samedi 27 septembre 2008

De retour






Le blanc de 5 jours sur ce blog n'est pas un vide, c'est un moment de voyage vers le sud.
Me voici de retour. Pendant ce séjour j'ai pu enfin découvrir la Grande Motte de Monsieur Balladur. Je rêvais sur des cartes postales de cette ville idéale et la réalité ne m'a pas trop déçu. Les bâtiments sont en place, un peu cachés par une végétation qui a bien poussé sous ce climat et qui cache parfois les points de vue de mes cartes postales. Il est parfois impossible de voir la construction, comme pour l'église par exemple. Mais il y a aussi des lieux abandonnés comme le point zéro qui pourtant ne le méritent pas car ils furent très dessinés, pensés et représentatifs de la ville. Ce n'est pas trop tard pour remettre de l'ordre encore faudrait-il trouver une volonté municipale qui au lieu d'inventer des places au Design douteux ferait mieux d'entretenir ce qui est exceptionnel et préserver les espaces publics de cette profusion inepte de marchands de frites et de saucisses. Je vais finir par nommer ce syndrome du nom d'une autre ville ainsi défigurée : Royan.
Comme toujours on attendra qu'il soit trop tard pour avoir la joie du regret, c'est si français comme attitude.
Mais c'est encore beau.
Je vous montre quelques images à la manière de Julien Donada mais bien moins réussies que lui.

dimanche 21 septembre 2008

mer et montagne


Je vous montre rarement des cartes postales de bâtiments si anciens. Mais Mallet-Stevens mérite bien de figurer dans ce blog pas trop loin de Dudok. Regardez ce beau bâtiment qui joue des décrochements art déco, regardez comme ce genre a perduré longtemps. Aujourd'hui la Pergola de Saint-Jean-de-Luz est défigurée par l'ajout de deux niveaux supplémentaires que l'on doit aux promoteurs canailles. Je ne sais pas exactement quand cette transformation a eu lieu mais la carte fut envoyée en 1950. Il est aussi possible que la carte soit plus ancienne que son envoi le laisse croire. Alors une fois de plus la carte postale me permet de découvrir et en même temps de regretter. La carte postale est une édition Cap titrée " La Pergola et l'Hôtel Atlantic vus de la plage". C'est une Real-Photo qui fut détachée d'un carnet.

faire le plein par le trou




Du Forum des Halles de Vasconi et Pencreac'h que j'aime, j'aime surtout le trou. Et encore plus le trou béant dans Paris avant la fin des travaux, le trou du Western incroyable de Marco Ferreri "Touche pas à la femme blanche". Ce film est inconcevable. Il vous faudra le voir si cela n'est encore fait. On peut y voir des scènes de western donc dans le Paris en travaux. C'est inouï. Joachim saura mieux que moi vous en donner un commentaire circonstancié et une critique avisée.
Pour ce qui est de la carte postale, je ne pense pas qu'il existe d'édition du trou lui-même mais il existe de nombreuses vues du Forum et c'est heureux car il sera donc détruit un jour prochain. Soyons patient, c'est l'Arlésienne architecturale. Et ne soyons pas trop pressé car ce qui nous attend n'a pas l'air bien fameux. Une canopé nous dit-on. Les mots... tout de même c'est fort...
Voici trois cartes achetées ce week-end. Trois cartes qui nous offrent un regard vers le trou et les arcades commerciales qui le constituent comme une architecture. Les photographes des éditions Chantal se sont concentrés sur les boudins de verrières aux arcades laquées de blanc et sur le petit promontoire balcon en béton offrant une vue sur... le trou. A peine voit-on le magnifique escalier de marbre blanc qui permet de descendre et de remonter (si,si) dans ce... trou. Les deux cartes donnent bien le nom des architectes, l'une fut expédiée en 1986 l'autre en 2003.
La carte postale éditée par Yvon est bien plus rare et nous propose le point de vue depuis la galerie vitrée. On est au second niveau, le trou est en bas. On admirera le choix judicieux des appliques boules parfaitement laides. Tout cela tient de la véranda, de la jardinerie de supermarché, d'un Beaubourg raté mais en même temps c'est bourré de bonnes intentions dont l'enfer est pavé... Lumières, transparence, espace et chic pompidolien. Cela devait être l'un des lieux les plus chics de Paris, c'est devenu l'un des plus populaires. Et alors n'est-ce pas là un signe d'une certaine réussite ?
En attendant l'avenir de cet endroit pour lequel j'ai réalisé une campagne stéréoscopique, L'album "Encore" de Klaus Nomi tourne sur ma platine Saba. Une époque.

