dimanche 23 février 2014

presque Roger Anger et Roger Anger tout de même.


Sur une carte postale Combier, des résidences à la porte d'Etampes à Arpajon :


On y voit une construction qui pour moi est signifiante de notre capacité à reconnaître, à émettre en quelque sorte une projection.
Mon écran d'aujourd'hui sera l'œuvre superbe de Roger Anger.
Comment, devant une telle image, une telle photographie, une telle construction ne pas rêver à cet architecte ?
Mais, il faut vite, au-delà des apparences, au-delà des images, bien regarder.
Il ne s'agit pas là d'une construction de Roger Anger mais de l'architecte M. E. Djenangi qui est nommé d'ailleurs par l'éditeur de cette carte postale.
Qui est cet architecte ? Je n'en sais rien, mes recherches restent vaines mais il ne fait aucun doute que ce dernier a du avoir dans l'œil les façades de Roger Anger et que, devant une telle plasticité, il n'a pu que tenter de faire quelque chose qui s'en rapproche. Une proximité donc... pas une réalité.
D'ailleurs le rapprochement se fait essentiellement sur le pignon plus cinétique que sur la façade plus commune mais qui ne manque pas de qualité. On remarque d'ailleurs sur celle-ci un moment de silence des balcons, une période plus plate brisant la rythmicité élégante de l'ensemble.



Alors ?
Alors pourquoi se priver de ce que notre mémoire en mettant l'une sur l'autre, la géniale et la suiveuse architecture nous prouve que les formes se promènent, se retrouvent, glissent sous nos yeux ?
Et pourquoi ne pas en profiter pour voir de vraies architectures de Roger Anger photographiées par votre serviteur dans Paris ?
Et si, d'une carte postale dont Monsieur Djenangi l'architecte reste mystérieux nous nous offrions les joies d'un architecte plus connu...
Je vous conseille aussi vivement d'aller voir ici la conférence qui eut lieu au Pavillon de l'Arsenal, conférence tenue par Anupama Kundoo qui a écrit un superbe ouvrage sur Roger Anger mais conférence aussi dans laquelle en forme d'introduction, vous verrez monsieur Parent évoquer Roger Anger.
Ne boudons, décidément... aucun plaisir !






Immeuble de logements, Roger Anger et Pierre Puccinelli architectes, Paris, rue de la Colonie. 1958 !



Tour de logements, Roger Anger, Mario Heymann et Pierre Puccinelli architectes, rue Érard, Paris. 1962.



Immeuble de logements, Roger Anger, Mario Heymann, Pierre Puccinelli architectes avec l'Œuf, centre d'études. Rue Paul-Doumer. Paris






mercredi 12 février 2014

La quinzaine radieuse commence demain !





Pour vous allécher, pour vous montrer et pour vous annoncer la quinzaine radieuse de Piacé voici quelques images de certains travaux que vous pourrez voir pendant cette manifestation. Il y en a beaucoup plus que ne pourrait vous le montrer cet article ! Il vous faudra donc y aller voir ! Par ici le programme !
http://www.piaceleradieux.com/html/manifestations.htm
Le design, l'art et l'architecture sont bien représentés. Je remercie ici Nicolas et Thomas pour le bel accrochage de mes cadres de cartes postales et donc...
... on commence simplement par... votre serviteur avec ses cartes postales de l'œuvre de Le Corbusier.

quelques extraits des cartes postales (une grosse centaine) :




le parpaing géant de Lilian Bourgeat vous accueille :



Faites la visite tranquillement ! Vos enfants joueront dans la villa Savoye ! Il s'agit d'une œuvre praticable de Raphaël Galley, La Villa Motte :

Séverine Hubard vous surprendra avec son Hyacinthe descendue de l'arbre :
 

mercredi 29 janvier 2014

Sylvain Bonniol expose.



