mardi 27 juillet 2010

la fonction oblique en mouvement

Voici deux documents très rares sur l'église Sainte Bernadette du Banlay à Nevers par Messieurs Claude Parent et Paul Virilio.
D'abord cette image :


Il ne s'agit pas à proprement parler d'une carte postale car le dos n'est pas divisé ainsi mais d'un cliché qui semble tout à fait constitué pour en devenir une.
Le bord est frangé, le point de vue est bien marqué en ce sens, la taille de la photographie, et au dos on peut lire sur l'image les indications suivantes tamponnées : église Sainte Bernadette, Nevers photo A. Gonin-Nevers.
Bien évidemment pour moi et pour tous ceux qui aiment le travail de Claude Parent cette photographie est l'occasion de voir et revoir cette merveille.
D'ailleurs cette photographie semble avoir été prise juste à la fin du chantier, les alentours n'étant, me semble-t-il pas construits.
L'image est bien composée offrant une ligne de fuite venant mourir sur le bunker à droite, le noir et blanc accentue la brutalité superbe de la construction.
Si Monsieur A (Antoine ?) Gonin voulait bien nous en dire plus...
Autre document encore plus rare :


Sur cette carte postale des éditions Alix "Frances vues" en photographie véritable on voit le club "fonction oblique" de la Paroisse du Banlay à Nevers à l'entraînement
Il s'agit d'une partie peu connue de l'histoire de cette église mais face à l'étonnante proposition d'une église en oblique, les paroissiens avaient décidé de faire des séances d'entraînement avant même la fin de la construction de l'église afin de préparer leur corps aux changements dus à cette révolution.
Au fond de l'image on perçoit d'ailleurs très bien une personne allongée à l'oblique laissant ainsi son corps prendre conscience des plans inclinés.


Il semble que ce club fut dissout dès l'ouverture de l'église mais que quelques membres assidus émigrèrent vers Sens et son centre commercial suite à une pratique trop forcée, ils ne pouvaient plus qu'arpenter des lieux inclinés.
Si vous êtes de ce club ou avez connu certains des membres faites-le nous savoir.

dimanche 25 juillet 2010

nouveautés religieuses modernes

Reprenons notre filon des églises modernes et contemporaines, programme architectural toujours aussi passionnant et aux réponses parfois si stupéfiantes.
Je commence fort par une carte postale de Norvège, de Trondheim exactement :


Cette merveille est l'église St Olav (St Olavs Kirke).
Typiquement le genre de chose que j'aime, croisant les programmes architecturaux à des réponses visuelles (images) pouvant paraître incohérentes.
Ici une sorte de hangar de pavés de verre faisant penser vu l'utilisation large de ce matériau à Chareau et sa maison de verre.
Mais le hangar ici s'allonge, se dégage de l'environnement et offre à la fois une transparence et un bloc opaque.
Pas de porte visible, pas de vitrail, l'église semble malgré ce travail de lumière fermée au monde extérieur. Le bandeau blanc ceinturant le haut de la construction parachève l'effet de construction industrielle faite pour elle-même presque à l'économie comme les boites à chaussures commerciales de nos zones artisanales.
En fait, le campanile nous permet de toujours revenir sur cette première impression et nous dit avec sa croix en tube juchée sur un cube cachant soit les cloches soit des haut-parleurs (!) qu'il s'agit bien d'un lieu religieux. On pourrait y voir tout aussi bien une caserne de pompiers. D'ailleurs admirons cette magnifique tour, sa légèreté et son escalier gracile absolument superbe :


et son ombre :

Cette église est réellement le type d'objet architectural que j'aimerais viser dans mon vérascope...
Peu d'informations sur internet à part le nom de l'architecte Per Kartvedt (?) et aucune image de l'intérieur qui doit pourtant être remarquable. L'église aurait été construite dans le milieu des années 70 !
Toujours à l'étranger mais bien plus au sud :


