vendredi 11 juin 2010

Hansjörg Schneider gratte et coupe

Hansjörg Schneider est un artiste allemand.
les fidèles le connaissent et savent bien qui il est. Les autres iront ici ou encore ici.
Je reçois en échange de quelques cartes postales françaises envoyées à Hansjörg, une bien belle réponse avec deux exemples de son travail sur les cartes postales.
D'abord une vue irréelle du marché de Royan qui dit bien la compréhension qu'a Hansjörg de l'architecture du bâtiment.


Dégagée du ciel, dégagée du sol, la coquille flotte dans un éther de mine graphite. Ce brouillard gris que le papier délicatement arraché autour de la forme donne à voir place soudainement cette construction dans une ambiance un peu minérale et crayeuse.
Cette vision est bien celle d'une coquille de nacre, d'un galet trouvé sur la plage.
Par transparence, la vue du verso est aussi très belle et fantomatique.


Pour l'autre carte postale, nous sommes un peu plus dans le registre de l'artiste avec des découpes judicieusement effectuées directement dans la carte postale.
On sait que l'artiste procède ainsi pour donner à voir dans de monumentaux découpages de papier blanc les architectures uniquement par l'apparition des ouvertures dessinées par les vides des découpages.
Comme il est difficile de vous montrer cette carte postale j'ai tenté deux approches, d'abord descriptive :


Puis un peu plus fantasque en tentant de remplir les vides du découpages par l'architecture de Le Corbusier à travers d'autres cartes postales :
Voyez :





Alors il est grand temps pour moi de remercier Hansjörg, de dire la chance que j'ai et que bien évidemment cela me donne furieusement envie d'envoyer en Allemagne de nouvelles cartes postales !

lundi 7 juin 2010

Hommage à Jean Le Couteur

Sur ce blog nous avons déjà souvent évoqué l'architecte Jean Le Couteur surtout, il est vrai, par la présence au Mans d'une belle barre d'habitation, le long de la Sarthe.
Sa grille magnifique et différenciée selon l'orientation du bâtiment, je la vois toutes les semaines depuis mon hôtel.
En écoutant avec un léger délais, l'émission toujours excellente de Monsieur Chaslin Métropolitains j'apprends à regret le décès du grand architecte.
Rendons lui hommage avec ceci :


Nous sommes au Cap d'Agde.
Étrange vue d'avion qui met en avant l'espace de jeux en plein air et rejette au loin la ville nouvelle imitation ancien.
C'est évidemment là que tout tient dans ce souci d'intégration qui réfute le camouflage en tentant même de prendre le pli d'une certaine modernité.
Où se loge-t-elle d'ailleurs ?
Dans les plans urbains, les plans des logements et le confort moderne ?
Rapprochons-nous.


Nous sommes quai de Luno.
Couleurs sable et ocre rouge, arcade en découpe, sections étroites et sections longues, tuile romane et balcon rentré jouent le jeu des images de la ville méditerranéenne avec brio d'ailleurs. C'est gai et pimpant. C'est neuf.
Pas d'automobile, des piétons au ras de l'eau sous des parasols jouissent, semble-t-il, du soleil et du bleu du ciel de cette édition MAR.
Une autre détente :


Du haut de la rampe, le photographe cadre le paysage radieux d'une après-midi au soleil.
On retrouve le même jeu formel et plastique. La piscine bleue tente de rendre jaloux le ciel et le baby-foot n'intéresse qu'une bien trop petite fille.
On sent que tout cela vient d'être planté. Cela doit ressembler trait pour trait aux images des promoteurs. La carte postale MAR fut expédiée en 1978. Elle nous donne une localisation bien précise avec Résidence Agathea.
Cette fois c'est Port St-Clair au édition la Cigogne.