Je me fais le relais d'une excellente nouvelle pour la photographie plasticienne :
Sylvain Bonniol expose ses dernières photographies à l'Hôtel de Région de Nantes.
Si nous suivons attentivement son travail, c'est qu'il sait mettre son œil juste au service d'une exploration de lieux extraordinaires qu'il aime à nous faire partager. On connait la très belle série "Visions acoustiques" et on sait sa manière de comprendre comment au cœur des machines, des industries, des objets scientifiques, des hommes et femmes travaillent et cherchent.
Mais son regard ne s'attarde pas seulement dans une forme admirative et bluffante de ces objets techniques dont il serait aisé de tirer le parti esthétique, Sylvain Bonniol sait nous les donner à voir dans leur véritable échelle humaine et photographique en replaçant ceux qui les utilisent et les construisent au cœur de leur fonction et donc au cœur de ses photographies.
Alors, si vous êtes dans la région de Nantes, ne manquez pas de voir ce beau travail.
C'est gratuit et c'est fort !

Vous pouvez faire un tour sur son site c'est juste...magnifique :

http://bonniol-photo.com/

Des Industries et des Hommes
Photographies de Sylvain Bonniol

Sur une commande photographique de la Région des Pays de la Loire.


Ouverture au public :

Hôtel de Région des Pays de la loire
1, rue de la Loire à Nantes
Du lundi au vendredi de 9h à 18h

Du mercredi 5 février au jeudi 27 février 2014
Entrée libre.

Exposition produite par la Direction de la Communication de la Région des Pays de la Loire,
et réalisée avec le concours des entreprises Aerolia, Airbus, Bénéteau, Charal, Defontaine-
Rollix, Eolane, Fleury-Michon, IDEA, Lactalis, Man, Ocea, Piveteau, Renault, Socopa, STX et
de Technocampus EMC²



lundi 20 janvier 2014

épilogue et avenir pour Jean Prouvé à Gond-Pontouvre.




Bonne année 2014 à tous.
Comme ouverture à cette année que vous mettrez avec moi sous le signe de l'engagement pour le Patrimoine Moderne et Contemporain, je vous donne à lire le texte de Jacques Lafon sur les suites de l'affaire de l'école de Gond-Pontouvre.
Si le sauvetage en l'état n'est malheureusement pas accordé, on peut se réjouir malgré tout d'abord d'une mobilisation efficace et forte et ensuite d'un résultat qui ne démérite pas.
On regrettera comme trop souvent en France que ce soit dans l'urgence que de tels dossiers soient traités et que, sans une mobilisation citoyenne, rien n'aurait été possible...
C'est, sans doute, l'option politique choisie pour la gestion de notre Patrimoine.
Mais ne soyons pas amers, il reste encore de nombreux combats à mener partout et surtout, il faut dire aussi que nos institutions et les personnels qui y travaillent font ce qu'il peuvent (très souvent avec une grande énergie et beaucoup de qualités) avec les moyens qu'ils ont...
Alors que l'année 2014 soit celle du combat, celle de votre engagement.
Adhérez à des associations comme DOCOMOMO, inventez-en, signez les pétitions, faites vivre comme vous le pouvez la mémoire de vos constructions modernes et contemporaines autour de vous. Devenez des veilleurs !
C'est là, la seule vraie leçon à retenir de ce cas... d'école...
Bien à vous !

Avant l'été, nous avons écrit au maire de Gond-Pontouvre, monsieur Jean-Claude Beauchaud pour le convaincre de suspendre la démolition du groupe scolaire La Valençaude construit par les Ateliers Jean Prouvé sous la signature de l'architecte Robert Chaume. Plus de mille deux cents personnes signaient cette lettre.

Malgré tout, la pertinence de la composition de Robert Chaume n'a pas été retenue, l'école sera démontée à la fin de l'année sauf un pavillon qui sera restitué dans son authenticité patrimoniale exemplaire de l'architecture métallique industrielle.

