jeudi 19 avril 2012

un blog avec de vrais morceaux d'architecture dedans

Parfois je suis un incorrigible fétichiste et mes amis nourrissent mon vice...
Au pied de la Cité Radieuse de Marseille, alors que les balustrades étaient en réfection, je ne pus m'empêcher de passer ma main au travers du grillage du chantier pour ramasser un morceau de l'édifice sacré...
Ce fragment marseillais trône aujourd'hui dans ma bibliothèque comme une belle prise même si je suis finalement le seul en le voyant à savoir son histoire. Il ne s'agit que d'un bout de béton. Un caillou.
Mais aujourd'hui la mode est aux galeries et aux salles des ventes qui vendent des morceaux de façades de Jean Prouvé, des luminaires de Chandigarh.
Alors je ne suis finalement qu'un tout petit glaneur bien sage.
Voici le morceau :






















Et voici quelques vues du chantier, moulages des nouvelles balustrades :

















Et comme mes amis connaissent ce vice et qu'eux-mêmes parfois peuvent l'exercer soit en vrai soit dans leurs rêves, ils m'apportent dans de jolies boîtes des morceaux d'architectures que je vénère un peu trop.
Voici ces autres morceaux :



























Devinerez-vous d'où ils peuvent bien provenir ?
Je vous donne un indice mais attention ! Il y a un piège !






















Vous aurez tous reconnu les Etoiles de Jean Renaudie à Givors. Il s'agit d'une carte postale éditée par la Maison du Fleuve Rhône par S.L éditions. La très belle photographie est de Jacques Del Pino qui a su plonger la tête la première dans ce chef-d'œuvre absolu du logement en France.
Je vous donne quelques détails des terrasses :




































Pourquoi toute cette humanité, cette intelligence, cette compréhension d'un espace construit, pourquoi toutes ces leçons d'architecture ont-elles tant de mal à faire école ?
Givors et Ivry sont parmi les plus beaux paysages français. Merci Monsieur Renaudie.
Mais...
Mais ces morceaux d'architecture, ces pépites de béton ne viennent pas de Givors....
Elles viennent en effet du chantier d'Ivry et me furent offertes par Dominique M. qui, lui, chérit Guimard. Je promets à mon ami Dominique que si l'occasion m'en est donnée, je volerai pour lui un morceau de Guimard, une balustrade, un banc, un moellon tourmenté !
Les spécialistes du béton jugeront de la différence de granulométrie des deux architectures mais je me permets d'égaliser cela. Que voulez-vous ? Quand la matérialité de l'architecture prend forme dans des cailloux ainsi chargés d'amitié et de souvenirs, j'ai droit à ma sentimentalité !
Je vous donne deux photographies du chantier d'Ivry prises et offertes par Dominique M.
Et merci, merci Dominique !











mardi 17 avril 2012

à quatre feuilles

Je reviens comme promis sur une des architectures les plus étonnantes mais aussi les moins connues de notre paysage français et provincial : la Faculté des lettres de Reims Croix-Rouge par l'architecte Dubard de Gaillarbois.
C'est en se rendant en visite à cette faculté que Claude et moi avions découvert l'incroyable mais disparu centre commercial de La Rafale qui était un chef-d'œuvre français brutaliste.
Mais, subjugués par La Rafale, nous en avions sans doute oublié cette autre belle construction.
Voici donc à nouveau la carte postale :


et un détail :

L'édition Iris titre amphithéâtre du campus universitaire de la Croix-Rouge mais ne nomme pas l'architecte.
Ce qui fait la qualité de cette architecture c'est qu'elle sait faire de sa fonction son signe. La lisibilité des salles dans chacune des coquilles donne ainsi à l'ensemble à la fois une reconnaissance immédiate mais aussi une certaine, oui j'ose, forme de poésie. A la fois aveuglé et organique, ce trèfle à quatre feuilles sait rendre sa structure visible et d'une grande beauté plastique.
Sans doute que la faiblesse vient du contact avec le sol moins spectaculaire mais sans doute aussi que ce "socle" plus anonyme laisse toute la chance expressive aux coquilles en lamellé-collé.
Je trouve dans la revue Bois d'aujourd'hui de 1974, une publicité pour UHALDE-BERNIER S.A Engineering qui réalisa la structure. On trouve deux images superbes de l'amphithéâtre en construction.



Et voici ce que notre Guide d'architecture contemporaine en France de Monsieur Amouroux nous en dit :





Aujourd'hui la construction a reçu le Label Patrimoine du XXème siècle. Si vous allez à Reims voir la Cathédrale et acheter du Champagne, n'oubliez pas une visite à cette architecture !
Malheureusement ce trèfle à quatre feuilles n'a pas porté bonheur ni à La Rafale aujourd'hui détruite ni au centre commercial de Claude Parent à Reims Tinqueux aujourd'hui défiguré.
Espérons que cet amphithéâtre sera être protégé définitivement.
Je vous donne également quelques clichés pris par Claude au moment de notre visite :





dimanche 15 avril 2012

les 400...