Admirons le travail des décrochements rythmant, il faut l'avouer avec succès, cette façade qui joue elle aussi de tons ocre.
Dessous c'est le centre commercial rangé sous les arcades.
Un monsieur torse nu étale sa serviette de bain d'un rouge qui fait un contrepoint magnifique avec l'azalée au premier plan.
Hasard de la subtilité des cadrages des photographes de cartes postales...
Pour finir, je vous donne la page de notre guide vénéré d'architecture contemporaine en France.
Vous verrez la dent est un peu dure !
A raison peut-être... Mais il faut toujours relativiser une parole trop contemporaine et regarder à nouveau cette réalisation.
Pour ma part, n'ayant jamais mis les pieds au Cap d'Agde, je garderai de l'œuvre de Monsieur Le Couteur notre belle barre du Mans dont pourtant les espaces entre les beaux pilotis furent comblés...



dimanche 6 juin 2010

triangle, cercle, trapèze

Trois architectures.
Trois lieux.
Trois programmes.
Des points en commun : une certaine puissance, une radicalité et un sens aigu du paysage.
D'abord revenons sur un lieu et un moment déjà vu sur ce blog avec cette carte postale Lyna :


On retrouve le Palais du C.N.I.T et ses jardinières moribondes mais on retrouve aussi la soucoupe volante Futuro de Suuronen posée devant la merveille de béton. On détaille d'ailleurs un peu mieux l'objet ici :


Il semble que les martiens ou les vénusiens aient un sens profond de la détente car au pied de la soucoupe volante des parasols et des chaises permettent de boire un godet en toute tranquillité.
Qui aurait des souvenirs de cette soucoupe, qui saurait ce qu'elle fait là ?
Dans un tout autre genre :


Tout est dit sur le recto de cette carte postale premier jour.
Le nom de l'architecte, Monsieur Renaudie dont vous savez ma totale admiration, le nom du lieu, Givors dont vous connaissez l'incroyable beauté et la date de l'événement le 20 avril 1985.
Si l'image n'est pas flatteuse avec sa teinte grise généralisée et la verdure absente il faut savoir regarder cet endroit, s'y promener et jubiler de sa parfaite implication dans la topographie de la ville, s'appuyant contre une falaise de rocher, venant à la fois l'épouser et l'inventer.
Vous devrez vous y rendre un jour.
Et ici ?


Alors ? Où sommes-nous d'après vous ?
Je vous le dis tout net, nous sommes aux U.S.A, en Arizona à Sedona pour être très précis.
Cette chose étrange et splendide a connu une belle fortune critique puisque je la retrouve dans mon ouvrage sur Les Eglises modernes à travers le monde de Joseph Pichard et surtout dans le numéro 71 de Architecture d'Aujourd'hui d'avril 1957. Je vous propose ici des extraits de l'article qui insiste et c'est logique sur l'identité paysagère du lieu et la valeur symbolique du signe et de son dépouillement.
Les architectes sont Messieurs Anshen et Allen.









mercredi 2 juin 2010

la neige sur les églises

L'église c'est l'assemblée des fidèles et pas la construction qui l'abrite.
Voilà qui est dit.
Reste que parfois dans l'histoire de l'architecture, la construction qui abrite l'assemblée a su trouver une expression, une forme qui transcende la question et autorise le passant, l'impie, l'athée à tenter pendant quelques instants furtifs de faire partie de l'assemblée.
L'architecte Jean Marol à l'Alpe-d'Huez a réussi cela.


Une forme un peu molle s'enroule autour d'un mât, presque une tour et laisse tomber des pentes de toit comme une toile de tente un peu tendue.
Le dynamisme ainsi créé l'air de rien signe le paysage.
J'aime cette architecture parfois juste à la limite parce que trop symbolique, trop référencée s'excusant par des citations d'être moderne.
J'aime cette fragilité qui pourrait passer pour des maladresses dans des formes hésitant entre fonction, gratuité formaliste et désir de faire image.
Par exemple ici la bulle au sommet de la tour.
Je ne l'aime pas mais à la fois également elle me touche. Elle veut dire la lumière intérieure généreuse et guidée, elle veut dire "canon de lumière". Mais elle finit l'élan, l'achève en un objet un rien artificiel, trop technique peut-être comme un hublot.
Cela m'émeut cette impossibilité finalement à une grande radicalité qui est parfois aussi à tort émise comme une qualité.
Sur cette carte postale Cellard expédiée en 1976, l'église vient juste d'être achevée et les abords sont encore en chantier.
Rapprochons-nous :


Toujours chez Cellard éditeur et du même point de vue simplement rapproché, Notre-Dame des Neiges porte ici bien son nom. On imagine facilement comment la poudre blanche glisse sur les pentes et parfois s'y accroche formant un tipi de neige.
Au pied :


D'ici l'aspect d'enroulement est moins visible et c'est le clocher traité en campanile qui prend le dessus. L'entrée semble même un peu faible, moins ambitieuse formellement comme pour nous dire de ne pas avoir peur de l'étrangeté de la construction un contrepoint à son originalité, une invitation tendre à entrer.
Encore un tas de terre à gauche, l'église est-elle ouverte ?
Entrons...