Au début du mois de juillet, nous apprenions par La Charente Libre que la démolition de l'école La Valençaude était reportée. Notre action — les mille deux cents signataires de la pétition, les interventions de Jack Lang auprès de la ministre de la Culture et du Maire de Gond-Pontouvre — avait bouleversé la politique patrimoniale de l'État ou permis l'avancement d'un projet enfoui.

Pendant l'été, nous avons rencontré sur les conseils de madame Ségolène Royale, Présidente de la Région Poitou-Charentes, monsieur Fabrice Bonnifait, Chef du Service de l’Inventaire général du patrimoine culturel (Région Poitou-Charentes) : la Région avait alors entamé une procédure d'urgence de l’inventaire de l'école La Valençaude. Maintenant en cours, cette étude est conduite par madame Pascale Moisdon-Pouvreau, chargée de l’Étude du Patrimoine Industriel. Il s’agit d’effectuer la documentation photographique et le relevé de l’école (descriptif et dimensions), d’évaluer son état et d’estimer l’intérêt de celle-ci par rapport à l’architecture métallique et scolaire de la Région Poitou-Charentes, en particulier, les écoles coques construites par les Ateliers Jean Prouvé à Thouars (vers 1954, type Studal) et à Buxerolles (1953, coque standard, cinq classes, préau). Mais l’étude ne pourra être achevée et publiée qu'après l'accord du maire de Gond-Pontouvre, monsieur Jean-Claude Beauchaud.

Le 17 octobre 2013, monsieur Pierre Cazenave, Conservateur Régional des Monuments Historiques (Ministère de la Culture et de la Communication), nous recevait à la Direction Régionale des Affaires Culturelles, à Poitiers. La réunion s'est tenue dans le bureau de monsieur Fabrice Bonnifait qui avait organisé la rencontre à la demande de monsieur Cazenave. Le conservateur nous expliqua, avec un intérêt sincère pour l'architecture industrielle, le projet que l'État et la ville de Gond-Pontouvre suivraient désormais pour l'école La Valençaude construite par les Ateliers Jean Prouvé.

Le projet détaillé par le conservateur reprend les arguments de la pétition et les exploite plus finement avec les mots de la conservation. L'inventaire patrimonial ne doit pas être réalisé que du point de vue de l'État mais aussi, décentralisation oblige, de celui des Régions et des collectivités. L'inventaire national des œuvres de Jean Prouvé est à peu près complet mais ne tenait pas compte jusqu’à aujourd’hui des œuvres périphériques comme La Valençaude. Or celles-ci sont bien l'héritage du maître et annoncent l'industrialisation du bâtiment.

L'état actuel de La Valençaude ne permet pas son classement comme architecture authentique. La restauration de 1990 a fait trop de dégâts. Aussi l'inspection générale a choisi de ne conserver qu'un pavillon, celui au plus près de la rue de Paris, et de profiter des éléments des deux autres pour le restituer selon les normes de la restauration des édifices classés. Ainsi le pavillon pourra prétendre au label patrimoine XXe voire une protection au type de patrimoine historique (inscription puis classement). Par ailleurs, le plan masse (le geste de Robert Chaume) est conservé dans le projet de la collectivité (les maçonneries sont conservées).

L'État et la collectivité se sont entendus pour que l'État ait la maîtrise d'œuvre du démontage et de la restitution en contrepartie d'une subvention. C'est l'agence de Michel Goutal, architecte en chef des monuments historiques et inspecteur général, qui est mandaté pour le démontage et la restitution. Le démontage sera un chantier d'insertion (versant social et pédagogique, besoin fort de main-d'œuvre pour le tri en vue de la conservation ou en vue du recyclage).

