vendredi 17 juin 2011

redonner de la dignité à une chaise Bertoia

Aujourd'hui, il me fallait redonner de la dignité à cette chaise Bertoia invisible sous le corps des vêtements...







mercredi 15 juin 2011

les Courtillières : plusieurs histoires.

Une carte postale :


La perspective de l'avenue de la Division Leclerc est bordée d'arbres qui disent bien que les objets lointains sont plus petits que les objets proches.
Rien à faire, c'est ainsi, il ne s'agit pas d'une imprégnation culturelle mais de la réalité objective de la perspective. Il fallait bien la découvrir et non l'inventer.
Cette perspective fait aussi que l'immeuble du premier plan n'est pas en entier dans l'image alors que le suivant offre toute sa hauteur...
Mais surtout cette édition Godneff a le derrière entre deux chaises. Cette carte postale est à la fois en couleurs et en noir et blanc !
Certainement déstabilisé par la polychromie des immeubles de Emile Aillaud, l'imprimeur n'a pas su comment faire pour sortir les immeubles du gris du ciel !
Cela produit une étrange image où le vert, le jaune délavé et le bleu d'une grande pâleur n'arrivent pas bien à briser le cliché en noir et blanc.
un détail :


une carte postale :


"Immeuble très courant ici à Pantin, tout va bien, il est 10h25, je vais chercher le pain."
C'est Lucette qui nous le dit le 15 septembre 1962.
La poste de Pantin par l'intermédiaire de son cachet postal nous dit : " Pantin-Piscine moderne-eau chaude naturelle"
Le photographe des éditions Raymon cadre les immeubles de Monsieur Aillaud dans toute leur hauteur. Non, l'arbre n'est pas aussi haut que l'immeuble. Je le répète plus les objets sont loin plus ils sont petits donc par un jeu optique appelée perspective l'arbre au premier plan semble plus grand que l'immeuble derrière lui.
Là aussi la polychromie de la carte postale a bien du mal à se sortir de la polychromie du paysage urbain.
Un détail :


Une carte postale :

En octobre 1972, les éditions Lyna pour Abeilles-Cartes retrouvent l'avenue de la Division Leclerc. Finalement que raconte cette carte postale ?
Rien d'autre qu'un espace à traverser par une droite infinie qui fuit à l'horizon ?
Comme si, finalement, alors même qu'une carte postale sert à se situer, à affirmer son point d'ancrage, dire ici que la route permet de passer vite à l'ombre minuscule et à l'ombre majuscule des arbres et des immeubles.
Une carte postale :


Il s'agit d'une bien particulière carte postale puisqu'il s'agit d'une publicité pour un livre sur les Courtillières.
Le livre s'appelle aux Courtillières, Histoires singulières et exemplaires. C'est aux éditions CREAPHIS, il s'agit d'entendre les témoignages de ceux qui vivent là.
Mais que nous dit l'image qui est une photographie de Pierre Gaudin ?
Coupée en trois parties, la photographie nous offre le serpent de Monsieur Aillaud pris entre le ciel et un jardin ouvrier. Ciel et jardin à égalité, immeuble réduit à une bande dont on devine à peine la courbe.
Mettre les grands ensembles à la campagne ? Resserrer l'urbain dans un paysage bucolique ?
Faire croire à la proximité de la nature ?
Dire que, aux Courtillières, on jardine et donc définir les habitants comme étant à l'origine de cette poésie jardinière du premier plan. Dire aussi que cela finalement camoufle l'architecture ?
Dire que vivre ici au premier plan de l'image c'est diminuer le fait de vivre au deuxième plan ou que, l'un et l'autre se vivent en même temps ?
Cadrer c'est toujours mentir car c'est toujours réduire.
Alors nous pouvons nous aussi regarder :