Je vous l'avais dit.
Incroyable.
Ici le dessin de la charpente appuyée sur le fût de béton brut fait tout le travail en offrant à la lumière de donner son maximum.
Elle arrive du haut, de la bulle et descend largement. La manière dont le cylindre est taillé à sa base est superbe. Quel travail !
Regardez comme la violence de la lumière extérieure produit la blancheur totale des ouvertures, les vide de paysage.
Descendons :



Nous sommes dans la crypte.
Ici la place est faite au béton qui à son tour dessine, sculpte une croix dans le ciel de la crypte. Regardez bien le petit carré au centre, c'est l'ouverture que l'on voit au centre du cercle sur la carte postale précédente. La crypte est donc bien sous le cylindre de l'autel.
Le béton brut ici est parfait, un rien gras parfois entre les planches de son coffrage. Ses défauts sont ceux aimés des pierres de taille et procurent couleurs, ombres et matières dans une grande rusticité nécessaire au lieu. Superbe.
Le petit autel (? ) est magnifique et son point d'interrogation fort intriguant.
Merci Monsieur Marol.
Beaucoup plus rare maintenant et surtout disparue :


Nous sommes au Québec devant ce qui fut l'église St Marcel de Chibouganau considérée longtemps comme une merveille de l'architecture moderne.
Ça c'est l'éditeur qui le dit.
Et le ton est donné car l'église fut bel et bien détruite en 1998.
Je ne sais pas pourquoi. Le feu qui couve sous la glace ?
Pourtant quelle merveille non ?
Elancée et large, puissante sur sa base comme fendue, un peu trop marquée d'un mouvement de tremplin de ski, cette église est tout de même un sacré (!) morceau.
Difficile de comprendre sa structure et de lire le plan mais il semble qu'il pourrait bien y avoir là aussi de belles prouesses.
Alors si un cousin québécois peut nous renseigner. Les architectes de cette beauté disparue furent Saint-Gelais, Tremblay et Tremblay.
Une petite chose :


Nous sommes à Saint Gervais les bains, au Bettex devant la Chapelle Bettex-Taguy.
La carte postale nous montre l'édifice presque caché complètement par la neige qui s'accroche à son toit tout de triangles. On devine une belle petite chose qui malheureusement ici manque un peu de lisibilité.
Mais j'aime le triangle blanc jouant avec les triangles du toit.
Les éditions de l'Europe ne nous donnent pas le nom de l'architecte.
C'est bien dommage mais cette modestie rejoint celle de la construction.

mardi 1 juin 2010

du travail, du peuple.

En rangeant ce matin le Palais des Sports de Lyon vu ici, je tombe sur une carte postale déjà attribuée à son architecte Monsieur Weckerlin.
Et quelle carte postale !
Superbe...


Il s'agit, c'est écrit dessus de la Maison du Peuple de Vénissieux qui date de 1934.
Symétrie parfaite faisant angle, emboîtage des volumes formant un retrait qui invite sous le porche à entrer, on admirera aussi le rattrapage de niveau de l'escalier et la subtile alliance des courbes très généreuses à l'horizontale et les droites toute en verticalité.
Quel beau bâtiment !
J'aime aussi la typographie sur le fronton. Aujourd'hui il semble qu'il s'agisse surtout d'un théâtre.
D'une toute autre puissance formelle :


Nous sommes à Genève. La carte postale vous donne la fonction du lieu : bureau international du travail.
Lors de la découverte de cette carte postale, j'ai surtout lorgné sur les piliers massifs et beaux. J'étais certain d'avoir affaire à quelque chose...
Eh bien si je vous dis que les architectes de cette chose énorme sont messieurs Nervi, Beaudouin et Camenzind vous aurez compris l'intérêt que j'y porte.
La couleur grise du bâtiment en courbe est due à une façade traitée en aluminium brut et non traité.
Et même si on a du mal à lire sur cette vue multiple le plan du bâtiment, sa masse, suffisent à me réjouir.