Par expérience, les conservateurs savent que les édifices restaurés tombent en désuétude, voire se ruinent s'ils ne sont pas le support d'un projet qui les occupe. Une partie du projet de restitution d'un pavillon de l'école est pédagogique. Monsieur Cazenave a expliqué que cette période de la construction devrait être aussi une référence pour les filières manuelles. Les travées démontées qui ne seraient pas utilisées dans la restitution deviendraient matériel pédagogique dans les lycées et les centres de formation professionnels de la Région. Le pavillon en serait l'exemple authentique. Mais ce versant n'est pas suffisant. Il faut encore un usage qui soit davantage que tourisme patrimonial. Il y a aussi des questions techniques qui font que le pavillon restauré ne pourra pas recevoir une occupation constante telle que son premier usage scolaire. La proposition du Frac d’y faire des résidences et des expositions d'artistes serait une bonne chose mais sort du domaine de compétence du conservateur. C'est celui d'un ou des acteurs culturels, de la Région, du Département ou d'une collectivité, celle de Gond-Pontouvre ou du Grand Angoulême. Il faut, a dit le conservateur, une cohérence collective du projet (entendre un accord d'une ou plusieurs collectivités et de l'État).

Un conseil scientifique va être réuni pour contrôler la restitution du pavillon. L'État va demander à Catherine Coley et Jean Masson (un collaborateur de Jean Prouvé) d'y participer. Il est aussi envisagé, plus tard, un deuxième conseil plus culturel. Le démontage serait fini fin janvier 2014 et durerait au plus 1 mois et demi.

Pierre Cazenave estime qu'une étude thématique doit être mené sur Robert Chaume dont il reconnaît l'importance mais minimise La Valençaude dans sa carrière. Il note l'apport de Chaume dans le plan masse de La Valençaude mais considère que ce plan correspond sensiblement aux plans masse que l'on voyait dans les Architecture d'Aujourd'hui d'alors, que Chaume n'y donne pas toute sa capacité et lui préfère l'école en briques de Saint-Cybard ou une maison qu'il a faite à Royan.

Si l'on tient compte des conjonctures y compris les politiques (l'État ne voulant pas contrecarrer le projet de la collectivité ; le Maire malgré tout attentif aux problèmes patrimoniaux et acceptant un double retard de son projet), le projet conduit par le Ministère tel qu'il a été développé lors de la réunion est une solution raisonnable : un pavillon restitué dans sa pureté de conception. Bien que l'on puisse regretter la démolition des deux autres pavillons et la perte d'une unité architecturale émouvante au profit d’une authentique construction exemplaire, les leçons de Jean Prouvé entendues dans le pavillon restant corrigeraient l'oubli partiel de Robert Chaume. Si les centres de formations reprennent réellement le projet, cela serait même la continuation de l’enseignement de Jean Prouvé.

Jacques Lafon

Et voici un article sur ce démontage, merci Daniel Leclercq !


mercredi 18 décembre 2013

Traüme von Candida Höfer



Une petite fille allemande se réveille.
Les lits sont alignés suivant strictement la géométrie précise du carrelage. Aucun bruit à part celui qu'elle produit elle-même : froissement délicat des draps de coton tiédis et un peu rêches.
L'air ne passe pas par les fenêtres ouvertes. Et la petite fille ne veut même pas regarder dehors, ignore le ciel, ignore les arbres.
Candida c'est son prénom. Elle avance au milieu des autres lits qu'elle laisse derrière elle. Plis identiques des couvertures, glaçage parfait des peintures. Il lui faut aller vers la porte du fond simplement parce qu'une porte est toujours faite pour être ouverte. Candida n'a pas peur, elle est sûre d'elle, si sûre que ce vide ne l'effraie pas mais la rassure. C'et tout juste si elle est sensible à ses pieds nus sur le froid du sol.


La porte révèle une autre pièce pleine de lits cette fois les uns au-dessus des autres. Aucun corps, aucun enfant, aucune lettre, aucune photographie glissée sous les sommiers. Mais Candida dans sa candeur un peu sérieuse se permet pourtant d'analyser la lumière qui cette fois vient de la gauche. Comment les astres et le soleil ont-il pu ainsi tourner dans le ciel si vite, d'une porte à l'autre. Le temps d'y penser et voilà la petite fille à nouveau en train de pousser une porte.