Je peux aussi construire une fiction. Si je cherche sur Google Earth un point de vue similaire, je peux viser depuis l'avenue de la Division Leclerc à la fois les jardins ouvriers et les Courtillières. Et est-ce vraiment un hasard si mon point de vue en face à face nous offre à la fois la verdure des jardins et le panneau annonçant la "réhabilitation des Courtillières " ?
Je crois que les espaces urbains savent bien nous dire au-delà des clichés de tous types, la réalité brutale de ce qui les compose.
Dans un ouvrage à la mise en page d'une grande clarté, ensembles d'habitations économiques en Europe chez Eyrolles éditeur par Giulio Segoloni on retrouve les Courtillières. Les photographies, les plans se partagent les espaces des pages.
C'est beau : architecture, composition, photographie.
Difficile de croire que, aujourd'hui, cet ensemble soit devenu ce qu'il est.
Aurait-on le droit de dire que, parfois, la belle architecture cela se mérite ?








lundi 13 juin 2011

l'enfance au Petit Clamart

Regardez ça :


Ce que nous voyons est extraordinaire.
Il s'agit d'une sculpture de Pierre Székely installée au Petit Clamart. Les enfants font ce qu'ils ont à faire, ils grimpent dessus car cette sculpture fait aussi fonction de jeu.
On retrouve le vocabulaire formel de Pierre Székely à la fois simple, organique et parfaitement senti pour sa fonction, comme une extension des gestes (et de l'imaginaire) des enfants.
Ce qui est merveilleux également c'est la distorsion entre l'architecture de la Cité de la Plaine juste derrière qui semble bien vieille et la modernité de l'œuvre du sculpteur.
Tout s'oppose, les formes, les échelles, le programme !
Et puis bien évidemment l'autre sensation de cette carte postale des éditions Raymon pour Brual c'est le regard des enfants vers le photographe de la carte postale !
Quelle photo de famille ! Avec le poupon en celluloïd !
Tous de la même tranche d'âge, ils sont là par hasard ou parce que le photographe les a regroupés ?
Regardons-les en détail et si vous vous reconnaissez...







dimanche 12 juin 2011

Centre Pompidou de nacre et de carton




Et voilà !
Il fallait bien que ça arrive !
Le Centre Pompidou de Metz a rejoint ma collection. Les deux cartes postales seront les premières de ce bâtiment et les premières de son architecte dans ma collection.
Je n'ai toujours pas eu l'occasion de visiter le chapeau chinois et ses grandes boîtes mais j'ai hâte.
Les deux cartes postales sont assez curieuses et m'offrent l'occasion d'un doute bien typique de notre époque : s'agit-il de photographies ou d'images infographiques du projet ?
Oui, j'ai un doute.
Alors je plonge dans les détails mais surtout dans les impressions, les sensations de lumière et de transparence.
L'œil s'habitue et tombe alors la vérité de l'image : infographie !
Car sur ce détail, les visiteurs sont bien... fantomatiques !


J'imagine alors les infographistes collant à qui mieux mieux les silhouettes contemporaines de nos vies pour donner à la réalité virtuelle une réalité. Il doit y avoir des banques d'images avec des silhouettes à choisir selon la catégorie sociale, la saison, le profil du futur utilisateur du bâtiment. Je me souviens des somptueuses planches de LETRASET pleines de voitures, d'arbres, de wc et effectivement de personnages que l'on grattait pour les insérer dans les dessins.
Aujourd'hui on "glisse" un bobo au sac orange, une femme au corsage blanc, un costume bleu nuit...


Les visiteurs fantasmés du Centre Pompidou sont ainsi, marchant d'un pas assuré, plutôt jeunes et à leur place. Personne assis par terre, pas d'enfants, de poussettes. Le Centre est pour les adultes de trente ans bien habillés.
Mais qu'importe car les cartes postales et le lieu sont beaux. Mon regard ne peut s'empêcher de voir le motif de l'étoile de David dans l'entrelacs du toit. C'est très bête mais ça m'émeut. Vous savez, finalement, on ne voit bien que ce que l'on a envie de voir.


Le verso des cartes a une partincularité : il est nacré !
Il nous donne bien les noms des architectes : Messieurs Shigeru Ban Architects Europe avec Jean de Gastignes.
Mais de Shigeru Ban je me souviens avoir vu un hangar pour un musée à Pouilly-en-Auxois. Je vous en propose quelques vues en stéréoscopie. On retrouve ce qui fit la célébrité de l'architecte avec son utilisation de tubes en carton. C'est dans sa simplicité apparente et sa légèreté absolument remarquable.