samedi 20 septembre 2008

faire le plein





124 cartes postales.
124 cartes postales achetées ce matin entre Elbeuf, Oissel et Pont de l'Arche. Je crois que j'ai battu un record personnel. Vous comprendrez que je ne vous livre pas tout tout de suite. Mais je vais dans un panaché de fin d'été vous montrer quelques-unes des plus marquantes, les autres pouvant être des redites légères d'images que vous connaissez.
Mais commençons par un grand bâtiment remarquable dont je vous ai pourtant déjà parlé, il s'agit du centre d'échanges gare Perrache. L'architecte Monsieur Gagès y a fait œuvre d'une modernité foudroyante, d'une analyse remarquable et a su non seulement réaliser l'ouvrage mais y inventer un type de construction. C'est un centre d'échanges qui produit un fluide étrange, la mobilité du voyageur. Ici les transports s'épousent, ici le piéton trouve un chemin de fer, un chemin de goudron à sa guise. Ici il gagne de la vitesse. C'est un nœud, c'est un lien. La carte postale est une édition Combier en cimcrome expédiée en 1986.
On poursuit avec l'Hôtel de Ville de Nanterre. On ne subit pas l'avenir on le fait est la phrase écrite au dos par le participant au jeu. Voyons ce que nous confie le guide : Une municipalité communiste construit sa mairie. Lorsque le bâtiment sera achevé, une étude comparative intéressante pourra être faite avec la mairie de Montpellier, par exemple. Ceci pour savoir quelles images respectives ces équipes politiquement opposées veulent donner d'elles-mêmes, quels rapports elles entretiennent avec leurs administrés, quelle place elles accordent à l'individu. Une étude similaire pourra être effectuée avec la préfecture voisine quant à la volonté ou l'absence de volonté de traduire architecturalement une autorité reçue.
Les architectes sont J. Darras et Y. Bedon.
Une carte multiple nous montre les Olympiades à Paris. On peut deviner au fond le magnifique bâtiment de messieurs Andrault et Parat pour la Faculté des Lettres et des Sciences. J'aime assez ce parvis aux petites boutiques étonnamment coiffées de toits en pagode. Je crois que lors de ma dernière visite de ce quartier en avril dernier des travaux étaient en cours, j'espère qu'ils n'auront pas trop dégradé le lieu. Le pied de la faculté des lettres est lui complètement abîmé et inaccessible.
Pour contraster au maximum, voici une vraie découverte, une vraie architecture, une vraie carte postale : voici la cabane de Henry David Thoreau, celle du magnifique ouvrage " Walden ou la vie dans les bois". Je ne savais pas que ce cabanon était encore debout, je ne savais pas qu'il pouvait en exister des cartes postales, je ne savais pas que j'en trouverais une un jour à Oissel !
Si vous ne connaissez pas ce livre, arrêtez tout, fermez votre ordinateur et allez chez le libraire vous le procurer. Vous le lirez et vous retrouverez aussi un peu le rêve du cabanon de le Corbusier, ce désir de nature et de liberté. Je crois que cette construction doit être le plus petit bâtiment de ma collection.
Je vous livre le texte en anglais figurant au dos de la carte Historama publiée pour le bicentenaire de la Révolution Américaine : In 1845 Henry David Thoreau (1817-1862) built a house on the shore of Walden Pond in Concord, Massachusetts, at a cost of 28,12 $. Here, for two years, he lived in the cabin he built with his own hands in his experiment to prove that man could be independent of other men. He left Walden in 1847, and sometime later the house was moved to a nearby farm and later taken to pieces. In his book "walden" Thoreau left a complete description of the house that enabled the construction of this exact replica at the Thoreau Lyceum in Concord.
Replica, replica dommage.

