dimanche 6 juin 2010

triangle, cercle, trapèze

Trois architectures.
Trois lieux.
Trois programmes.
Des points en commun : une certaine puissance, une radicalité et un sens aigu du paysage.
D'abord revenons sur un lieu et un moment déjà vu sur ce blog avec cette carte postale Lyna :


On retrouve le Palais du C.N.I.T et ses jardinières moribondes mais on retrouve aussi la soucoupe volante Futuro de Suuronen posée devant la merveille de béton. On détaille d'ailleurs un peu mieux l'objet ici :


Il semble que les martiens ou les vénusiens aient un sens profond de la détente car au pied de la soucoupe volante des parasols et des chaises permettent de boire un godet en toute tranquillité.
Qui aurait des souvenirs de cette soucoupe, qui saurait ce qu'elle fait là ?
Dans un tout autre genre :


Tout est dit sur le recto de cette carte postale premier jour.
Le nom de l'architecte, Monsieur Renaudie dont vous savez ma totale admiration, le nom du lieu, Givors dont vous connaissez l'incroyable beauté et la date de l'événement le 20 avril 1985.
Si l'image n'est pas flatteuse avec sa teinte grise généralisée et la verdure absente il faut savoir regarder cet endroit, s'y promener et jubiler de sa parfaite implication dans la topographie de la ville, s'appuyant contre une falaise de rocher, venant à la fois l'épouser et l'inventer.
Vous devrez vous y rendre un jour.
Et ici ?


Alors ? Où sommes-nous d'après vous ?
Je vous le dis tout net, nous sommes aux U.S.A, en Arizona à Sedona pour être très précis.
Cette chose étrange et splendide a connu une belle fortune critique puisque je la retrouve dans mon ouvrage sur Les Eglises modernes à travers le monde de Joseph Pichard et surtout dans le numéro 71 de Architecture d'Aujourd'hui d'avril 1957. Je vous propose ici des extraits de l'article qui insiste et c'est logique sur l'identité paysagère du lieu et la valeur symbolique du signe et de son dépouillement.
Les architectes sont Messieurs Anshen et Allen.









mercredi 2 juin 2010

la neige sur les églises

L'église c'est l'assemblée des fidèles et pas la construction qui l'abrite.
Voilà qui est dit.
Reste que parfois dans l'histoire de l'architecture, la construction qui abrite l'assemblée a su trouver une expression, une forme qui transcende la question et autorise le passant, l'impie, l'athée à tenter pendant quelques instants furtifs de faire partie de l'assemblée.
L'architecte Jean Marol à l'Alpe-d'Huez a réussi cela.


Une forme un peu molle s'enroule autour d'un mât, presque une tour et laisse tomber des pentes de toit comme une toile de tente un peu tendue.
Le dynamisme ainsi créé l'air de rien signe le paysage.
J'aime cette architecture parfois juste à la limite parce que trop symbolique, trop référencée s'excusant par des citations d'être moderne.
J'aime cette fragilité qui pourrait passer pour des maladresses dans des formes hésitant entre fonction, gratuité formaliste et désir de faire image.
Par exemple ici la bulle au sommet de la tour.
Je ne l'aime pas mais à la fois également elle me touche. Elle veut dire la lumière intérieure généreuse et guidée, elle veut dire "canon de lumière". Mais elle finit l'élan, l'achève en un objet un rien artificiel, trop technique peut-être comme un hublot.
Cela m'émeut cette impossibilité finalement à une grande radicalité qui est parfois aussi à tort émise comme une qualité.
Sur cette carte postale Cellard expédiée en 1976, l'église vient juste d'être achevée et les abords sont encore en chantier.
Rapprochons-nous :


Toujours chez Cellard éditeur et du même point de vue simplement rapproché, Notre-Dame des Neiges porte ici bien son nom. On imagine facilement comment la poudre blanche glisse sur les pentes et parfois s'y accroche formant un tipi de neige.
Au pied :


D'ici l'aspect d'enroulement est moins visible et c'est le clocher traité en campanile qui prend le dessus. L'entrée semble même un peu faible, moins ambitieuse formellement comme pour nous dire de ne pas avoir peur de l'étrangeté de la construction un contrepoint à son originalité, une invitation tendre à entrer.
Encore un tas de terre à gauche, l'église est-elle ouverte ?
Entrons...


