jeudi 1 juillet 2010

47 + 3, Valence

Aussi incroyable que cela puisse paraître, je n'ai pas acheté de cartes postales des architectures de Monsieur Calatrava à Valence.
Pourquoi ?
Je n'en sais rien...
Peut-être la preuve que la tête parfois occupée à régler des questions de facture, à compter les étudiants, à courir le Vérascope à la main, que la tête donc dit stop et ferme certains volets sur des intérêts pourtant prioritaires.
C'est sans doute aussi le signe qu'une architecture spectaculaire jouant de l'image n'offre que le désir de la capter par soi-même et peu celui de la voir représenter par d'autres...
Il s'agissait sans doute, là, sous les architectures spectaculaires de Monsieur Calatrava de faire MES images.
Mais soudain, pourtant devant cette absence de cartes postales ma valise me semble un peu vide.
Reste que l'ensemble est absolument incroyable, gigantesque et d'une ambition superbe. L'architecture se donne par des coups fulgurants et des espaces renouvelés en permanence. Il s'agit sans aucun doute d'un des morceaux de ville, d'un spectacle pour l'œil parmi les plus beaux que j'aie pu voir. L'échelle ne permet pas le repos et les détails du dessin sont partout soutenus. Aucune faiblesse sauf peut-être l'ordre symbolique derrière lequel l'architecte se replie mais il suffit de lire les structures pour oublier ce détail.
Alors voici des photographies miennes :










Par l'architecte Candela cette fois :



Et Valence c'est aussi, hors du monument, une ville magnifique pleine de surprises.
Echantillons gratuits :

La gare est absolument superbe intérieurement comme extérieurement.
ne pas oublier de regarder les mosaïques et les aménagements.


Une grande variété de styles et toujours un sens aigu des volumes et des façades.
La gestion notamment des angles de rues donnent lieu à de véritables exercices de style. Magnifique.








47 + 3, Portbou

Me voici de retour du périple estudiantin, du voyage d'études.
Encore un peu fatigué par la densité des choses vues, je tente de vous faire partager les objets architecturaux visités ou juste parfois aperçus.
Et comme ce blog est consacré à l'image de l'architecture contemporaine au travers de la carte postale, dans la mesure du possible vous en parler par ce type d'images.
Je devrai, malheureusement, trop souvent vous montrer mes propres clichés, la récolte étant fort maigre...

Portbou.
Ville étonnante au bord d'une falaise, petit port avec une gare superbement disproportionnée qui faisait vivre la ville par sa position frontalière.
Puis l'Europe arrive et la douane est inutile.
La ville s'éteint un peu.
Mais c'est là que Walter Benjamin meurt lors de sa fuite dans sa tentative d'échapper à l'avancée de l'Allemagne nazie.
Et c'est là que Dani Karavan construit pour lui rendre hommage un monument d'une beauté incroyable.
Bien plus qu'une construction, l'artiste nous invite à un parcours puis à une expérience forte de l'espace et de la vision.
Sorte de tranchée permettant la visée dangereuse sur une parcelle tourbillonnante de mer, le corps semble se précipiter dans le vide comme obligé à un saut.
Admirable à la fois par son intégration paysagère, sa modestie presque et par aussi sa puissance formelle faite d'une géométrie métallique le monument s'éparpille dans le paysage en plusieurs séquences allant d'un olivier à la tombe du philosophe dans le cimetière en passant par des petites sculptures dessinant des points de vue.


Sur cette première carte postale multiple Styl Crom on perçoit bien ces séquences.
Trois moments, trois rythmes ici un peu retouchés accentuant l'orange de l'acier rouillant.
Sur cette carte de Portbou aux éditions postales internacional color une flèche est obligée de vous signaler l'endroit car vous ne pourriez le deviner tant la tranchée métallique est dans le paysage, fait paysage.


Sur cette dernière carte postale nous nous trouvons dans cette tranchée étroite. Il reste encore quelques marches à descendre avant d'être retenu par la plaque de verre nous empêchant de tomber dans le précipice.


Verre à la fois fragile et fort, on pourrait dire frustrant.
Mais des vandales dans un geste de dédain essayèrent de le fracturer en vain.
La résistance de cette plaque de verre aux assauts de la stupidité est une bien belle image aussi.
Voici quelques-unes de mes photographies.
La plaque de verre fracturée est donc dans sa résistance encore plus belle :


Le cimetière de Portbou où repose le philosophe. On aperçoit pleinement le monument.





La matière de l'acier est superbe.

Puissance de l'écart produit entre le point de fuite et le sol.

Deux étudiantes, les bras tendus, tentent de mesurer la construction. Il s'agit là d'un travail bien mené et la preuve du désir de comprendre comment l'œuvre fonctionne dans ses proportions.



dimanche 20 juin 2010

Viva !

Dès demain, une boucle qui ira de Portbou à Bilbao.
Cette boucle large passera par Valence et Madrid.
Viva !

mardi 15 juin 2010

Paris, Paris, Paris, Paris

D'abord on se demanderait s'il s'agit encore de Paris.


