mardi 9 mars 2010

ça grignote le patrimoine moderne

le Comité Français de Vigilance Brutaliste est au regret de vous annoncer la destruction commencée du magnifique Palais des Congrès de Rouen, oeuvre de Monsieur Dusseaux.
Voyez :






Comme le cœur des rouennais doit aujourd'hui battre d'un sentiment de renouveau devant les attaques des grignoteuses.
Ils l'ont eu le Palais des Congrès...
Il faudra être très vigilant ces jours-ci car on pourrait bien voir la grignoteuse traverser la Seine et attaquer le tout neuf bâtiment de Monsieur Ricciotti...
Avec un peu de chance, des fouilles archéologiques mettront un beau bordel dans le futur chantier et la ville de Rouen se retrouvera avec un beau trou au pied de la Cathédrale.
J'ai hâte maintenant de voir la tête stupéfaite des heureux du jour, quand ils verront que finalement le Palais des Congrès à côté du projet de Monsieur Viguier était bien gentil !
Vive l'absence de culture architecturale française !
Vive la République des idées bien pensantes !
Vive le conformisme idéologique !
Mais ce qui est rassurant avec Rouen c'est que vous verrez dans vingt ans on cassera à nouveau, parce que vraiment le moderne...

lundi 8 mars 2010

miroirs vide.


Personne.
Pas même à bien y regarder dans les reflets.
La ville vide.
Peut-être un dimanche ?
Le mois d'août ?
Mais la place des Miroirs d'Evry porte bien son nom. Sur des pans de verre tout de biais le soleil tape jusqu'à s'égarer sur le sol dans des reflets ombrés.
Difficile de lire l'espace et encore plus l'architecture. Que dire alors de sa fonction...
La sensation aussi d'un bordel de formes, d'un agglomérat de matériaux que le point de vue écrase surtout dans le fond de l'image.
Les immeubles qui dépassent aux larges jardinières font bien penser à messieurs Andrault et Parat.
Mais les volumes de briques ?
Cette place d'ici a l'air bien peu ouverte et ressemble plus à une voie piétonne encadrée de vérandas.
On ne peut rien juger d'ici.
Le vide de marcheur, le manque d'animation, heureusement contrebalancés par un ciel éclatant et une lumière écrasante, ne font pas peur.
Une oblitération de la Poste nous dit : "venez voir grandir Evry"
Oui. On viendrait bien. Nous sommes en 1980.


les shorts


Trois gamins au coin d'une rue.
La rue en friche, un peu.
Herbes folles passées et laissées derrière eux.
Ça pique les mollets.
Et puis dans l'accueillant petit immeuble se prépare sans doute un goûter mémorable, quelque chose de gargantuesque.
Mais aussi les devoirs à finir.
Demain, oui demain, les shorts un peu sales reprendront l'exploration du terrain vague. L'espoir d'une cabane à construire là, en secret.
Car le chantier des immeubles ne laissera pas beaucoup le temps d'en profiter.
Construire aussi ce souvenir.
La flèche peinte un peu sèchement sur le bitume donne le sens de circulation de la course cycliste de ce week-end.
Et les rochers, immuables enregistreurs d'une énergie tellurique, composent malgré eux un désuet paysage.
Nous sommes à Saint Michel sur Orge, devant les H.L.M Saint Michel.
La carte postale Combier nous donne également une date : 1974
Et mieux encore un nom d'architecte : Monsieur André Gossin.

samedi 6 mars 2010

des choux et des épis

Nous revoici à Créteil, cette fois avec une carte postale des épis de Monsieur Grandval que nous avons déjà évoqués ici.
Je n'avais que (et c'est déjà beaucoup) la carte postale de Nogovoyages à vous montrer.
Maintenant je peux aussi vous faire voir ça :


Une belle édition chez Raymon éditeur dont nous apprécions tant le travail ici.
La carte postale nous offre un point de vue ouvert dans lequel on circule aisément. D'un peu haut, on voit parfaitement le quartier et l'implantation des tours sur le sol.
Le bâtiment des garages à gauche et une autre construction circulaire couverte d'un toit bleu dont je ne connais pas l'usage, mais j'aimerais qu'il s'agisse d'une école. L'ensemble a l'air neuf car on devine au travers des fenêtres de la tour de gauche le vide des appartements, sans rideaux et dans lesquels la lumière pénètre parfaitement.



Je ne vois personne et seules les Renault 4 signent une présence.
Le guide d'architecture contemporaine en France est assez dur sur ces immeubles de Monsieur Grandval :
"1693 logements, architectes : Gérard Grandval et Louis de Marien, actuellement en chantier, en plus des immeubles pétales de G. Grandval, simple décoration de façade qui cache mal la pauvreté des cellules intérieures, et des inquiétantes barres courbe de Marien, ce quartier accueillera le Palais de Justice (architectes Badani et Roux-Dorlut)..."
Malgré cette dureté le guide d'architecture contemporaine en France nous donne tout de même une image fort belle du chantier et un plan. (édition de 1972)




L'édition du même guide de 1974, nous les montre terminées !