Je vous l'avais dit.
Incroyable.
Ici le dessin de la charpente appuyée sur le fût de béton brut fait tout le travail en offrant à la lumière de donner son maximum.
Elle arrive du haut, de la bulle et descend largement. La manière dont le cylindre est taillé à sa base est superbe. Quel travail !
Regardez comme la violence de la lumière extérieure produit la blancheur totale des ouvertures, les vide de paysage.
Descendons :



Nous sommes dans la crypte.
Ici la place est faite au béton qui à son tour dessine, sculpte une croix dans le ciel de la crypte. Regardez bien le petit carré au centre, c'est l'ouverture que l'on voit au centre du cercle sur la carte postale précédente. La crypte est donc bien sous le cylindre de l'autel.
Le béton brut ici est parfait, un rien gras parfois entre les planches de son coffrage. Ses défauts sont ceux aimés des pierres de taille et procurent couleurs, ombres et matières dans une grande rusticité nécessaire au lieu. Superbe.
Le petit autel (? ) est magnifique et son point d'interrogation fort intriguant.
Merci Monsieur Marol.
Beaucoup plus rare maintenant et surtout disparue :


Nous sommes au Québec devant ce qui fut l'église St Marcel de Chibouganau considérée longtemps comme une merveille de l'architecture moderne.
Ça c'est l'éditeur qui le dit.
Et le ton est donné car l'église fut bel et bien détruite en 1998.
Je ne sais pas pourquoi. Le feu qui couve sous la glace ?
Pourtant quelle merveille non ?
Elancée et large, puissante sur sa base comme fendue, un peu trop marquée d'un mouvement de tremplin de ski, cette église est tout de même un sacré (!) morceau.
Difficile de comprendre sa structure et de lire le plan mais il semble qu'il pourrait bien y avoir là aussi de belles prouesses.
Alors si un cousin québécois peut nous renseigner. Les architectes de cette beauté disparue furent Saint-Gelais, Tremblay et Tremblay.
Une petite chose :


Nous sommes à Saint Gervais les bains, au Bettex devant la Chapelle Bettex-Taguy.
La carte postale nous montre l'édifice presque caché complètement par la neige qui s'accroche à son toit tout de triangles. On devine une belle petite chose qui malheureusement ici manque un peu de lisibilité.
Mais j'aime le triangle blanc jouant avec les triangles du toit.
Les éditions de l'Europe ne nous donnent pas le nom de l'architecte.
C'est bien dommage mais cette modestie rejoint celle de la construction.

mardi 1 juin 2010

du travail, du peuple.

En rangeant ce matin le Palais des Sports de Lyon vu ici, je tombe sur une carte postale déjà attribuée à son architecte Monsieur Weckerlin.
Et quelle carte postale !
Superbe...


Il s'agit, c'est écrit dessus de la Maison du Peuple de Vénissieux qui date de 1934.
Symétrie parfaite faisant angle, emboîtage des volumes formant un retrait qui invite sous le porche à entrer, on admirera aussi le rattrapage de niveau de l'escalier et la subtile alliance des courbes très généreuses à l'horizontale et les droites toute en verticalité.
Quel beau bâtiment !
J'aime aussi la typographie sur le fronton. Aujourd'hui il semble qu'il s'agisse surtout d'un théâtre.
D'une toute autre puissance formelle :


Nous sommes à Genève. La carte postale vous donne la fonction du lieu : bureau international du travail.
Lors de la découverte de cette carte postale, j'ai surtout lorgné sur les piliers massifs et beaux. J'étais certain d'avoir affaire à quelque chose...
Eh bien si je vous dis que les architectes de cette chose énorme sont messieurs Nervi, Beaudouin et Camenzind vous aurez compris l'intérêt que j'y porte.
La couleur grise du bâtiment en courbe est due à une façade traitée en aluminium brut et non traité.
Et même si on a du mal à lire sur cette vue multiple le plan du bâtiment, sa masse, suffisent à me réjouir.





Et puis comme une boucle pas tout à fait fermée, on se souvient que Monsieur Beaudouin a fait lui aussi une Maison du Peuple et pas des moindres, celle de Clichy, l'une des plus révolutionnaires qui soit avec Messieurs Lods et Prouvé.
Mais je suis désolé, je n'ai pas de carte postale...


lundi 31 mai 2010

Paul Andreu, multiples



Je ne vous ferai pas l'article sur la beauté, la justesse et la perfection fonctionnelle de cet aéroport Charles de Gaulle de Monsieur Andreu.
La fortune critique est riche, les articles foisonnants et... je suis un peu fatigué.
Vous trouverez facilement toutes les informations sur le net.
Alors juste comme ça la carte postale et toutes ses vues agrandies pour se réjouir encore et encore de sa beauté.
La carte postale est une édition Pi en concession exclusive de l'Aéroport de Paris. Pas de date mais nous sommes forcément après 1974.