dimanche 14 septembre 2008

un peu vers le nord-est et franchement à l'est






Au gré des trouvailles nous cheminerons en traversant l'Europe vers le soleil levant puis nous irons d'un coup très loin vers l'est, vers l'Asie en Chine.
Commençons par une ville que je connais un peu et vous aussi fidèles lecteurs et lectrices puisque nous retournons à Düsseldorf. Mais quand c'est bon c'est bon et ce matin j'ai trouvé cette belle vue du Schauspielhaus dessiné par l'architecte Bernhard Pfau entre 1959 et 1970. La prise de vue accentue admirablement les courbes du bâtiment et dégage une percée vers l'immeuble de Messieurs Hentrich, Petschnigg and Partners. C'est très beau. Du moins l'image car n'oublions pas que ce que je vois n'a pas valeur d'y être. Comment se fait-il que je n'aie pas de souvenir de cet ensemble ? Serions-nous passés au loin lors de notre voyage ? Avons-nous trop regardé les immeubles de Gerhy et pas assez le reste de la ville ? Mais pourtant je sais que j'ai adoré Düsseldorf. Et ce genre de carte postale vous donne furieusement envie d'y retourner. Elle est éditée par Hans Georgi en Farbfoto. Aucune date. Partons maintenant vers Budapest avec encore un immeuble qui veut nous rendre l'ascension possible par un étagement en gradins. Il s'agit d'un Recreation Home KPVDSz (!) of the Trade Union. C'est assez attendu mais ne manque pas, grâce à ses décrochements d'une certaine élégance. Mais qu'est-ce donc que le KPVDSz ? K et P sont sûrement les initiales de Parti communiste non ? La carte postale nous indique le nom du photographe Monsieur Gabber Csaba, le nom de l'imprimeur Nyomda Offset, et de l'éditeur Képzomuveszeti Alap Kiadovallalata à Budapest.
Enfin nous arrivons en Chine. Je vous joins l'enveloppe d'envoi qui réjouira les amateurs de timbres ! Voyez comme la Chine édite des cartes postales de bâtiments contemporains. C'est assez étonnant. Je ne connais pas assez la question de la construction en Chine mais il semble que la modernité (de ce type) soit vécue comme quelque chose à représenter et cela même malgré sa laideur incroyable parfois. Voyez ces grands immeubles posés, identiques le long de la voie rapide. La carte nous indique seulement qu'il s'agit de The Asian Games Village. Voyez Chang ning District People's Governement Shanghaï Municipality. C'est un peu plus dessiné, stylé dirais-je avec un jeu de façade complexe et une couleur surprenante. On a même droit à la fontaine sculpture sur le parvis. On remarque les boîtes à air conditionné sur les balcons... La carte donne beaucoup d'indications dont je ne sais que faire, impossible de savoir si c'est l'éditeur, le commanditaire ou même le lieu... Une date apparaît : 1997. A noter le format allongé des cartes ce qui me posera des problèmes de classement.