Cette chose est bien une église. Nous sommes aux Canaris, plage del Inglès. Il s'agit si j'en crois la carte postale Rabadan d'une église œcuménique. Je n'ai pas le nom de l'architecte, je n'ai à vrai dire aucune information.
L'objet reste curieux, comme un chœur inachevé qui attendrait son transept ou comme un auditorium de plage. Difficile de deviner sa profondeur et même le plan de l'ensemble depuis ce point de vue.
Revenons en France :


Cette vue multiple nous montre Paris. Et dans ce Paris l'église Marie-Madeleine-Médiatrice qui serait l'œuvre de Monsieur Vidal architecte.
Cette église semble bien hésiter entre modernité franche et respect des formes traditionnelles et c'est surtout dans le détail des lignes, dans sa sobriété classique que, étrangement, on peut la dire moderne. Elle daterait des années cinquante et notre architecte Vidal semble si j'en crois mes ouvrages un spécialiste de la construction des églises (une vingtaine !)
Pour ma part, je jubile ici surtout du campanile extrêmement élancé et superbe. Il me faudra à ma prochaine visite parisienne m'y rendre et ensuite j'irai boire un godet au Clairon que l'on voit aussi sur cette carte postale Leconte, édition à n'en pas douter en exclusivité pour ce bar-tabac.
Une aventure singulière :



Dans le Jura c'est le bois !
Et la ville de Lavancia-Epercy est heureuse et fière de son église moderne toute de bois. L'éditeur Combier des cartes postales le précise bien au dos, cette église est faite en différentes essences de bois. On ne connaît pas le nom de l'architecte car elle semble avoir été construite pour une exposition à Lyon, démontée et reconstruite dans ce village par les établissements Chalos de St Brieuc. Je crois bien qu'il s'agit là d'un cas unique en France !
L'église fut en effet offerte à la commune qui n'avait pas de budget pour en reconstruire une. J'avoue ne pas être très sensible à ce genre de dessin mais la vue intérieure laisse deviner tout de même un très beau travail constructif fait de belles courbes.
Une autre curiosité :


Pour ce qui est de la localité c'est simple c'est écrit dessus : Locminé dans le Morbihan.
Les éditions Dubray ne nous donnent pas le nom des architectes mais précisent qu'il s'agit bien d'une église moderne.
En fait il s'agit d'un collage de deux anciennes chapelles reliées par une œuvre contemporaine de l'architecte Maurice Thomas.
Difficile depuis la carte postale d'émettre un jugement ou une réflexion sur cette œuvre que l'on peut tout de même qualifier de radicale et qui a le mérite de ne pas jouer le pastiche et c'est déjà remarquable. On devine une structure métallique posée sur une base de béton strié et de là où nous nous trouvons cela semble ouvert et parfaitement maîtrisé.
Ce genre de structure pourrait peut-être nous rappeler l'église Saint-Paul de Laxou et pour ce qui est du collage on peut aussi regarder ça :


Nous sommes à Pont-Hébert dans la Manche. Ce qui est spectaculaire avec cette église c'est bien que l'on voit disparaître ce collage :



Et cela grâce aux cartes postales Combier et Delon.
Que s'est-il passé ? Sans doute que suite à la destruction de l'église sous les bombardements l'architecte a cru pouvoir conserver l'ancienne façade mais que celle-ci quelque temps plus tard a donné des signes de faiblesse qui ont engendré sa destruction totale.
Il a dû falloir quelques années vu la taille des arbres... Reste une église... euh... vraiment... solide.

samedi 24 juillet 2010

2 architecture postale, une histoire en mouvement

Poursuivons notre petit tour des Postes représentées en cartes postales.
On verra ici que de proche en lointain, la Poste reste un lieu à nommer, éditer et situer par la carte postale.
Bien cadrée :


Cette carte postale de la Poste de Saint Pourçain sur Sioule provient de mes classeurs Boring Postcard.
Pourtant l'architecte de cette merveille est nommé sur la carte : Monsieur Bauchet Robert. Ce qui est étrange c'est l'oblitération au dos. On trouve le cachet de Suresnes dans les Hauts de Seine daté du 26 12 72 et celui de Pont-Audemer dans l'Eure daté lui du lendemain mais aucun cachet ni du Neubourg lieu du destinataire ni de Saint Pourçain !
Pour ce qui est de la question architecturale...
Vous avez dit Boring postcard...