Pour finir, regardons dans notre guide et amusons-nous de la permanence du texte critique et du remplacement de la photographie de chantier de la première édition par une photographie de l'aéroport terminé sur la seconde édition.



dimanche 30 mai 2010

l'habit ne fait pas.

Voyez :


Vous connaissez cet endroit.
Regardez bien les fenêtres.
Non nous ne sommes pas dans une brasserie de la gare, dans un relais-château.
Nous sommes bel et bien dans une des constructions les plus stupéfiantes du siècle dernier, un machin moderne superbe ne manquant pas d'humour.
Alors ?
Stupéfiant et humour ?
Vous ne voyez pas....
Regardez bien les photos sur le mur... arrondi.
Bravo !
L'Atomium !
Cette carte postale nous montre en effet l'intérieur totalement décalé du restaurant juché dans l'une des sphères du monument bruxellois.
La carte postale fait partie d'un dépliant Photolook nous montrant trois restaurants au "style et ambiance différents où l'art culinaire, le service et le cadre vous séduiront grâce à la compétence et l'expérience réunies de Jean et Sylnano " (sic ! )
Sauf que... l'ambiance des trois restaurants est partout la même et que je vous les épargnerais bien.
Fauteuils Henri quelque chose, velours rouge ou gris pour que les taches de vin se voient le moins possible, bougeoirs argentés n'éclairant rien, nous passerons sur le parasol à l'intérieur du restaurant.
On admirera la photographie du lieu sur le mur ici :


Et surtout on observera que les propriétaires ont cru bon de rappeler à leurs clients où ils se trouvaient en leur proposant une maquette de l'Atomium à l'intérieur de la salle.


On ne sait jamais quelquefois qu'ils oublieraient...
Et puis comme signature de sa présence, dans un acte manqué, le photographe laisse la signature de l'éclat de son flash dans l'argenterie. Malgré l'agrandissement, malheureusement il reste sans visage mais la lumière de son matériel signe sa présence.


Et comme un bonheur n'arrive jamais seul voici la carte postale montrant l'extérieur :


La boule rouge dit bien où nous sommes. D'ici et de là, de l'intérieur vers l'extérieur, troublant jeu d'indifférence au genre du lieu, un peu comme le Capitaine Nemo dans son sous-marin ultramoderne décoré en grand style bourgeois. Comment vous dire la joie profonde pour moi de voir ainsi dans l'édition même ce jeu de situation, cette manière de dire l'important de l'image, son centre en quelque sorte. A grands coups de peinture rouge imaginaire, recouvrir le lieu, lui donner un peu plus de localisation. Enfin, une carte postale auto-située...


Voyez cette dernière carte postale :


Toute l'équipe au complet avec au centre ceux qui pourraient bien être Jean et Sylvano.


Et toutes ces toques dressées comme des petites architectures de tourelles voulant protéger la grande cuisine s'alignent au pied de la molécule de fer toujours et encore superbe.
J'irais bien y manger dans ce lieu ultra-belge fait d'écarts géniaux, de jeux d'images.
Merci Claude pour cette découverte.

mercredi 26 mai 2010

architecture pour l'attente

Aujourd'hui c'est circulez il n'y a rien à voir.
Tout partout est construit pour le flux, le passage.
Les designers du métro font des sièges anti-SDF en supprimant les bancs pour que ceux-ci ne s'y allongent plus.
Mais parfois, au détour d'une carte postale, on trouve des espaces d'attente, des lieux conçus pour que l'on puisse là passer les quelques minutes, heures parfois qui nous séparent d'un événement à un autre.
L'arrivée de la tante de Marseille (jeu de mot oui oui), du cousin d'Amérique ou encore du supérieur hiérarchique qui vous dira dans un rendez-vous attendu ses quatre vérités...
D'abord :