D'ailleurs qui sait ce qu'est devenu le bâtiment éphémère posé dans les tubes du Centre Pompidou de Paris et que l'architecte occupait pour travailler sur le projet de Metz ?
Détruit ?
Remonté ailleurs ?

samedi 11 juin 2011

mais... mais qu'est-ce que c'est ?


C'est bien ce que je me suis dit ce matin sur la foire à tout d'Alizay lorsque j'ai eu cette carte postale en main.
Ce gros objet étrange qui ressemble à une pièce automobile agrandie m'a donné rapidement une réponse en retournant la carte postale : une église !
Nous sommes à Paris dans le 15 ème arrondissement au-dessus de l'église Notre-Dame de la Salette, 27 rue de Dantzig.
C'est la carte qui le dit et comme l'éditeur Gaud est très précis il nous donne également : 17.2.63 pose de la première pierre (sic !) et le 19.9.65 bénédiction de l'église.
Nous avons même les noms des architectes messieurs Henri Colboc et Dionis du Séjour (si si).
Alors pour moi qui aime l'art sacré moderne et contemporain, je me régale de ce drôle d'objet architectural que je découvre pour la première fois.
Je cherche dans mes ouvrages sur la question et je ne trouve rien. Mais dans ma collection de cartes postales, bien rangée, figure cette autre église :



Cette fois nous sommes au Havre devant l'église Saint Michel (1964). L'architecte Henri Colboc est bien nommé par les éditions Bellevue.
Si les deux formes sont bien différentes, il ne fait pas de doute que les deux églises offrent une plasticité forte et solide aux volumes bien déterminés. Le campanile de celle du Havre est absolument superbe. Monsieur Colboc a-t-il dessiné d'autres églises ?
Mais revenons à Paris. Amusons-nous de la manière dont le photographe a réussi dans le paysage de la ville à placer la Tour Eiffel !
J'aime aussi le bel immeuble aux stores rouges et je crois bien que celui juste derrière Notre-Dame de Salette a l'air aussi bien intéressant. Je sais où j'irai traîner à ma prochaine visite à Paris...

mercredi 8 juin 2011

monument historique

Disons tout de suite, je n'aime pas beaucoup cette architecture :


Nous sommes devant la gare de Néris-les-Bains grâce à une carte postale Real-Photo expédiée en 1939.
L'architecte de cette gare est bien inscrit sur la carte postale : Louis Brachet, arch S.A.M.
D'ailleurs si quelqu'un peut me dire ce que signifie ce S.A.M... (sans agrément du Ministère ?)
Mais ce qui est intéressant c'est de regarder si un bâtiment classé change d'image.
En effet sur cette autre carte postale de la gare de Néris-les-Bains...


...plus moderne et expédiée en 1984 figurent au dos les informations suivantes : Pavillon du lac-salles des fêtes, ancienne gare classée Monument Historique, mise en service en 1931 et conçue par l'architecte Brachet.
Nous avons donc deux images d'un même bâtiment, l'une dans son usage, l'autre dans sa position patrimoniale.
Cas assez rare dans ma collection et la mention du classement tenterait à prouver l'attachement et le caractère exceptionnel de la construction par l'éditeur, ici Combier. Comme si ce classement offrait une vraie et belle occasion d'éditer une carte postale.
Les deux cartes postales sont prises du même côté de la construction. on ne peut qu'admirer la qualité de la première, d'un noir et blanc parfait et le grand vide dans lequel elle se trouve ainsi présentée.
La carte postale Combier en couleurs joue le jeu que l'on attend d'une carte postale. Un premier plan offre verdure en contre-jour et un rien d'espace public pour introduire l'architecture dans son "milieu".
Une renault 5 isolée est la seule animation de cette gare et à en croire les deux images on peut se dire que finalement pour une telle affectation, cette gare est bien peu fréquentée en 1939 comme en 1984 !
On le voit, le regard du photographe change peu. Pourtant il faut avouer que le noir et blanc joue à merveille sur les pierres taillées.
Mais... certains d'entre vous jubileront sans aucun doute du rose de la pierre et de la polychromie des tuiles vernissées du cliché Combier...
Alors ?
Rien.
Pour ma part, cette architecture m'intéresse toujours aussi peu. Et finalement les cheminées qui dépassent du toit me laissent bien perplexe en attendant d'être pantois !