Merci !
Merci à ces 400 premiers signataires de la pétition pour la sauvegarde du centre Thomson-Houston par Messieurs Claude Parent et Paul Virilio, architectes.
Faites tourner l'information encore, rien n'est perdu !
La D.R.A.C Île-de-France est maintenant au courant et informée.
La Mairie de Vélizy-Villacoublay également.
Nous verrons où se situe l'action, le désir de préserver ce patrimoine qui appartient à tous.
Dès demain, je me remets au travail.
Toute action que vous croyez juste est la bienvenue. Ecrivez au Maire Monsieur Loison, écrivez à son adjoint à l'urbanisme, téléphonez, allez sur place, faites des articles sur les réseaux sociaux, envoyez des mails à vos amis...
Merci à tous.

la donation de Monsieur De Barbarin : volume 4 !

Et revoilà Monsieur De Barbarin et ses belles éditions de cartes postales d'architectures contemporaines.
On trouve cette fois un nombre conséquent de cartes postales dans un format légèrement supérieur au 10 x 15 cm habituel ce qui va perturber un peu mon classement !
Mais cela n'est rien et profitons donc de cette édition. Toutes les cartes postales suivantes sont des photographies de Jacques Windenberger datées de 1987. L'éditeur est la Direction Régionale de l'Equipement et le Conseil Régional Provence-Alpes-Côtes-d'Azur. La série porte le titre de "Le Logement social en Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Viennent ensuite le lieu, le nom du site, le maître d'ouvrage et l'architecte !
C'est donc très précis et sérieux. Le photographe ne fait pas ici d'effet de manche, reste à sa place d'analyse, donne au bâtiment la chance d'être compris et bien vu. Parfois on devine pourtant quelques cadrages un peu plus audacieux mais qui jamais ne semblent fabriquer l'architecture.
Vous verrez que parfois ça sent vraiment les années 80 (matériaux : le carrelage en façade, citations post-modernes) et que c'est d'ailleurs amusant de voir que ce qui est si proche semble parfois déjà... un peu... loin. Il n'y a pas dans cette série de constructions monumentales, pas de star, juste des lieux de vie. L'architecture du trottoir d'à côté en quelque sorte, ce qui ne retire rien à ses qualités. Est-ce que les habitants de ces lieux ont eu droit à des cartes postales ?
Allons nous promener :


Chateauneuf-de-Grasse, Le cadran solaire, S.A H.L.M le Logis Familial, Michel Mazuet architecte.


Vitrolles, Croze, pour Arcade, Atelier 9 architecte.


Cannes, Les Rois Mages, O.P.H.L.M de Cannes et de la Rive droite du Var, Michel Brante architecte.


Toulon, le Toucan, S.A H.L.M le Nouveau Logis, J. Causse, F. Rigault, M. Benaim architectes.


La Garde, les Boutons d'Or, SAGEM, Anne-Marie Bouge, architecte.


Briançon, Le Barry 1, S.A H.L.M Aedificat, Alexandrine Bres, architecte.


Marseille, Les Mûriers, LOGIREM, Mario Fabre architecte.

La série suivante est quasiment identique sauf qu'il s'agit cette fois des constructions publiques.
Toujours Jacques Windenberger à la photographie et la Mission interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques, aide à l'édition. L'ensemble est daté de 1987 également.


Marseille, l'hôpital de la conception, Assistance publique de Marseille, Ministère de la Santé, Paul Phelouriat, architecte.


Miramas, le lycée théâtre, Syndicat d'agglomération nouvelle du nord-ouest de l'étang de Berre (ouf !), Jean-Jacques Morisseau, architecte.
On remarque le détail de l'effet de ruine du haut de la tour... 3 cartes postales !



Six Fours, lycée professionnel La Coudoulière, SICLEP, éducation nationale, Daniel Badani Maître d'ouvrage, Pierre Roux-Dorlut, Jean Parente, Maurice Sauzet, Jean-Louis Duchier, architectes.


Nice, la nécropole de la Plaine du Var, Ville de Nice, Georges Marguerita architecte. Il semble que cette nécropole ait servi de lieu de tournage pour le film Beau Rivage de Julien Donada. Je me trompe Julien ?


Solliès-Pont, le collège, SIVOM de la la vallée du Gapeau, Siame et Besson, architectes.


Contes, le collège, Syndicat intercommunal des Vallées du Paillon, François Druet, architecte.


Risoul, la Mairie, commune, Marc Popesco, Claude Duchemin, architectes. D'ici, j'aime bien ça.


Avignon, la médiathèque, Béatrice Douine, Jacques Prunis, architectes.

Dans l'envoi de Monsieur De Barbarin figure aussi un superbe dépliant en accordéon qui rappelle ceux des boutiques de souvenirs regroupant des cartes postales.