Cette carte postale Graphokopie Sander nous montre le foyer de la maison de la Culture Nationale de Rathenow.
Des fauteuils confortables, des luminaires bien brillants donnant une lumière un rien égale et indifférente, le brillant d'un sol entretenu et le vide sidérant du milieu de l'image indiquant bien que là, normalement un passage actif se fait pour rejoindre l'escalier.
Plafond et colonnes simples jouent ensemble un air de rigueur sérieuse mais réchauffée par un malheureux caoutchouc et cette lumière provenant du fond de l'image.
Personne...
Mais ce qui est étonnant c'est que je possède deux exemplaires de cette carte postale. je note à chaque fois au dos que le correspondant est un homme et qu'il est question de vie militaire...
La ville Rathenow est même orthographiée Ratenove. Une ville sous garnison française après guerre ?
Mais voici notre paquebot qui arrive à l'heure :



Que dire ?
Magnifique non ?
Nous sommes dans le hall d'entrée de la Gare Maritime du Havre. Nous sommes en édition de luxe Estel en photographie véritable.
Quelle merveille éditoriale ! Photographie parfaite se jouant de toutes les sources de lumière, Lieu superbe où le plafond en caissons fait briller la géométrie du pavage. Sobriété du décor dans un grand chic à la française.
Mais quand photographier un lieu tel qu'une salle d'attente avec cette lumière sans qu'il n'y ait personne de présent ?
Après le bateau, attendons l'avion :


Là aussi, comment dire...
Beauté simple d'un vide sans appui, là aussi plafond aux caissons superbes d'une grande simplicité mais à la plastique redoutable, j'aime également les peintures (céramiques ?) aux graphisme bien typé.
Tout suit : mobilier aux banquettes moelleuses, dessin des ouvertures et des guichets et le comptoir central...
Regardez bien on nous observe :


J'aime l'état d'abandon de la jeune femme au premier plan. Il est... 11h08. La correspondante indique le 29 août 1961 et qu'elle se trouve devant le bas-relief ultramoderne (sic). La carte postale, une édition Ryner, est datée par le tampon de la poste mais également par la correspondante qui ajoute même l'heure... 11h... soit huit minutes avant l'heure indiquée sur la pendule. Le hasard !
Le même lieu en couleur :


Les petites vitrines centrales sont remarquables aussi, petites boîtes de verre.
Il semble que l'architecte soit simplement Monsieur Pouillon ! Malheureusement la carte postale Ryner ne nous le précise pas.
En tout cas, il est certain qu'un aussi bel espace pourrait bien être de ce grand architecte.
Aussi beau ?
Oui, je trouve !


Évidemment ici ce n'est pas tant l'espace architectural qui est remarquable mais bien son aménagement.
Nous sommes dans le hall d'entrée de la clinique Manhes à Fleury-Mérogis.
Les sièges de Bertoia font ici merveille. Et puis le superbe comptoir d'accueil traité comme un Rietveld. Oui...
J'ose...
Mais si, regardez bien ce très beau volume. Et tout est à l'avenant, plafonnier-boules, plafonniers-carrés répartis comme au hasard de ce plafond. La jeune femme est souriante et le rouge des pots de fleurs font l'éclat du lieu comme ça.
La lumière de l'entrée écrase le paysage extérieur.
J'aime beaucoup cette image.
Et moins, beaucoup moins... design :


Dans une saturation épouvantable de matériaux riches et disparates, dans un goût qui mélange le pittoresque au plus délirant ridicule, dans un espace qui déclare haut et fort son incapacité au silence visuel ou même le flou d'un bouquet de fleur réussit à être laid, des femmes descendent un escalier.
Où est Marcel Duchamp ?
Elles ne sont pas nues, en maillot de bain, elles sont observées par l'amie qui attend dans l'humidité moite de ses cuisses et de ses fesses chauffées par le cuir épais d'un fauteuil en cuir hideux.
Au loin, un groupe de jeunes adolescents maigres et attentifs au jeu du photographe et à la plastique disponible des jeunes femmes attendent au bar en sirotant une limonade trop chère.
Je voudrais apporter ma solidarité là encore aux plantes vertes obligées de faire bonne figure dans un environnement aussi factice où la fontaine électrique balbutie un gazouillis de chasse d'eau.
Que dire de la malheureuse reproduction d'un tableau sur le mur de droite, certainement le prétexte culturel du propriétaire y voyant l'image même d'un bonheur déclarant à la fois sa classe sociale et son incompréhension des choses de l'art.
L'hôtel Royal de Bénidorm. N'y allez pas. Où, au contraire, allons-y rire de notre monde perdu entre son désir fou du bonheur simple d'un maillot de bain deux pièces et son joyeux problème de temps libre !
J'adore !