mercredi 10 septembre 2008

débrayage





Encore une fois les patrons (mais qui sont-ils finalement) de Renault décident du licenciement de milliers d'ouvriers. Une fois de plus la grande foire mondiale de l'heure de travail la moins chère fait des victimes, une nouvelle fois les choix commerciaux stupides des dirigeants conduisent à la restructuration (quel beau mot) de l'entreprise. Il faut dire qu'il était nécessaire, par exemple, que Renault produise un 4X4... (en plus il est laid)
Chez nous on est Renault comme Marc est Citroën. C'est étrange mais c'est indéfinissable. Il y a 50 ans, chez nous on était tissage et drap d'Elbeuf. Mais Renault est venu s'installer ici à Cléon il y a tout juste 50 ans, c'est l'anniversaire cette semaine, l'heure n'est pas, vous comprendrez à la fête.
Mon grand-père quitta les usines de tissages du centre d'Elbeuf pour aller travailler chez Renault et son fils, celui qui piqua la Dauphine pour aller en Italie (vous suivez ?) alla aussi y travailler au milieu des années soixante. Nous les garçons avons réussi à y échapper grâce sûrement à la crise des années quatre-vingt. Et puis on a vu l'épuisement de notre grand-père et celui de notre père qui travaillait de nuit à la Fonderie où il contrôlait la qualité des pièces. Vapeur d'aluminium et fatigue...
Enfant, on m'emmena mes frères et moi en visite pédagogique à l'usine. Je me souviens tout particulièrement de ce moment clef de ma vie d'enfant car je compris en quelques gestes la violence du milieu ouvrier et de l'usine comme un ordre imperturbable. Alors que nous visitions les ateliers, notre groupe croisa mon père un peu au loin et j'eus alors le geste normal d'aller le voir avec la fierté immense de le rencontrer là. Mais Un geste, je ne sais plus de qui, sûrement ma mère me retint. Je le revois encore ce père inapprochable, ne pouvant lui-même prendre la décision de venir, impossible de quitter le poste, nous faire un geste de la main et un léger sourire. Il n'était donc pas libre ce père. Il n'était pas libre là.
Cette violence que je garde presque comme un trésor sera ma force pour tout faire dans ma petite vie d'enfant pour ne pas entrer dans cet univers. Alors je traîne comme beaucoup des gens de l'usine ce mélange de fierté et d'horreur. La Régie c'était notre vie. Pour moi rouler en autre chose que Renault serait une traîtrise qui d'ailleurs ferait bien rire mon père ! A la régie (contraction de Régie Nationale des Usines Renault) il y avait aussi le Comité d'établissement et sa bibliothèque et discothèque magnifiques tenues par les syndicats et la C.G.T en particulier. Nous y allions pour emprunter des livres et aussi des disques. On pouvait choisir librement. Un paradis plein de surprises, d'une richesse incroyable. j'ai appris ici aussi à aimer les livres. C'était d'une grande ouverture d'esprit et très pointu. Et j'y ai beaucoup appris. C'était toujours un plaisir d'y accompagner ce père qui là pouvait être un peu plus libre. Nous avions notre nom sur une petite fiche et parfois quand le livre sortait peu, la dame ou le monsieur responsable nous disait la phrase magique : "Est-ce que tu veux le garder ?"
Oui. J'ai aimé ce lieu.
Après ces quelques souvenirs émouvants et pour célébrer l'anniversaire des millions d'heures de travail versées par tous ces hommes et femmes depuis cinquante ans à l'usine Renault de Cléon je vous montre quelques cartes postales du site et deux photographies de mon grand-pére le jour de son départ en retraite dans son atelier. Il mourra quelques années après.
On commence avec :
Cléon les usines Renault aux éditions J. Kettler en couleurs naturelles non datée. On voit le parking immense sur lequel les ouvriers rangent leur auto. Si grand que mon père pouvait se tromper de voiture et partir avec celle d'un collègue.
St Aubin-lès-Elbeuf vue aérienne l'usine Renault carte envoyée par ma mère à la sienne le 31 août 1972. C'est une carte Combier en Cimcolor.
Cléon Régie Nationale des Usines Renault qui forme l'acronyme RNUR que tous les elbeuviens prononcent avec délectation dans un roulement de R profondément guttural... Une édition Sofer en couleurs naturelles. Pas de date. On peut voir le gardien de l'usine faire un signe au photographe.
Un peu à part car il ne s'agit pas de Cléon mais je crois de Boulogne-Billancourt une image de Stéphane Couturier que j'aime tant. L'image se nomme "Renault" 1994 127,5x101,5 cm ministère de la culture et de la communication délégation aux arts plastiques fonds national d'art contemporain édition du musée Niepce. C'est une image vide des hommes et de femmes qui dans cet amas de grilles ont laissé de leur temps.

Jean Liaudet, ouvrier chez Renault



Voici donc mon grand-père à son poste pour la dernière fois.