Ici nous sommes à L'Ardoise commune du Gard devant... le parking de la Poste que l'on devine à gauche !
Mais diable pourquoi avoir cadré, visé ainsi le panneau de stationnement au lieu de nous montrer la construction ? Il faudra que le photographe des éditions "SL" nous donne la réponse !
Sucy-en-Brie :


Notre si cher éditeur Raymon nous offre un joli morceau de ville bien animée. La Poste est bien là, les gens y vont, en sortent.
Les autos en témoignent. Les Panhard prennent de la vitesse, les Ami 6 penchent de partout et les Simca ouvrent leurs portes.
La Poste dans un genre qui m'évoque la reconstruction est un rien tristounette mais solide et sérieuse. Pas de nom d'architecte.
Dans le même genre, objet solide et intégré :


Nous sommes à Courtomer, une édition Gaby pour Artaud. c'est euh... une Poste comme un pavillon. Il faut dire que la teinte généralisée bleu gris de la carte postale ne rend pas l'ensemble folichon.
Attention...


Oui.
C'est possible.
Je me souviens très bien de ma jubilation à trouver cette carte postale sur les tourniquets de la maison de la presse de St-Etienne de Fursac.
Comment dire ?
Il s'agit d'une édition Iris pour Théojac. Totalement ennuyeux et parfaitement jubilatoire.
Dans le genre :


Cazaux en Gironde.
Le Carrefour de la Poste. Vous voyez la Poste ?
Cherchez la DS Break.


Vous y êtes !
Encore plus dur :


Lezay dans les Deux-Sèvres.
On admirera surtout les nouvelles halles et le vide sidéral du premier plan. Petit détail autobiographique : il s'agit d'une carte postale familiale envoyée par ma grand-mère à mes parents de Lezay le 5 octobre 1971 à 19h15.
J'imagine donc celle-ci posant son courrier là :


Mais je n'oublie pas malgré ce soudain regard sur son patrimoine que la Poste a permis ce sacrilège :


Au milieu des années 70 la magnifique Poste de Monsieur Ursault à Royan fut totalement et arbitrairement défigurée.
Une vraie honte. Je ne vois pas de mot assez fort pour dire l'aveuglement possible devant ce qui était un très beau plan et très beau dessin.
Comment est-ce possible ?


Voyez à nouveau la Poste de Royan au temps où elle savait être légère, ouverte en façade, fluide et articulée sur son îlot faisant du passage à ses bureaux une promenade dans un jeu de courbes, accompagnant le visiteur tranquillement de l'extérieur vers l'intérieur.
Je souhaite qu'aujourd'hui la Poste possède dans son équipe quelques regards affûtés pour éviter une nouvelle fois ce genre de bévue patrimoniale et esthétique. C'est à voir...
Heureusement parfois des gens se lèvent et se battent pour sauver le patrimoine de la Poste et cela malgré elle.
Exemple : le centre de tri de Nancy de Claude Prouvé architecte.
Voici quelques cartes postales ironiques éditées lors de ce combat mené pour cette sauvegarde par Urbuberlu et envoyée par Natacha Delannoy. Merci.



Malheureusement rien dans l'exposition architecture postale sur cet événement patrimonial, sur la reconversion du lieu, sur la position de la Poste sur cet enjeu architectural. Pourquoi ?
La reconversion en Palais des Congrès est effectuée par Monsieur Marc Barani.
Il reste encore à évoquer les centres de vacances des P.T.T. Mais je crois pour vous comme pour moi qu'on va attendre encore un peu...
Et puis continuons à regarder comment finalement un programme architectural identique se trouve ainsi décliné dans toutes les villes de France même si la Poste semble vouloir parfois partir, se regrouper et surtout avoir des clients...
Alors allez voir cette exposition surtout pour les belles et toujours étonnantes photographies de Monsieur Stéphane Couturier et aussi pour cette collection postale absolument riche et étonnante.
jusqu'au 28 septembre

vendredi 23 juillet 2010

1 architecture postale, une histoire en mouvement...

