion de voir ce lieu comme un moment du paysage, comme lorsque subitement d'un vallon surgit un rocher. Le noir et blanc est aussi le lien de cette photographie, ce qui unit sa surface, la rassemble en un jeu formel plus saisissant sans doute que le programme architectural. Mais il n'est pas question pour les photographes de composer à l'envi cherchant l'audacieux et l'improbable pour faire image, mais bien d'inventer un regard sur le réel, une manière simple d'être face au "phénomène" d'une architecture prise dans un espace. Regardez comment le reflet dans les vitres semble prolonger comme un écho l'extérieur et le fondre à l'espace intérieur.
L'intérieur justement, les photographes choisissent de le brûler à la lumière. Par la baie vitrée (dessinée par Jean Prouvé ?), la blancheur d'un temps de pose long qui veut aller chercher les détails d'un intérieur sans l'utilisation du flash, donne un vide, ruine le paysage, l'efface au profit d'une valeur absolue qui donne tout à voir en opposition au beau dessin de cet espace. Le crépi du mur du fond vibre, les sculptures-objets forment une phrase au mystérieux alphabet et les bancs sont comme des rythmes en cascade, simples mais nécessaires. Regardez le détail des galets sur le sol qui font, excusez-moi, la nique aux lambris du plafond.
Voilà de la belle photographie. Voilà de la belle architecture, voilà un lieu, un espace qui s'affirme.
Alors tant que des photographes de cette envergure, tant que des architectures à la fois modestes et évidentes se donneront à voir et à jouer ensemble sur des morceaux de papier 10x15cm, je serai celui qui croit (et vous avec moi) que collectionner les cartes postales a un sens pour apprendre et jubiler.

vendredi 11 novembre 2011

Claude Parent à la radio

Ne loupons pas ce soir, Claude Parent chez Laure Adler.
Pour ce faire écoutez France Culture, l'émission "Hors Champ" à 22h15.
Bonne écoute à tous.

un cageot, des cartes postales, un chanteur mort

Dans l'un des plus laids bâtiments de France, le boulodrome de Saint Pierre-lès-Elbeuf, se tenait ce matin une foire à tout.
Ce boulodrome malgré (ou à cause) de son appellation "Henri Salvador" n'arrive vraiment pas à avoir un intérêt constructif quelconque, il est une boîte vide un peu à l'image des chansons de son parrain.
Dans le brouhaha léger des matinaux venus à la découverte impossible d'un vase Gallée pour 2 euros ou d'une toile de Monet pour 20, était étalée une quantité invraisemblables de choses inutiles, d'objets à l'obsolescence programmée, de bibelots ravagés par leur mauvais goût de naissance.
Au milieu de tout cela, et bien loin des marchands du Temple du collectionneur peu averti, pseudo brocanteurs et vrais brigands, se trouvaient de vrais gens venus là à la fois pour vider la cave de Tata et pour gagner un peu de sous en vendant le grille-pain Seb ou la parka mauve pour la saison de ski de 1988.
Dans un cageot à légumes, deux colonnes de cartes postales modernes parfaitement rangées attendaient qu'un type comme moi juge utile de les regarder toutes, tranquillement en discutant météo, prix du mètre linéaire et ambiance matinale avec la vendeuse charmante.
Le prix du marché (c'est un mot à la mode en ce moment) est de 2 euros pour 8 cartes postales modernes et même moins "si vous en prenez beaucoup".
77 cartes postales c'est beaucoup ?
Alors je vous rassure, dans ce lot il y a du très très jubilatoire et du moyen-bien mais le hasard de la fouille permet parfois de croire à un filon. Je vous propose de voir une de ces séquences dans l'exact sens de lecture de la découverte des cartes postales dans le cageot !
Vous allez comprendre que parfois il est possible de croire au miracle de la banalité.
On y va :


Ce bâtiment sévère et grave est la "Perle de Cerdane" à Osseja. Je trouve assez facilement dans Architecture d'Aujourd'hui de 1953 (!) et dans l'excellent ouvrage Louis Arretche, in folio de Dominique Amouroux toutes les informations nécessaires. Vous l'aurez compris l'architecte de ce sanatorium, centre de santé est Mr Arretche avec messieurs Avizou, Noviant, architectes et Monsieur Rieunaud ingénieur.
Monsieur Amouroux parle de "puissante radicalité" ce que notre carte postale Dino-Fisa donne bien à voir ! On aimera aussi le joli petit logo qui dit bien l'aide ici apportée aux malades. Nous reviendrons sans doute sur l'architecte Arretche et ce livre de Dominique Amouroux ces jours prochains.
On continue :

Là... je sais... Magnifique non ?
Brasilia est toute neuve, belle, moderne et audacieuse.Vous savez que j'irai un jour sous ces colonnes d'Oscar Niemeyer et que ce jour sera sans doute l'un des plus beaux...

Toujours au Brésil :

Superbe aussi.
Le génie civil ici donne pleinement satisfaction dans ce paysage et le serpent de la route sait faire un beau bond sur ce pont audacieux. Remarquez la jolie annotation sur la carte postale Colombo par le correspondant qui nous indique la mer...

Puis...

On quitte un peu l'architecture au sens propre pour retrouver les boring postcards de Martin Parr avec cette carte postale du Bultin's Minehead dans lequel on sait que le photographe anglais a trouvé un endroit reflétant ses préoccupations. Mais cette carte postale n'est pas signée John Hinde... curieux. Signalons que l'ouvrage Notre sincère désir est votre plaisir est réédité et disponible à nouveau dans un format plus petit chez l'éditeur Textuel.

Un peu loin :

Cette carte postale d'Alger en vues multiples avec son effet graphique assez... spécial nous donne à voir un monument que nous avons vu ici mais également un hôtel remarquable de l'architecte italien Luigi Moretti.


Je finis la séquence (mais pas le lot !) avec cet hôtel de Tunis que nous avons aussi évoqué ici. Il s'agit de l'hôtel du Lac qui inspira le plus grand cinéaste du Monde, Georges Lucas pour la plus grande trilogie de l'histoire du cinéma mondial : La Guerre des Étoiles.
Oh eh oui je sais je sais... et alors... j'ai le droit non ?
Vous voyez et vous imaginez bien que cette suite de cartes postales me tombant dans les mains les unes après les autres me donna une satisfaction simple que seul l'engourdissement de mes genoux pouvait calmer.
Pour les autres cartes postales, vous devrez attendre encore un peu...