La carte postale Lyna en exclusivité Desju, nous donnerait La Défense comme nom.
Elle serait même un peu précise avec le nom des tours comme Europe Aquitaine, E.D.F-G.D.F, Vision 80, Aurore, Manhattan G.A.N.
La carte serait datée au stylo bille bleu du 13 12 77.
Mais mon œil regarderait surtout la disposition de la foule, tournée tout entière vers le même point focal.
Mais que se passe-t-il à gauche de l'image ?


Puis dans cette foule je regarderais deux jeunes femmes très différentes. La première à gauche dans un joli ensemble parme volant au vent me ferait penser à Bernadette Lafont dans un Truffaut.
La seconde, cheveux courts et jeans aux pattes extra larges et au sac de toile sérigraphié d'un logo arc-en-ciel à Véronique Jannot dans Pause-café. A-t-elle pris des clichés de l'événement avec son appareil-photo japonais ?
Mais oui, que se passe-t-il ?
Puis, prendre le train.


Gare de Lyon depuis le pont Charles de Gaulle.
Une carte postale Alliance à la photographie de Marc Leconte.
Celui-ci détermine un cadrage serré enfermant le beffroi entre des tours froides et noires.
Le pont au tablier taillé dans une superbe courbe disposerait d'une nuée de lampadaires indiquant l'épuisement perspectif, du plus grand au plus petit.
Tout cela est écrasé pour former une image de ville dense, implacablement moderne et glacée.
A vrai dire superbe.
La carte postale nous donnerait alors le nom des architectes de ce bel ouvrage d'art : messieurs Louis Arretche, Roman Karasinski, Marcel Nouviale.
Avant démolition et regrets patrimoniaux, voir encore le Forum des Halles.


Le voir quatre fois dans de petites fenêtres, au temps de sa gloire giscardienne, sa gloire d'avenir chic.
Paris c'est chic sous les courbes blanches d'une véranda commerciale bien dessinée.
Un trou comblé d'une architecture épuisée en 30 ans.
Tenter de faire mieux à moins de décider que l'endroit devienne en permanence un concours d'architecture.
Déclarons la destruction complète tous les 20 ans des Halles et leur reconstruction. Dans une vie voir trois ou quatre lieux différents au même endroit.
La carte postale Abeille-Lyna nous donne le nom des architectes qui n'ont pas ici démérité quoi qu'on dise aujourd'hui : messieurs Vasconi et Pencreac'h.
Et la grande architecture :


Ledoux rencontre Bernard Huet à moins que cela ne soit le contraire.
La place Stalingrad au métro frôlant la superbe rotonde dans un geste tellement hardi digne de la ville de Jules Verne.
Et si la définition de la ville c'était ce genre de collage, offrant soudain du haut du métro un regard impossible.
Et l'architecte d'aujourd'hui regardant et analysant la place, vivant avec le lieu, mesurant, arpentant, définissant réinvente une place en achevant le travail de l'autre, celui disparu au fond d'un registre formel qui couve encore dans les esprits post-modernes.
Merveille de dessin, de géométrie, d'équilibre ressentie ici avec hommage, sans timidité.
Le photographe accuse le jet d'eau de parodie et le gris de l'eau sectionne l'image en deux. Derrière le métro, les égarements de la spéculation immobilière, les ratages du genre, la citation balbutiée puis crachée à prix d'or...
Paris, Paris, Paris, Paris.

lundi 14 juin 2010

trois en noir et blanc

Aucune autre raison de rassembler ces trois-là que la belle qualité du noir et blanc des cartes postales et l'intérêt historique des trois constructions, vous me direz, c'est déjà pas mal...
On commence :


Ce magnifique document postal nous est offert par les éditions Gaby pour Artaud. La carte postale fut expédiée en 1957 et son charme est total.
Ce point de vue assez rare sur le marché permet aussi de mieux saisir que celui-ci est comme posé sur une butte.
Posé est le verbe juste car la coquille de béton est bel est bien déposée sur son sol.
L'éditeur nous indique également le nom de l'architecte Monsieur Ursault.
Beauté équilibrée des gris, cadrage serré et véhicules d'époque confèrent à cette carte postale une belle place dans ma collection.


Je crois bien que nous avons affaire à un Lambretta et non un Vespa, à une 4cv neuve et une traction avant impeccable...
Je ne me lasse pas d'admirer l'extraordinaire finesse de la coquille de béton.
Béton ?


Pas tant que ça pour cette construction...
Je vous entends me dire que oui le couvent des dominicains d'Eveux de le Corbusier est bien en béton et vous avez raison sauf que ce que vous avez sous les yeux est... une maquette !
D'ailleurs au dos on peut lire un petit texte de soutien à la construction et voir un petit dessin qui reprend les formes de l'accueil.
Et si ce dessin était du Maître... je frémis !


On remarquera que cette maquette pousse l'illusion jusqu'à nous leurrer avec des moines miniatures.