...en mouvement oui.
Il s'agit du titre de l'exposition qui a lieu au Musée de la Poste à Paris.
L'affiche est alléchante en regroupant un regard croisé sur les constructions postales, leur histoire, leur esthétique et des regards de photographes contemporains bien connus comme le toujours excellent Stéphane Couturier.
Je vous propose quelque chose comme une sorte de prolongation de cette petite (trop petite ?) promenade dans le patrimoine de la Poste.
Ce patrimoine compte à n'en pas douter quelques chefs-d'œuvre de l'architecture mais aussi des choses très modestes qui ont su marquer le paysage au point de le nommer. Combien en France de places de la Poste, carrefours de la Poste, rues de la Poste...
Je vais en fait, faire ce que j'aurais aimer trouver dans cette exposition qui aura donc le mérite d'être un déclencheur pour cet article.
D'abord dire que de l'architecture postale à la représentation de la Poste dans les cartes postales il y avait un pas très très court à effectuer. Ce pas aurait permis de juger historiquement de la représentation de l'architecture postale par le biais d'un objet postal populaire et ainsi de porter un jugement sur l'implication de ce patrimoine dans le paysage français.
Ensuite il eût été possible dans un registre tautologique de jouer de cet acte curieux qui consiste comme mode de correspondance à envoyer une image du lieu construit pour cette correspondance. Envoyer une carte postale d'un bureau de Poste depuis ce même bureau de Poste... ce geste est d'ailleurs l'objet de convoitise de certains collectionneurs de cartes postales prenant plaisir à trouver une carte postale d'un bureau de poste affranchi et tamponné de ce même bureau...
On peut aussi se poser la question de la nécessité d'une telle image. Pourquoi donc à une époque encore récente la Poste d'une ville méritait-elle ainsi sa représentation en carte postale ? Pourquoi les éditeurs de cartes postales croyaient-ils trouver là un marché ?
Vous verrez avec ce qui suit que parfois l'architecture n'est vraiment pas le point fort de cette représentation !
Il est évident sans doute que cela signifie la très grande place accordée par les populations à ce lieu urbain qu'était un bureau de Poste dans une ville, au point, oui, qu'une représentation en était nécessaire et demandait - à moins que cela signifie également que la Poste était considérée comme une sorte d'attraction - de point fort d'une modernité, un nœud de convivialité urbaine.
Pour revenir à l'exposition, un des exemples de ce regard renouvelé sur le patrimoine architectural de la Poste était le spectaculaire cas du centre de tri postal de Nancy par Claude Prouvé. L'exposition nous montre une image en nous informant dans son cartel que le bâtiment fut sauvé in extremis.
Rien sur ce combat patrimonial, rien sur ceux qui effectivement se sont battus pour sa sauvegarde, rien sur une analyse possible de ce basculement patrimonial...
C'est injuste.
Je passerai rapidement sur la mauvaise orthographe du nom du très grand architecte René Gagès orthographié Cagès... Il méritait une attention certainement plus grande vu son ampleur.
Ne boudons pas notre plaisir et allez voir cette exposition, le bâtiment lui-même du point de vue architectural ne manque pas d'intérêt... Et la collection permanente est superbe ainsi que la petite mais jubilatoire exposition des élèves de l'Ecole Olivier de Serres.
Et le quartier est passionnant.
Comme j'ai beaucoup de choses à vous montrer je ferai deux articles.

Commençons par le commencement, le lieu de l'exposition :




Sur ces deux cartes postales on voit l'immeuble des chèques postaux. Sur la première aux éditions Yvon l'éditeur réussit à placer la Tour Eiffel sur l'horizon pour bien dire Paris. Les architectes de cet immeuble des chèques postaux sont bien nommés : messieurs J. Bukiet et J.-B. Mathon.
Mais d'où est pris ce cliché ? Depuis la Tour Montparnasse ?
Sur la seconde on voit apparaître le lieu exact où se tient l'exposition : le Musée Postal.
Il s'agit d'un entier philatélique avec timbre et cachet de la Poste à l'unisson de la carte postale. Facile à dater donc puisque le cachet de la Poste fait foi, du 21 janvier 1974 !