Et puis comme une boucle pas tout à fait fermée, on se souvient que Monsieur Beaudouin a fait lui aussi une Maison du Peuple et pas des moindres, celle de Clichy, l'une des plus révolutionnaires qui soit avec Messieurs Lods et Prouvé.
Mais je suis désolé, je n'ai pas de carte postale...


lundi 31 mai 2010

Paul Andreu, multiples



Je ne vous ferai pas l'article sur la beauté, la justesse et la perfection fonctionnelle de cet aéroport Charles de Gaulle de Monsieur Andreu.
La fortune critique est riche, les articles foisonnants et... je suis un peu fatigué.
Vous trouverez facilement toutes les informations sur le net.
Alors juste comme ça la carte postale et toutes ses vues agrandies pour se réjouir encore et encore de sa beauté.
La carte postale est une édition Pi en concession exclusive de l'Aéroport de Paris. Pas de date mais nous sommes forcément après 1974.






Pour finir, regardons dans notre guide et amusons-nous de la permanence du texte critique et du remplacement de la photographie de chantier de la première édition par une photographie de l'aéroport terminé sur la seconde édition.



dimanche 30 mai 2010

l'habit ne fait pas.

Voyez :


Vous connaissez cet endroit.
Regardez bien les fenêtres.
Non nous ne sommes pas dans une brasserie de la gare, dans un relais-château.
Nous sommes bel et bien dans une des constructions les plus stupéfiantes du siècle dernier, un machin moderne superbe ne manquant pas d'humour.
Alors ?
Stupéfiant et humour ?
Vous ne voyez pas....
Regardez bien les photos sur le mur... arrondi.
Bravo !
L'Atomium !
Cette carte postale nous montre en effet l'intérieur totalement décalé du restaurant juché dans l'une des sphères du monument bruxellois.
La carte postale fait partie d'un dépliant Photolook nous montrant trois restaurants au "style et ambiance différents où l'art culinaire, le service et le cadre vous séduiront grâce à la compétence et l'expérience réunies de Jean et Sylnano " (sic ! )
Sauf que... l'ambiance des trois restaurants est partout la même et que je vous les épargnerais bien.
Fauteuils Henri quelque chose, velours rouge ou gris pour que les taches de vin se voient le moins possible, bougeoirs argentés n'éclairant rien, nous passerons sur le parasol à l'intérieur du restaurant.
On admirera la photographie du lieu sur le mur ici :


Et surtout on observera que les propriétaires ont cru bon de rappeler à leurs clients où ils se trouvaient en leur proposant une maquette de l'Atomium à l'intérieur de la salle.


On ne sait jamais quelquefois qu'ils oublieraient...
Et puis comme signature de sa présence, dans un acte manqué, le photographe laisse la signature de l'éclat de son flash dans l'argenterie. Malgré l'agrandissement, malheureusement il reste sans visage mais la lumière de son matériel signe sa présence.


Et comme un bonheur n'arrive jamais seul voici la carte postale montrant l'extérieur :


La boule rouge dit bien où nous sommes. D'ici et de là, de l'intérieur vers l'extérieur, troublant jeu d'indifférence au genre du lieu, un peu comme le Capitaine Nemo dans son sous-marin ultramoderne décoré en grand style bourgeois. Comment vous dire la joie profonde pour moi de voir ainsi dans l'édition même ce jeu de situation, cette manière de dire l'important de l'image, son centre en quelque sorte. A grands coups de peinture rouge imaginaire, recouvrir le lieu, lui donner un peu plus de localisation. Enfin, une carte postale auto-située...


Voyez cette dernière carte postale :


Toute l'équipe au complet avec au centre ceux qui pourraient bien être Jean et Sylvano.


Et toutes ces toques dressées comme des petites architectures de tourelles voulant protéger la grande cuisine s'alignent au pied de la molécule de fer toujours et encore superbe.
J'irais bien y manger dans ce lieu ultra-belge fait d'écarts géniaux, de jeux d'images.
Merci Claude pour cette découverte.