mardi 7 juin 2011

arlequin 8

Il avait été choisi par son patron pour faire la tournée des clichés des hôtels italiens clients de l'éditeur de cartes postales.
Il avait pourtant débuté par des études d'architecture, cru fermement qu'il construirait à son tour le bâtiment idéal répondant à la fois au programme, faisant œuvre de modernité et faisant surtout image.
Il avait gardé de bons souvenirs de ses débuts, de cette époque estudiantine mais la vie avait voulu autre chose et sa passion un peu éloignée pour la photographie le rattrapa un jour sur un job d'été.
Il ferait des photographies pour les cartes postales toute une saison.
Dans ce travail finalement il trouva tout ce qu'il aimait. D'abord un déplacement permanent mais pas sans but, un goût pour l'image et la technique photographique, une grande liberté et aussi une manière de trouver l'architecture, de la plus sensible à la plus modeste.
Il était ainsi dans le monde.


Il gara sa petite mais si nerveuse Fiat devant l'Hôtel Planet de Cervinia-Breuil. Il fut d'abord un peu déçu par ce mur de béton aveugle sur lequel était apposée l'enseigne rouge de l'hôtel. Il fit le tour de la bâtisse, chercha l'angle idéal mais n'arriva pas à atténuer le contraste trop fort entre le bois orange des balcons et le bleu de la montagne. Il ne passa qu'une nuit, ne demanda pas le nom de l'architecte et repartit dès le lendemain matin en faisant sans le vouloir déraper les pneus de la Fiat.


En cette fin d'automne la neige le surprit un peu sur la route. Il devait pourtant regagner le Riky Hôtel au plus vite pour poursuivre son exploration. La neige faisait un étrange tapis bleu-gris presque comme peint à la main, laissant l'hôtel dont la façade était de bois dans un brun jaune délavé un peu agaçant.
Mais c'était beau, bien dessiné avec une certaine classe internationale. Pas d'esbroufe, pas de formalisme, juste un ensemble cohérent et moderne. Il aimait surtout le contraste entre l'entrée très aplatie et lumineuse venant jouer contre les grilles de la façade.
Cette pensée fut interrompue par l'humidité et le froid qu'il sentait monter au travers de ses Clarks toutes neuves. Cela l'amusa et il était temps de rentrer dans l'hôtel pour profiter de son intérieur.
Et si demain, il prenait le temps de louer des skis ?


Deux ans plus tard, il avait bien réussi sa vie. Il avait repris la maison d'édition de cartes postales et avait gagné beaucoup d'argent en achetant les licences des émissions de la télévision italienne. Il éditait ainsi des cartes postales, cartes d'anniversaire avec les personnages des dessins animés et des feuilletons.
La collection coquine avait également remporté un beau succès, surtout, il ne se l'expliquait pas, dans le nord de l'Italie.
Mais aujourd'hui, il avait rangé sa toute neuve Fiat Dino jaune sur le parking de l'hôtel le Panorama. Il devait y rencontrer un homme d'affaires français pour l'édition de cartes postales de l'O.R.T.F en France. Les coûts de production étant moindres en Italie, il y avait là encore le moyen de gagner de l'argent facilement.
Il ne put s'empêcher de regarder l'hôtel avec son œil de photographe d'architecture. La bâtisse n'offrait vraiment rien d'extraordinaire et les balcons très encaissés dans la façade la creusaient de manière à former un sursaut décoratif et moderne.
Il ne put que s'amuser de la tentative d'invention de forme dans la cheminée de béton.
Il ne fit pas affaires avec le français. Trop à l'image de sa DS : pompidolien.
Qu'importe ! Que la route de retour serait belle derrière le pare-brise de sa belle italienne !

PS : Mon ami Marc Hamandjian me signale à juste titre que la FIAT Dino serait bien une Osi 20 mts ! Il a raison ! Par contre, il ne dit rien sur les DS qu'il connait aussi par coeur !
Merci Marc pour ta vigilance.