On remarquera surtout la façade particulièrement sculpturale de ce musée de la Poste. Je cherche dans mes guides les architectes et je trouve : André Chatelin et Charles le Maresquier.
Je m'interroge sur le premier plan de cette carte postale. S'agit-il ici aussi du jardin au pied de la Tour Montparnasse ?
Voici un cas étrange :


Il s'agit d'une carte postale informative qui signale une installation de la Direction d'Exploitation du Courrier, Boulevard Newton à Marne la Vallée.
Pas de nom d'architecte, il s'agit d'un pur produit de communication de la Poste qui ne nécessite pas d'affranchissement...
Pour ce qui est de l'architecture, on gardera surtout le jeu magnifique (!) des reflets sur la façade avec sa colonnade très officielle et sérieuse.
Maintenant la preuve que les bureaux de Poste furent l'objet d'attention des éditeurs de cartes postales il y a encore peu :


Nous sommes à Cerizay, dans les Deux-Sèvres devant... la Poste toute moderne et neuve. La Carte postale du grand éditeur Combier fut expédiée en 1998 et il semble bien que nous devons cette construction à l'architecte Jean-François Milou, Studio Milou, qui a construit beaucoup dans cette région. (merci Archiguide)
On sent une volumétrie volontaire, un rien grégaire avec un traitement de façade assez radical. On regardera surtout le traitement des ouvertures comme rentrées dans le bâtiment offrant une épaisseur défensive à la construction jouant en opposition avec l'ouverture généreuse et transparente placée dans l'un des angles de la construction, comme un "coin" débordant sur la chaussée. Tout cela est accentué par la prise de vue symétrique faisant fuir le bâtiment de manière quasi égale de gauche et de droite. La photographie est de Pierre Morisan. La carte fut expédiée depuis cette même poste pour un jeu le mot caché. La réponse était délectable... oui vraiment délectable !
Encore un effort :


Nous sommes cette fois à Bourg-Lastic (!) devant... la Poste !
N'est-elle pas étonnante cette construction ? Regardez cet étrange bandeau de béton qui s'enroule autour d'une sorte de pyramide. Il semble que cela soit un balcon, peut-être pour l'appartement situé au premier étage. C'est à la fois massif et sculptural. Là aussi comme dans le cas précédent on notera l'incroyable épaisseur des murs. Elle ne manque pas d'allure cette poste mais qui en est l'architecte ? L'éditeur Sully ne nous informe pas.
Par contre ici :


Cette très jolie et modeste Poste de Biganos nous donne par l'intermédiaire des éditions Artaud le nom des architectes : Messieurs Chaveron Jean et Philippe Bordeaux.
On dirait une villa de Royan, se jouant de l'articulation de volumes simples mais bien proportionnés, d'un jeu d'ouvertures et de matériaux bien sentis. La carte postale fut bien mise dans la boite aux lettres de cette Poste et le cachet nous offre une date et une heure : 19h15, le 23 juillet 1975...
Sur la gauche un terrain en friche et devant la poste un bien joli cyclomoteur.
Plus majestueux, presque ostentatoire : la Poste de Vichy.
L'architecte de cette beauté sobre est Monsieur Azéma qui construisit entre autres le Palais de Chaillot à Paris.
Cette poste eut certainement un grand retentissement car un nombre impressionnant de cartes postales fut édité.
Je vous en propose quelques-unes :




A noter qu'aucune ne donne le nom de l'architecte. On regardera pourtant là aussi un vrai plaisir des volumes bien marqués et soulignés, des ouvertures généreuses formant une modénature épurée et une symétrie rigoureuse donnant à la fois un caractère abstrait et très officiel à cette construction.
Cette Poste pourrait être un palais, une mairie, une préfecture. Elle dit son caractère officiel. Elle est superbe.