Le damier du carrelage lui sert de repère pour poser les pieds chacun à leur tour dans cette pièce occupée dans sa moitié par des cages de verre. Chacune comporte un bureau, deux chaises, un évier, un lit d'auscultation.
Sur un dossier parfaitement aligné au rebords de la table Candida voit son nom d'écrit : Candida Höfer.
Le dossier est vide pourtant. C'est l'instant où elle remarque une tête qui dépasse, la tête d'un petit garçon de son âge qui la suit des yeux. Candida l'entend prononcer son nom, il s'appelle Thomas. "Thomas, Thomas Struth et toi ? " dit-il d'une voix si légère que Candida en est troublée, comme si cette voix elle l'avait déjà entendue. Mais rien ne peut arrêter Candida dans sa déambulation, pas même la voix fluette d'un petit garçon. Elle ignore alors l'enfant qui recommence à la suivre des yeux tout en battant de son pied gauche, dans un tic nerveux, le sol. Candida est déjà dans la pièce suivante.


Des tables et des tables et des tables alignées là aussi parfaitement attendent l'heure du repas. Les assiettes sont retournées les unes sur les autres, le vin tiédit dans les bouteilles. Candida n'a pas faim, n'a pas soif. Elle est comme toujours irrémédiablement attirée par la porte du fond, comme si la seule chose qu'elle puisse faire c'est passer ainsi dans le monde, passer devant, dedans, sans personne à rencontrer, à aimer, à suivre, à faire rire, à écouter. Personne. Pourtant tous les objets indiquent, dans l'enfer de leur solitude, la présence des autres. Et Thomas maintenant la suit d'un peu loin. La porte, vite, passer la porte.


Une église dans un paysage tourmenté, c'est ce quelle voit en premier, ce paysage quelle croit reconnaître : un diptyque de peinture entièrement en camaïeux de gris durcit par le blanc des néons des plafonniers. Elle ne regardera pas dehors, les fenêtres sont trop hautes. Et le triangle dessiné point à point par les boules de billard lui fait mal au ventre. La lourdeur de la table de billard lui fait mal au ventre, mais surtout, surtout le désordre de la chaise qui n'est plus à sa place lui fait mal au ventre. Le désordre... Qui ? Le mal au ventre c'est la peur ? Elle saisit alors la queue de billard et poursuit son chemin en regardant la chaise déplacée comme une ennemie. Et, toujours, quelques mètres derrière elle maintenant, la présence du petit Thomas Struth qui répète doucement entre ses lèvres son nom et le sien mélangés : "Thomas, Candida."


Candida pousse la porte de nouveau, une porte plus lourde, plus épaisse qu'elle laisse se refermer seule par son poids. Sa main sent le velours tendu lui échapper et la vison soudaine des sièges d'une salle de projection, d'une salle de cinéma, la rassure enfin. Le brillant du satin du rideau devant l'écran au fond de la salle aussi la rassure. Il n'a pourtant pas la couleur rouge d'un brocard. Pour pouvoir s'asseoir, elle doit basculer le siège et abandonner la queue de billard sur le sol. Elle le fait sans hésiter. Elle remarque alors qu'elle ne s'est pas assise sur le fauteuil directement au bord de l'allée mais qu'elle a laissé une place à sa gauche. Elle sait maintenant pour qui est ce fauteuil vide.
Le petit Thomas arrive et s'assoit à cette place sans hésiter, sans effrayer Candida. Tous deux se regardent intensément, Candida plonge dans l'iris de Thomas comme si leurs yeux allaient se toucher, comme s'ils devaient toujours ainsi projeter leur rayon l'un dans l'autre, comme s'ils devaient se perdre l'un dans l'autre. Mais déjà le rideau s'ouvre dans un bruit mécanique libérant l'écran de cinéma.

Candida Höfer se réveille à Cologne.
Thomas Struth se réveille à Berlin.
L'un et l'autre savent bien qui a organisé ce rêve, qui a construit ces espaces.
Et tous deux s'entendent prononcer très doucement en se frottant les yeux : "Bernd".

mardi 19 novembre 2013

Hyper Shogun


Hyogensha Co. éditions.


