jeudi 1 juillet 2010

47 + 3, Torres Blancas

"....A Madrid, les Torres Blancas, d' Oïzas et Fullaondo, sont un simple immeuble d'habitation réalisé en promotion privée. Mais cette construction exceptionnelle est sans doute l'ensemble d'appartements le plus beau du monde, et démontre que l'on peut, même dans l'architecture quotidienne, réaliser des chefs-d'œuvres. "

J'avais lu ça dans le livre Claude Parent architecte, un homme et son métier, Robert Laffont 1975.
J'avais lu ça et regardé ce qui pouvait bien ainsi mériter des éloges de Monsieur Parent.
J'avais été subjugué par les images et je m'étais juré d'aller les voir.
C'est chose faite depuis ce voyage.
Les rêves...
Vous dire ce que j'ai ressenti au pied de la construction est impossible car bien trop fort, un mélange d'une très vive émotion et d'une jubilation qui tend à l'excitation la plus grande.
Partager cela aussi avec mes collègues et les étudiants fut aussi la raison de cette joyeuse confusion.
Il faut dire que parfois on fait passer des choses. Et toutes les difficultés de ce genre de voyage s'effacent devant la stupéfaction de nos étudiants et leur appétit de compréhension, leur ahurissement.
C'est notre récompense.
Merci Monsieur Parent.
Pas de carte postale mais on s'en moque.
Voici des images de votre serviteur :














J'avais rêvé aussi de ces Torres Blancas en lisant l'article qui leur est consacré dans Architecture d'Aujourd'hui d'avril mai 1970, numéro spécial sur l'Espagne dans lequel on trouve un long article de Claude Parent sur la situation de l'architecture de ce pays et une photographie de l'un des deux architectes.
Au fait, il faut tout de même que je vous donne les noms des architectes !
Messieurs Francisco Javier Saenz de Oiza, Juan Daniel Fullaondo, Jose Rafael Moneo.
Merci messieurs. Merci.
Les photographies superbes de l'article sont de Numay.

"Ces tours édifiées dans un quartier périphérique de Madrid comprennent : deux étages en sous-sol, le niveau d'entrée, vingt et un étages d'appartements, un étage intermédiaire de services et deux étages abritant un centre social, avec restaurant, bar, piscine et salle de séjour. implantées sur un terrain de 3600 m2 elles en occupent 900, et sont entourées d'une vaste terrasse-jardin couvrant le parking souterrain. Les services sont groupés au centre de la construction. Les appartements au nombre de 4 par étage sont parfois en duplex, et comprennent chacun de vastes balcons semi-circulaires "












47 + 3, Valence

Aussi incroyable que cela puisse paraître, je n'ai pas acheté de cartes postales des architectures de Monsieur Calatrava à Valence.
Pourquoi ?
Je n'en sais rien...
Peut-être la preuve que la tête parfois occupée à régler des questions de facture, à compter les étudiants, à courir le Vérascope à la main, que la tête donc dit stop et ferme certains volets sur des intérêts pourtant prioritaires.
C'est sans doute aussi le signe qu'une architecture spectaculaire jouant de l'image n'offre que le désir de la capter par soi-même et peu celui de la voir représenter par d'autres...
Il s'agissait sans doute, là, sous les architectures spectaculaires de Monsieur Calatrava de faire MES images.
Mais soudain, pourtant devant cette absence de cartes postales ma valise me semble un peu vide.
Reste que l'ensemble est absolument incroyable, gigantesque et d'une ambition superbe. L'architecture se donne par des coups fulgurants et des espaces renouvelés en permanence. Il s'agit sans aucun doute d'un des morceaux de ville, d'un spectacle pour l'œil parmi les plus beaux que j'aie pu voir. L'échelle ne permet pas le repos et les détails du dessin sont partout soutenus. Aucune faiblesse sauf peut-être l'ordre symbolique derrière lequel l'architecte se replie mais il suffit de lire les structures pour oublier ce détail.
Alors voici des photographies miennes :










Par l'architecte Candela cette fois :



Et Valence c'est aussi, hors du monument, une ville magnifique pleine de surprises.
Echantillons gratuits :

La gare est absolument superbe intérieurement comme extérieurement.
ne pas oublier de regarder les mosaïques et les aménagements.


Une grande variété de styles et toujours un sens aigu des volumes et des façades.
La gestion notamment des angles de rues donnent lieu à de véritables exercices de style. Magnifique.








47 + 3, Portbou

Me voici de retour du périple estudiantin, du voyage d'études.
Encore un peu fatigué par la densité des choses vues, je tente de vous faire partager les objets architecturaux visités ou juste parfois aperçus.
Et comme ce blog est consacré à l'image de l'architecture contemporaine au travers de la carte postale, dans la mesure du possible vous en parler par ce type d'images.
Je devrai, malheureusement, trop souvent vous montrer mes propres clichés, la récolte étant fort maigre...

Portbou.
Ville étonnante au bord d'une falaise, petit port avec une gare superbement disproportionnée qui faisait vivre la ville par sa position frontalière.
Puis l'Europe arrive et la douane est inutile.
La ville s'éteint un peu.
Mais c'est là que Walter Benjamin meurt lors de sa fuite dans sa tentative d'échapper à l'avancée de l'Allemagne nazie.
Et c'est là que Dani Karavan construit pour lui rendre hommage un monument d'une beauté incroyable.
Bien plus qu'une construction, l'artiste nous invite à un parcours puis à une expérience forte de l'espace et de la vision.
Sorte de tranchée permettant la visée dangereuse sur une parcelle tourbillonnante de mer, le corps semble se précipiter dans le vide comme obligé à un saut.
Admirable à la fois par son intégration paysagère, sa modestie presque et par aussi sa puissance formelle faite d'une géométrie métallique le monument s'éparpille dans le paysage en plusieurs séquences allant d'un olivier à la tombe du philosophe dans le cimetière en passant par des petites sculptures dessinant des points de vue.