Vous remarquerez également la gare routière (?) magnifique bloc de béton sculpté et évidé au toit végétalisé si typique de cette période et qui fait penser à la fois aux dessin de Mallet-Stevens et à Perret.
On peut se demander raisonnablement si Monsieur Azéma n'est pas également l'architecte des chèques postaux de Lille visibles ici :


Cette carte postale des édition de l' Europe nous montre un bâtiment qui d'un point de vue formel à beaucoup à voir avec cet architecte. Une nouvelle fois on s'étonnera aujourd'hui qu'une telle édition fut possible. Qui aujourd'hui ferait une carte postale d'un tel objet architectural ?

jusqu'au 28 septembre.

jeudi 22 juillet 2010

n'y touchez pas


N'y touchez pas à cette tour Montparnasse.
Laissez-nous encore et encore cette force brutale esseulée plantée là contre tous.
Laissez-nous encore jouir de sa teinte marron glacé so chic.
Laissez-nous lire sa forme complexe et son dessin habile.
Ouvrez les yeux et regardez là loin de tous vos préjugés esthétiques faits surtout de lieux communs.
Parce qu'elle est isolée, surplombante et que son ombre presque aussi noire qu'elle agit sur le Paris à cinq étages comme la promesse radieuse d'un avenir idéalisé, elle nous offre comme un rocher, un pic siliceux au cœur de ce même Paris muséal.
J'aime accrocher au loin mes yeux à ce signal.
J'aime savoir que rien ne l'éteint comme est en train de s'éteindre la Défense, une avant-garde de géants sur une île lointaine qui devient un front égalisé où chaque soldat s'écrase l'un derrière l'autre.
N'y touchez pas à cette tour Montparnasse.
Apprenez juste à la regarder.
On trouve encore sur les tourniquets des marchands de journaux sa fierté imprimée sur des cartes postales de son époque.
On les reconnaît facilement, elles ont jauni un peu mais en bas du tourniquet, elles sont là au milieu des vues d'un Paris aujourd'hui de pacotille.
Celle-ci :


Celle-ci est une édition Image qui nous raconte que la visite panoramique est au 56e étage, que la terrasse plein air est au 59e. La hauteur de la tour est de 209m, 262 au-dessus de la mer.
Les fondations sont à 70m en sous-sol, son poids de... 120 000t.
La surface vitrée est de 39 000m2 répartis en 7 200 fenêtres. 7 ascenseurs atteignant le sommet en 40 secondes.
Les architectes sont Urbain Cassan, Eugène Beaudoin, Louis de Marien, Jean Saubot.
1973.
Hier il pleuvait dru sur Paris et à mon grand étonnement, là au pied de la tour Montparnasse il n'y avait aucune goutte de pluie sur ses vitres.
Même la pluie a des égards pour ce monument...

mardi 20 juillet 2010

Group Ludic à Chalon-sur-Saône



Une fois encore on retrouve les très beaux jeux du Group Ludic au pied des immeubles.
Ici nous sommes donc à Chalon-sur Saône grâce à une carte postale Combier.
C'est magnifique de vie, de couleurs, de jeux.



Un petit cow-boy se dirige vers une structure à la manière de Buckminster Fuller qui semble investie par les filles, d'autres sont juchés sur les boules, un peu haut je trouve et j'ai un peu peur pour eux.
Regardez bien d'ailleurs comment ces boules sont reliées par une sorte de tunnel en filet à droite de l'image.


Au loin, au troisième étage une silhouette à la fenêtre surveille de loin les jeux.
La carte postale fut expédiée bien après la réalité de sa prise de vue, en 1995 !
Mais qui construisit ces immeubles de Chalon-sur-Saône ?
Qui décida qu'avec ces boules sur pilotis les enfants vivement colorés de Tergal trouveraient là un terrain d'expression ?
Qui, dans les catalogues de fabricants pointa son doigt sur ceux du Group Ludic ?
Qui et où ?
Et maintenant...