Ici, ce dépliant agit comme un superbe ouvrage sur Le Corbusier et la couleur ! On le doit à Thierry Durousseau qui, au dos des pans colorés dans les tons de le Corbusier, nous fournit une belle et riche analyse de l'utilisation, de l'invention de la gamme chromatique chez Corbu.
Si seulement j'avais eu cela avant de commencer mes cadres pour Piacé-le-Radieux...
Enfin, je vois que je ne me suis pas trop trompé je crois !
En tout cas, cette édition est certainement l'un des plus jolis objets éditoriaux sur Le Corbusier.
Je conseille à tous les Aficionados de se le procurer !
Me reste à remercier vivement Monsieur De Barbarin une nouvelle fois pour tous ses envois généreux qui enrichissent ma collection et au-delà la réflexion à porter sur cet objet de communication pour les architectes, l'architecture et les institutions, que représente la carte postale.
Une fois de plus, la qualité éditoriale et la richesse documentaire forment un champ d'exploration pour l'analyse de l'architecture et de sa représentation.

725
Le Corbusier
portraits de villages en Provence
Thierry Durousseau
les éditions générales
C.A.U.E 13
isbn 2-912074-13-4
10 euros
achetez-le !

samedi 14 avril 2012

généalogie Novarina

Une nouvelle fois, je vais évoquer une famille attachante que le hasard et le goût me font régulièrement croiser : la famille Novarina.
Sur ce blog nous sommes particulièrement attachés à l'œuvre de Maurice Novarina, l'architecte. Il y a peu nous avons pu nous réjouir de la belle tour CILOF et la gare de triage (à droite) vous donnera l'occasion de revenir sur le travail de l'architecte.
Je vous donne l'occasion aujourd'hui de découvrir cette nouvelle carte postale de l'une des œuvres les plus attachantes de cet architecte :


La buvette Cachat à Evian-les-Bains est une architecture dont la légèreté, presque le désir d'évanescence, est remarquable. Une sorte de boîte de verre couverte d'une feuille fine interroge admirablement la question de la disparition architecturale, son évanouissement. Cette édition Gil nous permet par sa vue de nuit de nous donner à voir la structure des béquilles de Jean Prouvé et dans mes cartes postales de cette buvette c'est bien la seule à offrir une telle clarté de sa structure tendue et équilibrée, chef-d'œuvre sans aucun doute de technique métallique.



La carte postale fut envoyée en 1959 (!) donc très tôt après sa construction. L'architecte Novarina est bien nommé mais pas Jean Prouvé. Certainement l'une de mes plus belles cartes postales de ces deux grands architectes et ingénieurs.
Je vous donne quelques images d'Architecture d'Aujourd'hui de 1958, revue n°75 qui consacra une double page à la buvette et même des photographies en couleurs ! La mise en page de l'article est aussi d'une grande beauté.




Mais il se trouve que j'ai reçu un message puis un envoi de Virgile Novarina le petit-fils de l'architecte. Celui-ci me confie qu'il possède à son tour une belle collection de cartes postales des œuvres de son grand-père (je jalouse cette collection !) et me fait le grand plaisir de m'envoyer cet ouvrage :


Dans Maurice Novarina Dessins et Peintures, Virgile a réuni une très grande partie de la production graphique de son grand-père. Je ne connaissais pas cette partie du travail de l'architecte, travail pourtant prolixe et varié.
Ici, l'hommage à Le Corbusier est total :







Voici une carte postale Combier de cette même église de Vongy qui nomme bien Monsieur Novarina comme architecte.



Le livre retrace pas moins que la période de 1928 à 2002 ! On voit un homme libre, se laissant prendre par les influences de son époque, les modelant, ne se refusant aucune tentative et jubilant des couleurs, des lignes, des espaces. On devine là un impérieux besoin, sans doute un contrepoint à l'architecture mais avec un écho léger à son travail. C'est d'une grande liberté et toujours d'une grande jeunesse, presque parfois une candeur.
On sent là, comme chez Le Corbusier, un désir d'être un artiste complet exerçant sa main et son œil pour que sans doute les analyses du paysage et du monde forment un vocabulaire ouvert, une sorte de terrain propice à la justesse.
On dira un équilibre personnel.
Je me dois donc de remercier vivement Virgile Novarina pour cet envoi et son attention à ce blog. Il va de soi que dès que les cartes postales m'en donneront l'occasion, j'évoquerai ici Maurice, Valère, ou Virgile Novarina.

Maurice Novarina, dessins et peintures
éditions du centenaire
2007
isbn : 2-915460-49-3

Pour connaître un peu mieux Virgile Novarina : les endormis, France Culture

Pour ceux qui n'auraient toujours pas rencontré l'écriture de Valère Novarina, je me permets de vous conseiller : le Drame de la Vie, chez P.O.L éditeur. Vous ne verrez plus et n'entendrez plus la langue française de la même façon !

Et pour que la famille soit au complet, visitez le site consacré à Madeleine Novarina.