Sur cette première carte postale multiple Styl Crom on perçoit bien ces séquences.
Trois moments, trois rythmes ici un peu retouchés accentuant l'orange de l'acier rouillant.
Sur cette carte de Portbou aux éditions postales internacional color une flèche est obligée de vous signaler l'endroit car vous ne pourriez le deviner tant la tranchée métallique est dans le paysage, fait paysage.


Sur cette dernière carte postale nous nous trouvons dans cette tranchée étroite. Il reste encore quelques marches à descendre avant d'être retenu par la plaque de verre nous empêchant de tomber dans le précipice.


Verre à la fois fragile et fort, on pourrait dire frustrant.
Mais des vandales dans un geste de dédain essayèrent de le fracturer en vain.
La résistance de cette plaque de verre aux assauts de la stupidité est une bien belle image aussi.
Voici quelques-unes de mes photographies.
La plaque de verre fracturée est donc dans sa résistance encore plus belle :


Le cimetière de Portbou où repose le philosophe. On aperçoit pleinement le monument.





La matière de l'acier est superbe.

Puissance de l'écart produit entre le point de fuite et le sol.

Deux étudiantes, les bras tendus, tentent de mesurer la construction. Il s'agit là d'un travail bien mené et la preuve du désir de comprendre comment l'œuvre fonctionne dans ses proportions.



dimanche 20 juin 2010

Viva !

Dès demain, une boucle qui ira de Portbou à Bilbao.
Cette boucle large passera par Valence et Madrid.
Viva !

mardi 15 juin 2010

Paris, Paris, Paris, Paris

D'abord on se demanderait s'il s'agit encore de Paris.


La carte postale Lyna en exclusivité Desju, nous donnerait La Défense comme nom.
Elle serait même un peu précise avec le nom des tours comme Europe Aquitaine, E.D.F-G.D.F, Vision 80, Aurore, Manhattan G.A.N.
La carte serait datée au stylo bille bleu du 13 12 77.
Mais mon œil regarderait surtout la disposition de la foule, tournée tout entière vers le même point focal.
Mais que se passe-t-il à gauche de l'image ?


Puis dans cette foule je regarderais deux jeunes femmes très différentes. La première à gauche dans un joli ensemble parme volant au vent me ferait penser à Bernadette Lafont dans un Truffaut.
La seconde, cheveux courts et jeans aux pattes extra larges et au sac de toile sérigraphié d'un logo arc-en-ciel à Véronique Jannot dans Pause-café. A-t-elle pris des clichés de l'événement avec son appareil-photo japonais ?
Mais oui, que se passe-t-il ?
Puis, prendre le train.


Gare de Lyon depuis le pont Charles de Gaulle.
Une carte postale Alliance à la photographie de Marc Leconte.
Celui-ci détermine un cadrage serré enfermant le beffroi entre des tours froides et noires.
Le pont au tablier taillé dans une superbe courbe disposerait d'une nuée de lampadaires indiquant l'épuisement perspectif, du plus grand au plus petit.
Tout cela est écrasé pour former une image de ville dense, implacablement moderne et glacée.
A vrai dire superbe.
La carte postale nous donnerait alors le nom des architectes de ce bel ouvrage d'art : messieurs Louis Arretche, Roman Karasinski, Marcel Nouviale.
Avant démolition et regrets patrimoniaux, voir encore le Forum des Halles.


Le voir quatre fois dans de petites fenêtres, au temps de sa gloire giscardienne, sa gloire d'avenir chic.
Paris c'est chic sous les courbes blanches d'une véranda commerciale bien dessinée.
Un trou comblé d'une architecture épuisée en 30 ans.
Tenter de faire mieux à moins de décider que l'endroit devienne en permanence un concours d'architecture.
Déclarons la destruction complète tous les 20 ans des Halles et leur reconstruction. Dans une vie voir trois ou quatre lieux différents au même endroit.
La carte postale Abeille-Lyna nous donne le nom des architectes qui n'ont pas ici démérité quoi qu'on dise aujourd'hui : messieurs Vasconi et Pencreac'h.
Et la grande architecture :


Ledoux rencontre Bernard Huet à moins que cela ne soit le contraire.
La place Stalingrad au métro frôlant la superbe rotonde dans un geste tellement hardi digne de la ville de Jules Verne.
Et si la définition de la ville c'était ce genre de collage, offrant soudain du haut du métro un regard impossible.
Et l'architecte d'aujourd'hui regardant et analysant la place, vivant avec le lieu, mesurant, arpentant, définissant réinvente une place en achevant le travail de l'autre, celui disparu au fond d'un registre formel qui couve encore dans les esprits post-modernes.
Merveille de dessin, de géométrie, d'équilibre ressentie ici avec hommage, sans timidité.
Le photographe accuse le jet d'eau de parodie et le gris de l'eau sectionne l'image en deux. Derrière le métro, les égarements de la spéculation immobilière, les ratages du genre, la citation balbutiée puis crachée à prix d'or...
Paris, Paris, Paris, Paris.