lundi 19 juillet 2010

arlequin 4



Il s'était figé immédiatement, là, à une dizaine de mètres devant la gare de Clamart.
Il avait reconnu au loin la Renault 5 orange des parents de Béatrice.
En fait ils l'attendaient. Le père en gilet noir et la mère dans sa robe bleue italienne.
La veille, la séparation avec Béatrice fut un peu dure c'est certain mais il ne pensait pas possible que celle-ci fît appel à ses parents.
Non, Béatrice était indépendante et n'avait pu demander l'intervention de sa famille dans leur histoire.
Il en était certain, elle n'était pour rien dans la présence de ceux-ci, ici, exactement à l'heure de son train.
Il avait fait d'ailleurs l'erreur de leur indiquer pendant le repas cet horaire de départ, mais à ce moment-là rien ne laissait présager de la suite funeste de cette réunion de famille.
Il se rappelait qu'il y avait encore à peine deux mois, lui et Béatrice avaient passé un bel été à Nice.


Ils avaient pris une chambre à l'Hôtel Continental Masséna sur les conseils d'ailleurs des parents de la jeune femme car une étrange relation amicale avec son père et le directeur de l'établissement leur garantissait un confort et un prix parfaits pour ce genre d'escapade.
L'établissement un rien pépère pour un jeune couple lui permettait tout de même chaque matin de voir Béatrice au lit avec son petit déjeuner et cela suffisait pour le réjouir comme un court travelling amoureux.


Le séjour fut romantique, simple et même un peu attendu. Mais ils étaient heureux, réalisant là enfin une sorte de moment idéal comme on en lit dans les romans à l'eau de rose.
Il fallut pourtant rentrer et sur le chemin du retour passer voir sa famille originaire de la Sarthe.


C'est là, au carrefour de la R.N 23 à Connerré, l'air de rien, qu'il lui demandait enfin s'ils ne pourraient pas envisager de prendre un appartement ensemble. Elle n'avait pas immédiatement répondu car l'autoradio de la Renault 18 réglé un peu fort avait mangé en quelque sorte sa demande. C'était en tout cas ce qu'il avait cru comprendre dans ce retard de réponse. Maintenant il était persuadé qu'Axel Bauer n'avait pas couvert ses paroles mais qu'elle avait bel et bien pris le temps de répondre.
C'était l'expression première d'un doute.
Pourtant dix minutes avant elle ne laissait rien transparaître à cette famille chaleureuse d'agriculteurs, jouant parfaitement le jeu de la jeune et jolie conquête du fils parti en région parisienne.
Elle s'était intéressée à la vie de l'exploitation agricole, ri des chèvres capricieuses et même participé à la confection de la tourte aux champignons avec sa future belle-mère.
Mais quelque temps plus tard, il avait à nouveau formulé cette demande de vie commune. Il l'avait formulée d'ailleurs comme s'il avait entendu oui à la première demande, parlant tout de suite de la ville d'installation, du choix de l'appartement, du coût du loyer.


Mais dans cette salle de détente au foyer d'accueil des malades de l'hôpital Poincaré de Garches où elle travaillait comme jeune infirmière, là aussi elle avait été un peu vague, répondant mollement, lui laissant toujours le choix avec cette réplique fermant toute discussion :
"Tu fais comme tu veux."
Alors, n'y tenant plus, oui, hier soir il lui avait demandé très clairement ce qu'elle désirait vraiment.
Encore une fois il n'avait d'abord obtenu que ce mélange de mots à peine prononcés et de souffles ennuyés.
Il avait saisi son bras un peu fermement, lui avait dit une nouvelle fois son attachement, l'importance possible de leur histoire.
Elle n'avait su que pleurer.
Le bruit de leur dispute était sans doute parvenu jusqu'au salon parental, le claquement brutal de la porte derrière lui avait achevé de dire la violence de la scène.
Et ce matin, devant la gare de Clamart les parents de Béatrice étaient là.
Mais Béatrice était absente.
Que voulaient ses parents ?
Un mot d'excuse, une explication, formuler un regret ?
Il ne savait pas et ne voulut rien savoir.
Sans courage, il fit demi-tour.