Reste un document exceptionnel de qualité. La maquette fut d'ailleurs fabriquée par le Père Sage O.P. et c'est si rare que cela est inscrit au dos comme d'ailleurs le nom du photographe Recamier.
Une chose historique et importante :


Nous sommes à Bagnols-sur-Cèze dans le Gard et notre guide vous dira que les architectes de cette réalisation qui marqua l'histoire de l'urbanisme en France furent messieurs Candilis, Josic et Woods.
Mais il ne vous dira pas que la ville est encore en chantier sur cette carte postale S.L expédiée en 1959.
On se réjouira de la séparation horizontale de l'image accentuant la géométrie de l'ensemble.
On aimera également la forme vide de la petite construction et l'absence totale de visiteur.
En cherchant sur internet, je vois que ni le site officiel de la ville, ni le site de l'office de tourisme de Bagnols-sur Cèze ne rendent hommage au travail effectué ici.
Un signe des temps sans aucun doute. La greffe n'a pas dû prendre ou confondue avec une mauvaise herbe.

dimanche 13 juin 2010

le luxe par l'escalier

Des fois on ne sait pas trop quoi mettre, quoi écrire.
Le fonds est là, dans des boîtes blanches Ikéa.
Des centaines de cartes postales qui dorment.
Alors mon index fait comme un folioscope rapide et feuillette les images dans un film saccadé aux images lentes et fixes.
Puis soudain, on ne sait pourquoi, on sent qu'il faut parler de cela ou de ceci.
Ce matin c'est l'Amérique du Nord.
C'est le spectacle, une certaine classe internationale.
C'est l'architecture des monuments, l'architecture des grands programmes, celle qui fonde un architecte qui l'assoit dans la ville et l'histoire : un Opéra ou un centre pour les Arts du Spectacle.


Nous sommes à New York au Lincoln Center devant le Metropolitan Opera House.
Le photographe choisit la nuit tombante qui permet grâce à l'éclairage intérieur de lire l'espace interne du hall.
On devine de grandes peintures, un éclairage puissant et un luxe chic et sobre.
Dans le retrait d'une colonnade un rien sèche, un dessin de grille étrange isole intérieur et extérieur.
Je le trouve un peu lourd ce dessin.
Certainement que l'architecte Wallace K. Harrison par ce grand volume ouvert et transparent s'amusa d'un contraste avec le reste de la machine à spectacle, elle, totalement fermée ne révélant rien des entrailles des coulisses.
Ici, il faut voir la ville, être vu d'elle quand les limousines et les taxis vous déposent devant la fontaine circulaire.
Le spectacle commence bien ici, sur cette place qui s'étire jusqu'à votre fauteuil.


Et pour construire ce jeu de piste social, rien de tel qu'un escalier vrillé, courbé qui vous révélera un coup de dos, un coup de face aux autres visiteurs. Votre tenue et les efforts que vous aurez fait pour celle-ci auront alors leur justification quand marche après marche la coupe parfaite de votre blazer italien ou de votre robe longue diront qui vous êtes.
Bien évidemment la main gantée refusera la rampe et préférera tenir un bras solide et d'un peu loin en vous tournant légèrement vous ferez un sourire à John et son épouse que vous n'aviez pas vus depuis la dernière représentation de Carmen l'été dernier.


Vous ne regarderez pas la beauté stupéfiante de cette courbe de l'escalier. Vous la vivrez, un point c'est tout car finalement la grande architecture est celle-là même qui se fait oublier, si douce à la cérémonie sociale.
Le rouge du tapis aussi épais que celui de la moquette de la Lincoln Continental Mark III qui vous a conduit ici.
Les noms disent les choses.
Tout de même, le temps d'une courte pose vous vous retournerez sur la nuit noire de New York et vous confondrez les étoiles un peu pâles du dehors avec la brillance des superbes suspensions.
En bas, en imperméable, une allure d'inspecteur de police attendra on ne sait qui, on ne sait quoi et vous aurez malgré vous une inquiétude au ventre.
Mais la musique...
Et le lendemain :


Cette fois c'est le taxi qui vous aura amenés ici à nouveau. Vous êtes venus avec les ballons jaunes des enfants, vous leur aviez promis.
Ils voulaient voir où vous alliez comme ça tard le soir, les laissant avec la nourrice.
Le jet d'eau éclabousse un peu les souliers vernis et les mains dans les poches votre mari regarde les mains dans l'eau des enfants heureux.
Et puis la petite famille ira chercher des billets pour le spectacle de danse russe. On dit que les costumes y sont d'une grande fraîcheur et que le spectacle respire la joie de vivre.
On dit ça oui, sur la Cinquième.
Mais le chauffeur à la maison a dû préparer la voiture pour rejoindre ce soir Philadelphie et la grand Tante qui vous y attend.
Dépêchez-vous les enfants, lâchez les ballons, points jaunes à jamais dans le ciel bleu de New York.

Les trois cartes postales du Metropolitain Opéra House sont éditées par Alma et photographiées par Franck Dunand.

Celle du Lincoln Center for the Performing Arts est une édition Manhattan Post Card et elle est datée de 1964.