Revenir à Kyoto, parce que je n'y suis jamais allé...
Que par les images sur des cartes postales.
Le Kyoto International Conference Hall est bien ce genre de machine devant laquelle je me prosterne. Le béton brutaliste reprend pourtant ici l'héritage formel d'une architecture traditionnelle et c'est dans ce choc d'échelle et de composition que je trouve la plus belle expression de ce matériau capable d'envoyer des images dont la solidité résiste à mon étonnement.
Tout le Japon est là dans ce mélange d'une force sans retenue, même violente, sans concession et dans une subtilité presque tendre à l'esthétique impeccable. Un peu, comme la beauté effrayante, d'un Katana parfaitement aiguisé.
Ça fait mal bien.
Hyper dessiné, hyper tendu, hyper solide, hyper amoureux de son temps et de son histoire l'architecture de Sachio Otani me semble exister depuis des siècles et pour le reste des siècles alors que nous sommes sur une terre qui tremble et dont l'impermanence des formes fonde souvent la beauté.
Sachio Otani, l'architecte de cette merveille est aussi présent dans la collection de cartes postales trouvées par Claude Lothier et toutes adressées à Monsieur Alexandre Persitz dont on sait l'importance pour la revue Architecture d'Aujourd'hui.



Mais étrangement, peu de réalisations de cet architecte japonais ne figurent dans la revue, sauf un article publié en 1951 mais, qui pour une fois, manque à ma collection.
Alors je vous donne cette carte postale reçue par Monsieur et Madame Persitz et expédiée en 1972. On s'amusera surtout dans ce petit texte de la première question posée par la correspondante
 : "Do you agree ?"
Je laisse la famille de Monsieur Persitz nous révéler qui est ce Ysa ? Yra ?
Nous restons persuadés que la réponse à cette question posée à Alexandre Persitz devant l'œuvre de son confrère japonais fut positive.

lundi 4 novembre 2013

Trente tonnes



Daniel attendait la commande debout dans son costume.
Il essayait de rester à l'écoute des désirs de ses deux clientes mais, comme à son habitude, ses pensées vagabondaient. Enfin, il avait pris cette habitude depuis qu'il avait assisté à l'aménagement du nouveau Relais Top de Morainvilliers et qu'il avait discuté avec l'un des décorateurs.
Ce dernier avait ri aux éclats lorsque Daniel l'avait appelé ainsi et lui avait dit qu'il n'était pas décorateur mais designer. Ce mot avait sonné chez Daniel comme un objet précieux et exotique, quelque chose d'américain, de sérieux et de solide.
"une salade du chef avec une Evian"
"...et moi un plat du jour sans frites avec un Orangina"
Mais Daniel n'avait pas entendu.
Les gloussements des deux clientes le réveillèrent un peu mais surtout le sermon de la patronne, Madame Yvette qui était la nouvelle et fière propriétaire du Relais Top qu'elle avait voulu "dans l'esprit des Motels américains que j'ai vus l'an dernier pendant mon voyage aux chutes du Niagara."
Lampes blanches sur fine structure de métal brossé, faux plafond à vagues et grille géométrique avec des spots, sièges en moleskine imitant ceux des automobiles de sport et surtout "beaucoup de blanc, même si c'est salissant, c'est jeune et lumineux."
Daniel reprit son service, rangea à vingt-trois heures sa tenue dans le minuscule placard. Il y rangea aussi son rêve.
De toute manière, au printemps, il partait pour Metz faire son service militaire.
C'est là, qu'il apprit avec une certaine froideur que Madame Yvette fut écrasée par un Berliet de trente tonnes alors qu'elle expliquait sur le parking à sa future belle-fille combien l'architecture de son Relais-Top était moderne.

Attention ! Changement d'adresse pour ce blog ! Même contenu, même auteur !
C'est ici maintenant !