Aujourd'hui restent tout de même des tours qui ont le mérite d'un effet de reconnaissance, d'avoir produit un lieu connu et permis aux habitants d'habiter quelque part, un endroit, une particularité. Même si cela ne fait pas "architecture" c'est au moins ça de pris.
Aujourd'hui je crois que nous sommes nombreux à aimer ces tours et leurs balcons comme une feuille de ginkgo biloba recourbée. On parle aussi d'épis, de choux. On pourrait aussi évoquer la pomme de pin !
Il manque c'est vrai la dégringolade végétale prévue par l'architecte depuis les balcons. Certainement un règlement de copropriété ou du locatif interdisant cette forme de personnalisation !

au Nord, vraiment

Pourquoi tant de sol ?


Cette carte postale nous montre le restaurant "the North-Cape Hall" en Norvège, lieu qui signe le passage du grand Nord.
Pourtant, pas de glace, pas de neige mais un sol caillouteux un rien martien pris en rase-mottes par le photographe.
Puis comme se rassemblant sous une force certainement magnétique, les cailloux se groupent en un mur, puis deux.
Une grande baie vitrée bien étirée permet de voir le paysage qu'ici on ne peut que rêver car le photographe n'a pas cru bon de le signaler. Il a cru que, oui, cette construction, permettrait de saisir l'instant et le lieu.
On ne saura donc rien des fjords, des montagnes et de la mer. A peine dans le reflet panoramique de la vitre peut-on lire quelque chose.
Le vent, lui, est indiqué par un drapeau flottant fièrement dans une bande d'azur à peine voilée de gris.
Une force.
Et un objet fragile posé sur une construction simple mais belle qui, finalement, n'est qu'une fenêtre retenue par deux murs de pierres sèches.
Une date au stylo-bille : 1965.
un éditeur : AUNE kunstforlag.



mercredi 3 mars 2010

messieurs Gobert et Drouin

Les cartes postales éditées directement par les architectes sont rares finalement, et rares sont ceux qui ont suivi l'exemple d'Hector Guimard qui publia en son temps une série de cartes postales pour promouvoir son travail.
Alors voici :



Ce cabinet d'architectes, Gobert et Drouin a choisi ce mode de diffusion de son travail. Difficile de savoir s'il s'agit là du seul modèle ou bien d'un extrait d'une série.
On y voit donc un plan de coupe d'une construction semble-t-il accolée à un rocher. Mes connaissances sont ici très éprouvées car j'ai bien du mal à interpréter ce plan.
La construction donne pourtant le sentiment d'une légèreté certainement apportée par sa pose sur des "tampons" et sa prise sur le rocher très limitée.
On y voit un poêle dont le tuyau accompagne la pente superbe du toit et on (je) devine un escalier dégringolant les trois étages. Le dessin lui-même, son trait, renforce aussi cette légèreté de la construction, peu d'effets graphiques ici, mais une clarté de lignes que malheureusement pour moi j'ai un peu de mal à lire.
On regardera aussi que les architectes jouent d'un effet de tampon sur le plan avec leurs coordonnées, un rien sur-dimensionné, celui-ci renforce le caractère "architecture et projet" de l'image.
C'est une belle carte postale répondant parfaitement à ce blog !
Au dos, la division habituelle des cartes postales avec emplacement pour le timbre et l'adresse et à nouveau, dans une typographie de machine à écrire les coordonnées des architectes Messieurs Gobert et Drouin, architectes DPLG, 50 rue Servan 75011 Paris.
Par contre on ne sait rien de la construction, si elle est restée de papier ou bien si elle fut construite quelque part. Pas de date non plus... La carte postale prend donc le risque de communiquer bien plus sur une certaine image du travail de l'architecture que sur une réalité concrète, construite et immédiatement lisible même si on connaît les limites du genre ici.
Je trouve très peu de choses sur le net sur ces architectes.
Mais je suis certain qu'on en saura plus bientôt !

mardi 2 mars 2010

bosse ton Le Corbusier

Ce matin, je reçois ça :



La carte postale américaine représente le Carpenter center for the visual arts, seul bâtiment de Le Corbusier construit sur le sol américain si on excepte le bâtiment de l'O.N.U dont on sait les difficultés d'attribution.
La carte postale est une carte promotionnelle faisant part de l'actualité du centre, de son inscription sur Facebook, bref de sa "connectique".
On apprend que le design graphique de la carte fut offert par Gillfishdesign.com.
La carte fut expédiée par Claude depuis l'Amérique le 24 février. n remarquera d'ailleurs que la carte ne nomme pas le prestigieux architecte. Pour quelle raison ce manque de fierté ?
Mais que voit-on ?
Pas grand chose...
Un volume cylindrique posé sur le sol semblant offrir un préau et à son étage un jeu de façade très ondulatoire. L'ensemble finalement fait terrasse que permet de rejoindre une passerelle courbe reliant ainsi le dénivelé du terrain.
Sur cette terrasse une construction aux cubes ouverts sur trois niveaux dont le dernier offre encore une terrasse. Tout cela en butée contre un volume parallélipédique ouvert de carreaux de verre.
Une nouvelle fois, l'image du bâtiment produit une sensation de collage de plusieurs constructions accolées les unes aux autres, toutes à la fois formellement différentes et unies comme pour certainement bien signaler leur programme
C'est beau oui.
Je me souviens de la très belle vidéo de Pierre Huyghe réalisée pour et dans ce centre où l'on voit l'artiste en marionnette dans les affres de la création face à d'autres marionnettes façonnées à l'image de Le Corbusier et de l'équipe du centre.
Une bien belle œuvre assez sombre et drôle.



J'ai peu de chose à dire.
Voyez-vous.
Peut-être que l'image... a ses limites.